Joueurs NBA Atteints du SIDA : Le Combat et l'Impact

L'annonce de la séropositivité d'un joueur de la NBA a eu un impact profond sur le monde du sport et au-delà. Cet article explore l'histoire de ces joueurs, leur courage face à l'adversité et l'impact de leur diagnostic.

Magic Johnson, une figure emblématique de la NBA.

Le Choc de l'Annonce de Magic Johnson en 1991

Le 7 novembre 1991, Magic Johnson, vêtu d'un costume sombre, d'une chemise blanche et d'une cravate multicolore, a pris place au pupitre. Un seul micro se dresse devant ses lèvres : « Je suis atteint du virus VIH, et dois aujourd'hui quitter les Lakers. Je veux juste préciser que je n'ai pas un Sida déclaré, mais suis séropositif. Ma femme est en bonne santé. Elle est négative, pas de problème pour elle. J'espère que ça va aller, je compte encore vivre longtemps. »

L'annonce reste un choc pour la planète basket. La NBA pense alors perdre l'une de ses icônes, trois fois MVP de la saison (1987, 1989 et 1990) - surtout cinq fois champion (1980, 1982, 1985, 1987 et 1988) - et superstar des Los Angeles Lakers. Dans les colonnes de « L'Équipe », une page entière sera consacrée à cette retraite anticipée, évoquant par exemple la tristesse exprimée par le président George Bush et bien d'autres acteurs majeurs de la NBA.

« Si ça n'avait pas été pour l'assurance vie, je n'aurais rien su ! » exprima aussi Johnson, expliquant avoir été dépisté en raison des règles en vigueur chez les compagnies d'assurances. Pourquoi arrêter le basket alors qu'il n'a pas contracté le virus du Sida ? « Quelqu'un d'asymptomatique peut parfaitement pratiquer le sport, en effet. Mais, et là les délais diffèrent suivant les individus, surviennent des états de fatigue, d'asthénie et d'amaigrissement », détaillait dans nos colonnes Jean Caraux, alors directeur de recherche en laboratoire et spécialiste du Sida.

Le 9 novembre 1991, L'Équipe consacrait une page entière à l'annonce choc du départ forcé à la retraite de Magic Johnson.

L'Amérique est sous le coup de l'émotion. L'annonce qu'un de ses plus grands sportifs, et des plus populaires, le basketteur Earvin " Magic " Johnson, était séropositif (le Monde du 9 novembre) a provoqué un véritable traumatisme. Les journaux les plus sérieux n'hésitent pas à parler d'un choc comparable à celui suscité par l'assassinat de John Kennedy en 1963.

Manifestant une ignorance qui a surpris les spécialistes de cette maladie, des milliers de jeunes Américains ont appelé centres d'urgence et hôpitaux pour s'enquérir des risques posés par le sida. Dans de très nombreuses écoles des Etats-Unis, enseignants et élèves débattent de l'" affaire " Johnson. Dans la presse, le sujet éclipse tous les autres et barrait, vendredi 8 et samedi 9 novembre, la " une " des quotidiens du pays, des plus populaires au très austère Wall Street Journal.

Les raisons du trouble ainsi ressenti sont complexes et parfois obscures. Elles tiennent assurément au statut de super-star qui est celui de " Magic " Johnson dans le sport américain. Il est sans doute le champion préféré des jeunes, un des sportifs les plus riches et le favori des publicitaires, notamment pour tous les produits destinés aux adolescents. " Magic s'est toujours comporté avec grâce et humilité, un exemple à citer ", écrit le Wall Street Journal.

En France, où il a suivi son père, joueur au FC Mulhouse basket, Kobe Bryant, treize ans, en pleurera...Ce 7 novembre 1991, costume sombre, chemise blanche, cravate légèrement colorée, Magic Johnson, trente-deux ans, s'avance vers le pupitre en essayant de faire bonne figure. «À cause du virus VIH que j'ai contracté, je dois me retirer des Lakers aujourd'hui. Je veux préciser que je n'ai pas le sida mais que je suis séropositif.» À l'époque, il est l'une des rares stars et la première star du sport à faire un tel aveu *.

Ce 7 novembre, dans la matinée, un coup de fil est passé aux organes de presse. « Conférence de presse à 14h au Forum (ndlr : l’ancienne salle des Lakers). Annonce majeure. Concernant Magic. Le meneur californien n’est pas réapparu depuis une semaine et un match à Utah. On devine que quelque chose cloche, que Magic ne reviendra pas immédiatement mais tout le monde est dans le flou… L’encadrement avait fait savoir que Johnson souffrait d’un virus, qu’il se sentait faible, qu’il avait perdu du poids.

Ce 7 novembre, la rumeur se répand comme une traînée de poudre dans les rédactions. À 32 ans et après 12 ans de NBA (9 Finals et 5 titres), Johnson est gravement malade. Magic a appelé Larry Bird, Isiah Thomas, Michael Jordan et Pat Riley pour les prévenir individuellement. Il ne voulait pas qu’ils apprennent la vérité aux infos. Le n°32 des Lakers est séropositif.

Mike Dunleavy, le coach, a réuni tous ses coéquipiers dans le vestiaire. Ils sont mis dans la confidence et prennent un énorme coup de massue sur la tête. Pendant ce temps, les journalistes attendent en silence. Le Magic qui se présente à eux n’est pas celui qu’ils connaissent. Le sourire éclatant a disparu. Grave et sombre, Magic avance jusqu’au micro : « À cause du virus que j’ai contracté, je dois me retirer de l’organisation des Lakers. Stupeur dans l’assemblée. La salle, pleine à craquer, est sous le choc. Abasourdie. Certains ont des larmes aux yeux.

Debout aux côtés de David Stern, Jerry West et Kareem Abdul-Jabbar, Johnson affiche calme et détermination. Il promet de consacrer sa vie à « vaincre ce virus mortel ». De devenir un porte-parole de la lutte contre le sida. « Vous devez vous protéger. Je suis la preuve que cela peut arriver à n’importe qui. Même à moi, Magic Johnson.

Le Dr Michael Mellman eut le premier connaissance de l’état de santé de Magic. Il appela Johnson à Salt Lake City et lui demanda de revenir immédiatement à Los Angeles. Johnson ne put encaisser la terrible nouvelle, ni admettre qu’il lui faudrait renoncer au basket. Toute sa vie… Il demanda un deuxième test puis un troisième. Tous les deux identiques au premier.

Plus tard, Magic reconnut avoir eu plusieurs partenaires tout au long de sa vie. Dans un classement établi par ESPN en 2004, l’annonce de sa séropositivité fut classé « 7e événement le plus mémorable » des 25 années précédentes. Johnson n’était ni gay, ni bisexuel. Il accusa Isiah Thomas d’avoir fait courir la rumeur contraire.

« Jerry Buss (propriétaire des Lakers à l’époque, ndlr.) est sorti en courant de son bureau. Il a couru vers moi en sanglotant. Je ne l’avais jamais vu en sanglots. Michael Jordan, lui aussi sous le choc de l’annonce, qui est arrivée par son agent avant la conférence de presse, a directement demandé si son idole de jeunesse « allait mourir« .

Larry Bird, son meilleur adversaire mais aussi très proche ami, a tout simplement refusé de jouer le prochain match des Celtics et demandé à parler immédiatement à Magic. « Il m’a appelé. Nous avons discuté, du style ‘Comment ça va ? J’ai appris’. Vous pouviez presque nous entendre pleurer. Et ça m’a choqué car il m’a appelé. Larry Bird jouera finalement face aux Hawks, mais déclarera qu’il s’agit du seul match de sa carrière qu’il n’a pas voulu jouer, parce qu’il avait la tête à autre chose.

Magic Johnson indique dans un premier temps qu’il ne sait pas comment il a contracté la maladie, mais avouera plus tard avoir eu de nombreuses partenaires sexuelles dans sa vie. Il fera de son cas l’exemple que le VIH se transmet aussi via les relations hétérosexuelles et sera complimenté par de nombreuses personnalités outre-Atlantique pour son engagement, dont le président des États-Unis, George H. W. Bush.

Dans son autobiographie parue en France en janvier 1993 (*), il a jugé utile, de faire un point sur sa sexualité. Non, il n'était ni homosexuel ni bisexuel. Oui, il aimait (beaucoup) les femmes, tout en étant fiancé à Cookie, sa future épouse. À l'époque de ses grandes années chez les Lakers, il était bien difficile de résister. Les groupies investissaient les halls d'hôtels et parfois frappaient directement à la porte de la chambre des joueurs. « La plupart d'entre elles étaient belles et quelques-unes sublimes », raconte Johnson, qui pouvait passer des soirées avec plusieurs filles à la fois. Il n'a jamais su qui lui avait transmis le VIH.

Sauf pour le regretté Kobe Bryant. Grand fan des Lakers et de Magic, le « Black Mamba » se faisait envoyer les K7 des matches en Italie, où jouait son papa Joe. En 1991, la famille s’installe à Mulhouse. C’est donc en France que Kobe Bryant apprend la séropositivité de son idole. « Kobe était inconsolable », raconte sa sœur Sharia. « Il a fondu en larmes en apprenant la nouvelle et pendant une semaine, il a loupé tous les repas. Compte tenu des connaissances de l’époque dans la recherche d’un traitement, Magic Johnson est, aux yeux du grand public, condamné. On lui donne au mieux quatre ou cinq ans.

Le 23 du même mois, le charismatique chanteur du groupe Queen, Freddie Mercury, fait rédiger un communiqué pour révéler qu’il souffre lui-même du sida.

Le Retour au Jeu et les Préjugés

Après quatre saisons sans jouer - à l'exception d'une sélection au All-Star Game 1992 (dont il est élu MVP) -, Magic Johnson revint au jeu pour la saison 1995-1996 (en janvier 1996). Le temps de 32 matches disputés (dont 9 comme titulaire). Histoire, surtout, d'achever sa carrière de basketteur sur un terrain, et non derrière un micro.

En février 1992, le «malade», plébiscité par le vote du public, se rend donc à Orlando. Il n'a pas joué depuis plusieurs mois mais il est quand même élu MVP de la compétition. Un hommage des Lakers.

Et le voilà, cette même année, sélectionné au sein de la Dream Team pour les Jeux de Barcelone. Même si l'équipe d'Australie a menacé de boycotter l'épreuve à cause de lui et même s'il n'est pas au sommet de son art, Magic est accueilli par une immense vague de sympathie.

Sitôt la médaille d'or empochée, Johnson fait savoir qu'il a l'intention de jouer à nouveau avec les Lakers, si son médecin lui donne le feu vert. Entre deux matches de la Dream Team, son pote Larry Bird l'y a encouragé.

D'habitude réputés pour leur neutralité, les journalistes américains applaudissent à l'annonce du retour de la star des parquets. Johnson déclare qu'en raison de son état de santé il va disputer 60 et non 82 matches en saison régulière. «Mais attention, prévient-il, ce n'est pas un good-bye tour, je reviens vraiment pour gagner le titre ! » On l'interroge sur les risques qu'il pourrait faire éventuellement courir à son organisme. «J'assume. De toute façon, j'ai envie de rejouer et cela prime sur tout.»

Le 30 octobre, il dispute un match de préparation face aux Cavaliers de Cleveland. Victime d'une petite coupure au bras, il sent au regard des autres joueurs qu'il doit se faire soigner.

Par voie de presse, le plus souvent anonymement, des joueurs de NBA expriment leurs craintes d'une contamination en cas de blessure. «Il y a des inquiétudes, comment aller au bout de l'engagement physique face à Magic ? » Son ex-coéquipier de la Dream Team, le rugueux Karl Malone, témoigne lui à visage découvert. «Le retour de Magic est peut-être bénéfique au basket mais il faut voir plus loin. Il y a tous ces jeunes joueurs qui ont une longue vie devant eux... Le basket est un jeu physique avec des coups de pied, des griffures, des écorchures.»

Le 2 novembre, un peu plus d'un mois après l'annonce de son retour, Magic fait volte-face et indique quitter la NBA pour de bon. La bronca de certains joueurs et les craintes suscitées par sa séropositivité ont eu raison de son envie. Pourtant celle-ci reste la plus forte.

En mai 1995, quelques mots sont lâchés dans les colonnes du Chicago Tribune : «Je ne veux pas revenir pour l'argent. J'en ai plein. Je veux gagner à nouveau. C'est l'envie de la compétition. » Magic Johnson vient d'amorcer son retour chez les Lakers. Les obstacles du passé semblent être levés. «Contrairement à il y a quelques années, le public est éduqué au niveau de cette maladie », veut-il croire.

Il a trente-six ans, il pèse douze kilos de plus que lors de ses belles années mais le 30 janvier 1996, il fait bel et bien son retour, cette fois au poste d'ailier-fort. Son entrée sur le parquet est saluée par une immense ovation des 17 000 spectateurs du Forum. Il tâtonne pendant les deux premières minutes, manque sa première passe et son premier tir puis se fond dans le rythme collectif. Les Lakers dominent les Golden State Warriors, 128-118. Avec 19 points, 10 passes décisives et 8 rebonds réussis en vingt-sept minutes de jeu, Magic est dans la veine de ses statistiques passées.

Il n'en revient pas. «Oh, man ! Quand j'ai pénétré sur ce parquet, j'étais comme un gamin le jour de Noël. Franchement, si j'en avais encore l'âge, je crois bien que je ferais un saut périlleux arrière, là, devant vous. » Magic a fait son temps. Il termine la saison avec les Lakers avant de prendre définitivement sa retraite sportive. Il a démontré que c'était possible. Il va désormais poursuivre son engagement dans la lutte contre le sida.

20 ans plus tard, en 2011, Johnson déclare qu’il n’aurait probablement pas pris sa retraite s’il en avait su plus sur la maladie.

Magic Johnson et Barack Obama.

La «Magic Rule»

C'est bien à cause de Magic Johnson qu'une règle, la « Magic rule », sera instaurée en NBA avant d'être étendue à tous les sports de contact. Quand un joueur saigne, il doit sortir du terrain.

Evan Fournier : Bousculer les Préjugés

Evan Fournier n'a que 20 ans lorsqu'il transitionne de Poitiers à Denver, en qualité de vingtième choix de la Draft.

« Dans cette ligue, quand on est Européen, les gens pensent qu'on ne sait pas jouer, qu'on est des chochottes. Mais moi, je savais que je n'irais pas en ligue de développement », répliquait alors l'ailier. Ses premiers pas en NBA ? 10 minutes de jeu et cinq points inscrits. La suite s'écrira un peu plus en pointillé : seulement sept matches disputés sur les dix-sept premiers de sa franchise.

Fournier a choisi de se faire accompagner de son entourage (et son chien, Simba), mais également de l'ancien chef cuisinier de Carmelo Anthony. « Je ne suis pas pressé, tout viendra en temps et en heure » conclura aussi celui qui aura, au final, passé 12 ans en NBA (Denver, Orlando, Boston, New York et Detroit), culminant à 18,5 points par match (en 2019-2020).

L'Héritage et l'Espoir

Aujourd'hui, vingt-six ans après la terrible conférence de presse, il est toujours séropositif. Mais la maladie ne s'est jamais déclarée. Magic signa un retour triomphal à Orlando pour le All-Star Game 1992 (MVP avec 25 pts, 5 rbds et 9 pds en 29 mn). L’été suivant, il participait aux J.O. de Barcelone avec la « Dream Team ». Depuis, il va bien, et même très bien. Il n’a jamais développé la maladie, et il a fêté ses 66 ans cet été.

20 ans plus tard, en 2011, Johnson déclare qu’il n’aurait probablement pas pris sa retraite s’il en avait su plus sur la maladie.

L'histoire de Magic Johnson et d'autres joueurs de la NBA atteints du SIDA est un témoignage de courage, de résilience et d'espoir. Leur combat a contribué à sensibiliser le public à la maladie et à briser les préjugés.

The Announcement: Magic Johnson

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