Le survol d'un avion lors de la finale de la Coupe du Monde de Rugby 1995 : Un moment historique

La finale de la Coupe du Monde de Rugby 1995, qui s'est déroulée à l'Ellis Park de Johannesbourg, est restée gravée dans les mémoires non seulement pour la victoire des Springboks, mais aussi pour les moments emblématiques qui l'ont précédée. Parmi ceux-ci, le survol du stade par un avion a marqué les esprits et symbolisé l'unité retrouvée d'une nation.

Cet événement a été recréé pour rappeler l'ambiance de la finale du Mondial 1995, un moment mythique que personne n'a oublié. Cet événement a été planifié par la Fédération Sud-Africaine de Rugby.

L'ancien arbitre Nigel Owens se souvient de ce moment avec émotion : « J’étais sur le terrain en train de m’échauffer. L’avion volait tellement bas que j’ai cru qu’il allait percuter le haut d’une tribune. Je me suis dit : « Wow, quel moment tu vis ». »

Claude Atcher, aujourd'hui président du comité d'organisation de France 2023, était également présent en Afrique du Sud en 1995. Il se souvient : « Avant la finale, il y avait eu aussi cet avion de ligne qui est passé juste au-dessus des tribunes. Avant de le voir, il y a eu ce bruit énorme ! Tout le stade tremblait. Au départ, on n’en identifie pas l’origine, on a peur que ce soit un attentat. »

Rugby World Cup 1995 finale: Afrique du Sud V Nouvelle-Zélande

Le contexte de la Coupe du Monde 1995

La Coupe du Monde de Rugby 1995 s'est déroulée dans un contexte particulier en Afrique du Sud, marqué par la fin de l'apartheid et la volonté de réconciliation nationale. Nelson Mandela, fraîchement élu président, a vu dans cet événement sportif une opportunité de rassembler le pays derrière une cause commune.

Le film "Invictus" retrace cette période et met en lumière l'intelligence politique de Mandela, qui a su saisir l'opportunité de fédérer la nation autour de l'équipe des Springboks, symbole de l'Afrique du Sud blanche. Le film débute par la libération de Mandela le 11 février 1990 et son accession, quatre années plus tard, à la présidence du pays, ce qui constitua le tournant historique de la nation.

Cette Coupe du monde 1995 est une formidable opportunité pour Nelson Mandela qui invite le capitaine des Springboks, Francois Pienaar, à venir au palais du gouvernement prendre le thé et, ainsi, il le motive pour remporter la compétition dans l’intérêt de la nation (‘I think he wants us to win the World Cup’).

D'ailleurs, le 24 juin 2020 marquait le 25e anniversaire du sacre des Springboks, un événement voulu par Nelson Mandela comme symbole de réconciliation.

Un an avant, l’équipe sud-africaine est moribonde. Elle ne gagne quasiment pas un match. Il y a eu un effet Mandela-Pienaar. Mandela ne pouvait pas transcender seul l’équipe sans un relais-fort chez les joueurs. Le courant est vraiment passé entre ces deux hommes. Et Pienaar est devenu le symbole de l’engagement de Mandela auprès de ces Springboks.

L’émotion Mandela, le mythe de la nation arc-en-ciel, l’avènement de Jonah Lomu, mais aussi les All Blacks malades avant la finale, les soupçons de dopage et d’arbitre acheté.

L'importance du sport dans la réconciliation nationale

Le sport, et en particulier le rugby, a joué un rôle crucial dans la réconciliation nationale en Afrique du Sud. Mandela a compris que le soutien à l'équipe des Springboks, traditionnellement associée à la minorité blanche, pouvait permettre de créer un sentiment d'unité et de fierté nationale.

C'est à partir de là qu'on a entendu parler de la nation arc-en-ciel. «Il y avait un tel contexte qu’il fallait que les Springboks soient champions du monde. Comme il fallait qu’en 2011, en Nouvelle-Zélande, les All Blacks le soient également. Il y a des contextes qui dépassent le sport. Quand tu vois les incroyables moments de partage après, tu te dis qu’il n’y a que le sport qui peut provoquer cela… Et puis, de là-haut, Nelson Mandela doit savourer. Quand, 24 ans après, un capitaine noir (Kolisi) rentre au pays avec la Coupe du monde, c’est la victoire de Mandela.

Après la finale, j’ai vu des groupes de Noirs et de Blancs danser ensemble. Ça a donné un élan nouveau, une bienveillance passagère. Ça n’a pas duré. Il y a toujours des bidonvilles et une population noire très pauvre. Mais j’ai quand même vraiment eu la sensation ce jour-là qu’un événement sportif pouvait changer le destin d’un pays.

La conclusion, je la laisse à Morné du Plessis qui m’a confié en 2005 : « franchement, il aurait été naïf de penser que ce titre mondial changerait notre société et notre rugby, qu’il aurait été un acte fondateur. Il a juste été un moment important. Il a fait évoluer la perception qu’avaient les Blancs de Nelson Mandela et la perception qu’avaient les Noirs et les Métis du rugby. C’était déjà beaucoup. Ce fut un grand et beau moment mais il ne doit pas être pris pour ce qu’il n’a jamais été en fait.

Un clin d'œil reproduit à Toulouse

L'écho de ce survol mythique a résonné jusqu'à Toulouse, en France. Lors d'un match de Top 14 opposant le Stade Toulousain au LOU Rugby, le club haut-garonnais a célébré les 40 ans de son partenariat avec Airbus. Pour marquer cet anniversaire, un A350 a survolé la Ville Rose et le stade Ernest-Wallon, rappelant ainsi le survol de l'Ellis Park en 1995.

Ce dimanche, l'A350 n'est pas passé aussi bas qu'en Afrique du Sud. Mais cela donne tout de même de belles images.

Survol d'un avion à Toulouse en hommage au survol de l'Ellis Park en 1995.

Les controverses autour de la Coupe du Monde 1995

Malgré l'image positive véhiculée par la victoire des Springboks et la réconciliation nationale, la Coupe du Monde 1995 a également été marquée par des controverses. Des soupçons de dopage ont plané sur l'équipe sud-africaine, et l'empoisonnement des joueurs néo-zélandais la veille de la finale a alimenté les rumeurs de complot.

Il y a des faits troublants c’est vrai. On a su après que les joueurs sud-africains ont pris, certains beaucoup, de la créatine, autorisée en Afrique du Sud mais pas en Europe. Ce n’est pas un complément alimentaire qui facilite le fonctionnement des reins. Mais il faut faire attention, ne pas jeter l’opprobre. On n’est pas sûr et certain... J’ai rencontré cent personnes dans ma vie qui m’ont dit que si Jonah était malade, c’était parce qu’il s’était dopé. Or je suis affirmatif, ce n’est pas vrai. Jonah avait une grave maladie rénale. D’ailleurs il était déjà malade en 1995.

Les All Blacks étaient impressionnants et la réplique de Mandela dans le film résonne étrangement : « How can we beat them ? ».

Beaucoup de suspicions autour d’une victoire des Springboks, qui semblait être orchestrée de bout en bout, pour la gloire et au nom de l’intérêt supérieur de l’Afrique du Sud… Les Boks sont toujours soupçonnés de dopage aux conséquences dramatiques (voir les informations complémentaires) et ce point a également été ignoré dans le film.

Si la vision politique eastwoodienne de l’Afrique du Sud est trouble, l’aspect sportif évoqué plus haut ne l’est pas moins ; rien de l’arbitre contesté du match contre la France à qui une montre en or et un mois de vacances aux frais de la fédération sud-africaine fut offert…Et rien non plus sur le gros scandale de cette Coupe du monde : l’empoisonnement alimentaire des Néo-Zélandais la veille de la finale est totalement occulté.

Malgré ces controverses, la Coupe du Monde de Rugby 1995 reste un événement marquant de l'histoire de l'Afrique du Sud, symbolisant l'espoir d'une nation unie et réconciliée.

Tableau récapitulatif des moments clés de la Coupe du Monde de Rugby 1995

Événement Description Signification
Libération de Nelson Mandela Le 11 février 1990, après 27 ans d'emprisonnement Tournant historique pour l'Afrique du Sud
Élection de Nelson Mandela à la présidence En 1994 Symbole de la fin de l'apartheid
Survol de l'Ellis Park par un avion Avant la finale de la Coupe du Monde Rappel de la finale de 1995 et symbole d'unité
Victoire des Springboks en finale Contre les All Blacks Moment de fierté nationale et de réconciliation

Nelson Mandela et François Pienaar lors de la Coupe du Monde de Rugby 1995.

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