Pelé représente l’essence même du football brésilien, tout ce qui inspire encore aujourd’hui les plus jeunes joueurs de son pays. Durant ses 21 ans de carrière, il a fasciné la planète par son talent. Il a réalisé des gestes techniques difficiles avec une simplicité déconcertante et a été un buteur prolifique, un meneur de jeu magistral, un passeur hors pair et un maestro aux inspirations géniales hyper complet avec des statistiques de folie et un palmarès international inégalé. N'en déplaisent à certains, Pelé reste, et restera "O Rei".
Il laisse l'image d'un joueur complet aux qualités techniques et physiques hors-normes. Il joue des deux pieds, court vite, possède une incroyable détente verticale (comme sur le but inscrit de la tête en finale de la Coupe du monde 1970) et fait preuve d'un incroyable sang-froid devant le but. Et que dire de son aisance technique sur le terrain qui le faisait passer pour le meilleur de son époque. Il était capable de réaliser les gestes les plus techniques avec une très grande facilité. Il le faisait même beaucoup et régulièrement. Son aisance à réaliser les dribbles les plus compliqués ont construit sa légende.
Car c’est bien ce qu’il est depuis toujours au Brésil. Un génie qui a traversé les époques sans jamais se démoder. Respecté comme personne dans un pays qui a vu défiler les stars et les talents, le natif de Três Coraçoes, a rempli de joie ceux de millions de Brésiliens.
Le talent de Pelé, c’était la capacité à inscrire des buts venus d’ailleurs dans des moments capitaux. Né dans la ville de Três Coraçoes, comprenez "Trois coeurs" au Brésil, fils d'un ancien footballeur blessé au genou, élevé dans une famille pauvre, celui qu'on appelait "Dico" et qui allait devenir "Pelé" après le surnom de "Belé" donné par les gamins de son âge, débute à Baquinho, équipe de jeunes du Bauru AC.
Repéré par Waldemar de Brito, ancien international brésilien des années 30, le petit pauvre un temps cireur de chaussures débarque à Santos après une négociation serrée avec la maman. À son arrivée, Edson s’entraîne déjà avec les pros à 16 ans. Il effectue son baptême chez les professionnels le 7 septembre 1956 face au Corinthians. Premier match et ... premier but. Six mois de prestations concluantes suffisent à convaincre le sélectionneur de l'époque Sylvio Pirillo.
Il débute sa carrière auriverde le 7 juillet 1957 contre l'Argentine au Maracana, devant 200 000 spectateurs. Pelé n'a pas encore 17 ans lorsqu'il défend pour la première fois les couleurs jaunes du Brésil, sur la pelouse du Maracana et il inscrit déjà son premier but avec la Seleção. Sa fougue et ses débuts réussis lui permettre d'être sélectionné parmi les vingt-deux joueurs qui se rendent en Suède pour la Coupe du Monde 1958.
Pelé - Top 10 des buts impossibles
Ascension vers la Gloire Internationale
Blessé, il rate les deux premières rencontres du tournoi, contre l'Autriche (3 buts à 0) et contre l'Angleterre qui, chose étonnante, est le premier 0-0 de l'histoire de la Coupe du Monde. Le sélectionneur Vicente Feola le lance dans le grand bain lors du troisième match de poule contre l'URSS. Une première marche vers la gloire. La Seleção décolle.
En quart de finale contre le Pays de Galles, il qualifie son équipe d'un but somptueux et devient alors le plus jeune joueur à marqué à 17 ans et 239 jours. En demi, auteur d'un triplé, il élimine la France, avant de parachever son chef-d'œuvre par un doublé en finale face au pays organisateur la Suède pour une victoire 5 buts à 2. Pelé est en pleurs, Pelé est sacré, Pelé est le nouveau Roi du football. Il devient le plus jeune vainqueur d'un Mondial, à 17 ans, on le rappelle...
Le numéro 10, buteur et passeur d'exception, a fait rêver des générations de footballeurs. Mais si Pelé est aussi populaire, c'est aussi pour son action politique et humanitaire. Il collabore notamment avec l'UNESCO pour aider les enfants en difficulté.
Un mythe qui cumule les records à peine imaginables. En 1969, Pelé avait inscrit son 1000ème but dans un délire indescriptible au Maracanã, le jour de l'anniversaire de sa maman. Après son penalty victorieux, la rencontre est interrompue. Il a fallu près de 30 minutes pour que le jeu reprenne. "Le penalty est une façon lâche de marquer un but.", avait -il confié.
Il a marqué également six fois cinq buts dans le même match, 30 fois quatre buts et 92 fois trois buts. Contre Botafogo en 1964, il inscrit même huit buts. Au total, il aurait officieusement 1281 buts en 1363 matches mais on ne sait pas si tous les buts inscrit sont officiel (il comptait alors les buts lors des matchs amicaux et à l'entraînement).
Par ailleurs le club effectue de nombreuses tournées à travers le Monde, notamment en Europe pour y rencontrer les meilleurs clubs européens qui n'hésitent pas à proposer des ponts d'or pour attirer Pelé, cependant le congrès brésilien décide d'y mettre un terme à ces spéculations en le déclarant "Trésor national brésilien", en vertu de quoi il fait partie du patrimoine du pays et ne peut - comme la récolte de canne à sucre - être exporté qu'avec l'accord du gouvernement.
En attendant, "La perle noire" continue d'empiler les buts et les titres au Santos FC. Mais sa légende, l’ancien attaquant l’a surtout construite en réalisant les gestes les plus fous durant près de vingt ans. Capable de tenter un lob sur le portier bulgare Georgi Naydenov depuis le rond central ou de réussir une feinte de corps suivie d’un grand pont sur l'uruguayen Ladislao Mazurkiewicz, le génie a sans cesse innové pour contribuer à l’évolution de son sport, tout en continuant de gagner (deux Copa Libertadores en 1962 et 1963, et deux Coupes intercontinentales, en 1962 et 1963).
Avec lui, on touche à l'exceptionnel. Comme ce 5 mars 1961, lors du match Santos-Fluminense au Maracana. Il inscrit le célèbre "Gol de Placa", un but digne d'une plaque commémorative. Il existe d'ailleurs une plaque en bronze à l'entrée du stade qui raconte en quelques mots l'histoire de ce but. Il dribble sept joueurs sur 40 mètres et dans une vitesse fulgurante marque d'un tir croisé à ras de terre. Un véritable bijou. Le public, 150 000 spectateurs ainsi que tous les journalistes, fait une ovation au prodige durant deux minutes. Les rares images qui immortalisent cet instant de grâce, ont hélas été perdues.
Pelé émane de lui une fascination qui fait qu'autrefois les gens voulaient le toucher comme on le fait pour un être surnaturel. Il est aussi à ce jour, le seul joueur à avoir remporté 3 Coupes du Monde (1958, 1962 et 1970). Même si celle de 1962, sa blessure prématurée ne lui a pas permis d'être considéré vainqueur à proprement parler.
La seule qu'il n'a pas réussi à s'offrir (celle de 1966) c'était après avoir été sérieusement blessé par des défenseurs très rugueux, le portugais João Morais et le bulgare Dobromir Zhechev pour ne pas les citer. Les bourreaux en chef du Brésilien, des bouchers impunis, briseurs de rêve. Zhechev confiera plus tard: "J'ai commencé le travail. Morais l'a terminé." Cela dit, sans leur chercher la moindre excuse, Pelé était tellement fort qu’il était le plus souvent inarrêtable à la régulière. En outre à l’époque on était moins sévère avec les défenseurs, et les cartons jaunes n’existaient pas encore, puisqu’ils ont été utilisés pour la première fois à la Coupe du Monde 1970.
D'ailleurs les observateurs racontent que c'est sans doute la plus belle Coupe du Monde de toutes celles qui ont été jouées. Ce Brésil était vraiment flamboyante avec ses Carlos Alberto, Gérson, Jairzinho, Tostao et Rivelino en plus de Pelé. Elle atomise d’ailleurs en finale une grande équipe d’Italie sur un score sans appel (4 buts à 1). Le Brésil remporte ses six matchs et inscrit dix-neuf buts. Pelé en marque 4 et sera impliqué sur quatorze des quinze autres, ainsi qu’un total de 28 occasions créées!
C'est à l'issue de ce Mondial au Mexique que Pelé décide de prendre sa retraite internationale, fatigué par les nombreuses rencontres, mais surtout fâché avec la fédé brésilienne. Un choix que personne ne comprend. Il joue son dernier match en sélection contre la Yougoslavie le 18 juillet 1971 au Maracana. Fica!" ("Reste! Reste!"), en vain. "Il faut partir quand le public veut qu’on reste, pas quand il veut qu’on s’en aille ", écrira-t-il. Il ne disputera pas la Coupe du Monde en 1974, pourtant crédible physiquement à 34 ans.
Mais quelques mois après ce retrait du Monde du football, Pelé rechausse les crampons à cause d'énormes dettes accumulées. Il signe un juteux contrat jamais révélé (estimé de 2,5 à 7 millions de dollars) pour les New-York Cosmos et participe alors à la popularisation du football aux États-Unis. Sur le terrain, le Roi reste le Roi. Il plante en trois saisons 64 buts en 107 matchs. Il termine sa grande vadrouille américaine avec un premier titre de la NASL contre les Seattle Sounders le 27 août 1977 aux côtés de Carlos Alberto, Jomo Sono et Franz Beckenbauer.
Toutes les blessures accumulées lors de sa carrière le contraignent à se retirer définitivement en 1977. Pour cela, il boucle la boucle avec un match d'adieu entre les Cosmos de New-York et le Santos FC le 1er octobre 1977 au Giants Stadium, devant environ 75 000 spectateurs, et en présence de son idole Mohamed Ali. Ne pouvant retenir ses larmes au terme de la rencontre, la star brésilienne est portée en triomphe par ses coéquipiers, pour un dernier tour d’honneur au paroxysme de l’émotion. Simplement exceptionnel.

Pelé avec Mohamed Ali lors de son match d'adieu.
Disparition d'une Légende
Depuis début décembre 2022, Pelé était placé en soins palliatifs à l'hôpital Albert-Einstein de São Paulo à la suite d'une infection respiratoire. Le Roi ne répondait plus à sa chimiothérapie suivie depuis 2021 en raison d'un cancer du côlon. Et le pire est arrivé ce 29 décembre 2022, où il disparaît à tout jamais à l'âge de 82 ans. Symboliquement, il s'est éteint à deux pas du Morumbi (stade de Sao Paulo), qui devait lui évoquer tant de souvenirs. C'est là que le 11 juillet 1971, il plante un but en amical face à l'Autriche. Sans disputer la seconde mi-temps. Tour d'honneur. Ce sera le dernier de ses 77 buts avec la Seleçao, en 92 matchs.
Au final, c'est évidemment un pan entier de l'histoire du foot qui s'en va avec lui, il y laissera sans contestation son empreinte indélébile. Son nom continuera de nous éblouir rien qu'à son évocation, et cela, jusqu'à la fin des temps.
On retiendra pour toujours deux moments mythiques archi-connues et immuables de sa carrière. La première lors du Mondial 58 où il éclate aux yeux du monde à l’âge de 17 ans. La seconde sera ce Brésil 70 qui restera l'apothéose de sa carrière et la quintessence du football.
Parmi ses déclarations parfois farfelues, il y en avait tout de même une qui lui convenait parfaitement: "Je suis né pour jouer au football, tout comme Beethoven est né pour composer de la musique et Michel-Ange est né pour peindre." Divin.
Il restera comme l’homme aux trois Coupes du monde de football avec l’équipe nationale du Brésil (1958, 1962 et 1970), et un joueur à l’aisance sur le terrain jamais égalée. Joueur professionnel de football de 1956 à 1977, il a fait le bonheur du club de Santos FC, avant de terminer sa carrière au New York Cosmos aux Etats-Unis. Il continuera ensuite à se servir de sa notoriété publique pour diverses actions humanitaires, politiques et événementielles.

Pelé célébrant une victoire en Coupe du Monde.
Les Clubs de Pelé
| Club | Période |
|---|---|
| Santos FC | 1956-1974 |
| New York Cosmos | 1975-1977 |
L'Impact Mondial de Pelé
Avant Pelé, le football était un jeu d'équipe dans lequel certaines individualités brillaient plus que d'autres. Avec Pelé, le football devint un hymne à la joie, un feu d'artifice de buts et de passes, bref, un art. De multiples personnalités - d'Andy Warhol à Nelson Mandela en passant par Jean-Paul II - posèrent un instant pour une photographie auprès du Brésilien. Ainsi, Andy Warhol pouvait-il déclarer : « Chacun aura 15 minutes de célébrité dans sa vie. Pelé, lui, l'a pour l'éternité. »
Surtout, Pelé fit de la promotion du football dans le monde entier son sacerdoce : il passait dans une contrée reculée, et un stade destiné aux enfants surgissait de terre. Il fut le premier Noir ministre au Brésil. Et, selon ses propres mots, c'est à ce poste qu'il marqua son plus beau but, en faisant voter en 1998 une loi destinée à permettre aux enfants défavorisés de bénéficier de moyens et d'équipements pour s'adonner au sport.