Ce fut sans doute un match de veilleur de nuit vu de Paris, devant un écran de télévision. Vu de Dallas, par plus de quarante degrés au soleil et à peine moins à l'ombre, ce fut avant tout une rencontre à savourer sans retenue, comme une boisson fraîche.
Cette confrontation entre Allemands et Sud-Coréens avait pourtant débuté sur le ton décourageant du rappel à l'ordre. Les champions du monde allemands avaient engrangé des provisions suffisantes _ trois buts en trente-six minutes _ pour dissuader toute rébellion de prétentieux.
Les attaquants Karl Heinz Riedle et Jürgen Klinsmann s'étaient chargés de la mise au point : un but pour le premier (19) ; deux pour le second (12 et 36) ; trois à zéro pour l'Allemagne. Mais le Monégasque Klinsmann ne s'était pas contenté de marquer là ses troisième et quatrième buts du tournoi (1). Il avait aussi fait oeuvre de promotion pour le soccer.
Le public de Dallas, assurément le plus "Amérique profonde" de la World Cup, s'était extasié devant sa capacité à sévir dos à la cage, selon la technique dite du "retourné". Deux exploits qu'il n'aurait peut-être pas réussis face à un autre gardien que Young Choi, si maladroit qu'il allait être remplacé en seconde période.
Car il y eut une seconde période. Quarante-cinq minutes d'un festival coréen qui feront date dans l'histoire de ce pays. On se souviendra à Séoul de ce 27 juin 1994 comme on se souvient à Paris de la demi-finale abandonnée à l'Allemagne en juillet 1982, à Séville. Un jour de gloire mais un jour à regrets.
Football / La Dream Team analyse le match Allemagne - Algérie - 01/07
Une Seconde Période Euphorique
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Voici les détails des buts marqués lors du match:
- J. Klinsmann (12’)
- K. Riedle (20’)
- J. Klinsmann (37’)
- S. Hwang (52’)
- M. Hong (63’)
Les compositions des équipes étaient les suivantes lundi 27 juin 1994, 20h00 Coupe du monde 1994, Groupe C, Groupe C.

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L'Inefficacité Allemande en Attaque
C'est normalement la principale qualité de l'Allemagne. En Russie, c'était son principal défaut. Les Allemands n'ont eu aucune efficacité dans les deux surfaces, surtout en attaque. Au total, ils ont adressé 72 tirs sur l'ensemble de leurs trois matches de poules, plus que toute autre équipe jusqu'ici, et pour seulement deux buts inscrits.
Il y a eu des poteaux, des barres, des gardiens adverses en état de grâce… Mais cela ne suffit pas à résumer le manque de réalisme allemand. Les hommes de Joachim Löw n'avaient pas cette efficacité qui caractérise habituellement la Mannschäft. Au très haut niveau, ce type de lacune se paie au prix fort, même pour l'Allemagne. Où était la "Deutsche Qualität" ?
L'Absence de Compacité et de Leadership
L'Allemagne, c'était d'abord une qualité de jeu. Un bloc compact, un style de jeu axé sur la possession de balle et la coordination de mouvements, une capacité à changer de rythme et une supériorité technique. C'est cette combinaison qui lui avait permis d'être sacrée en 2014. Mais il faut que tous les éléments soient réunis.
En Russie, l'Allemagne n'avait aucune compacité. L'équipe de Löw était coupée en deux sur chaque transition défensive. Le repli était largement insuffisant. Et à chaque perte de balle, elle était systématiquement exposée sur les contre-attaques. Ses adversaires ont parfaitement exploité cette lacune, notamment le Mexique et la Corée du sud.
L'absence de Philipp Lahm allait forcément se faire sentir. Mais on n'imaginait pas à ce point-là. L'Allemagne a semblé sans leader dans la difficulté. Ses cadres n'ont pas su prendre le relai. De Manuel Neuer à Thomas Müller en passant par Sami Khedira, Mesut Özil, Toni Kroos, ou Jérôme Boateng, aucun n'a pris les choses en main pour rameuter ses troupes quand les choses ont mal tourné, c’est-à-dire à chaque match de ce premier tour.
Les Erreurs de Löw et le Manque d'Influence des Jeunes
Dès le début, Löw a eu tout faux. La vitesse et la percussion de Leroy Sané auraient certainement fait un bien fou à cette Mannschäft. Mais elle avait quand même suffisamment d'atouts pour franchir ce premier tour. Joachim Löw n'a pas su s'en servir. Le sélectionneur n'est jamais parvenu à trouver la solution tactique pour solidifier sa défense. Il n'a pas non plus dégagé une hiérarchie claire dans son équipe.
Le onze aligné face à la Corée du sud avait de quoi laisser perplexe. Löw a remis dans son onze de départ Özil et Khedira face à la Corée du sud, alors qu'il avait pris des décisions fortes en les écartant face à la Suède, un pari gagnant. Il a aussi aligné d'entrée Leon Goretzka, qui manquait légitimement de rythme puisqu'il n'avait pas joué la moindre minute lors des deux premiers matches. Le résultat et les performances de ces joueurs ne valident pas ces choix. Löw s'est trompé, et sur un match décisif, c'est fatal.
Cette jeune génération n'aura finalement pas eu le rendement attendu en Russie. A l'image de cette Allemagne arrivée à l'heure de la remise en question.
