L'Évolution du Maillot de Football: Histoire, Numéros et Couleurs Emblématiques

Le maillot de football, bien plus qu'un simple vêtement de sport, est devenu un symbole d'identité, d'histoire et de passion. Son évolution, des origines modestes à son statut actuel d'icône culturelle, est une histoire riche en anecdotes et en transformations.

Les Débuts sans Numéros

Au départ du jeu, personne ne portait de numéro dans le dos. Ni de 1, ni de 2, ni de 18, ni de 99 ! Ce sont les Anglais qui s’y sont mis les premiers, comme pour à peu près tout ce qui touche au football. C’est durant l’été 1928 que l’on trouve trace de joueurs numérotés dans le dos, dans deux matches du championnat anglais, Sheffield Wednesday - Arsenal et Chelsea - Swansea.

Le but ? Permettre aux spectateurs de mieux identifier les joueurs, et aux arbitres de ne pas les confondre non plus ! Mais cette expérience n’est pas suivie d’effets immédiats. Cinq ans plus tard, la finale de Coupe d’Angleterre 1933, Everton - Manchester City (3-0), est le théâtre d’une nouvelle expérience : numéros de 1 à 11 pour les Citizens, et de 12 à 22 pour les Toffees !

La star d’Everton, Dixie Dean, qui porte le n°9 de l’avant-centre, marque deux des trois buts d’Everton, mais il ne songe pas à en faire un porte-bonheur pour autant. Ce n’est que finalement qu’en 1939 que les Anglais adoptent pour de bon la numérotation de 1 à 11 pour toutes les équipes.

La Standardisation des Numéros et des Postes

Une numération qui correspond formellement aux postes occupés sur le terrain dans un schéma de jeu dit du « W-M ». Le n° 1 n’est que pour le gardien, les n°2, 3, 4 que pour les trois défenseurs, les n°5 et 6 que pour les deux demis (en pointe du W), et les n°7 pour l’ailier droit, le n°11 pour l’ailier gauche, les n 8 et 10 pour les deux inters (en retrait du M), et le n°9 pour l’avant-centre.

En France, comme dans le reste de l’Europe puis du monde, on adopte cette numérotation après la Seconde guerre mondiale. La saison 1947-1948 voit pour la première fois les équipes du championnat de France ainsi numérotées. Mais selon les pays, il existe des variantes dans la répartition des numéros, hormis pour le 1 qui va toujours au gardien, lorsque l’on passe au système tactique du 4-2-4. En Scandinavie, les défenseurs sont numérotés 2, 3, 4 et 5, de droite à gauche, alors qu’ailleurs, les n°2 et n°3 sont les arrières latéraux, droit et gauche.

En ce qui concerne l’équipe de France, son premier match « à numéro dans le dos » se passe à Wembley, contre l’Angleterre le 26 mai 1945 (2-2). C’est pour la 5e Coupe du monde, celle de 1954 en Suisse, que l’on voit les numéros affichés dans le dos de tous les sélectionnés. Comme ils sont 22, on doit donc monter jusqu’à 22 et braver l’ordre établi. Les Français optent pour un découpage par ligne et par ordre alphabétique ensuite : de 1 à 3 pour les gardiens, puis de 4 à 11 pour les défenseurs, de 12 à 16 pour les milieux de terrain, puis de 17 à 22 pour les attaquants.

C’est ainsi que la jeune vedette française, Raymond Kopa qui évoluait à Reims avec le n°7, le 9 ou le 10 selon son poste du jour, écope du n° 18. Au fil des ans, intervient la possibilité de faire entrer un joueur en cours de match. Le 12e homme porte donc le n°12 au coup d’envoi, comme plus tard le 13e homme portera le n°13… Il arrive aussi fréquemment que certains joueurs changent de numéro selon les matches au gré des besoins de l’entraîneur pour former son équipe.

Un ailier droit (n°7) peut être amené à jouer en milieu de terrain et il récupère alors le n°8, ou bien en soutien de l’avant-centre avec le n°10, voire en défense, avec le n°2.

Quand la Couleur Devient un Enjeu

Le numéro se lisait mal sur les bandes vertes disaient certains, il gâchait le mariage des couleurs verte et blanche estimaient d’autres... C’est ainsi que les « Bhoys » jouent et gagnent la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions 1967, à Lisbonne, face à l’Inter Milan (2-1).

Les années passant, certains entraîneurs commencent à jouer avec les numéros. Mais un homme avait déjà brisé les tabous du numéro fixe : un certain Johan Cruijff, qui se retrouva un jour sur le banc des remplaçants car de retour de blessure. Il entra en jeu et fit un bon match. Johan Cruijff, avec le 14 dans le dos. Johan Cruijff, avec le 14 dans le dos. Un peu de superstition, un peu de coquetterie, beaucoup de sens du marketing aussi, car ce numéro devint rapidement sa marque. Mais une fois transféré en Espagne, en septembre 1973, il dut y renoncer et accepter le n° 9 de son poste.

Si en club on s’en tient encore généralement aux numéros correspondant aux postes, à partir de 1974, ces numéros deviennent un véritable enjeu dans les sélections disputant la Coupe du monde. Chacun sait que les 5, 9 et 10 sont plus prestigieux, ce sont ceux de Beckenbauer, Muller ou Pelé. Pour couper court aux débats et querelles, plusieurs sélectionneurs décident que l’ordre alphabétique fera loi.

Rinus Michels par exemple pour les Pays-Bas et c’est pour cela que le gardien titulaire, Jan Jongbloed portait le n°8. Mais à ce jeu, Cruijff aurait eu le n°1… Ce qu’il a refusé évidemment pour porter son 14 fétiche. Mais les autres durent s’y plier ! Quatre ans plus tard même histoire pour les Argentins. Tout comme le n°14, par peur d’être comparé à Cruijff ! Il opta donc pour le n°15. Quatre ans plus tard, Platini ne se cachait plus et portait le n°10 qui était devenu à son tour sa marque et le sera ensuite à la Juventus Turin comme en équipe de France jusqu’en 1987. Plus tard, Didier Deschamps tenait à son n°7 bien qu’évoluant en demi-défensif.

Michel Platini avec son numéro 10 en équipe de France. Michel Platini avec son numéro 10 en équipe de France. À partir des années 90, le folklore des numéros prit un tour différent, avec une attribution non plus au match par match, mais à l’année, avec le nom du joueur en appoint. L’idée étant de vendre les répliques aux fans… Ce qui ne régla pas les querelles. Les numéros prestigieux étant toujours les plus prisés par les stars.

Superstitions et Héritage

Le n°9, celui des buteurs, de Di Stefano à Papin, bien que Gerd Muller, n°9 du Bayern Munich, jouait avec le n°13 en Coupe du monde (car en 1970, au Mexique, il avait dû céder le n°9 au vétéran Uwe Seeler, mais s’en trouva bien en terminant meilleur buteur de la compétition). Le n°7, le numéro jadis des ailiers droits comme Dominique Rocheteau en France, revint à la mode avec Cristiano Ronaldo. Après avoir obtenu ce numéro en arrivant à Manchester United, là où le 7 avait été celui de Georges Best, Éric Cantona puis David Beckham, Cristiano Ronaldo n’a depuis plus lâché ce numéro.

Un avant-centre privé par un concurrent du n° 9 se tourne souvent vers un palliatif : le 18 (1+8) comme le Chilien Ivan Zamorano à l’Inter Milan quand Ronaldo y jouait, ou bien le 19, ou encore le 99 comme Ronaldo quand il se retrouva au Milan AC avec Inzaghi… Et on a ainsi rapidement dépassé les limites, allant chercher des numéros improbables dans les quarante, soixante et même quatre-vingt-dix ! Bixente Lizarazu au Bayern Munich avait le n°69… Référence à son année de naissance.

Là où d’autres saluent leur département de naissance. Nicolas Anelka et son numéro 39. Nicolas Anelka et son numéro 39. En France on a fini par légiférer. Chaque club de Ligue 1 et Ligue 2 doit établir une liste qui ne peut excéder les 30 noms. Les n°1, 16 et 30 sont obligatoirement réservés aux gardiens. En cas exceptionnel, le n° 40 peut être attribué, voir le n°50 comme à Gianluigi Donnaruma au Paris SG cette saison (à Milan, il avait le 99 !).

Dans certains clubs, une mode du retrait de numéro est apparue, copiant ce qui se fait depuis longtemps au basket NBA. Ainsi, on se rappelle que depuis le départ de Diego Maradona de Naples, plus aucun joueur ne pourra porter le numéro 10. Enfin on notera le retrait du numéro 12 en hommage aux supporters qualifiés de 12ème homme. C’est le cas par exemple à Fenerbahce, Lens, Feyenoord, Portsmouth, Norwich City, Bayern Munich, Malmö ou au Zénith Saint-Pétersbourg.

Couleurs et Symbolisme

Les couleurs des maillots sont également chargées de symbolisme. En général, les équipes nationales portent les couleurs de leur drapeau, à quelques exceptions près : par exemple aux Pays-Bas où le onze national joue en orange, en souvenir des combats pour l’indépendance et en hommage à Guillaume de Nassau. Par métonymie, il finit par incarner un club, une ville, voire un pays. Ainsi en France, (presque) tout le monde sait que les « Verts » sont de Saint-Etienne, comme en Angleterre les « Reds » désignent le Liverpool FC.

La culture du football, à la fois culture de masse et culture populaire, est en réalité suffisamment plastique - et c’est là toute sa force - pour être investie par des imaginaires et des représentations multiples et parfois contradictoires.

L'Ère du Sponsoring

C’est là où on a le plus besoin d’argent que finissent néanmoins par apparaître les premiers logos, au tournant des années 1970 : en France, où l’industrie du football est bien moins florissante que chez ses voisins, ou en Amérique du Sud, caractérisée par une économie footballistique extravertie, qui survit essentiellement par l’exportation de la matière première (les joueurs). Un peu avant, le nom des joueurs avait commencé d’être floqué dans le dos.

Lors des retransmissions radiophoniques, ces numéros permettent d’éviter les erreurs et de nommer plus rapidement les joueurs. Nike, la multinationale états-unienne, était alors à la manœuvre : elle était en effet partie à la conquête de nouveaux marchés dans le sillon de la NBA, la ligue de basket-ball, engagée pour sa part depuis le milieu des années 1980 dans une logique de mondialisation.

Chaque année, les supporters guettent avec impatience puis commentent avec passion les nouvelles tenues de leur équipe préférée, généralement au nombre de six (trois tenues pour les matchs à domicile et trois tenues pour les matchs à l’extérieur).

L'Influence des Couleurs sur les Performances

Même si, l’impact et l’utilisation de la couleur dans des contextes sportifs restent un domaine de recherche relativement peu exploré, Attrill, Gresty, Hill et Barton (2005) ont montré que les tenues rouges et bleues ont une influence sur le résultat.

En effet, ces couleurs ont été assignées au hasard à des participants de combats de boxe olympique, de taekwondo, de lutte libre ou gréco-romaine et la fréquence des gagnants portant du rouge a été significativement plus élevée qu’une simple répartition due au hasard. Ainsi, la couleur des vêtements de sport pèse sur le résultat des rencontres dans différents sports.

Tableau Récapitulatif de l'Évolution du Maillot de Football

Période Caractéristiques Innovations
Avant 1928 Absence de numéros -
1928-1939 Apparition des numéros en Angleterre Identification des joueurs
1940s-1970s Standardisation des numéros et des postes Coupe du Monde 1954: numéros pour tous les joueurs
1980s-1990s Personnalisation des maillots et sponsoring Noms des joueurs, logos des sponsors
Depuis 2000 Marketing et superstitions Numéros retirés, couleurs symboliques

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