Le hockey féminin aux États-Unis a une histoire riche et passionnante, marquée par des moments emblématiques et des figures inspirantes. Des débuts olympiques à la lutte pour l'égalité salariale, cet article explore les étapes clés de son développement.

Match de hockey féminin entre les États-Unis et le Canada aux Jeux olympiques de Sotchi 2014. Source: Wikipédia
Les Débuts Olympiques à Nagano 1998
En 1998, les joueuses de hockey ont intégré les Jeux Olympiques, près de 80 ans après leurs homologues masculins. Pour cette première édition chez les dames, six équipes étaient au programme : les USA, le Canada, la Chine, la Suède, la Finlande et le Japon. Chacune d’entre elles rencontrait l’ensemble des autres équipes une fois pour établir un classement.
Après un carton plein de cinq victoires sur cinq, les Etats-Unis retrouvent les Canadiennes en finale. Les Canadiennes, grandes gagnantes de tous les mondiaux de hockey féminins partent donc favorites. Surtout qu’à Nagano, lors de la phase préliminaire, les Américaines se sont déjà imposées contre le Canada. Menées pourtant 4-1, elles avaient renversé la rencontre pour la gagner 7-4.
Quelques jours plus tard, Karyn Bye et ses coéquipières remettent ça et décrochent l’or olympique sur le score de 3-1. Info : les Canadiennes ont pris leur revanche sur les Américaines en finale lors des Jeux Olympiques suivants avant de remporter également les éditions 2006, 2010 et 2014.
Hilary Knight : Une Figure Emblématique
Meilleure buteuse dans l’histoire du Championnat du monde de hockey féminin, l'Américaine n’en est pas à son premier exploit sur des patins et pour ce qui est de la place des femmes dans le sport.
Hilary Knight Tribute - 2022 IIHF Ice Hockey Women's World Championship
Lors de sa première saison en 2007-2008, à tout juste 18 ans, elle se place seconde de l’équipe en nombre de buts marqués (vingt buts, c’est pas rien !) et septième nationale des nouvelles recrues américaines. Seconde saison et la voici première du championnat avec ses seize buts marqués. Hilary Knight est efficace, stratège et rapide. En 2008, son équipe remporte la Division I du championnat NCAA.
Troisième année et la Californienne devient la meilleure pointeuse de Division I du NCAA. Son palmarès impressionne : elle termine l’université avec un total de carrière de 262 points et devient ainsi la joueuse des Badgers du Wisconsin avec le plus grand nombre de buts (143), de buts gagnants (30), de buts en supériorité numérique (37) et de buts directs (8). Indéboulonnable !
Carrière Professionnelle
Hilary Knight entre dans la Ligue canadienne de Hockey féminin (LCHF) en 2012 avec les Blades de Boston et devient la première américaine à recevoir le prix de CWHL’S Most Valuable Player.
En parallèle de sa carrière en ligue, la pro du palet intègre l’équipe nationale senior des États-Unis dès 2006, elle a 17 ans et joue pour la première fois en compétition internationale lors de la Coupe des quatre nations. Aux championnats du monde de 2007, Hilary Knight remporte sa première médaille d’argent en équipe.
C’est la spécialiste des premières fois : elle entre au firmament du sport en participant à ses tous premiers Jeux Olympiques en 2010 à Vancouver et se hisse, avec son équipe, sur la deuxième marche du podium. Bluffante fureur sur glace, elle marque le but gagnant aux championnats du monde 2011 et permet à son équipe nationale de remporter sa troisième médaille d’or consécutive contre le Canada, la ville de Sun Valley dans l’Idaho décrète alors que le 19 mai 2011 sera « Jour d’Hilary Knight ».
Engagement pour l'Égalité dans le Hockey Féminin
Profondément engagée dans la cause féminine du sport, Hilary Knight est un vrai chevalier servant du sport féminin. Fervente partisane de la création d’une ligue professionnelle de hockey féminin nord-américain, l’octuple championne du monde a joué un rôle déterminant dans la création de la Professional Women’s Hockey Players Association (PWHPA) en 2019, qui se consacre à la promotion du hockey sur glace féminin.
En 2019, avec ses coéquipières, elle boycotte la saison à la suite de la fermeture de l’unique ligue canadienne. « Pour accepter de jouer, on exigeait une meilleure mise en marché du hockey féminin, plus de matchs au calendrier de la saison, des avantages sociaux et un meilleur salaire », racontait-elle en 2019. #BeBoldForChange en étendard ! « Nous nous sommes tenues debout au nom des générations futures », dit-elle.
Hilary Knight a été dans les premiers rangs pour militer en faveur de salaires réévalués et de l’amélioration des conditions de travail dans le hockey féminin : « La PWHPA n’est pas un effort individuel, c’est un effort d’équipe. Je suis juste heureuse d’être l’une des nombreuses joueuses à être prête à créer un avenir meilleur pour le sport au niveau professionnel et à essayer de combler le fossé entre ce que nous avons maintenant et, espérons-le, ce que nous aurons après, à savoir une ligue durable au niveau professionnel.
La meilleure buteuse de l’histoire du championnat du monde de hockey féminin est certaine que le hockey féminin tient aujourd’hui le bon bout… du palet: « L’avenir du hockey sur glace féminin est extrêmement prometteur. Nos sponsors et partenaires croient en nous, et ils veulent en faire plus, pour nous aider à nous défendre et faire passer les choses à la vitesse supérieure. Cela a commencé par de petites étapes de tournée ici et là, et l’année dernière, nous avons joué au Madison Square Garden, à l’Enterprise Center et au United Center. Ce n’est pas un mince exploit, compte tenu de Covid.
Hilary Knight ne lâchera rien pour les futures générations de sportives qui n’ont plus qu’à mettre leurs patins dans ses marques : « Imaginez que vous êtes un enfant et que vous pouvez vous inscrire et dire : « C’est ce que je veux faire comme cheminement de carrière ». « Un jour, les joueuses de hockey seront traitées de la même façon que leurs homologues masculins. Un jour, il y aura un repêchage professionnel après l’université. Un jour, une jeune joueuse se fera repêcher et elle gagnera assez d’argent pour bien vivre et même en déposer dans un compte-épargne. C’est ce qu’on appelle la relève.
Abby Roque : Une Nouvelle Icône et un Symbole de Représentativité
Incarnation des "Natives", symbole de représentativité, catalyseur d’espoirs. Les qualificatifs ne manquent pas à l’heure de décrire Abby Roque, première hockeyeuse amérindienne de l’équipe olympique américaine. Ne vous fiez pas à l’éclat sibyllin de ses yeux noisette, la nouvelle icône du sport féminin outre-Atlantique est impitoyable sur la glace, formidable d’intensité et de brio.

Abby Roque. Source: Pro Sports Daily
Plus qu’une simple image, le nom d’Abby Roque renvoie une société américaine à ses méandres, secouée par des luttes de droits. L’histoire détonne, le destin en impose. Abby Roque a grandi à Sault Sainte-Marie, petite ville centenaire bordant la rivière éponyme, accolée au Canada. Plus vieux fief du Michigan, Sault Sainte-Marie a vécu au gré des appropriations. Des missionnaires jésuites aux représentants de Louis XIV, les Ojibwés - population autochtone nord-américaine - ont subi au fil des siècles les injonctions de ces conquérants.
Ce combat est aussi celui d’Abby Roque, enfant élevée au bord de ces lacs omniprésents à la frontière canadienne. Dans la famille, la passion pour le hockey coule de source. Le père, Jim, a longtemps cumulé les casquettes. Entraîneur de l’équipe de hockey locale le jour, papa poule la nuit. Le temps de polir le "Rock" (surnom de l’Amérindienne) sur la patinoire du coin, au milieu de courtes têtes partageant une indicible culture indigène.
Au fil d’une carrière disputée loin de ses terres, Roque a souffert des rappels cruels de ses origines au sein d’un sport encore massivement composé de joueurs blancs. S’y frotter éprouve le cœur et l’âme, mais en ressort aussi une vertu : apprendre et mieux appréhender les défis futurs. "En lisant des articles, en échangeant avec les autres joueuses, en réalisant le nombre important de victimes d’actes racistes, il m’est apparu plus clair à quel point il est ardu pour les joueuses issues des minorités d’être acceptées, confie Roque dans des propos relayés par Sport Illustrated. Je veux en apprendre davantage. Je veux en faire plus."
En 2016, première année à Wisconsin, une coéquipière interpelle la nouvelle venue en lui faisant une confession…déroutante. "Tu es probablement la première joueuse de hockey améridienne que j’ai rencontrée. Voire la première amérindienne tout court." Interdite devant cet aveu, Abby Roque refuse pourtant d’occlure sa pensée et ses ambitions. "Les joueuses issues des minorités ont besoin d’une représentation. Si on jette un œil à une équipe constituée d’hommes blancs, on ne va pas impliquer les filles, ni les jeunes joueurs issus des minorités. J’espère que d’ici 10 à 15 ans, nous verrons un grand changement grâce au travail sur la représentation entrepris en ce moment même. J’ai envie de faire partie de ce mouvement et de dire : Je suis là."
Engagement pour l'Égalité Salariale
Active sur tous les fronts, Abby "Rock" est en première ligne dans les revendications de l’égalité salariale en hockey sur glace : "Nous (les hockeyeuses) faisons exactement le même travail que les hommes et voulons être traitées comme de vraies joueuses professionnelles", clame l’attaquante. La stature de l’Amérindienne agrège les espoirs d’une nouvelle génération lassée d’attendre sagement son tour au bal de la reconnaissance.
Le Développement du Hockey Féminin aux États-Unis
Le hockey est historiquement très enraciné aux États-Unis. Les États-Unis peuvent capitaliser sur une base solide de développement bâtie sur la spécificité du système universitaire américain. Le championnat universitaire NCAA est depuis de nombreuses années le tremplin idéal pour les stars de demain.
Aux États-Unis, un nouveau record a été atteint avec 98 394 hockeyeuses. Pendant longtemps, le manque d’une grande ligue professionnelle constituait un point noir avec des joueuses qui, en dehors des projecteurs internationaux, évoluaient dans l’ombre.
La création de la Professional Women’s Hockey League en 2023, sous l’impulsion des hockeyeuses canadiennes et américaines, avec un premier match officiel le 1er janvier 2024 a permis de combler un vide, d’imposer un meilleur cadre de vie aux joueuses, en plus de multiplier les records notamment en termes de fréquentation. Les stars américaines et canadiennes sont depuis réunies dans cette grande ligue professionnelle dont la réussite sur bien des plans a renforcé encore un peu plus le standing des deux nations rivales et permis de dynamiser la pratique chez les plus jeunes.
Nombre de hockeyeuses aux États-Unis :
| Année | Nombre de hockeyeuses |
|---|---|
| 2025 | 98 394 |
Jouer en PWHL est désormais un véritable moteur pour les nouvelles générations.