L'Importance du Football dans la Société Française

Le sport, et en particulier le football, occupe une place prépondérante dans la société. Le sociologue Norbert Elias a particulièrement souligné les liens étroits entre le sport et la société dans laquelle il s’inscrit. Par la manière dont il est pratiqué et les enjeux qu’il revêt d’un point de vue symbolique et politique comme économique ou social, le sport est en effet le révélateur des valeurs et de l’organisation de la société. Il est à ce titre un enjeu politique et sociétal qui détermine les caractéristiques de la politique sportive dans un pays donné.

En France, cette politique a pris une forme particulière car le sport est considéré comme une mission de service public à part entière. Le modèle sportif français prend sa source dans une certaine conception du rôle du sport dans la société.

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I. La Politique Sportive Française : Une Mission de Service Public

Historiquement, les objectifs assignés à la politique sportive sont assez variés et parfois contradictoires. Rapidement, le sport a ainsi été vu comme l’un des vecteurs de politiques publiques plus larges :

  • la défense militaire, avec l’idée que le sport devait permettre de former de futurs soldats prêts à défendre la nation
  • l’éducation, avec la sensibilisation à des valeurs d’exemplarité et de responsabilité comme celles contenues dans la Charte Olympique
  • la santé publique, avec la lutte contre les maladies associées à l’oisiveté

À cet égard, le sport est regardé comme un bien public contribuant à l’éducation des personnes, autant qu’à leur santé et à l’exercice de la solidarité nationale. En offrant un dérivatif aux tensions que crée la vie en société et à l’agressivité qu’elle peut nourrir, le sport concourt aussi à la cohésion sociale.

Enfin, le sport est revêtu d’une dimension symbolique accentuée par la médiatisation croissante des évènements sportifs et l’essor du numérique. Les sportifs accomplis ne sont plus seulement des compétiteurs de haut niveau ; ils sont érigés en héros nationaux acclamés par des foules ferventes. Et par leurs performances, les sportifs de haut niveau participent aussi au rayonnement international de leur pays, ne l’oublions pas.

Dans notre pays, cette conception multidimensionnelle du sport a encouragé la naissance d’une politique publique fondée sur l’intérêt général. Avec l’ordonnance du 28 août 1945, le mouvement sportif se voit alors assigner une mission de service public. Le général de Gaulle lance alors la politique du sport dans une double logique de rayonnement de la France et d’accès au sport pour tous. En mettant l’accent sur l’intérêt général associé à la pratique sportive et sur les dimensions sociales, d’éducation, de culture et d’intégration du sport, l’article L. 100-1 du code du sport détermine le champ d’une politique publique qui s’articule autour de ces deux objectifs principaux : le sport pour tous, entendu comme l’égal accès aux pratiques sportives sur l’ensemble du territoire, et le sport de haut niveau.

Deux principes fondamentaux sous-tendent ensuite la réalisation de ces objectifs. Le premier est celui de l’unité du sport : le sport pour tous et le sport de haut niveau relèvent simultanément de la politique du sport et ils doivent donc être poursuivis comme deux objectifs d’égale importance. Le second principe est celui de la solidarité, au sein d’une même discipline - entre le sport amateur et le sport professionnel - et entre les disciplines. C’est le cas pour le football par exemple.

Considérant le sport comme une mission de service public, la France s’est dotée d’une gouvernance sportive originale faisant la part belle à l’État. Mais l’Etat continue d’occuper une place importante en tant qu’organisateur et régulateur, y compris dans la répartition des financements. Compétent pour tout le champ des activités sportives, qu’elles relèvent de la pratique occasionnelle ou du sport de haut niveau, l’Etat entretient avec les fédérations sportives une relation particulière mélangeant indépendance et contrôle tutélaire.

Ainsi, quelle que soit la nature du contrôle - agrément ou délégation - les fédérations sont soumises au respect de certaines dispositions obligatoires et doivent tendre vers des objectifs d’intérêt général définis par les conventions d’objectifs et de performance qu’elles signent avec l’Etat. Ce dernier joue en outre un rôle de régulateur très important sur les questions de financement mais aussi dans la garantie de l’intégrité et de la probité de la pratique sportive et des compétitions, en particulier par une politique résolue de lutte contre le dopage et le trucage des compétitions.

La spécificité de cette organisation, souvent décrite comme constituant un « modèle français » original en Europe, doit toutefois être nuancée. D’un point de vue financier, le modèle français, axé sur la dépense publique, est en réalité assez répandu. De même, le rôle central joué par les fédérations se retrouve chez la plupart de nos voisins européens. En revanche, il est vrai que le poids de l’intervention de l’Etat dans la gouvernance sportive est souvent moindre hors de nos frontières.

Néanmoins, dans les Etats, comme l’Espagne, qui font de la promotion du sport une mission de service public, la gestion de la politique sportive fait l’objet d’un pilotage plus resserré au niveau central.

II. Évolutions et Pertinence du Modèle Actuel

Plusieurs évolutions récentes viennent questionner la pertinence et la pérennité de ce modèle. Il existe, tout d’abord, une remise en cause du modèle institutionnel français. Comme je l’indiquais précédemment, ce modèle repose sur l’idée que le sport poursuit un objectif d’intérêt général qui justifie le rôle central de l’Etat. Mais comme en matière d’économie il y a quelques décennies, se pose aujourd’hui la question de savoir si l’Etat doit continuer à être un intervenant direct ou s’il doit simplement agir comme le garant d’un certain équilibre général. Plusieurs enjeux sous-tendent cette question. D’une part, celui du financement.

Dans un contexte de finances publiques dégradées, cette question s’avère cruciale, toutes les fédérations sportives n’ayant au demeurant pas le même besoin de financement. Dans ce contexte inégalitaire, le désengagement de l’Etat poserait de réelles questions en termes de solidarité et d’égalité pour les fédérations les moins performantes ou les moins médiatisées.

Le sport améliore la santé physique. Oui, mais pas seulement ! Il est aussi un formidable vecteur d’inclusion et de cohésion sociale, avec des impacts considérables en matière d’éducation, de santé mentale ou encore sur l’économie. Langage universel, le sport rassemble et transcende les barrières socioculturelles, linguistiques et ethniques.

Si les bienfaits du sport sur la santé physique sont connus, ceux sur la santé mentale le sont moins. Plusieurs études montrent qu’investir dans l’activité physique et sportive permet de générer des économies conséquentes dans les dépenses publiques de santé.

Le sport ne stimule pas seulement les muscles, mais aussi l’économie des pays où il est pratiqué. La place du sport dans l’économie mondiale ne cesse d’ailleurs de croître. L’accueil des grands événements sportifs internationaux a des retombées positives dans différents secteurs tels que le tourisme, l’hôtellerie, la restauration ou encore les transports.

La dimension fédératrice du football se manifeste aussi par le très grand nombre de Français qui l’ont pratiqué à un moment ou un autre de leur vie. S’agissant du Football amateur, les Français reconnaissent très largement son utilité sociale. Son engagement est jugé utile non seulement pour soutenir la pratique du football amateur, mais aussi pour contribuer à l’animation des territoires et au maintien de la vie locale, et pour favoriser le lien social.

Tableau Récapitulatif de l'Utilité Sociale du Football Amateur en France

Aspect Pourcentage des Français Pourcentage des Pratiquants
Soutien à la pratique du football amateur 73% 85%
Contribution à l'animation des territoires et au maintien de la vie locale 70% 83%
Favorisation du lien social 62% 78%

Carte de France montrant la popularité du football par région

Les footballeurs professionnels sont devenus des figures médiatiques tantôt admirées et élevées au rang de modèles pour les enfants des classes populaires, tantôt critiquées ou condamnées pour leurs attitudes ou leurs salaires trop élevés. En mettant à distance les discours souvent moralisateurs, naturalisant et psychologisant sur les footballeurs, il dévoile les conditions sociales d'accès à ce métier spécifique et montre que le corps et les performances des footballeurs, plutôt que d'être liés à un « talent naturel » ou à une volonté personnelle, sont le produit d'une construction sociale.

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