Le football, souvent perçu comme un simple jeu, est en réalité une institution complexe dont l'histoire et l'impact socio-politique méritent une analyse approfondie. Cet article explore l'origine du football en tant qu'opium du peuple, analysant son évolution historique, son instrumentalisation politique et son impact socio-culturel.

Genèse et Développement du Football
Le football n'est pas un élément de la "culture humaine" ni une pratique "aussi vieille que le monde". C'est une institution capitaliste dont la genèse, la structure et le fonctionnement ne peuvent se comprendre que dans le cadre de l'avènement et de la consolidation du mode de production capitaliste.
La naissance, l'extension et l'implantation du football sont en effet totalement déterminées par le développement du capitalisme, puis de l'impérialisme en tant que conquête du marché mondial, et ses cycles d'expansion ont toujours été liés aux grandes périodes d'évolution de l'économie capitaliste ainsi qu'aux rapports de forces politiques sur l'arène diplomatique internationale.
Au début, le sport n’était pratiqué que par des amateurs encadrés par des bénévoles. Mais on commence à parier sur les matches de boxe et à organiser des billetteries pour les matches de football. Ce n’est qu’en 1932 que les clubs professionnels de foot obtiennent en France de leur fédération l’autorisation d’organiser un championnat national.
Le football débarque au Brésil vers 1895, en pleine prédominance de ces théories racistes et du sentiment d’infériorité qu’elles provoquaient sur les Brésiliens. L’importation du sport elle-même faisait partie des envies civilisationnelles et cosmopolites de l’élite brésilienne. Quand le football arrive au Brésil, il est pratiqué par une certaine aristocratie et est interdit aux Noirs.
Ce n’est que dans les années 1920 et particulièrement dans les années 1930 - grâce au gouvernement de Getúlio Vargas, qui stimule la professionnalisation du football en essayant de le transformer en sport national, et aux premiers écrivains qui ont su reconnaître et valoriser l’importance de la culture populaire pour la formation de l’identité nationale brésilienne - que les Noirs sont autorisés à pratiquer ce sport.
Football et Capitalisme : Une Relation Intime
De nos jours, c'est bien entendu dans le cadre de la mondialisation libérale et de sa domination sans partage du capital financier transnational que prospère le football et que prolifèrent ses organisations et ses lobbys : la FIFA, les fédérations nationales et l'UEFA notamment, mais aussi ses clubs, grands ou petits, professionnels ou "amateurs".
L'économie politique du football est donc de part en part une économie politique capitaliste parce que la logique du profit en a fait une entreprise comme une autre, avec ses employeurs, ses actionnaires, ses salariés, ses rapports d'exploitation, ses stratégies financières, ses conflits d'intérêts, ses licenciements, ses liquidations et son chômage.
Le football spectacle planétaire - avec ses coupes, ses championnats, ses rencontres télévisées, ses golden stars, ses ‘‘fêtes’’ et son matraquage publicitaire omniprésent - n’est que la face visible de l’Empire football. Le football est en effet l’un des dispositifs les plus puissants et les plus universels de la logique du profit.
La marchandisation et la monétarisation qui ont transformé le football en une immense machine à sous avec ses parrains, ses intermédiaires, ses sponsors, ses opérations financières douteuses, ses salaires mirobolants ne sont pas, comme se l’imaginent encore certains « humanistes », les déplorables effets de l’argent, mais la finalité même du capitalisme sportif contemporain. Le but unique du football est bien de brasser de l’argent comme le destin du prunier est de produire des prunes.

Le Football comme Outil de Contrôle Social
Le football, porté par la vague déferlante du libéralisme contemporain, tend également à pénétrer l'ensemble des pays, mais aussi à affirmer son monopole idéologique dans l'industrie de l'abrutissement qui caractérise le capitalisme avancé. Le football est, en effet, contrairement aux rêveries idylliques des zélotes qui persistent à y voir un élément de la culture, l'une des principales machineries idéologiques de manipulation, d'endoctrinement et de crétinisation des masses.
En cela, le football est bien l'idéologie dominante par excellence parce qu'il correspond exactement aux valeurs préconisées par le capital. Pour les médias, il n’existe pratiquement qu’un seul sport, le football (accessoirement le tennis).
Pourtant le foot-spectacle n’est qu’une activité dont l’objectif est la sidération des masses, l’encadrement d’un troupeau dont chacun fait partie et auquel tous sont assujettis. Ce n’est qu’un business de plus, mais dans des stades où la violence et la haine sont exacerbées. C’est l’infantilisation d’une foule qu’on a rendu hystérique, qu’elle se rassemble d’ailleurs dans les stades ou qu’elle reste avachie devant sa télé.
Le foot est devenu le plus puissant des opiums du peuple, la collectivisation de toutes les illusions individuelles. L’utilisation politique de l’hystérie collective est historiquement habituelle !
Sofia Bouratsis, Jean-Marie Brohm, Olivier Gras, et Fabien Ollier affirment que c'est tout l'espace public que gangrène l'hystérie régressive du ballon rond. Une nouvelle fois, un match "amical" de football opposant l'équipe de France à une équipe du Maghreb a été l'occasion d'une explosion de chauvinisme et de xénophobie.
Contrairement aux illusions de tous ces intellectuels qui ne veulent voir dans le football qu'un jeu de balle qui permettrait l'intégration républicaine, la concorde civile et l'amitié entre les peuples, la réalité effective des terrains montre qu'il remplit surtout une fonction réactionnaire de dépolitisation, de grégarisation régressive et d'exutoire aux frustrations.
Plutôt que d'arrêter les matches, il serait donc peut-être temps de songer à zapper le football, opium du peuple.
Le football : des origines au sport mondial
Le Cas Spécifique du Brésil
Tous les quatre ans, le Brésil s’arrête pratiquement pendant un mois pour assister aux matchs de la Coupe du Monde et chanter son orgueil d’être brésilien. Pendant ce temps, les principaux problèmes du pays sont pour ainsi dire oubliés. Ce nationalisme épisodique et épiphénoménal est considéré par certains comme l’affirmation de l’identité du peuple brésilien, comme une soupape, tandis que les critiques le considèrent comme une source d’aliénation dont profitent les hommes politiques.
Si aujourd’hui le football est un sport de masse considéré quasiment comme une religion au Brésil, il n’en a pas toujours été le cas. Si le Brésilien, de manière générale, semble très fier d’appartenir à son pays, il est presque impossible de le considérer comme chauvin.
Dès l’inauguration du stade Maracanã, mais surtout après les deux premières victoires en Coupe du Monde, le football devient un sport de masse au Brésil et séduit les hommes au pouvoir, désireux de tirer profit de cette popularité. Ainsi, après le durcissement de la dictature en 1968, les militaires, qui avaient réalisé un coup d’État en 1964, se rapprochent du sport afin d’obtenir le soutien populaire et ainsi réduire le nombre de manifestations contre le régime.
Après un investissement économique et politique colossal, qui passait par une identification de la ‘seleção’ au régime, ils ont profité, comme le fit la dictature argentine en 1978, du troisième sacre de l’équipe nationale à la Coupe du Monde de 1970 au Mexique et de l’euphorie populaire et nationaliste qui s’ensuivit pour augmenter les assassinats, les condamnations à l’exil et les arrestations.
Pendant la période de la dictature, connue comme ‘les années de plomb’, certains intellectuels marxistes, à partir de l’interprétation négative de la culture de masse de l’École de Francfort et de la conception marxiste et feuerbachienne de la religion, transforment le football en « opium du peuple », en une source d’aliénation et de manipulation par les hommes politiques.

Football et Identité Nationale
Malheureusement, les défaites lors de la Coupe du Monde de 1950 et de 1954 ont ravivé les préjugés raciaux d’infériorité et le complexe de ‘chien-bâtard’ de la population, convaincue d’être un peuple inférieur aux Blancs européens. Mais ces défaites ont conduit les dirigeants sportifs brésiliens à définir une stratégie pour le sport qui a immédiatement porté ses fruits.
Avec la victoire du Brésil lors des Coupes du Monde de 1958 et de 1962 et l’émergence de grands joueurs brésiliens noirs et métisses, tels que Leônidas da Silva (surnommé le ‘Diamant Noir’), Zózimo (la ‘Perle-Noire’), Didi, Garrincha et Pelé, entre autres, émergent aussi une reconnaissance et une valorisation du métissage et des métisses. Ces deux victoires sportives ont aussi contribué à l’élévation de l’estime de soi des Brésiliens.
Dans un pays avec une telle quantité de problèmes sociaux, politiques et économiques, le métissage, la possibilité d’ascension sociale et les victoires procurées par le football ont une énorme influence sur l’estime de soi des Brésiliens.
En outre, le Brésil étant une société très clanique, le football apporte un sentiment d’appartenance qui est très important pour la société brésilienne, notamment pour les subalternes. Abandonnés par l’État, ils ressentent le besoin d’appartenir à une collectivité, à une sorte d’association offrant de la solidarité pour ne pas se sentir plus seuls et isolés qu’ils ne le sont déjà, dans le dessein de constituer un groupe qui pourrait se transformer en un atout dans leur lutte pour de meilleures conditions de vie.
Le football a eu aussi une influence énorme sur la réduction, voire la disparition presque totale, du complexe des Brésiliens envers les étrangers qui leur faisait détester tout ce qui était national.
Football et Philosophie
Le football permet de poser certains concepts et de mettre en avant des paradoxes. En tant que jeu collectif et métaphore de la vie humaine, il soulève un certain nombre de questions philosophiques liées à la règle, à l’arbitraire, à la simulation, à la triche, à l’éthique (la fin et les moyens, la légitimité de la violence, vérité et mensonge).
Albert Camus a aimé et pratiqué le football à une époque où ce dernier était un sport principalement amateur. La professionnalisation progressive du football, puis l’évolution du statut social des joueurs et de leurs contrats l’ont fait évoluer petit à petit.
Le football suscite des émotions fortes et d’une grande variété. C’est un spectacle avec une dramaturgie, permettant une catharsis des passions. Cependant, l’arrivée de la télévision, les retransmissions, tout en permettant à un plus grand nombre de voir les matchs, ont changé le football.
Tableau Récapitulatif : Football et Société
| Aspect | Description |
|---|---|
| Origines | Liées au développement du capitalisme et de l'impérialisme. |
| Économie | Générateur de profits, avec des structures capitalistes (clubs, fédérations, sponsors). |
| Politique | Instrumentalisé par les régimes autoritaires pour le contrôle social et la manipulation. |
| Identité | Source de nationalisme, d'appartenance et d'estime de soi, mais aussi de xénophobie. |
| Philosophie | Soulève des questions éthiques et morales, métaphore de la vie humaine. |