La question du port du voile islamique, également appelé hijab, lors des matchs de football en France est un sujet de débat intense. Le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative du pays, a été saisi pour trancher cette question délicate. Cet article explore les enjeux de ce débat, les arguments juridiques et politiques, ainsi que les positions des différentes fédérations sportives.

Des femmes voilées jouant au football. Source: L'Express
Le Règlement de la FFF au Cœur du Débat
L’article 1 de la Fédération Française de Football (FFF) est au centre de cette controverse. Depuis 2016, cet article interdit « tout port de signe ou tenue manifestant ostensiblement une appartenance politique, philosophique, religieuse ou syndicale ». En théorie, cette interdiction empêche les joueuses de porter le hijab lors des rencontres officielles de football. Cependant, dans les faits, certains matchs se disputent avec des joueuses voilées.
Le collectif militant « les Hijabeuses » conteste cet article. « Notre combat n’est pas politique, pas religieux, il concerne le sport et seulement le sport », assure sa présidente, Founé Diawara. En novembre 2021, le groupe a assigné la FFF devant le Conseil d’État pour la contraindre à modifier ce point du règlement et à suivre la FIFA.
L’avocat de la FFF, Loïc Poupot, s’indigne : « Ce qui est recherché, c’est l’importation dans le football de revendications communautaires ». La fédération se refuse, en l’état, à changer ce texte. Il est à noter que, selon le rapporteur public, cette modification ne concernerait pas les joueurs et joueuses retenus en équipe de France.
Les Arguments Juridiques
Michel Pautot, avocat au barreau de Marseille et docteur en droit, expliquait en février 2022 : « Aucune norme de droit interne ne restreint la liberté de religion ou de conviction au sein des activités associatives ». Chaque fédération est donc libre de cadrer les tenues autorisées par ses joueurs et ses joueuses dans les matchs.
Le Conseil d’État rappelle que les fédérations sportives, en charge d’un service public, peuvent imposer une obligation de neutralité des tenues lors des compétitions. Cette mesure vise à garantir le bon déroulement des matchs et prévenir tout affrontement. Le Conseil d’État estime que l’interdiction édictée par la FFF est adaptée et proportionnée.
Le Débat Politique
Le sujet a fait débat au Sénat et à l’Assemblée nationale. En février 2022, les députés avaient rejeté un amendement du Sénat interdisant le voile dans le sport de compétition. Un amendement similaire avait déjà connu le même destin l’année précédente lors de l’examen par les deux chambres du texte sur le séparatisme.
L’avis du rapporteur public du Conseil d’État a suscité de nombreuses réactions politiques. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin s’est dit « très opposé » au port du hijab en compétition. La Première ministre Élisabeth Borne a déclaré être « totalement mobilisée » pour le respect strict des principes républicains dans le sport, en particulier la laïcité et la neutralité du service public.
La ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra a estimé qu’il ne fallait rien exclure, y compris une « évolution du droit ».

Manifestation pour le droit au voile dans le sport. Source: L'Humanité
Le Port du Voile dans les Autres Sports
Tout dépend des règlements internes de chaque fédération. La Fédération française de basket (FFBB) interdit le voile de manière détournée, interdisant le port de tout couvre-chef pendant les rencontres. En revanche, les joueuses de rugby ont le droit de porter le hijab, à condition qu’il ne constitue pas un danger. Aucune restriction n’est imposée pour le handball, à condition qu’il ne soit pas porté autour du cou pour des raisons de sécurité. Le judo tolère aussi le port du voile.
Au niveau international, les textes sont souples. Outre la FIFA, la fédération internationale de basket autorise le port du hijab en compétition depuis 2017. Les athlètes alignés aux Jeux olympiques peuvent également concourir avec un hijab.
Voici un tableau récapitulatif de la situation dans différents sports :
| Sport | Règlement concernant le voile |
|---|---|
| Football | Interdit (FFF) |
| Basket-ball | Interdit (FFBB) |
| Rugby | Autorisé si non dangereux |
| Handball | Autorisé si non porté autour du cou |
| Judo | Autorisé |
| Tennis | Autorisé (vêtements compatibles avec la pratique) |
Certaines joueuses de basketball, comme Djamila Chamsia, estiment que sur le terrain, la religion ne devrait pas être un obstacle : « Sur un terrain de basket, que tu sois voilée ou non, tu es une basketteuse. Notre but est le même : gagner, peu importe nos différences ».
Le casse-tête du port du voile dans le sport
Les Initiatives Alternatives
Face à l’interdiction du voile dans les compétitions officielles, de nouvelles ligues dites « safe » proposent des tournois non officiels accessibles à tous. Ces initiatives permettent aux femmes voilées de pratiquer leur sport sans contraintes. Les participantes s’accordent sur un point : « Le débat public les accuse de communautarisme en portant le voile, mais c’est l’adoption de ce type de loi qui les contraint à se replier sur elles-mêmes ».

Rapport d'Amnesty International sur l'interdiction du voile. Source: Amnesty International
Conclusion
Le débat autour du port du voile dans le football en France est complexe, mêlant considérations juridiques, politiques et sociales. Les décisions à venir du Conseil d’État et les évolutions législatives potentielles auront un impact significatif sur la pratique sportive des femmes musulmanes en France. Il reste à voir comment ce débat évoluera et quelles solutions seront trouvées pour concilier les principes de laïcité et de liberté religieuse.