L'Histoire du Football Américain à Saint-Nazaire : Des Sammies aux Terrains de Jeu

L'histoire du football américain à Saint-Nazaire est intimement liée à la présence américaine durant la Première Guerre mondiale et à l'évolution de ce sport en France.

Débarquement des troupes américaines à Saint-Nazaire, en juin 1917.

Les Racines Américaines à Saint-Nazaire Durant la Première Guerre Mondiale

The Bridge, la course à la voile qui part ce dimanche de Saint-Nazaire en direction de New York, rappelle que deux millions de soldats américains ont été engagés pendant la Première Guerre mondiale. De 1917 à 1919, il y a parfois eu, de Brest à Saint-Nazaire, plus de Sammies que d'habitants. Pourtant, la mémoire de ces soldats est toujours discrète. Débarquement des troupes américaines à Saint-Nazaire, en juin 1917. « La France est restée arc-boutée sur ses représentations. Le lieu de la Première Guerre mondiale, c'est Verdun. Et le soldat, c'est le poilu », observe l'historien Erwan Le Gall.

En 1917, on agite les drapeaux des deux pays pour célébrer l'amitié franco-américaine et redonner du sens à un conflit qui n'en a plus. Une fois la guerre finie, tout s'écroule. L'armistice signé, Français et Américains se recroquevillent. Les premiers célèbrent « une victoire contre les Boches », qu'ils attribuent à l'armée nationale. La France a perdu 1,3 million de soldats, l'Amérique, 53 000. Le monde de 1917 n'a aussi rien à voir. Les chewing-gums et les Cadillac n'ont pas réconforté la campagne française comme ils l'ont fait en 1944. « Arme atomique, Europe à reconstruire, extermination d'un peuple... Le souvenir de 39-45 a vite fait écran », observe Erwan Le Gall.

Pendant longtemps, les historiens s'intéresseront au second conflit plutôt qu'au premier. À l'exception du Nantais Yves-Henri Nouailhat, qui rouvre en 1972 les archives. « Sans les Américains, on aurait probablement perdu la guerre », avance-t-il alors. Puis viennent les années 2000, la fin des grands procès (Klaus Barbie, Maurice Papon...) et la disparition des derniers poilus : 14-18 revient sous les projecteurs. Les États-Unis nous ont-ils reproché ce manque de reconnaissance ? « Oui, répond Didier Guyvarc'h. Dès 1926, quand on inaugure la statue du Sammy à Saint-Nazaire, le consul américain déplore l'antiaméricanisme ambiant. » Le monument était d'ailleurs une idée des Américains pour... « remercier de l'accueil fait en 1917 ». C'est à peine si le conseil municipal de Saint-Nazaire s'était déclaré favorable à son édification ! Détruite par les nazis en 1941, la statue ne sera reconstruite...

Les Premiers Pas du Football Américain en France

Le football américain n’est pas une chose toute à fait nouvelle dans le paysage sportif français des années 30. Déjà en 1897, à Levallois, un match entre étudiants américains en séjour dans la Capitale s’était disputé le jour de Thanksgiving sur des terrains appartenant au Racing Club de France. C’est le premier match connu de ce sport sur le vieux continent. Deux rencontres en 15 ans c’est peu… Le sport réapparaît brièvement au sortir de la Première Guerre Mondiale.

Malgré cette présence réduite, la presse française évoque régulièrement le cas du ‘rugby américain’ comme elle aime à appeler le sport. Généralement, le public sait qu’il existe une forme de ‘rugby’ jouée aux Etat-Unis, On sait que c’est un jeu violent et très important là-bas. Et c’est à peu près tout. Et puis, il y’a 1924 et cette finale du tournoi olympique de rugby entre la France et les Etats-Unis restée célèbre pour toutes les mauvaises raisons possibles et qui vaudra - en plus de l’éviction de la chose ovale du jeu olympique pendant près d’un siècle - la plus fantastique des phrases jamais écrites à propos de sport: « C’est ce qui se fait de mieux, sans couteau ni revolver« .

Rares sont ceux qui essaient d’évoquer le sport en d’autres termes que ceux évoqués plus haut. Curt Riess en est un. Ce juif allemand exilé en France à l’arrivée des Nazis au pouvoir est correspondant sportif pour le quotidien France-Soir. Contrairement à la plupart de ceux qui parlent de football américain, lui, l’a vu être pratiqué aux Etats-Unis où il a vécu. Gaston Bénac son directeur des sports au quotidien le soutient et consacre en 1937 une série d’articles à ce sport pratiqué par des ‘super-athlètes’. Il le décrit comme « le plus spectaculaire du monde » mais aussi le « plus violent et le plus meurtrier » qui soit.

En 1938, Riess fonde à Paris l’Union de Football Américain Amateur (UFAA). Son idée première est de composer une équipe française faite de rugbymen, de leur apprendre - rapidement - les règles de ce nouveau jeu et de leur faire affronter une sélection venue des Etats-Unis. La tournée des joueurs américains est officialisée pour le mois de décembre 1938. Le très renommé Jim Crowly, l’un des four horsemen de l’université Notre Dâme dans les années 20 et désormais en charge du programme universitaire de Fordham, prendra la tête de cette équipe.

Malheureusement de son côté, Jean Galia trouve porte close aussi bien chez ses anciens amis du XV que ses nouveaux du XIII. Ses accointances avec le néo-néo-rugby lui sont même reprochées, il en perd son poste de sélectionneur unique de XIII de France. La mise sur pied d’une équipe française est compliquée, pour ne pas dire impossible. Tant pis, les Américains formeront deux équipes et joueront entre eux. Le 30 novembre 1938, les 24 joueurs américains et Jim Crowley s’embarquent à bord du Manathan, direction le Havre et profitent du voyage pour peaufiner leur forme physique.

Le 7 décembre, la douane est passée, ils sont enfin là, les ‘colosses-gentlemen’ comme les appellent Paris-Soir. Une bonne partie de la presse parisienne les attend à leur arrivée. Pas un en dessous de 180cm. Formidable. Près de 2 mètres et 110 kg pour le plus impressionnant, surnommé le ‘Bagarreur’. Génial. Tous sont jeunes et fraîchement diplômés. Leur pedigree universitaire est souvent impressionnant: Princeton, Boston College ou Columbia. On répartit les joueurs. Une équipe portera le nom de New-Yorkers, elle représentera les joueurs des universités de l’Etat du même nom, l’autre s’appellera les US All Stars et sera composée du reste de la troupe. Enfin, pas tout à fait, enfin, pas vraiment, enfin, peu importe. Le sort des rencontres n’a aucun intérêt.

Du Havre, les américains prennent immédiatement la direction de Saint-Germain où ils installent leur camp de base. Pour leurs grands débuts hexagonaux, les joueurs américains sont accueillis par une foule de 20 à 25.000 spectateurs au Parc des Princes. Des hauts-parleurs tentent d’expliquer à cette masse de béotiens ce qu’il se passe (ou ne se passe pas) sur le terrain. La foule est d’abord silencieuse, sous le choc, saisie par l’incompréhension de ce nouveau jeu.

Le lendemain, toute la presse évoque le match. Paris-Soir l’affiche à sa une, forcément. Le reporter de l’Auto déborde particulièrement d’enthousiasme, et croit savoir que football américain a « conquis le public parisien » et prédit que le sport va s’implanter durablement en France. Il nous dit aussi que l’ambiance du Parc des Princes lui a rappelé celle du Yankee Stadium à New-York. En réalité, la plupart des chroniqueurs ne partagent pas cette emphase délirante. Si la qualité athlétique des joueurs impressionne et qu’on loue l’esprit de corps des équipes, que l’on devine aussi les possibilités tactiques du nouveau jeu, on s’y ennuie aussi un peu, beaucoup. « Un sport qui manque d’envolée » résume l’Excelsior.

On regrette que le jeu soit si souvent arrêté par « d’inutiles parlotes ». et on doute que ce rugby « monotone, automatique, simpliste et naïf par instant » soit adapté au tempérament national. Et puis, il y a déjà bien assez de sports en France. On voit avec quelle difficultés deux rugbys tentent de coexister, alors un troisième. La tournée continue. A Lyon, ils sont 10.000, sans doute autant à Marseille, laissant une recette de près de 110.000 francs. Narbonne qui s’était greffé à la dernière minute au programme est un échec. A Toulouse, ils sont moins nombreux, la faute… à la neige.

Si les affluences ne sont pas formidables, elles le doivent pour beaucoup au temps exécrable qu’affronte la France en ce mois de décembre 1938. Les recettes demeurent satisfaisantes: entre 30 et 110.000 francs à chaque match. Parmi les spectateurs venus à la découverte de ce nouveau sport, on note la présence de nombreux dirigeants de soccer ou de rugby quinziste ou treiziste qui se plaisent à jauger des forces et des faiblesses de leur éventuel futur concurrent.

Durant ces quelques jours de décembre, Curt Riess se veut rassurant sur les suites qu’auront la tournée. Il promet des clubs, le recrutement de grands joueurs partout en France, la création d’une ‘Ligue Française de Rugby Américain’ aussi, et enfin la naissance d’une équipe de France qui traversera l’Atlantique pour une tournée inaugurale à l’automne prochain chez les maîtres du jeu.

Thibalt LEBOSSE : Un Joueur Passionné à Saint-Nazaire

Thibalt LEBOSSE est étudiant en 4ᵉ année du cursus ingénieur généraliste sur le campus CESI de Saint-Nazaire. Nous sommes allés à la rencontre de Thibalt. Avant de fouler les pelouses en tant que joueur de football américain, Thibalt était gymnaste artistique masculin de haut niveau, participant régulièrement aux Championnats de France. En septembre 2020, il a intégré le cycle préparatoire du campus CESI de Saint-Nazaire. Confiné chez lui, il passait ses soirées à regarder du sport. C’est ainsi qu’il a découvert le football américain. J’ai été fasciné par la beauté et la complexité de ce sport.

Thibalt a donc cherché un club et a rejoint l’équipe de Saint-Nazaire The Bridge Américain Football, où il joue encore aujourd’hui. Ce changement de discipline a été un véritable défi, mais aussi une source d’enrichissement personnel. Je pratique ce sport deux fois par semaine, le mardi et jeudi de 19h30 à 21h30. Pour les matchs, j’en ai un toutes les deux semaines, le week-end. En parallèle, je fais du renforcement musculaire et de la pliométrie* à la salle de sport, trois fois par semaine.

L’année dernière, j’ai été pré-sélectionné pour jouer en équipe de France de football américain, ensuite, j’ai participé aux demi-finales de championnat de France de football américain et à la finale régionale. Puis, l’été dernier, j’ai participé à un stage national avec des joueurs professionnels canadiens et français. Enfin, j’ai participé à des compétitions en tant que coach de l’équipe cadette du club.

Ce n’est pas toujours facile. Le plus dur est de trouver un rythme équilibré entre le travail et la passion. Quand on a l’envie et la motivation, cela se fait bien. J’essaie de limiter les pauses au travail et à l’école afin d’être le plus efficace possible en journée, pour me concentrer à ma passion en dehors du travail.

Une aisance face aux épreuves rencontrées : savoir travailler sous pression et réagir de façon claire et raisonnée assez rapidement. Un sens du devoir et de la ponctualité : j’ai appris à être ponctuel, respectueux de la hiérarchie et à l’écoute des conseils pour progresser. Un sens de la pédagogie : être capable d’expliquer les intérêts des exercices aux jeunes afin de les faire progresser est très important. C’est une notion qui est toujours un peu compliquée. J’aime pratiquer ce sport, car il s’agit d’un sport fort en émotion et en cohésion d’équipe. J’ai rencontré mes plus grands amis dans ce club. Aussi, j’aime beaucoup le côté stratégique. À chaque tentative, se présente une opportunité de déjouer les stratégies de l’adversaire, ce qui rend cet aspect du sport particulièrement captivant. Et… parce que peu importe qui nous sommes, notre taille, notre poids, notre origine, nous avons tous une place en tant que titulaire dans ce sport.

L'HISTOIRE DE LA NFL

Les Valeurs du Football Américain selon Thibalt LEBOSSE

  • Cohésion d'équipe
  • Stratégie
  • Inclusion
  • Dépassement de soi

L'équipe de Saint-Nazaire The Bridge Américain Football.

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