L'ascension et l'histoire de "Jour de Foot" sur Canal+

Pour le service des sports de Canal, l'âge d'or, c'est huit ans. En 1992, « L'Équipe du dimanche » existe depuis deux saisons et les arrivées d'Éric Cantona en Angleterre (à Leeds) puis de Jean-Pierre Papin en Italie (à l'AC Milan) ouvrent de nouvelles perspectives à l'émission consacrée au foot étranger. Mais ce sont surtout les Jeux Olympiques de Barcelone qui vont tout changer.

Entièrement délocalisée en Catalogne, la rédaction sportive offre une couverture 24 heures sur 24 de l'épreuve, avec des consultants prestigieux comme Michel Platini, Yannick Noah, Bernard Hinault ou encore Guy Drut. Des résumés de tous les matches moins d'une demi-heure après le coup de sifflet final Grisé par ce succès, Charles Biétry veut en donner davantage aux plus de 3 millions d'abonnés.

Avant les Jeux, le directeur des sports s'est assuré auprès de la Ligue nationale de football (la future LFP) les droits des résumés de la Division 1 pour 0 centime, en tout cas pas un de plus que ce que verse déjà Canal, diffuseur exclusif du Championnat. « L'émission n'était pas encore mise dans les droits (*), recontextualise Biétry. Après, c'est simple. En revanche, ce qui est complexe, c'est la réalisation. » Car l'idée de l'ancien grand reporter de l'AFP, c'est de présenter un résumé de tous les matches de la journée moins d'une demi-heure après le coup de sifflet final.

D'autant que « Téléfoot », créée en 1977 et diffusée jusque-là le dimanche en fin d'après-midi sur TF1, vient de basculer sur le créneau de 11 heures. « Ainsi l'abonné était le premier servi et le mieux servi », poursuit Biétry. « Du samedi matin à minuit, on vivait comme des sportifs. Après, on partait tous dîner ensemble. Et on refaisait l'émission... », se souvient le réalisateur Jérôme Revon.

Programme du samedi soir, « Jour de foot » (nom soufflé par Philippe Doucet) apparaît la première fois le mercredi 2 septembre, la 5e journée de D1 ayant été avancée pour laisser plus de temps aux Bleus de Gérard Houllier avant leur déplacement en Bulgarie (0-2). C'est le jeune (30 ans) mais déjà très coté Jérôme Revon qui joue les chefs d'orchestre. « Grâce aux Jeux, on savait qu'on pouvait le faire », explique le réalisateur. Il pousse pour ce concept « osé pour l'époque ». Pour le défi mais aussi pour le service : « Les gens ont envie de savoir tout de suite. »

En effet, avant Internet, avant le multiplex systématisé par beIN (en 2012, sur une idée de... Charles Biétry), ceux qui n'ont pas écouté la radio ignorent tout des résultats de la soirée. Outre l'affiche, qu'elle soit avancée la veille ou décalée le lendemain, les téléspectateurs voient huit ou neuf résumés assez exhaustifs (5 à 7 minutes) avec du suspense à chaque fois.

Thierry Gilardi (à droite avec Charles Biétry) a été le premier présentateur de « Jour de foot ».

Premier présentateur, Thierry Gilardi sait parfois que le premier résumé n'est pas terminé quand le générique démarre. Et Charles Biétry a été très clair dans L'Équipe du 2 septembre : pas question de ne pas suivre l'ordre préétabli des rencontres. Vingt-huit ans plus tard, ça fait rire Jérôme Revon : « Quand vous ne l'avez pas, vous ne l'avez pas... Alors vous dites au deuxième : si t'as fini, envoie. »

Car les conditions ne sont pas celles d'aujourd'hui. Successeur de Gilardi en plateau en 1995, Philippe Bruet arrive en 1992 pour « Jour de foot », dont l'ambition a engendré une vague d'embauches, qui va notamment profiter à Éric Bayle et Grégoire Margotton. « Sur le terrain, il fallait des gens capables de faire un montage avec des moyens techniques et de transmission moins rapides qu'aujourd'hui », raconte Bruet, qui parle d'une « très bonne école » : « Pour un journaliste, c'était un apprentissage qu'on ne trouvait pas ailleurs. »

« On n'avait pas le temps d'avoir peur » Si tout le monde se rode, Revon innove perpétuellement. « On n'avait pas le temps d'avoir peur, assure Biétry. Il fallait aller vite, il fallait du rythme. » Pour Bruet, c'était même un atout : « Je suis persuadé que cette adrénaline suscitait une attente chez les abonnés, les gens percevaient ça. »

Quand part le générique de fin, l'ancien de la Cinq se souvient que « tout le monde applaudissait en régie ». « Cette émission nous liait beaucoup, confirme Revon. Du samedi matin à minuit, on vivait comme des sportifs. Après, on partait tous dîner ensemble. Et on refaisait l'émission... C'était exaltant, les belles années de Canal. Quand une émission se démode mais qu'elle reste culte, c'est qu'il s'est passé quelque chose. »

L'évolution et les présentateurs de l'émission

La concurrence et l'atomisation des rencontres sur trois jours ont en effet fait perdre de sa force à « Jour de foot ». D'ailleurs, après les longs mandats de Gilardi, Bruet (trois ans chacun) et Hervé Mathoux (quatre ans), les présentateurs se succèdent au bout d'une ou deux saisons, que ce soit en solo (Stéphane Guy, Lionel Rosso, Alexandre Ruiz, Christophe Josse) ou en duo (Grégoire Margotton-Vincent Radureau, Stéphane Guy-Nathalie Iannetta).

Il faut dire que le job est très exigeant et ingrat : la star, ce sont les images, mais il faut être capable de s'adapter. « Les émissions en plateau, c'est top niveau, expose Biétry. Il faut être hyper attentif, bien préparé tout en étant capable de tout changer au dernier moment.

Messaoud Benterki, aujourd'hui sur la chaîne L'Équipe, a présenté l'émission de Canal pendant quatre ans. Le turn-over se calme à partir de 2009, quand Messaoud Benterki s'installe dans le fauteuil pour quatre ans, conscient, pour reprendre le terme de Jérôme Revon, de présenter une émission « culte ». « C'est exactement le mot, insiste le désormais présentateur de la chaîne L'Équipe. Pour la toute première, quand j'entends le générique, je suis complètement ailleurs. »

Mais le cahier des charges n'est plus tout à fait le même. Depuis 2008, le gros de la journée a lieu à 19 heures, et Orange Sport a une affiche à 21 heures. La relative confidentialité de ce concurrent permet à Canal d'avoir un beau produit d'appel, mais avec moins de fraîcheur pour le reste, alors que les smartphones font leur apparition.

Surtout, Canal a obtenu les droits exclusifs en clair pour sa nouvelle émission dominicale, le CFC. « Parfois, il fallait se casser la tête pour en faire un produit attrayant », reconnaît Benterki. Juste avant le rendez-vous du premier samedi du mois Le défi devient encore plus grand avec l'arrivée de beIN Sports en 2012, quand il n'y a plus que cinq matches le samedi soir.

Karim Bennani, le dernier présentateur, en fera un gimmick, « Jour de foot, l'émission des vrais amateurs de foot », ceux qui souhaitent voir un peu plus que les buts de Metz-Angers et Amiens-Dijon. Bennani s'amusera aussi plus que d'autres avec le fameux rendez-vous du premier samedi du mois.

« J'ai longtemps fait croire à ma mère que ça décrochait et que c'était un problème technique », sourit Benterki, qui avait un peu de mal à annoncer la séquence porno qui allait suivre, à laquelle l'émission restera intimement liée. Vingt-huit ans ensemble, ça crée des liens. Une histoire de culte.(*) La division par lots apparaîtra après le premier appel d'offres en 1999 et l'arrivée de TPS.

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