La Défense de Zone 2-3 au Basketball : Stratégie et Efficacité

La défense de zone est une tactique défensive qui consiste à ne pas quitter des secteurs prédéfinis et donc à se « passer » les joueurs, contrairement à la défense « individuelle », où chaque défenseur a la responsabilité d'un attaquant et doit suivre son mouvement. Cette tactique défensive doit permettre de verrouiller la raquette, faciliter le travail du rebond défensif et, le plus souvent, éviter les pénétrations dans l'axe.

En janvier dernier, la légende des Seattle Supersonics, Gary Payton, critiquait ouvertement les franchises NBA qui recouraient à la défense de zone. Il la considérait comme une échappatoire, arguant que les équipes universitaires l'utilisent parce qu'elles ne savent pas défendre individuellement. Pourtant, la NBA a de plus en plus adopté la zone, notamment dans la bulle d'Orlando.

Il existe plusieurs types de zones (2-3, 2-1-2, 3-2, 1-3-1), dont le nom est tiré du positionnement des défenseurs.

Les Différents Types de Défense de Zone

  • La défense 2-3 : Deux défenseurs en haut de la raquette, au niveau des coins de la ligne des lancers francs, et trois défenseurs en bas (un proche du panier, les deux autres en dehors de la raquette sur les côtés). Cette défense permet de fermer fortement la raquette. On parle de deuxième rideau.
  • La défense 3-2 : Trois défenseurs en haut, dont deux au niveau des coins des lancers francs et un au milieu. Puis deux en bas, proche du panier. Ici, il s’agit surtout de bloquer les attaquants, notamment les joueurs rapides, car il y a une forte pression dès la ligne des trois points. On parle de premier rideau.
  • La défense 2-1-2 : Comparée aux autres défenses de zone, ici il y a un joueur au centre de la raquette qui compense la sortie d’un coéquipier sur un tir par exemple. Si le joueur poste 3 sort très loin pour dissuader un tir, le joueur 5 vient prendre sa place. Cette défense est facile à mettre en place, mais elle est très vulnérable au niveau des tirs extérieurs.
  • La défense 1-3-1 : Le couloir de jeu direct vers le panier est totalement fermé ici. Cette défense rend la circulation du ballon plus difficile. Elle est très agressive et le joueur au poste 4 doit être très rapide car il faut beaucoup d’aller-retour.
  • La défense 1-2-2 : Le centre de la défense est plus faible que les autres. Les attaquants peuvent facilement faire circuler le ballon, notamment les longues passes.
  • La défense Match up : Comprend un mélange de défenses de zone et de défenses individuelles. La défense couvre le porteur du ballon, les joueurs et les zones. Elle reprend les principes et les définitions énoncés plus haut.

Dans la photo ci-dessous, extraite du match 1 du premier tour des play-offs entre Miami et Indiana, le Heat est placé en zone 3-2 (ou 1-2-2) : trois défenseurs situés sur la partie haute du demi-terrain, deux au bord de la raquette, proche du panier. Les cadres blancs représentent les zones défendues.

Capture TNT

L'Évolution de l'Utilisation de la Zone en NBA

Lundi, le site spécialisé Bleacher Report notait que « 437 possessions sur défense de zone ont été jouées dans la bulle ». Et d'ajouter pour prouver que la stratégie prend une ampleur inattendue : « La défense de zone a explosé en 2018-2019 avec 3 824 possessions, et à l'issue de la saison régulière 2019-2020 (bulle comprise), le total a atteint 5 361. »

L'utilisation de la défense de zone ne date pas d'hier en NBA. Elle figurait par exemple dans les playbooks de Rick Carlisle, entraîneur des Dallas Mavericks, en 2010-2011, année du premier (et seul) titre de la franchise texane. Le technicien n'a jamais délaissé cette option même s'il l'avouait déjà lors de la campagne victorieuse de son équipe : « On ne va pas vivre de ça. ».

Défendre en zone était tout simplement interdit jusqu'au début des années 2000, pour n'être autorisé qu'à partir de la saison 2001-2002.

En 2012, au coeur des innombrables statistiques enregistrées par les analystes, on pouvait découvrir que les Golden State Warriors proposaient une zone toutes les dix défenses en moyenne (10,3 % de possessions défendues).

Pourtant, malgré le rapprochement consenti par la NBA vers le basket international, la Ligue nord-américaine a conservé une règle rendant l'utilisation de la zone particulièrement compliquée : l'interdiction de rester dans la raquette plus de trois secondes (sauf si un attaquant s'y trouve). Impossible pour les géants de « camper » et d'empêcher les pénétrations, qui restent un des indémodables fonds de commerce du basket made in USA.

En guise de seule parade, les joueurs qui souhaitent rester au plus près du panier s'adonnent à une sorte de pas de danse, qui consiste à sortir les deux pieds de la peinture avant d'y retourner.

Pourquoi l'Attrait Récent pour la Zone ?

Les changements de moeurs, en premier lieu. « La Ligue est en perpétuelle évolution, analyse le désormais nouveau coach des New York Knicks Tom Thibodeau. Nous avons traversé une époque avec beaucoup de changements sur les défenses. C'est en grande partie dû à la réduction de la taille au poste d'ailier-fort, donc les changements de joueurs peuvent se faire du poste 1 (meneur) à 4 (ailier-fort). Les équipes sont devenues efficaces dans l'art d'attaquer ces changements. »

Minimiser le nombre de brèches pour attaquer le panier, ou forcer des tirs compliqués à trois points s'avère crucial. Pour Rick Carlisle, la défense de zone est surtout devenue une arme de « perturbation naturelle ». Changer de défense couperait le rythme de l'adversaire, l'obligeant à intellectualiser un peu plus ses possessions.

C'est surtout du côté de Miami, ou encore de Toronto, que réside la justification la plus récente du phénomène : la domination de joueurs comme Giannis Antetokounmpo - MVP la saison dernière - est telle qu'il devient nécessaire d'opposer à ces monstres physiques des défenses qui annihilent les opportunités d'un contre un, souvent terminées au cercle, faute en prime.

La défense de zone devient dès lors plus pertinente dans les franchises capables de se reposer sur des joueurs aux dimensions également avantageuses. « Nous mettons notre envergure à l'avant, précise l'intérieur du Miami Heat Duncan Robinson. Ce que toutes les équipes ne font pas, et cela oblige à des ajustements inhabituels. On a deux perturbateurs devant, qui font des ravages sur le détenteur sur ballons et sur les lignes de passes. »

« De plus grands corps et de plus grands bras rendent la zone plus efficace », abonde Stanley Johnson, intérieur des Raptors, champion en titre. Son entraîneur, Nick Nurse, explique de son côté qu'il préfère « voir les adversaires dribbler et s'enfoncer dans la défense » afin de tendre un piège. Les Golden State Warriors, battus en finale la saison dernière par Toronto (4-2), pourraient témoigner de la difficulté de surpasser les embûches.

Voici un tableau comparatif des différents types de défense de zone :

Type de Défense Positionnement des Joueurs Avantages Inconvénients
2-3 2 en haut, 3 en bas Ferme la raquette Vulnérable aux tirs extérieurs
3-2 3 en haut, 2 en bas Bloque les attaquants rapides Moins efficace dans la raquette
2-1-2 1 au centre, 2 sur les côtés Facile à mettre en place Très vulnérable aux tirs extérieurs
1-3-1 Fermeture du couloir central Difficile la circulation du ballon Exige un joueur rapide en poste 4
1-2-2 Centre de la défense faible - Facilite la circulation du ballon

Exemple de la Zone « Small Ball » de Houston

Sur le schéma ci-dessous, les Houston Rockets (en noir) ont réussi à provoquer une pénétration de la part de l'Oklahoma City Thunder en cours de premier duel du premier tour des play-offs (victoire des Texans 123-108). P.J. Tucker est situé au centre de la raquette et verrouille l'accès au panier. James Harden, situé côté opposé au ballon, joue le « gardien » et est capable d'intervenir sur trois joueurs à la fois.

Les Rockets, qui proposent un basket « ultra small ball » (sans pivot de métier), utilisent ce gain de vitesse à leur avantage pour couvrir tous les espaces défensifs et ainsi forcer l'adversaire à prendre des tirs précipités, et souvent pris dans des positions inconfortables, tout en assurant le rebond.

Capture TNT

La Zone « Classique » Version Brooklyn

Sans forcément proposer un cinq de grande taille, les Brooklyn Nets de Timothé Luwawu-Cabarrot avaient réussi un joli coup en fin de saison régulière en prenant le dessus sur les Milwaukee Bucks (119-116). Jacque Vaughn, l'entraîneur avait utilisé des schémas de zone classique, conditionnés par un repli défensif rapide.

Sur la première image (1), Giannis Antetokounmpo tient le ballon mais ne peut s'aventurer dans une pénétration face à une zone « 1-2-2 ». Luwawu-Cabarrot lui fait face et ses partenaires dissuadent la pénétration.

Sur la deuxième image (2), le « Greek Freak » tente de profiter de sa taille au coeur de la zone (une « 2-1-2 » cette fois-ci), au niveau du supposé point faible que représente la ligne des lancers-francs. Son vis-à-vis est passé immédiatement devant lui afin de ne laisser que le choix d'une passe lobée, alors interceptée par les deux Nets qui veillent derrière.

(1) Capture NBA TV

(2) Capture NBA TV

Le système a fait ses preuves : lors de la dernière Coupe du monde en Chine, nombreux sont les adversaires de la Grèce, emmenée par Antetokounmpo, à avoir tenté de la zone. L'ailier a terminé le tournoi à seulement 14,8 points de moyenne par match, loin des 27,7 points affichés sur la saison 2018-2019.

Il leur faut alors - et c'est souvent un prérequis afin de faire « exploser » une zone - redoubler d'adresse extérieure afin de sanctionner les espaces laissés ouverts (souvent à trois points).

Si le jeu NBA tire toujours plus vers l'extérieur et des tirs très longue distance, les adeptes de la défense de zone, Rick Carlisle en tête, sont convaincus que l'outil a de l'avenir, et continuera de peser dans la course au titre chaque fin de saison : « Ça a été assez cyclique ces huit ou neuf dernières années. Mais les équipes qui utilisent la défense de zone le font avec efficacité. Et il faut s'y préparer.

LA DÉFENSE AU BASKET (Guide complet)

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