Angleterre vs Croatie : Une rivalité footballistique historique

L'Angleterre a brisé sa malédiction des premiers matchs en Championnat d’Europe contre les vice-champions du monde. Enfin ! La dixième aura été la bonne pour les Anglais, toujours battus ou tenus en échec pour leur entrée en lice dans les Euro de football jusqu’ici. Mais ils ont brisé la malédiction dimanche, face aux Croates. Un succès obtenu de haute lutte à Londres, mais mérité au vu de l’abnégation et des efforts généreux développés par les hommes de Gareth Southgate. Raheem Sterling a inscrit l'unique but de la rencontre. L'Angleterre s'est imposée ce dimanche face à la Croatie (1-0) pour son premier match dans l'Euro 2021 grâce à un but de Raheem Sterling.

«J'ai toujours dit que si je jouais à Wembley dans une grande compétition, je marquerais. Je devais marquer dans mon jardin et je suis ravi de l'avoir fait, a confié le buteur de Manchester City. Il y a beaucoup de raisons différentes qui expliquent pourquoi je n'ai pas marqué pour mon club (ces derniers semaines) mais tout cela ne compte plus, maintenant. Je suis ici avec l'Angleterre, je prends du plaisir dans mon football et je suis juste ravi d'avoir marqué. (Sur sa titularisation contestée) Est ce que je l'ai justifiée ? (Il réfléchit) J'essaie. C'est super de démarrer avec une victoire et on espère s'appuyer dessus.

Cela ne signifie évidemment pas que la copie rendue a été parfaite. La seconde moitié du premier acte a ainsi été poussive offensivement, par manque de vitesse et de créativité, un mal récurrent. Harry Kane, très marqué par le malaise, samedi, de son ancien coéquipier à Tottenham, le Danois Christian Eriksen, a été très discret, englué dans une défense croate dense et qui se méfiait de lui. Les Anglais ont aussi manqué de maîtrise en fin de match.

Le sélectionneur Southgate a donc encore du travail, mais pourra le faire dans la sérénité avec ces trois points capitaux, avant de recevoir la Tartan Army écossaise pour un match explosif vendredi prochain, puis les Tchèques le mardi 22. Une première place dans ce groupe D permettrait aux Anglais de disputer tous leurs matchs à Londres, à l’exception d’un quart de finale à Rome, et de profiter du soutien d’un public bouillant - ils étaient environ 21.500 ce dimanche à Wembley.

La prestation aura été loin d’être parfaite. La Croatie vice-championne du monde a été prise à la gorge pendant les vingt premières minutes par les Three Lions avant de rééquilibrer les débats, sans créer beaucoup de danger cependant. On pensait pourtant la défense anglaise fragilisée par l’absence de Harry Maguire.

Une bonne entame, mais encore du travail Et le choix de Southgate de titulariser à gauche Kieran Trippier, plutôt arrière droit d’habitude mais à l’aise des deux côtés, semblait bien prudent. Il avait été préféré à Luke Shaw ou Ben Chilwell, au profil plus offensif. Tyrone Mings a, lui, fait preuve d’autorité dans l’axe aux côtés de John Stones, ne laissant qu’une seule frappe cadrée à ses adversaires en 90 minutes, une tentative lointaine de Modric captée en deux temps par Jordan Pickford.

Devant eux, la paire Declan Rice et Kalvin Phillips dans l’entre-jeu a été une autre source de satisfaction, en contrôlant le tempo de la rencontre. Philipps, l’une des révélations de la Premier League avec Leeds, a fait des débuts étincelants en compétition internationale, en étant présent à la récupération, à la relance et même devant le but. Il avait réussi une jolie volée à l’entrée de la surface (9e), repoussée prudemment par Livakovic, avant de servir parfaitement Raheem Sterling sur le but décisif (1-0, 57e). Une réalisation qui a récompensé assez logiquement l’Angleterre, qui avait bien cru ouvrir le score dès la 6e minute, quand Phil Foden a enroulé du gauche un ballon qui est venu heurter le poteau.

Un match de qualification manqué pour l'Euro 2008

En 2007, l'Angleterre, battue 3-2 par la Croatie, ne se qualifie pas pour l'Euro-2008, malgré les David Beckham, Steven Gerrard ou Frank Lampard. L'image du coach Steve McClaren, impuissant sous son parapluie, passe à la postérité avec cette légende de tabloïd: "The Wally with the Brolly" ("l'abruti au parapluie.

Plus de dix ans après, McClaren est encore régulièrement interrogé sur cet épisode malheureux et ce cliché devenu l'emblème des contre-performances de l'Angleterre sur la scène internationale. Même avec d'autres sélectionneurs, comme la sortie au premier tour du Mondial 2014 ou l'élimination face à l'Islande de l'Euro 2016.

"Il y avait ce parapluie de la FA (fédération anglaise) au sol donc je me suis dit 'je vais l'utiliser, montrer que je soutiens la FA et rester au sec'", a-t-il expliqué au magazine spécialisé FourFourTwo en début d'année.

"J'ai pensé qu'on allait me tuer si je portais un bonnet mais en fait on m'a assassiné parce que j'avais un parapluie."

"Plus tard, j'ai entraîné au Pays-Bas (à Twente, ndlr) et au stade d'Heracles il n'y a pas d'abri pour le staff et les remplaçants, il y a juste des bancs. Tout le monde avait son parapluie", a-t-il raconté, visiblement encore traumatisé.

"En sortant des vestiaires, on m'a demandé: 'Coach! Vous voulez un parapluie ?' J'ai dit 'Non, je vais sans doute ressembler à un rat trempé, mais je ne prendrai pas de parapluie' ".

Ce 21 novembre 2007, dans l'équipe croate, qui était assurée de la qualification avant même la rencontre, on retrouvait déjà Luka Modric et Ivan Rakitic, devenus depuis les piliers de la sélection à damier. A l'inverse, aucun joueur anglais présent lors de cette maudite nuit de Wembley n'a été inclus dans le groupe pour la Russie.

Alors que les différents sélectionneurs qui se sont succédé étaient souvent moqués, Gareth Southgate est lui devenu une icône de la mode. Marks and Spencer, couturier officiel de l'équipe, a même fait de la journée de samedi, jour où l'Angleterre a tranquillement éliminé la Suède 2-0 en quart de finale, "la Journée nationale du veston" en hommage à l'ancien joueur de 47 ans.

Ses décisions sportives ont également été couronnées de réussite. Ses choix de sélectionner un groupe rajeuni, d'opter pour une défense à trois et de titulariser Jordan Pickford dans les buts malgré son manque d'expérience ont porté leur fruits.

Pickford a réalisé trois arrêts magistraux contre la Suède après s'être illustré lors de la séance de tirs au but contre la Colombie en huitième de finales. A contrario, quand McClaren avait lancé Scott Carson pour ses débuts internationaux contre la Croatie, sa boulette en début de match avait permis à Niko Kranjcar d'ouvrir le score et le pauvre portier n'a plus jamais rejoué pour l'Angleterre.

Revigorés par le sang frais injecté, les Anglais compensent aujourd'hui en intrépidité ce qui leur manque en expérience. "On se focalise sur nous, ce qui se passe maintenant, pas ce qui arrivé par le passé", commente le défenseur Ashley Young. "On est impatients pour la suite".

Mercredi, c'est de nouveau la Croatie en face. Mais c'est une demi-finale de Coupe du monde.

Croatie vs Angleterre : Quand le football croate s'est réinventé entre Zagreb et Liverpool

Ce mercredi Angleterre et Croatie offriront le match de leur vie pour atteindre la finale de la Coupe du Monde. Parmi les joueurs croates, nombre d’entre eux ont fait leur gamme au Dinamo Zagreb, qui est aujourd’hui reconnu comme un modèle de formation en Croatie et plus encore, à travers tous les Balkans. Pourtant les Modric, Mandzukic, Kovacic, tous issus du prestigieux club de la capitale croate, savent-ils ce qu’ils doivent au football anglais ? Car si les Anglais ont inventé et codifié le football, c’est bien la réinvention de ses règles permanentes qui lui a donné son statut de sport le plus apprécié au monde. Retour aux origines du football croate et à ses premiers développements, quand les footballeurs croates impressionnaient les Anglais.

1911 est une année bien rempli. Dans ce qui est encore l’Empire d’Autriche-Hongrie, le football essaime tout naturellement, comme dans le reste de l’Europe. Si les capitales impériales se sont déjà dotées de plusieurs clubs comme le MTK (1888) et Ferencvaros (1899) à Budapest, ou le First Vienna (1894) et le Rapid (1898) à Vienne, les villes du reste de l’Empire ne tardent pas à en ressentir le besoin. En ce temps de montée des nationalismes, chacun comprend qu’avoir un club peut servir à faire avancer ses intérêts de représentation. C’est ainsi qu’on assiste à la création d’une flopée de clubs bientôt mythiques comme l’Hajduk Split, l’Austria Vienne, le BSK Belgrade (aujourd’hui OFK), ou encore l’Ilirija (Olimpija) Ljubljana.

A Zagreb, la situation est quelque peu différente puisque le HASK Zagreb, qui revendique une forte identité croate, existe déjà depuis 1903 et le NK Zagreb depuis 1908. Pour autant, des rumeurs faisant état de la possible création d’un nouveau club à Zagreb, destiné à concourir dans le championnat hongrois et non plus dans le championnat local auquel ces clubs sont limités, poussent plusieurs amateurs de football locaux à créer une nouvelle entité destinée à contrer l’influence hongroise. Sobrement nommé Gradanski, « les citoyens », le club devient en quelques années un des poids lourds du football zagrébois. La fin de la Première Guerre mondiale et la création du Royaume de Yougoslavie (pas vraiment communiste à cette heure-là) en font également un des clubs majeurs du championnat yougoslave en remportant 5 championnats. Le futur Dinamo Zagreb (refondé et renommé ainsi après la Seconde Guerre mondiale) installe alors une féroce rivalité avec le BSK Belgrade et l’Hajduk Split.

Cet engouement pour le football à Zagreb ne se dément pas, surtout que la ville compte alors plusieurs clubs de haut niveau. Bien que l’époque soit peu propice à l’échange d’un flot d’informations en temps réel, on rapporte que la presse croate de l’époque voue une admiration réelle pour le football anglais et s’applique à offrir régulièrement à ses lecteurs les résumés de matchs des championnats anglais et écossais.

Peut-être intrigué par cette passion des Croates pour le beautiful game, on retrouve ainsi dans les archives du Gradanski le premier passage d’un Britannique à la tête du club croate, en la personne de l’irlandais James Donnelly.

Titulaire d’une honnête carrière en Football League à Blackburn, Accrington Stanley, Southend United ou Brentford, on ne connait pas exactement les motivations qui ont poussé le natif de Mayo à accepter la proposition des dirigeants du Gradanski, alors champion en titre, de jouer pour eux…et bientôt de prendre la tête de l’équipe, l’entraîneur Imre « Jesza »Poszony, décidant peu après le début de la saison de lâcher les rênes de l’équipe pour ceux de Ujpest. Par-dessus tout le club est en proie à de gros problèmes financiers et de nombreux joueurs doivent même quitter l’effectif. La saison qui s’annonce avec Donnelly comme entraîneur-joueur est donc un désastre, le Gradanski terminant à la dernière place du championnat. L’Irlandais se voit même reprocher un jeu trop défensif, responsable selon les dirigeants d’une chute de l’affluence pour les matchs du Gradanski. Mauvaise pioche pour les dirigeants zagrébois, l’Irlandais ira quelques années plus tard exercer ses talents du côté d’Istanbul et deviendra une légende du Fenerbahçe en y rapportant pas moins de 5 titres nationaux.

Paradoxalement, une des meilleures périodes du Gradanski commence juste après ce moment-là, quand arrive aux commandes de l’équipe Marton Bukovi, un tout jeune footballeur retraité hongrois, qui vient de mettre un terme à sa carrière après deux ans au FC Sète. Et pour sa première expérience en tant qu’entraîneur le natif de Budapest ne va pas tarder à montrer ses talents tactiques, lors notamment d’une rencontre passée à la postérité au printemps 1936. Le Liverpool FC est alors en tournée en Europe centrale et a fait forte impression lors de ses précédents matchs en Autriche, alors que s’annonce un match de haut niveau à Zagreb contre le Gradanski.

C’est une foule conséquente, la plus grande affluence du Gradanski à ce moment-là, qui est venu observer ce dont sont capables les Anglais, et surtout quelle sera la réponse de leurs propres joueurs. Plus grands, plus forts, plus rapides, mieux entraînés, la différence entre les deux équipes parait flagrante en début de match. Les Anglais, adeptes du fameux système en WM, qu’aucune équipe yougoslave n’a alors encore osée, se montrent particulièrement appliqués. Pourtant, contre toute attente, ce sont les « citoyens » de Zagreb qui prennent d’assaut le but anglais, et inscrivent alors 5 buts. Résultat final ? 5 buts à 1 pour des Yougoslaves survoltés, bien aidés peut-être par un arbitre soigneusement sélectionné. Malgré tout, l’équipe de la Mersey, où évolue alors un certain Matt Busby, reconnait la qualité technique et tactique de l’équipe croate et propose alors de jouer la revanche en Angleterre cette fois-ci.

Les Croates, qui ont alors retrouvé une certaine santé financière, se montrent ravis de la proposition et l’affaire est conclue pour le mois de novembre suivant. Seul petit hic, le championnat yougoslave organise ses phases finales à cette période-là et se montre intraitable avec les équipes en tournée. Signe de l’assurance des Croates, il est alors décidé que le Gradanski enverra sa meilleure équipe en Angleterre, quand l’équipe réserve aura le devoir d’assurer en championnat. Premier match au programme, Liverpool bien sûr.

Et si les Anglais prennent largement leur revanche en l’emportant 4-1, la presse anglaise ne se montre pas avare en éloge, pour une équipe arrivée quelques jours avant en Angleterre. Les matchs suivants ne se révèlent pas forcément mieux pour les Croates qui concèdent un match nul face aux Écossais des Hearts of Midlothian (4-4), de courtes défaites face à Wolverhampton (4-2) et West Ham (1-0), et surtout une contre performance évitable face aux leaders de seconde division de Doncaster (6-4), malheureusement sous-évalués par les joueurs croates.

Plus qu’une tournée de démonstration, les Yougoslaves se servent de cette expérience comme d’un véritable voyage d’observation et d’études. Durant leurs 14 jours en Angleterre, ils assistent par ailleurs à des matchs d’Arsenal, Aston Villa, Blackburn, Liverpool et Sheffield Wednesday. Impressionnés par les infrastructures offertes à leurs homologues que ce soient les stades, les centres d’entrainement, les méthodes de récupération physique et le staff dédié, tout parait plus grand, plus beau, mieux organisé. Un journaliste yougoslave accompagnant l’équipe ira jusqu’à décrire le stade de Aston Villa comme un « château sorti d’un conte de fées. »

Chaleureusement accueilli à chacune de leurs étapes, et notamment par des banquets d’honneurs, le technicien Marton Bukovi en profite également pour prendre des dizaines de notes concernant les systèmes tactiques utilisés par ses homologues anglais. De retour en Yougoslavie, il applique très vite ces principes et permet au club de gagner son quatrième championnat de suite.

Cette expérience se poursuit pour lui au MTK Budapest, à Ujpest, puis en équipe nationale hongroise. Ayant observé de près les habitudes de jeu des équipes anglaises, il met alors sur pied un système hybride au WM, le 4-2-4, qu’il appliquera avec succès d’abord au MTK. En tant qu’assistant de Gusztav Sebes, c’est aussi lui qui lui suggère d’appliquer ces principes afin de tirer le meilleur des joueurs du « onze d’or hongrois. » Avec un certain succès, grâce à ces conseils, la Hongrie bat 6 buts à 3 l’Angleterre à Wembley. Une défaite en forme de Waterloo pour une équipe et une nation qui se pensait imbattable tant qu’elle jouait avec ses propres règles. Inspiré par cette réussite, ce sera ensuite Béla Guttman qui mettra en place cette tactique à Sao Paulo, Porto, et surtout au Benfica.

Il paraîtrait que « l’on ne fait pas un voyage, c’est le voyage qui nous fait et nous défait. » En serait-il de même du football ?

Carte du groupe D de l'Euro 2020

Tableau des confrontations Angleterre - Croatie (depuis 2000)

DateCompétitionRésultat
20 juin 2004Euro 2004 (Phase de groupes)Angleterre 4 - 2 Croatie
6 octobre 2006Qualifications Euro 2008Croatie 2 - 0 Angleterre
21 novembre 2007Qualifications Euro 2008Angleterre 2 - 3 Croatie
10 septembre 2008Qualifications Coupe du Monde 2010Croatie 1 - 4 Angleterre
9 septembre 2009Qualifications Coupe du Monde 2010Angleterre 5 - 1 Croatie
11 juillet 2018Coupe du Monde 2018 (Demi-finale)Croatie 2 - 1 Angleterre (a.p.)
12 octobre 2018Ligue des Nations 2018-2019Croatie 0 - 0 Angleterre
18 novembre 2018Ligue des Nations 2018-2019Angleterre 2 - 1 Croatie
13 juin 2021Euro 2020 (Phase de groupes)Angleterre 1 - 0 Croatie

Comment le 4-3-3 de Southgate a finalement vaincu la Croatie : Angleterre 1-0 Croatie, tactiques pour l'Euro 2020

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