Histoire et Évolution du Football Asiatique : Des Jeux Asiatiques à la Super League Chinoise

Le football, sport universel, a connu un essor remarquable en Asie. Des compétitions telles que les Jeux Asiatiques à l'ambitieuse Super League chinoise, le football asiatique a une histoire riche et complexe. Cet article explore les différentes facettes de cette histoire, en mettant en lumière les succès, les défis et les aspirations de ce sport en Asie.

Carte des pays membres de la Confédération Asiatique de Football.

Les Jeux Asiatiques : Un Tremplin pour le Football Sud-Coréen

La Corée du Sud a remporté les Jeux Asiatiques ce samedi.

Lee Kang-in a remporté les Jeux Asiatiques avec la Corée du Sud en battant le Japon en finale ce samedi (2-1). Le PSG avait autorisé son joueur, arrivé de Majorque cet été, à disputer la compétition. Le Japon a rapidement ouvert le score grâce à son attaquant Kotaro Uchino (2e) avant que le milieu de Stuttgart Woo-Yeong Jeong (27e) et l'attaquant du Gimcheon Sangmu Young-Wook Cho (56e) ne retournent le match. Lee Kang-in a disputé 72 minutes de la finale avant d'être remplacé.

Cette victoire devrait permettre au Parisien et à ses coéquipiers d'être exemptés de service militaire, comme tout athlète sud-coréen qui remporte une médaille d'or aux Jeux Asiatiques. La Corée du Sud étant toujours techniquement en guerre avec la Corée du Nord, tous les hommes sud-coréens valides doivent normalement servir au moins 18 mois dans l'armée.

L'équipe de Corée du Sud célébrant leur victoire aux Jeux Asiatiques.

L'Émergence et les Défis de la Super League Chinoise

La Super League chinoise suscite un intérêt particulier, un eldorado qui n'aura finalement pas tenu toutes ses promesses. Retour sur l'ascension et les défis de ce championnat ambitieux, ainsi que sur les espoirs de la Chine de devenir une nation majeure du football.

Un Début Prometteur

L'empire du milieu voulait devenir le point de chute de vedettes mondiales en fin de course, grâce à l'investissement d'entreprises ou d'hommes d'affaires chinois. Les Argentins Ezequiel Lavezzi et Carlos Teves, le Brésilien Oscar, le Belge Marouane Fellaini cèdent à l'appel des dollars et sont accueillis comme des Messi venus faire du pays un géant du ballon rond.

Presque chaque club de la Chinese Super League pouvait se targuer d’avoir sa tête de gondole. Certains joueurs ont déçu les fans, mais d’autres ont été très prolifiques, à l’image d’Oscar, le meneur brésilien arrivé au Shanghai SIPG en 2017 en provenance de Chelsea. Il vient de quitter la Chine après 8 ans de bons et loyaux services.

L'Essor et les Investissements Massifs

Après l'arrivée du football professionnel en 1994 et le lancement de la «Chinese Super League» en 2004, les années 2010 ont vu apparaître des clubs dotés de moyens considérables pour développer le football. En avril 2016, un «plan de développement du football à moyen et long terme (2016-2050)» est lancé et le président Xi Jinping déclare «en avoir assez d'être un nain footballistique alors que la Chine est un géant politique et économique». L'idée, pour la RPC, est de ne plus accepter d'être battue sur le terrain par des pays voisins de petite taille.

Les dix plus gros entrepreneurs chinois ont tous acheté un club du championnat. Par exemple, Alibaba a pris 50% des parts du Guangzhou Evergrande. L'État a également participé en soutenant directement des clubs (comme Shanghai Port FC). Les droits télévisuels sont passés de 7 millions de dollars en 2014-2015 à 140 millions en 2015-2016.

Au niveau des structures, le plan de Xi Jinping prévoyait le développement d'un championnat de haut niveau avec des stades de qualité. Une ambition affichée est d'organiser une Coupe du monde (la Chine ayant déjà accueilli la Coupe du monde féminine de football en 2007).

Les stades ont été construits ou agrandis avec l'implication des entrepreneurs chinois. Aujourd'hui, les stades sont là. En plus de dizaines de stades d'environ 30.000 places, onze stades plus grands, d'une capacité située entre 57.000 et 80.000 places ont été construits ces vingt dernières années.

Le plan de Xi Jinping prévoyait aussi de rendre le football obligatoire à l'école, de créer 50.000 académies de foot (accueillant 50 millions d'enfants) et de faire en sorte que le football représente 1% du PIB de la Chine. Son prédécesseur, Hu Jintao, voulait passer «d'un pays de premier plan en matière d'organisations sportives à une puissance sportive de renommée mondiale».

Depuis 2020, l'organisation de la Chinese Super League est confiée par la Fédération chinoise de football aux clubs, dans un souci de développement commercial sur le modèle de la Premier League anglaise. Les sponsors se sont développés, avec notamment Ping An (société d'assurance), Nike, Ford, DHL, Shell, Tsingtao ou encore Tag Heuer.

Les Limites de la Fièvre Acheteuse

Même en Chine, la fièvre acheteuse a ses limites. Dès 2017, ces investissements massifs ralentissent et en 2018, la fédération décide de réguler les transferts pour mettre fin aux magouilles et à la corruption. Seuls trois joueurs étrangers sont désormais autorisés sur le terrain. Un an plus tard, le ton durcit encore : interdiction de dépenser plus de 5 millions et demi d'euros pour un mercato. Et l'an dernier, la pandémie est le coup de grâce : une rémunération plafond est instaurée pour tout footballeur étranger : 3 millions annuels maximum.

Une succession de décisions visant à retrouver l'ambition originelle : faire de la Chine un vivier de talents et faire progresser l'équipe nationale. Sans les dollars, la Chine est moins attirante. Les Brésiliens Hulk et Eder, les entraîneurs espagnol et français, Rafael Benitez et Bruno Genesio, ont tous déserté et d'autres départs devraient suivre.

Les investissements ont été freinés à partir de la fin des années 2010 et une nouvelle politique prônée afin de limiter le «gaspillage». Certains grands clubs, comme Jiangsu Suning ou Tianjin Tainhai, mettent la clé sous la porte en 2020.

Ces disparitions vont de pair avec la crise du Covid, qui a considérablement affaibli financièrement le football chinois. Même si le repli des investissements avait légèrement anticipé la crise sanitaire, les effets ont été catastrophiques pour la plupart des clubs.

Dès 2017, une «luxury tax» avait été imposée par le gouvernement: tout club dépensant plus 6 millions d'euros pour acheter un joueur doit payer une taxe égale à 100% de l'indemnité de transfert (réinjectée dans le développement du football en Chine).

Cette mesure, accompagnée d'une surveillance accrue des finances des clubs et de leur solvabilité, a freiné ces derniers dans leur développement. La Chine est désormais largement devancée par d'autres nations asiatiques (Qatar, Arabie saoudite).

Les récentes affaires de corruption révélées au sein de la fédération chinoise de football ne font que renforcer les craintes (Chen Xuyuan, président de l'Association chinoise de football, fait l'objet d'une enquête, après l'arrestation de Li Tie, ancien entraîneur de l'ACF et Chen Yongliang, secrétaire général).

Aujourd'hui, le championnat chinois a une valeur marchande (prix estimé de tous les joueurs) très éloignée des plus grands championnats, avec une somme de 154 millions d'euros qui le situe à la sixième place sur le continent asiatique mais loin des européens (3,5 milliards pour la Ligue 1 en France ou 10,5 milliards pour la Premier League en Angleterre). Même le championnat des États-Unis est presque dix fois plus coté (1,3 milliard).

Les Objectifs et les Défis Futurs

Quant à la sélection, ses résultats n'ont pas réellement progressé et il ne reste plus que 18 mois avant la prochaine coupe du monde au Qatar. Les objectifs de la Chine pour 2050 sont de se hisser au plus haut niveau du football mondial.

La Chine, elle, semble avoir été rayée de la carte. En trois ans, seul le Shandong Taishan a franchi la phase de groupes de la Ligue des Champions asiatique ; quant à la sélection chinoise, elle stagne à la 87e place du classement FIFA, entre le Curaçao et la Guinée Equatoriale, et n’a toujours pas connu de Coupe du Monde depuis sa seule participation en 2002.

L'objectif pour les Chinois est d'accueillir dans la décennie 2030 le Mondial. D'ici 2050, elle souhaite devenir une nation importante du football et exister sur la scène internationale et notamment lors des compétitions mondiales. Et de remporter la Coupe du monde d’ici à 2049, année du centenaire de la proclamation de la République populaire de Chine.

L'échec est surprenant pour un pays qui a réussi dans beaucoup de domaines à rattraper son retard, voire à dépasser les leaders mondiaux. Un échec auquel Pékin ne se résigne pas: en 2021, l'agence gouvernementale en charge du sport lançait un nouveau plan sur quinze ans pour faire de la Chine une grande nation de football.

La formation des jeunes reste encore un axe de développement majeur. Cela passe par la construction d'équipements mais surtout par la formation.

Et si l’avenir du foot en Chine était loin des grandes métropoles ? Le développement des infrastructures partout dans le pays pourrait bénéficier au football et permettre aux jeunes ruraux de pratiquer ce sport dès le plus jeune âge. Démocratiser ce sport partout en Chine est peut-être la solution.

Tableau Récapitulatif des Objectifs Chinois

Échéance Objectif
2020 Mettre toute la jeunesse chinoise au football
2030 Devenir un pays important sur la scène asiatique et accueillir de grandes compétitions, notamment la Coupe du monde masculine
2050 Devenir une nation importante du football et remporter la Coupe du monde d’ici à 2049

Le Football Féminin : Un Modèle à Suivre ?

Et si l’exemple à suivre se trouvait du côté de l’équipe féminine ? Les Chinoises sont régulières en compétition internationale. L’équipe compte déjà 9 victoires en coupe d’Asie, a atteint la finale de la coupe du monde 1999 et est médaillée d’argent des JO 1996.

La Chine a également organisé la première coupe du monde de football féminin de l’histoire en 1991. Le championnat possède aujourd’hui d’importants moyens financiers et des joueuses de talent. L’équipe rivalise avec les autres grandes équipes, même si les résultats des dernières compétitions internationales ne sont pas encore à la hauteur des espérances et du potentiel du football féminin chinois.

Les joueuses des deux premières ligues chinoises sont toutes des professionnelles. Les gouvernements des provinces ont investi massivement dans le développement de ce sport. Le football féminin a pleinement bénéficié de la politique du gouvernement chinois pour développer ce sport, notamment dans le monde professionnel et l’accès au football dans les écoles.

La formation des jeunes reste encore un axe de développement majeur.

Le Repli Actuel : Une Transition Plus Qu'un Échec ?

En dépit de ce tableau, la Chine n’a pas totalement abandonné ses ambitions. « Aujourd’hui, la Chine compte environ 5 millions de licenciés, contre environ 100 000 au milieu des années 2010 ; selon différentes études, le football serait le sport favori de 250 millions de Chinois. Ce sont des chiffres intéressants pour construire un modèle pérenne », nuance Anthony Alyce.

Des chiffres permis par des investissements locaux, comme la construction de dizaines de milliers de terrains de football dans le pays, ou par l’incorporation du football dans le sport scolaire ; la formation des futurs professionnels, elle, continue de bénéficier des relations et des partenariats noués avec les clubs européens.

En attendant l’émergence d’un Zidane chinois, le pays se taille la part du lion au bord des terrains. Si la détention de clubs étrangers, comme l’AC Milan, fut aussi éphémère que la folie des recrutements, la Chine investit aujourd’hui massivement dans le sponsoring : lors de l’Euro 2024, le géant de l’e-commerce Alibaba, le constructeur automobile BYD et le fabricant de produits électroniques Hisense faisaient partie des principaux partenaires.

L’expertise chinoise est également reconnue en matière de construction de stades. « La Chine a développé une expertise en la matière : c’est devenu un instrument de diplomatie internationale, notamment en Afrique », souligne Anthony Alyce.

Autres Facettes du Football en Asie

Au-delà des projecteurs braqués sur la Chine et la Corée du Sud, d'autres aspects du football asiatique méritent d'être explorés :

La Durand Cup : Une Compétition Historique en Inde

Vous souvenez-vous du lancement de l’Indian Super League (ISL) en 2014 ? Mais si, ce championnat hors-sol bâti avec huit franchises dont les effectifs étaient composés de quelques stars (Anelka, Trezeguet, Del Piero, Pirès, Materazzi, Ljungberg, Nesta…) et d’une ribambelle d’Indiens méconnus ! Oui, remettre. Car l’ISL n’a rien inventé. Bien avant sa création, le football a tenté de s’implanter en Inde. C’était en 1888, et cette année marqua la naissance de la Durand Cup. Un tournoi méconnu, mais pourtant la première compétition de football asiatique dans l’histoire. Mieux, c’est même la cinquième compétition nationale, et la première hors des îles britanniques !

A la fin du XIXe siècle, les Britanniques essaiment le football association à travers le monde, et l’Inde ne fait pas exception. En 1888, l’administrateur colonial Sir Mortimer Durand décide de créer un tournoi de football dans les Indes britanniques. A Shimla, dans le Nord du pays, un nouveau tournoi voit donc le jour. Lors de sa première édition, les Royal Scots Fusiliers battent les Highland Light Infantry (2-1). C’est normal, car la Durand Cup a été pensée avant tout pour maintenir les troupes armées en forme. Les divisions des armées britannique et indienne s’affrontent ainsi pendant plusieurs dizaines d’années dans un tournoi dont le format originel est désormais inconnu.

Cette compétition obscure, suspendue pendant la Première Guerre mondiale et où les équipes indiennes ne font que pâle figure (quatre finales en 50 ans), connaît un tournant majeur lorsque éclate la Seconde Guerre mondiale. Et c’est ainsi que le Mohammedan Sporting Club, club de Kolkata, devient le premier club indien vainqueur de la Durand Cup, après avoir battu le Royal Warwickshire Regiment en finale (2-1).

L’instabilité politique qui règne dans les Indes britanniques après la capitulation de l’Allemagne nazie ne permet pas d’organiser une nouvelle édition de la coupe et il faut attendre 1947 pour que la Durand Cup refasse son apparition dans les calendriers indiens. Elle est désormais organisée par l’armée indienne. Les équipes militaires croisent les équipes civiles. Son format évolue drastiquement à l’été 2022, en devenant - 134 ans après sa création - une coupe reconnue par la fédération asiatique de football (AFC). La Durand Cup devient un tournoi officiel de pré-saison, auquel ont participé cette année 20 équipes : les 11 clubs d’ISL, cinq clubs du championnat indien (I-League) sélectionnés et… quatre équipes issues des forces armées indiennes. Car si une chose n’a pas changé, c’est l’implication de l’armée.

D’autres réformes dans le football indien modifient en parallèle les statuts de l’ISL, qui cessera bientôt de fonctionner en circuit fermé. Dès cette saison, le vainqueur de l’I-League sera promu en ISL pour la saison 2023-2024. Et un système de promotion-relégation sera mis en place à partir de la saison 2024-2025.

Sepak Takraw : Un Sport Spectaculaire d'Asie du Sud-Est

Vous avez sans doute déjà vu au hasard de vos balades en Indonésie une petite balle de rotin qui semble voler dans les airs ! Il semble que ce jeu soit en partie originaire de Chine et qu’il soit arrivé dans la région avec le commerce chinois. Mais c’est au XVème siècle en Malaisie que le sepak takraw tel qu’on le connait aujourd’hui trouve son origine. Certains textes historiques malais mentionnent que le jeu a été joué dans le Sultanat de Malacca. A cette époque, il était réservé à la cour royale. Vers le XVIème siècle, le jeu s'est répandu en Indonésie où les gens l'appelaient sepak raga. En Sulawesi, le jeu de football traditionnel Bugis s'appelle aussi Raga (le joueur s'appelle Pa'Raga).

En Thaïlande, certains ont peut-être eu la chance d’admirer les peintures murales du Wat Phra Kaew à Bangkok ? Le jeu a été joué sous sa forme circulaire pendant des centaines d'années. C’était une façon de se sociabiliser dans les villages. Mais c’est en 1740, en Thaïlande, que la version moderne du sepak takraw apparait. En 1829, la Siam Sports Association rédige les premières règles du jeu. Quatre ans plus tard, l'association introduit le filet de style volleyball et organise le premier match public. Le jeu devient alors sport national au même titre que la boxe thaïlandaise.

À l’international, le jeu est régi par l'ISTAF, la Fédération Internationale de Sepak Takraw. En 1990, le sepak takraw devient une discipline des jeux asiatiques. En 1997, la Thaïlande accueille les premiers championnats féminins.

Il est joué sur un terrain dont la superficie est la même que celle d’un terrain de badminton. Dans les compétitions officielles, la balle traditionnelle en rotin n’est plus utilisée. Le jeu se joue à deux équipes. Chaque équipe est appelée regu. Un match se joue en deux sets gagnants, chaque set étant gagné lorsqu’une équipe remporte 21 points. Un joueur se place au centre du terrain : c’est le tekong ou le serveur. Les deux autres joueurs se placent l'un à gauche et l'autre à droite. Le service est validé si la balle passe au-dessus du filet, qu'elle le touche ou non, et est envoyée dans les limites du terrain de l'équipe adverse. Les joueurs peuvent se faire trois passes au maximum entre eux ou à eux-mêmes avant de renvoyer la balle dans le camp adverse. C’est un jeu très impressionnant à regarder où la gravité est en permanence défiée.

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