Depuis plus de quarante ans, Tristan Alric a été un acteur et témoin privilégié de l’évolution du hockey sur glace en France, d’abord comme joueur puis comme arbitre.
Ensuite, en devenant le journaliste spécialiste du hockey sur glace dans le quotidien sportif L’Equipe pendant plus de vingt ans, il a marqué l’histoire du hockey français en étant le créateur de la Coupe Magnus et des divers trophées individuels. Auteur de nombreux livres et d’une récente encyclopédie qui font référence, avec un tel parcours, il est donc bien placé pour avoir une analyse pertinente sur notre sport favori.

Les Logos des Clubs: Un Véritable Bestiaire!
En prenant cette initiative, nos clubs ont voulu ainsi copier une tradition qui existait depuis longtemps déjà dans les sports collectifs nord-américains, notamment dans la NHL où se côtoient les « Pingouins » de Pittsburgh, les « Requins » de San José, les « Canards » d’Anaheim, les « Panthères » de Floride ou encore les « Coyotes » de l’Arizona.
Le but des clubs français fut également de se doter d’une image décalée beaucoup plus accrocheuse médiatiquement dans un pays peu habitué à cette mode. Désormais chaque club de hockey sur glace de l’hexagone posséda individuellement un « marqueur » original facilement reconnaissable et porté fièrement par leurs supporters.
Dans certains clubs, le choix d’un surnom s’est fait grâce à un vote interne après consultation des joueurs, des dirigeants et parfois des supporters. C’est ainsi que le surnom choisi a repris parfois l’image déjà utilisée par un sponsor local comme par exemple les « Ecureuils » à Amiens car à une époque c’était la banque Caisse d’Epargne qui finançait le club. Même chose pour les anciens « Mammouths » de Tours car le supermarché du même nom était son principal partenaire. A Reims, le club opta pour les « Flammes Bleues » après avoir signé un partenariat avec l’entreprise Deville qui était spécialisée dans le chauffage à bois.
Mais d’autres clubs français ont choisi leurs surnoms en se référant cette fois à l’histoire de leur ville. Ce fut le cas à Dunkerque avec un vote unanime en faveur des « Corsaires ». En effet, le personnage historique et emblématique de la ville du département du Nord est le célèbre marin chasseur de pirates Jean Bart qui fut un grand serviteur du roi Louis XIV.
A Belfort, le club a choisi tout aussi spontanément et en toute logique le nom des « Lions » car c’est dans la ville de Franche-Comté que se trouve le célèbre monument du Lion de Belfort, œuvre du sculpteur alsacien Auguste Bartholdi qui commémore la résistance de la ville assiégée par les Prussiens durant la guerre franco-allemande de 1870.
A Viry-Châtillon, le club a aussi choisi un surnom pour faire référence à l’histoire de la ville. Pour l’anecdote, j’avais demandé à l’époque à Patrice Pourtanel quelle était la particularité de sa commune. Ce dernier, qui dirigeait le club castelvirois avec son père Claude, m’expliqua que c’est à Viry-Châtillon que fut construit le premier aérodrome en France. Je lui ai alors proposé de surnommer désormais ses joueurs les « Jets » dans mes articles qui étaient publiés régulièrement dans le journal L’Equipe.
Lors d’un déplacement sur place, j’ai confié à l’ancien président de Briançon Philippe Pacull : « Depuis le début de la saison vos joueurs se battent comme des diables. Ce n’est pas les Rouges qu’il faut les surnommer, mais les « Diables Rouges » ! Si vous êtes d’accord, je donnerai régulièrement ce surnom plus sympa à votre équipe dans mes articles. Vous devriez l’adopter car sur le plan marketing ce serait plus vendeur.
Pour le club d’Annecy, ce fut le choix des « Chevaliers du Lac » car cette appellation avait là encore une double signification. En effet, dans le lac d’Annecy, les pêcheurs ramenaient parfois dans leurs filets « l’omble chevalier » qui est un poisson rare de la famille des saumons dont on retrouve le dessin sur le blason de la ville de la Haute-Savoie. De plus, Annecy étant une cité médiévale le choix des Chevaliers s’imposait.
Certains clubs ont tenu en revanche à faire référence à leur forte identité régionale comme celui d’Anglet qui a choisi comme nom original « Hormadi » un mot basque que l’on peut traduire à la fois par « glace » ou « endroit froid ». De son côté, le club de Brest, avant d’opter pour les « Albatros », avait choisi à ses débuts le nom de « Pen Baz » qui désigne en breton le bâton traditionnel utilisé par les paysans de la région. En choisissant cette appellation, le premier président brestois Jean Le Guily voulut faire un rapprochement astucieux entre le bâton de berger et la crosse de hockey sur glace.
Par ailleurs, à Saint-Brieuc, si on en croit la légende, à l’origine l’Armorique grouillait de créatures merveilleuses qui s’appelaient « les Korrigans ».
Mais, dans leur très grande majorité, nos clubs de hockey sur glace, privés de références évidentes, ont choisi de puiser dans le large domaine animalier pour choisir un surnom même si l’adoption du logo ne fut pas un choix forcément…bête.
Dans le haut du classement, on trouve en deuxième position le surnom très prisé des « Lions » qui a été choisi par 6 clubs : Argenteuil, Belfort, Châtellerault, Compiègne, Lyon et Wasquehal. Mais pour être complet, il y a aussi une longue liste de clubs qui ont choisi un surnom unique ou très peu partagé.
Certains clubs de hockey français, en activité ou disparus, n’ont cependant pas cherché « la petite bête » pour choisir le nom de leurs logos sur lesquels ne figurent donc pas un animal.
Enfin, il y a deux clubs qui ont su faire preuve d’originalité et de créativité. En effet, le club de La Roche-sur-Yon en Vendée a inventé un acronyme singulier le « Hogly » en combinant certaines lettres issues du nom composé : hockey-glace-Yonnais (HO-GL-Y). De son côté, le club de Laon dans l’Aisne a opté pour un jeu de mot astucieux associant le nom de sa ville et l’élan, ce mammifère de la famille des cervidés ce qui donne les « Elaons ».
En effet, la presse anglaise fut à l’origine de cette appellation imagée car un journaliste sportif parla à plusieurs reprises des « French Flyers » pour évoquer les hockeyeurs parisiens en raison des nombreux déplacements qu’ils effectuaient en avion. L’ex-défenseur international, qui était âgé de 27 ans à l’époque, créa par la même occasion un logo très évocateur représentant deux grandes ailes déployées en s’inspirant de celles qui étaient dessinées sur le blason militaire de la Royal Canadian Air Force dont la devise latine « Per ardua ad astra » peut traduire par la formule « A travers les embûches jusqu’aux étoiles ».
Mais, il s’agissait encore d’une simple décoration vestimentaire.
