La fiscalité dans le football européen est un sujet complexe, marqué par des disparités significatives entre les pays. Ces différences ont un impact direct sur la compétitivité des clubs et les stratégies de recrutement des joueurs. Cet article propose une comparaison des principaux championnats européens, en mettant en lumière les spécificités fiscales de chaque pays.

Les Spécificités Nationales
Les hommes politiques ne maîtrisant pas toujours les effets de leurs effets d’annonce, on ne sait pas si l’équipe de campagne de François Hollande avait anticipé ceux de sa déclaration d’intentions quant à la création d’une nouvelle tranche d’imposition à 75% pour la part des revenus annuels au-delà d’un million d’euros. Et, par exemple, si elle avait prévu que le débat partirait très vite sur le terrain du football, alors que la mesure ne ciblait pas spécialement la catégorie des footballeurs. Mais il semble que ceux-ci soient voués à incarner toutes sortes de problématiques qui les dépassent pourtant complètement.
France : Un Système Complexe et Onéreux
En France, le poids de la fiscalité est souvent pointé du doigt comme un handicap pour les clubs. Première Ligue vient de publier un rapport sur le poids de la fiscalité appliquée au football en France. Les clubs ont payé, sur la saison 2019-2020, quasiment 1 milliard d’euros d’impôts et de taxes. Globalement, l’ensemble des clubs de Ligue 1 se sont acquittés de 955 millions d’euros d’impôts et de taxes, sur toute la saison 2019-2020. La plus grande partie de ces charges concernent les cotisations salariales et patronales, quasiment 64% du total, soit 604 millions d’euros payés. À titre de comparaison, Angers paie 13 fois plus de charges patronales que le Bayern Munich, champion d’Europe. Le LOSC paie plus de charges patronales que tous les clubs de Bundesliga et de Liga réunis, soit 38 clubs.
Il faut ainsi noter qu’après avoir instauré le « Droit à l’image collectif » (DIC), système permettant d’exonérer de charges 30% de la rémunération des joueurs, la majorité actuelle a ensuite opté pour sa suppression en juin 2010. En parallèle, le sentiment se répand que l’effort financier de l’Etat et des collectivités en faveur de la construction et la rénovation des stades pour l’Euro 2016, au plus grand bénéfice des clubs, présente un coût très excessif.
La France reste peu attractive en matière de fiscalité des entreprises, mais fait figure de bonne élève sur le front de la paperasserie administrative. Avec un taux d'imposition global de 64,7%, l'Hexagone est l'un des pays au monde qui taxent le plus leurs petites et moyennes entreprises. À l'échelle européenne, où le taux moyen s'élève à 41,1%, la France est le second pays le plus cher pour les entreprises, derrière l'Italie (65,8%). Alors que la charge fiscale sur les bénéfices est «relativement basse» en France, à 8,7%, la performance du pays est plombée par le poids des charges sociales.
Face aux avantages fiscaux espagnols et anglais, la France a du mal à rester attractive. Eric Besson, alors secrétaire d'Etat à la Prospective, a remis fin 2008 son rapport sur la compétitivité du football professionnel français. Ce document révèle que "La France possède un système de prélèvements sociaux et fiscaux plus lourd que ceux de l'Allemagne, l'Angleterre, l'Espagne et l'Italie". En France, le coût global des rémunérations pour les clubs est supérieur de 21% à celui de l'Espagne, de 18% à celui de l'Italie, et de 16% à ceux de l'Angleterre et de l'Allemagne.
Espagne : Des Avantages Fiscaux Attractifs
L'Espagne demeure la grande gagnante du match de la fiscalité que se livrent les pays européens aux clubs les plus prestigieux. Selon une étude publiée en juillet dernier par l'entreprise Ernst & Young Abogados, l'Espagne est la championne des cadeaux fiscaux pour les joueurs de football et donc pour les clubs.
La loi dite "Bekham" y est pour beaucoup. Elle accorde aux footballeurs étrangers une dérogation fiscale conséquente, puisque leur taux d'imposition est ramené de 43% à 24% pendant leurs cinq premières années sur le territoire. Christiano Ronaldo, qui empoche 13 millions d'euros par an au Real Madrid, ne peut que s'en réjouir!
Angleterre : La Puissance Financière Compensée par une Fiscalité Élevée
Le football anglais, qui domine tous ses concurrents européens depuis le début des années 90, craint de voir sa suprématie ébranlée avec la mise en place d'une nouvelle taxe en 2010. En effet, le taux d'imposition va être augmenté de 40% à 50 % pour les revenus annuels supérieurs à 166.000 euros. Cela devrait affecter sévèrement les revenus des joueurs d'Arsenal et de Manchester United, qui sont les mieux payés au monde, avec un salaire mensuel moyen de 150.000 euros.
La nouvelle loi fiscale va plus loin. Elle empêchera également les footballeurs de réduire artificiellement la fiscalité sur le bénéfice du logement fourni par leur employeur. Les clubs les plus fortunés prennent en effet souvent en charge les logements de leurs vedettes.
Mais la fiscalité anglaise conserve plusieurs avantages. Les clubs ont la possibilité de payer net d'impôt 25% du salaire global annuel du joueur, lequel reçoit ces 25 % via des droits à l'image. Le niveau des charges sociales en Angleterre est particulièrement bas: il s'élève à 14%, contre 50% en France. De quoi assurer de beaux jours au foot anglais.
Selon la dernière étude du cabinet Deloitte, basée sur les chiffres de la saison 2007-2008, il explose d'ailleurs les records de chiffre d’affaires avec 2,3 milliards d'euros, bien supérieurs à ceux de la ligue allemande (1,4 milliard), espagnole (1,32 milliard), italienne (1,16 milliard) et française (970 millions).
Allemagne : Stabilité et Investissement dans la Formation
La Bundesliga allemande est souvent saluée pour sa stabilité financière et sa gestion rigoureuse. Les salaires y sont un peu moins élevés, mais les conditions générales sont stables et les clubs investissent beaucoup dans les centres de formation, l’éducation et les programmes de reconversion. Les joueurs de Bundesliga gagnent environ 40 000 € par semaine.
Ce qui distingue la Bundesliga, c’est son engagement envers le développement et le bien-être des joueurs. Les clubs y offrent une assurance santé, des services pour les familles et des aides à la carrière très complets. Et la règle du 50+1 garantit une gouvernance centrée sur les supporters et une responsabilité financière.

Tableau Comparatif des Charges Patronales (Exemple)
À titre de comparaison, dites-vous qu'Angers paie 13 fois plus de charges patronales que le Bayern Munich, champion d'Europe. Le LOSC paie plus de charges patronales que tous les clubs de Bundesliga et de Liga réunis, soit 38 clubs.
| Pays | Exemple de Club | Charges Patronales (Relatif) |
|---|---|---|
| France | Angers | 13x plus élevé que Bayern Munich |
| Allemagne | Bayern Munich | Référence |
| France | LOSC | Plus élevé que tous les clubs de Bundesliga et Liga réunis |
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Les Conséquences de la Fiscalité sur la Compétitivité
Les disparités fiscales entre les pays européens ont des conséquences directes sur la compétitivité des clubs. Un système fiscal avantageux peut attirer les meilleurs joueurs et permettre aux clubs de constituer des équipes plus compétitives. À l'inverse, une fiscalité trop lourde peut dissuader les joueurs de rejoindre un championnat et pénaliser les clubs sur le marché des transferts.
L’argument selon lequel les sportifs font une carrière très courte est de moins en moins recevable car nombre d’entre eux se « recyclent » très bien, dans les métiers d’entraîneur ou de communicant.
Il reste que l’argument d’un déclin sportif du championnat de France peut encore porter: qu’on le veuille ou non, qu’on le déplore ou pas, le prestige sportif national constitue pour une large part de la population une sorte de capital qu’il est légitime de défendre.
L'Importance de l'Attractivité Fiscale
La fiscalité joue un rôle clé dans l'attractivité d'un championnat. Les clubs de Ligue 1 fonctionnent souvent avec des budgets plus restreints. Cela signifie moins d’avantages par rapport aux autres grands championnats. Mais l’accent mis sur le développement des joueurs reste fort. Les soins médicaux, les infrastructures d’entraînement et le soutien linguistique sont des services essentiels. Pour les jeunes, la Ligue 1 peut être une excellente rampe de lancement-et une belle opportunité de se faire connaître.
Le choix d’un championnat ne se résume pas au salaire. Les avantages, le mode de vie, les opportunités de progression et les perspectives à long terme comptent également. Et chacun a ses spécificités. La Premier League domine en termes de puissance financière. La Bundesliga se distingue par sa stabilité. La Liga par son glamour. Et la Ligue 1 par son rôle formateur.
En matière de football professionnel, l’Europe abrite quelques-uns des championnats les plus prestigieux et les plus lucratifs au monde. La Premier League (en Angleterre), la Liga (en Espagne), la Bundesliga (en Allemagne) et la Ligue 1 (en France) sont considérées comme les « quatre grands » du football européen.