Les célébrations de la victoire du PSG en finale de la Ligue des champions ont été marquées par des incidents et des accusations. Retour sur les faits et les suites judiciaires.

Ce mardi, après les exactions commises ce week-end sur les Champs-Élysées, en marge de la victoire du PSG en finale de la Ligue des champions de football, le temps était désormais à la justice. Au total, une soixantaine de personnes ont été déférées devant le tribunal de la capitale, dont une vingtaine en comparution immédiate.
Une polémique autour d'un policier
Une vidéo a suscité de vives réactions, laissant croire qu'un policier aurait profité de la pagaille pour voler des articles. Selon nos informations, il n’en est rien. Le policier collectait des pièces à conviction qu’un individu tentait de voler juste avant. Une polémique pour rien.
L'agent est situé à proximité d'une boutique du PSG, sur l'avenue des Champs-Elysées, qui a souffert de nombreux cassages et pillages lors de l'acte 18 de la mobilisation des Gilets jaunes à Paris. Pour le syndicat CGT-Police Ile-de-France, cité par France Info, ces images montrent plutôt un policier en train de collecter « des pièces à conviction ».
Selon LCI, le policier mis en cause a en effet rédigé un procès-verbal d’interpellation après cette scène. Dans ce PV, il indique avoir procédé à l’interpellation d’un individu qui tentait de s’échapper d’une boutique vandalisée sur les Champs-Elysées. Au verso du procès-verbal, qui a été versé à l’enquête, l’agent interpellateur prend le soin de faire l’inventaire de toute la liste des objets ramassés et laissés échappés par le pilleur pendant l’interpellation.
Dix-huit articles sont décrits très précisément par le policier, avec à chaque fois la valeur de l’objet. Le sac que l’on voit dans la vidéo est d’ailleurs un sac du PSG lui aussi volé. Le préjudice est estimé à 2.004 €."Le sac et les affaires consignés ont ensuite été remis à l’officier de police judiciaire. C’est l’OPJ qui a pris ensuite le relais", souligne une source proche de l’enquête. Une enquête de l’IGPN a été ouverte.
Il y explique notamment avoir assisté à des interpellations au moment du pillage. « Il y a eu au moins une interpellation, et cette personne qui a été interpellée avait avec lui des vêtements qu'on peut trouver à l'intérieur de cette boutique », poursuit-il. « Et donc là, vous voyez à l'image, il y a donc des policiers qui sont rentrés à l'intérieur et qui ont procédé directement à des interpellations quand il y avait des personnes dedans.
Suites judiciaires et comparutions immédiates
Le tribunal de Paris a dû ouvrir la salle Victor-Hugo, pour faire face à l’afflux de dossiers. Celle où comparaissait il y a deux mois à peine l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy dans l’affaire des soupçons de financement libyen.
Plus d’une dizaine de prévenus, tous de jeunes hommes, ont défilé devant la 23e chambre du tribunal judiciaire de Paris ce mardi. Les dossiers ont trait à des violences commises sur les forces de l’ordre et à des pillages de commerce.
Parmi les prévenus, les profils sont variés : des étudiants, des pères de famille ou encore des travailleurs sans-papiers sous OQTF.
Des cas individuels
- Diego : Venu de l’Ain pour fêter la victoire du PSG, il est accusé d’avoir porté un coup au visage d’un policier. Il est condamné à 12 mois de prison, dont huit avec sursis, à 105 heures de travaux d'intérêt général, une interdiction de se rendre à Paris pendant deux ans et 200 euros de dommages et intérêts.
- Steeve : Étudiant en finances, accusé d’avoir frappé un policier. Il écope de 10 mois de prison, dont cinq avec sursis à effectuer sous bracelet électronique.
- Iravan : Lycéen accusé d’avoir lancé des bouteilles en verre en direction des forces de l’ordre. Il est relaxé.
- Hassan : Travailleur sans-papiers accusé d’avoir mis un coup de pied à la jambe d’un policier. Il est condamné à sept mois de prison avec sursis et 300 euros de dommages et intérêts.
- Ahmed : Pizzaïolo sans papiers interpellé dans une boutique de téléphonie en train de voler une enceinte connectée. Il écope de six mois de prison avec sursis et 500 euros d’amende.
Après les interpellations, la réponse judiciaire. Ce mardi, le rythme des comparutions a considérablement augmenté, avec 20 prévenus - âgés d'une petite vingtaine d'années en moyenne - entendus par la 23e chambre correctionnelle. Dans la grande salle 2.01 du tribunal judiciaire de Paris, sept hommes - âgés de 22 ans en moyenne - sont jugés.
La présidente, entourée de trois assesseurs, affiche une certaine fermeté.
Eloïse Pili, l'avocate de Mathis L., regrette qu'il n'y ait pas eu "d'enquête à charge et à décharge mais uniquement à charge" et une certaine "légèreté de la procédure" alors que des images de vidéosurveillance et des caméras-piétons, portées par les policiers, existent forcément selon elle.
Mardi soir, Diego S. a été condamné à douze mois de détention, dont huit avec sursis, et quatre mois ferme, ainsi qu'à une interdiction de venir à Paris pendant deux ans.
La peine de Steeve T. tombe vers 20 heures : l'étudiant en deuxième année de BTS d'assistant-comptable est condamné à dix mois d'emprisonnement, dont cinq mois de sursis, et devra verser 300 euros dommages et intérêts au policier partie civile dans ce dossier.
Son profil, "bien inséré" selon les termes du procureur, est similaire à la majorité des six autres prévenus de l'après-midi : des jeunes avec pas ou peu de condamnations à leur actif, qui assurent avoir été pris dans "l'euphorie" du moment.
L'homme, de nationalité algérienne et assisté d'un interprète, était alcoolisé au moment des faits. Il assure que le fonctionnaire l'a préalablement poussé au sol.
Interrogé par franceinfo, son avocat Grégory Kagan s'étonne de voir un tel cas en comparution immédiate : habituellement, pour ce genre de faits, un simple "rappel à la loi" suffit selon lui, souvent assorti d'"un stage de citoyenneté".
Mathis L. "Je suis resté sur place et ils sont venus vers moi, ils étaient quatre, j'ai été plaqué contre le sol", relate le prévenu, qui suit une formation de commercial, après avoir travaillé comme transporteur de pianos. "Une fois menotté au sol, je demande son matricule au policier : il a éteint sa caméra, il m'insultait, il rigolait", rapporte-t-il, affirmant avoir été frappé dans les côtes et avoir eu le nez en sang après l'interpellation.
A plusieurs reprises, Mathis L. demande si des caméras ont pu enregistrer la scène.
Le jeune homme, déscolarisé depuis la classe de seconde et actuellement en recherche d'emploi, assure avoir porté ces coups "involontairement".
Mardi soir, Diego S. a été condamné à douze mois de détention, dont huit avec sursis, et quatre mois ferme, ainsi qu'à une interdiction de venir à Paris pendant deux ans.
"Comme il s'agit d'une première incarcération, je vais demander à ce que vous voyiez un médecin en arrivant en détention", précise la présidente.
Le prévenu ne semble pas comprendre tout de suite et se penche vers son avocate, qui a juste le temps de lui expliquer la situation, l'espace de quelques petites minutes.
Elle quitte ensuite la salle d'audience, visiblement sous le choc, pour appeler la mère de son client.
"On se doutait que l'un des sept prendrait cher", regrette l'avocate d'un autre prévenu.
Ce samedi de mobilisation a été marqué par une recrudescence de violences après des semaines calmes.
| Prévenu | Accusation | Peine |
|---|---|---|
| Diego | Coups sur un policier | 12 mois de prison (dont 8 avec sursis), TIG, interdiction de séjour à Paris |
| Steeve | Coups sur un policier | 10 mois de prison (dont 5 avec sursis sous bracelet électronique) |
| Iravan | Lancer de bouteilles sur les forces de l'ordre | Relaxé |
| Hassan | Coup de pied à un policier | 7 mois de prison avec sursis |
| Ahmed | Tentative de vol | 6 mois de prison avec sursis et 500 euros d’amende |