Les Champions du Monde 98 : Que Sont-ils Devenus ?

Le 12 juillet 1998, l'équipe de France de football devenait championne du monde. Vingt ans plus tard, il est intéressant de voir ce que sont devenus les 23 héros du sacre au Stade de France. L’occasion pour les 22 bleus sélectionnés il y a vingt ans de se retrouver. L’occasion aussi, de prendre de leurs nouvelles.

Didier Deschamps, Laurent Blanc, Christophe Dugarry, Robert Pires et Zinedine Zidane à Marseille en aout 98 - AFP

Les Entraîneurs : Succès et Défis

Beaucoup ne le savent pas, mais d’autres champions du monde 98 ont aussi tenté de s’aventurer dans des carrières d’entraîneur, avec des succès plus ou moins relatifs.

Zinédine Zidane

Commençons par le plus emblématique de la troupe, Zinédine Zidane, même si son CV n’est plus vraiment à présenter. Après avoir décroché 3 Ligue des Champions consécutives à la tête du Real Madrid (2016, 2017, 2018), le Ballon d’Or 1998 a décidé de faire un break (il était revenu entre 2019 et 2021)… En attendant certainement que le poste de sélectionneur des Bleus se libère. Mais visiblement, son occupant ne compte pas le lâcher de sitôt.

Didier Deschamps

Sacré champion du monde en 2018, Didier Deschamps a en effet les yeux tournés vers le Mondial 2026 et ses qualifications. On sait aussi que DD ne partira pas en vacances avec certains de ses coéquipiers de l’époque, à l’image de Christophe Dugarry, son premier contestataire qui avait d’ailleurs révélé que le Bayonnais ne faisait partie du groupe Whats App des champions du monde 98.

Laurent Blanc

Au rayon des réussites comme entraîneur, on peut aussi ajouter le nom de Laurent Blanc. Champion de France 2009 à la tête de Bordeaux, le natif d’Alès a ensuite connu des expériences chez les Bleus (avant de laisser sa place à Deschamps en 2012), au PSG, au Qatar, à l’OL puis actuellement en Arabie saoudite, où il a su redresser le club d’Al-Ittihad avec Benzema et Kanté sous ses ordres.

Thierry Henry

Vice-champion olympique avec les Bleuets cet été, Thierry Henry a fait le choix de couper après une expérience énergivore comme il l’avait révélé. Lui a encore beaucoup de choses à prouver, et à se prouver à lui-même.

Autres Expériences d'Entraîneurs

C’est par exemple le cas de Bernard Lama, nommé sélectionneur du Kenya en 2006, mais qui avait renoncé à ses fonctions seulement deux mois plus tard en raison du désordre à la Fédération, contraignant dans l’exercice de ses fonctions. L’ancien portier du PSG est ensuite devenu manager général de l’équipe de Guyane, puis vice-président de la Ligue de football guyanaise. Il a également fondé avec d’autres anciens joueurs comme Vieira et Diomède l’association Diambars, qui œuvre pour l’accès à l’éducation et au football dans les pays en développement. On l’a aussi vu apparaître sur le petit écran, comme dans la série documentaire Frères d’armes en 2015.

Son concurrent de l’époque, Lionel Charbonnier, a collectionné les expériences exotiques. Il a par exemple été sélectionneur de Tahiti en 2007, et avait même qualifié les U20 tahitiens à une Coupe du Monde, une performance inédite. Avaient suivi des parenthèses en Indonésie, au Congo, ou encore à Madagascar, avec un poste de sélectionneur adjoint en 2016. Sa seule expérience d’entraîneur en France aura en revanche été un échec, à la tête d’Istres en 2014.

Patrick Vieira

Par son CV que beaucoup d’entraîneurs de 48 ans rêveraient d’avoir, Patrick Vieira aurait peut-être pu intégrer la catégorie de nos réussites. Mais l’ancien joueur d’Arsenal doit encore faire ses preuves après des expériences partagées à Nice, Crystal Palace ou Strasbourg. Pour sa défense, il n’a toujours pas perdu le moindre match à la tête du Genoa.

Alain Boghossian

De son côté, Alain Boghossian a officié comme sélectionneur adjoint de Raymond Domenech à la tête des Bleus, puis de Laurent Blanc jusqu’en 2012. S’il est sorti major de sa promotion lors de l’obtention de son DEPF, l’ex-joueur de Parme n’a encore jamais entraîné d’équipe professionnelle.

Reconversion dans les Médias

C’est presque devenu une suite logique pour les anciens internationaux français. Aujourd’hui, leur image et leur notoriété sont recherchées par les diffuseurs, qui leur assurent des places de choix comme consultants.

C’est par exemple le cas de Christophe Dugarry, qui a multiplié les expériences de commentateur et de chroniqueur. Aujourd’hui, les apparitions médiatiques de l’ancien Barcelonais se sont raréfiées, mais il continue d’intervenir ponctuellement sur RMC.

Même son de cloche pour Lionel Charbonnier, mais aussi Emmanuel Petit, membre quasi permanent de l’émission Rothen s’enflamme. Bixente Lizarazu commente les matches des Bleus sur TF1 depuis 2016 avec Grégoire Margotton, et continue les apparitions dans Téléfoot, comme les chroniques sur les Bleus pour L’Équipe. Il a aussi vogué entre différentes stations de radio, et s’est aussi épris de passion pour la réalisation de documentaires sportifs où il mettait en scène des champions de surf, de ski, d’arts martiaux brésiliens ou de plongée sous-marine.

Marcel Desailly est consultant pour beIN Sports, a été ambassadeur du Mondial 2022, mais est également embourbé dans des affaires judiciaires. L’ancien roc des Blues se dirait ruiné et incapable de payer la pension alimentaire de sa (très probable) fille, qu’il n’a encore pas reconnue.

Autres Reconvertions

Youri Djorkaeff occupe un poste de directeur de la Fondation FIFA depuis 2019, avec l’ambition de mener des programmes sociaux dans le monde. Il a aussi créé sa fondation en 2011, The Djorkaeff Foundation, visant à aider les jeunes qui n’ont pas les moyens de jouer au football, et continue les apparitions à la télé. On l’a notamment vu sur Cana et TF1 lors de grandes compétitions, ou encore… MasterChef, le temps d’un épisode. Il avait aussi tenté une aventure dans la musique, sans succès.

Fabien Barthez n’a jamais vraiment quitté le sport. Passionné d’automobile, l’ancien portier des Bleus a même participé aux 24 heures du Mans. Il avait aussi officié comme directeur général du Luzenac Ariège Pyrénées, rétrogradé en 7e division en 2014, qui restera un "scandale" à ses yeux, comme il l’a souvent martelé.

Vincent Candela est resté un homme libre à Rome, sa terre d’adoption. Il avait tenté de se lancer dans une carrière d’agent avec son grand ami Francesco Totti, avant d’y renoncer. Aujourd’hui, l’ambassadeur de l’AS Rome est devenu un entrepreneur averti, et possède notamment un restaurant dans la capitale italienne, une salle d’événements ou encore un complexe de padel comme il l’avait révélé au Télégramme.

Lilian Thuram est un homme de convictions, et il l’a toujours manifesté par ses engagements et ses prises de position publiques. L’ancien Barcelonais a été membre du Haut Conseil à l’intégration, et a aussi créé la Fondation Lilian Thuram Éducation contre le racisme en 2008.

Christian Karembeu est désormais conseiller stratégique de l’Olympiakos, en Grèce, après avoir enfilé la casquette de directeur sportif ces dernières années, tandis que Bernard Diomède continue de faire ses armes comme sélectionneur des équipes de France de jeunes. Après avoir encadré les U17, U18, et U19, l’ancien joueur d’Auxerre dirige aujourd’hui les U20.

France Brésil 1998 Truqué ? La Vérité D’un Complot En Français 🇫🇷1998-2023

Le Club Athletico Paranaense : Un Exemple de Développement

Le Club Athletico Paranaense, fondé en 1924, est un exemple intéressant de développement dans le football. Il a été pionnier dans l'histoire du football paranaense et a connu des périodes de succès et de défis.

L'Atlético a été de nombreuses fois un pionnier dans l’histoire du football paranaense, notamment en 1949 lorsqu’il devient le premier club de l’État à disputer un match à l’étranger, avec une tournée de trois matchs au Paraguay. Cette année-là, le club écrase le championnat paranaense avec onze victoires et une seule défaite, lors du dernier match alors que le titre est déjà assuré. L’équipe marque plus de quatre buts par match, giflant notamment le grand rival Coritiba sur le score de 5-1. Le 20 mai 1949, le journal Desportos Ilustrados parle de la victoire du Furacão, l’ouragan, qui est encore aujourd’hui le principal surnom du club.

L’Atlético fait plusieurs fois l’ascenseur et concède en 1995 une historique défaite 5-1 contre le grand rival, Coritiba. Un mois plus tard, après avoir fait une campagne pour isoler le président en exercice Hussein Zraik, l’homme d’affaires Mário Celso Petraglia, originaire du Rio Grande do Sul et ancien directeur de l’Atlético Paranaense, parvient à prendre la présidence du club.

L’Atlético remporte la deuxième division brésilienne, devant Coritiba, et atteint l’année suivante les quarts de finale du Brasileirão. Petraglia modernise le club, il améliore les finances en réduisant les dépenses futiles, ce qui permet d’acheter un nouveau centre d’entraînement et de lancer la reconstruction du stade Joaquim Américo Guimarães, abandonné depuis huit ans. Le stade est réinauguré en 1999, le futur Rennais Severino Lucas marquant le premier but de l’Arena da Baixada et est le premier stade au Brésil à être aligné aux normes européennes.

En 2021, grâce à un but de Nikão, l’Athletico bat le Red Bull Bragantino et remporte une deuxième Copa Sudamericana, rejoignant Boca Juniors et Independiente en tête du palmarès. Depuis, l’Athletico a augmenté ses revenus télévisuels, vendant les droits à la chaîne Twitch de Casimiro, là aussi une exception au Brésil, et apparaît à la cinquième place du classement des clubs établis par la CBF. Le club est même le dixième meilleur du monde selon le classement IFFHS.

Nul doute que le Furacão peut encore progresser et accomplir pourquoi pas la promesse faite en 2015 par son président Mário Celso Petraglia : remporter le Mondial des clubs avant le centenaire de l’Athletico Paranaense, en 2024.

Le Football : Plus qu'un Sport, un Phénomène Social et Politique

Le football est plus qu'un simple sport. Il a des implications sociales, économiques et politiques importantes. Son universalité et sa simplicité en ont fait un phénomène mondial.

Sport aujourd'hui universel, le football est pourtant, au départ, une pratique typiquement britannique et, plus encore, victorienne. Il a été codifié et formalisé en 1863, avec la création de la Football Association FA, par une poignée de représentants de public schools collèges secondaires privés et d'universités anglaises. Le football, c'est d'abord une relecture moderne de jeux traditionnels, intégrés dans le « processus de civilisation » décrit par le sociologue Norbert Elias.

Toutefois, le football ne reste pas longtemps l'apanage des classes supérieures. Dès les années 1880, il commence à se diffuser auprès des classes populaires à Londres, dans le nord de l'Angleterre et en Écosse. On est alors en pleine révolution industrielle. Le réseau ferré britannique permet de faire voyager rapidement les équipes et d'unifier les différentes associations autour de règles acceptées sur l'ensemble du territoire. Le ballon rond devient, avec le pub, l'un des principaux loisirs des milieux populaires.

Le football ne tarde pas à franchir la Manche. Des marins anglais ou des Britanniques expatriés le font découvrir sur le continent. En France, par exemple, le premier club où l'on joue en fait certainement un mélange de rugby et de football est créé en 1872 au Havre, par des employés britanniques de sociétés de commerce et de transport du port normand.

La Grande Guerre contribue à atténuer ce clivage. Sport simple à comprendre et à pratiquer, le football est largement utilisé par les deux camps pour occuper les troupes au repos. Le front devient ainsi un lieu de démocratisation sportive, notamment pour les masses rurales. Des journaux, tels que L'Auto ou La Gazzetta dello Sport , organisent des souscriptions pour l'achat d'enveloppes de cuir et de chambres à air destinées aux « poilus », tout en présentant le conflit armé sous la forme métaphorique d'un grand match qu'il faut remporter.

La paix revenue, le football devient l'un des grands sports de l'âge des foules. L'exemple vient encore d'Angleterre. Le nouveau stade de Wembley, inauguré en 1923 dans le nord-ouest de Londres, peut accueillir 127 000 spectateurs. Les continentaux suivent le modèle britannique : les footballeurs abandonnent progressivement les vélodromes qui les ont longtemps accueillis pour disputer leurs matchs dans des stades en béton armé, comme celui de Colombes Hauts-de-Seine, achevé en 1924, ou le Littoriale de Bologne, terminé en 1926.

Rien n'est simple dans les rapports du football et du politique. Les régimes totalitaires qui se mettent en place dans l'entre-deux-guerres en URSS, Italie et Allemagne instrumentalisent le ballon rond. Et ce alors même que les moeurs et les valeurs de ce sport paraissent peu conformes aux idéaux totalitaires.

La Coupe du monde remportée en 1934 en Italie en présence de Mussolini en personne est une magnifique vitrine pour les grandes réalisations du régime et une exceptionnelle tribune pour un Duce au sommet de sa popularité. En 1938, la troisième Coupe du monde est gagnée par l'Italie en France, dans un contexte diplomatique beaucoup plus tendu et devant un public hostile qui n'hésite pas à conspuer la Squadra azzurra. Les organes de propagande fascistes interprètent cette victoire comme une démonstration de force réalisée dans une démocratie jugée « décadente » et hostile.

Après le second conflit mondial, le football devient une arme de la guerre froide. L'équipe de Hongrie de Ferenc Puskas doit prouver la supériorité du communisme. De fait, en 1953, elle inflige une double humiliation aux maîtres anglais en l'emportant 7-3 à Wembley, avant de confirmer à Budapest par un 7-1 sans appel. Inversement, l'Allemagne de l'Ouest, « nain politique », a vu son image internationale nettement valorisée par son équipe de football, qui remporte la Coupe du monde en 1954.

En Amérique latine, les premiers clubs avaient été fondés, au début du siècle, par des étudiants partis faire leurs études en Europe et qui en avaient rapporté la passion pour le ballon rond. Dans ces pays neufs en pleine expansion démographique, mais à la population mêlée du fait d'une immigration massive, le football permet l'invention de styles nationaux, qui jouent sur les clichés machistes.

C'est la décolonisation qui donne un véritable coup de fouet à la diffusion du football. Les pays nouvellement indépendants adhèrent presque en même temps à l'ONU et à la FIFA. Dans ceux qui sont encore colonisés, le football sert de tribune aux revendications nationalistes.

C'est aujourd'hui le cas, en particulier, du Nigeria, puissance montante du football, qui a remporté en 1996 le titre olympique à Atlanta et se qualifie régulièrement pour la Coupe du monde. Loin de copier les joueurs du Vieux Continent, et malgré la présence à leur tête d'entraîneurs européens, les équipes africaines inventent elles aussi un style qui leur est propre, mêlant modernité de l'organisation collective et technique individuelle originale acquise dès le plus jeune âge, avec un équipement de fortune, dans les terrains vagues des grandes métropoles africaines.

L'exemple de l'Iran est, à ce titre, emblématique. Qualifiés pour la Coupe du monde en 1998, les footballeurs iraniens et leurs supporters sont apparus comme les vecteurs de l'occidentalité, de l'ouverture, face aux conservateurs partisans des activités perses traditionnelles, comme la lutte. Cependant, ils ont aussi incarné une identité retrouvée face, notamment, aux Occidentaux, dont l'Iran a subi, tout au long du XXe siècle, l'ingérence.

Le ballon rond aiguise aujourd'hui de nouveaux appétits. L'âge des mécènes est révolu. Les clubs ont été rachetés par des groupes industriels, puis de communication. Le sort du Milan AC ou du Paris Saint-Germain est de ce point de vue caractéristique. Le football, c'est désormais aussi du merchandising la commercialisation des produits dérivés, des recettes publicitaires, des programmes que les chaînes de télévision et de radio se disputent âprement. Et, dans le cas milanais, une vitrine pour l'actuel président du Conseil italien et dirigeant de la formation politique Forza Italia.

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