Le rugby féminin français connaît une figure de proue en la personne de Manae Feleu. Cette jeune femme incarne le leadership, la détermination et l'excellence, tant sur le terrain qu'en dehors.

Manae Feleu lors d'un match. Source: stadito.fr
Un parcours atypique de Futuna à l'équipe de France
Manae Feleu (qui se dit Féléou) est née à Mâcon (Saône-et-Loire), mais son père est originaire de l’île de Futuna. C’est là-bas, à 16 000 kilomètres de la métropole, en plein océan Pacifique, qu’elle a grandi, au sein d’une famille très sportive, ses deux parents étant professeurs d’EPS. À 11 ans, alors que toute sa fratrie est déjà convertie à l’ovalie, dont sa petite sœur Teani, elle décide de s’y mettre elle aussi.
« À Futuna, il n’y a que deux clubs et la section féminine s’est développée plus tard, raconte-t-elle. À Afili Rugby Futuna, le club fondé par son père en 1993, elle côtoie Yoram Moefana et Sipili Falatea, neveu et oncle qui ont tous deux disputé la Coupe du monde avec le XV de France cette année.
Après trois ans sur son île, Manae Feleu a fait ses valises pour la Nouvelle-Zélande. « J’y ai découvert le rugby à XV et aussi leur culture sportive, rembobine-t-elle. Là-bas, le sport fait vraiment partie du quotidien. Au pays du long nuage blanc, certainement la meilleure école du rugby au monde, Manae Feleu apprend. Elle évolue au sein d’Havelock North Rugby. Sa dernière année est stoppée net à cause d’une blessure aux ligaments croisés. Cette expérience l’a cependant préparée à son prochain grand départ, vers la métropole cette fois, en 2017 (elle a 17 ans).
« Quand on vient des îles, c’est inévitable de partir pour les études ou les carrières sportives. Pour moi, le rugby, c’était juste du plaisir. Elle s’installe à Dijon, où vivent son frère et une partie de sa famille, et entre en première année de médecine. Elle reprend le rugby à Dijon (2018-2020) et est repérée par le staff de l’équipe de France U20. En 2020, elle et sa sœur emménagent ensemble à Grenoble et signent avec les Amazones. Sa carrière internationale décolle alors : elle vit sa première sélection le 14 novembre 2020 dans la capitale des Alpes, lors d’un Crunch (défaite 10-33). Mais depuis 2022, Manae Feleu n’a plus quitté les Bleues. Elle participe à la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande, à l’automne, où elle retrouve son ancien pays. « C’était spécial pour moi d’y retourner », sourit-elle. Là-bas, elle se fait remarquer au poste de numéro quatre et décroche le bronze avec les Bleues.
Capitaine du XV de France : une responsabilité partagée
Le 8 octobre, la deuxième ligne française Manae Feleu a pourtant été nommée capitaine du XV de France pour le WXV, la nouvelle compétition de rugby féminin qui débute ce week-end et remplace la tournée d’automne. À 23 ans, la jeune joueuse (9 sélections) va porter le brassard pour la première fois. Quelques jours avant cette annonce, elle se confiait sur son rôle dans l’équipe sans se rendre compte de l’importance qu’elle avait prise au sein du groupe.
C'est une confirmation car Gaëlle Mignot et David Ortiz, le duo de sélectionneurs, avait nommé Manae Feleu la saison dernière et Marine Ménager était vice-capitaine.
L’encadrement du XV de France féminin a dévoilé ce jeudi 12 septembre le nom des deux capitaines pour la saison 2024-2025 : il s’agit de Manaé Feleu, 24 ans, et Marine Ménager, 28 ans. La première, originaire de Wallis-et-Futuna, portait déjà le brassard lors de la saison précédente. Elle joue deuxième ou troisième ligne.

Marine Ménager lors d'un match. Source: Le Parisien
Dans un communiqué publié ce jeudi, la FFR a dévoilé les noms des deux joueuses nommées capitaines du XV de France féminin pour la saison 2024-25. Manae Feleu, la deuxième-ligne de Grenoble (24 ans, 18 sélections) et Marine Ménager, l'ailière du MHR (28 ans, 49 sélections) se partageront le brassard pour la saison 2024-25 a annoncé la Fédération française de rugby.
Pour cette nouvelle saison, l’Iséroise, originaire de Wallis et Futuna, ne sera plus la seule à porter le brassard.
Un leadership serein et une influence positive
Si au début de son capitanat, Manae n'était "pas super à l'aise avec les prises de parole", elle a appris à s'affirmer quand la situation l'exigeait". "Il y a des moments où tu sens que c'est toi qui dois parler et c'est de toi que les filles attendent quelque chose".
« C’est quelqu’un d’équilibré, qui a une bonne influence sur le groupe, et je n’ai aucune raison de changer à ce stade ».
"C'est quelqu'un de très réfléchie, elle a l'adhésion du groupe. Elle est capable, dans la première partie du projet, de mener ce groupe vers des résultats positifs.
« Manae est une capitaine qui aime bien quand les choses sont dites avec transparence mais avec sérénité », souligne son entraîneur.
Double projet : sportive de haut niveau et future médecin
À 25 ans, Manae Feleu mène une vie à cent à l'heure. Capitaine de l'équipe de France féminine de rugby et étudiante en cinquième année de médecine, cette jeune femme originaire de Futuna, petit archipel du Pacifique, incarne avec brio ce que signifie porter un double projet d'excellence.
C'est une blessure aux ligaments croisés qui a déclenché sa passion pour la médecine. "Dans mon malheur, je me suis beaucoup intéressée à tout ce qui était autour de l'opération des croisés, je regardais beaucoup. J'adorais le fait d'être au bloc". Une fascination qui l'a conduite vers des études exigeantes, qu'elle poursuit aujourd'hui à Grenoble.
Son quotidien est un défi permanent : "Je commence à 8h, je suis à l'hôpital jusqu'à 18h, ensuite je file à mon entraînement qui commence à 18h30".
Alors que débute la Coupe du monde 2025 en Angleterre, Manae Feleu incarne parfaitement cette nouvelle génération de sportives qui refuse de choisir entre passion et profession.
Une ambassadrice de Futuna et du rugby féminin
Cette terre méconnue et complexe où la crise démographique et les problématiques climatiques inquiètent la population trouve en elle une ambassadrice émérite, qui porte haut les couleurs de la France et de Futuna, avec détermination et humilité.
Ensemble, Manae et Teani incarnent non seulement l'excellence sportive, mais aussi les valeurs de solidarité et d'entraide propres à leur culture d'origine, portant haut les couleurs de Futuna sur la scène internationale du rugby.
Manae évoque ce moment avec émotion : "Avoir sa petite sœur à côté de soi pendant la Marseillaise, c'est juste incroyable. On allait rêver de se dire que là c'était enfin une réalité, tu ne peux même pas mettre des mots là-dessus tellement c'est fort".
Teani, quant à elle, porte un regard admiratif sur sa grande sœur, reconnaissant son leadership naturel tout en gardant une relation décontractée : "Elle a une âme de leader naturel. Donc forcément les gens vont vers elle puis elle aime aider les autres, ça ne la dérange pas de prendre de son temps libre pour aller aider quelqu'un".
Le rugby féminin aujourd'hui est un peu dans une période entre-deux", analyse Manae. Si au plus haut niveau, une trentaine de joueuses peuvent vivre de leur sport en équipe de France, la réalité en club est bien différente : "Toutes mes copines font quelque chose à côté du rugby. On est comme les garçons il y a 20-30 ans, quand ils n'étaient pas pros et qu'ils avaient toujours leur job à côté."
Cette situation crée des défis particuliers pour les entraîneurs : "On est constamment dans le management de la charge mentale", explique l'un d'eux. "C'est la capacité à ce que les filles s'entraînent dans les meilleures conditions mais avec des temps de récupération suffisamment importants".