Histoire et Évolution du Football en Guinée-Bissau

L'histoire du football en Guinée-Bissau est une saga de persévérance et de passion, marquée par des défis socio-économiques et politiques, mais aussi par des moments de gloire inattendus. Malgré des moyens limités, la Guinée-Bissau a réussi à se faire une place dans le football africain, en témoignent ses récentes participations à la Coupe d'Afrique des Nations (CAN).

Son histoire ressemble de loin à celle de son cousin lusophone cap-verdien, sorti de l’anonymat au début de la décennie avec deux qualifications pour les CAN 2013 ou 2015. Ou à celle de l’Islande, un ancien petit du football européen et récent quart-de-finaliste de l’Euro 2016. Mais les comparaisons s’arrêtent là.

Alors que les insulaires récoltaient le fruit d’un long travail de fond, la Guinée-Bissau s’en remet surtout au travail de son sélectionneur Baciro Candé et à la qualité de ses joueurs, plutôt qu’à un soutien logistique et financier de l’Etat pour fricoter avec les virtuoses du football africain.

Resume/Temps forts Match Guinee equatoriale - Guinee bissau (4-2)CAN/AFCON 2023-2024!

Les Débuts Discrets et les Premières Participations

La Guinée-Bissau, avant de valider sa présence en phase finale, brillait surtout par sa discrétion. Elle a attendu 1992 pour s’engager dans les qualifications de la CAN (édition 1994), sans toujours faire preuve de régularité : elle a parfois renoncé au dernier moment ou en cours de route, et il lui est même arrivé d’être exclue des éliminatoires par la Confédération africaine de football.

Pour s’inviter au grand raout du football africain, les Djurtus ont éliminé le Congo, la Zambie et le Kenya, qui pèsent à eux trois vingt-neuf phases finales et deux titres (Congo et Zambie).

Affiliée à la FIFA et à la CAF en 1986, la sélection joue seulement 12 matches entre 2001 et 2010, pour cause d’une trop forte instabilité institutionnelle et d’un manque de financement. En 2010, les joueurs évoluant en Europe finissent par réclamer au président intérimaire de rétablir la sélection, et de débloquer des fonds pour concourir aux compétitions internationales. À force de volontarisme, leur souhait est exaucé.

Le Rôle Crucial de Baciro Candé

En juin 2015, le premier match qualificatif pour la CAN 2017 a lieu en Zambie. Cette expédition est en revanche fatale pour les nerfs du sélectionneur portugais Paulo Torres, qui insulte l’arbitre en fin de rencontre et écope de 4 matches de suspension de banc. Passé par le poste pendant la majorité de la mouvementée décennie 2000, Candé avait eu très peu de matches à diriger. Cette fois, 4 lui suffisent à faire ses preuves.

La Guinée-Bissau commence par une défaite avant 3 victoires décisives pour une qualification historique à la Coupe d’Afrique. Candé est confirmé comme coach principal en vue de la CAN 2017, et double la mise en emmenant ses troupes à la CAN 2019 après une nouvelle première place. En plus de résultats probants au sein de deux poules homogènes (Congo, Zambie et Kenya en 2017 ; Namibie, Mozambique et encore Zambie en 2019), Baciro Candé est un des rares sélectionneurs locaux en Afrique, et occupe le poste depuis plus de 4 ans.

A 56 ans, il est l'homme de toutes les campagnes de la Guinée Bissau en CAN. Après un premier passage sur le banc des Djurtus entre 2001 et 2009, le technicien est revenu aux affaires depuis 2016, avec le succès qu'on lui connait. C'est sous ses ordres que l'équipe va disputer la première CAN de son histoire, en 2017. Depuis cette première, l'ancien international est parvenu à qualifier son équipe à toutes les phases finales de la compétition.

Les Défis et les Obstacles

Car cette qualification inattendue pour la CAN n’a pas fait disparaître tous les problèmes qui escortent le quotidien de la sélection. « Elle dépend entièrement du gouvernement. Mais alors que la qualification a été obtenue avant la dernière journée des éliminatoires, la préparation des Djurtus pour la phase finale a été compliquée.

Ils n’ont joué aucun match amical lors des dates FIFA d’octobre et novembre 2016, et rien avant la CAN, alors qu’il y avait des possibilités. Tout est compliqué, et les joueurs sont restés en stage à Bissau. L’argent a été débloqué tardivement. Il y avait la possibilité d’effectuer un stage au Portugal, où beaucoup d’internationaux évoluent, mais cela n’a pas été possible », poursuit cette source.

La Guinée-Bissau, considérée comme un narco-Etat par une grande partie de la communauté internationale, traverse une crise politique et économique depuis des mois. José Mario Vaz, le président de la République élu en 2014, a révélé début janvier que 100 millions d’euros avaient été détournées par son ancien gouvernement.

Les Joueurs Clés et la Diaspora

Si aucun international n’évolue au pays, où beaucoup sont nés, la plupart sont éparpillés en Europe (Norvège, Roumanie, Grèce, Espagne, Turquie et Italie) et bien évidemment au Portugal. Certains ont même joué pour les sélections portugaises dans les catégories de jeunes (Silva et Abel Camara), et d’autres ont vu le jour en France (Frédéric Mendy) ou au Sénégal (Pape Fall et Emmanuel Mendy).

Pour les plus performants des natifs de Guinée-Bissau, qu’ils soient arrivés enfants avec leur famille ou adolescents grâce au football, se pose rapidement la question du choix de sélection. Évidemment, il est plus intéressant pour ces jeunes formés au Portugal d’évoluer avec les sélections de leur pays d’accueil plutôt que celles de leur pays d’origine.

Comme beaucoup de fédérations de second plan, la Guinée-Bissau a longtemps souffert d’un déficit de structuration, ne prenant les choses au sérieux qu’à l’orée des années 2010. La FPF offre ainsi à ces jeunes une meilleure organisation, de meilleures infrastructures, mais aussi plus d’enjeu sportif et une meilleure visibilité que la FFGB.

Exemple parmi d’autres, Zezinho a commencé sa formation au Sporting Bissau avant de débarquer à Lisbonne à 16 ans pour la finir au Sporting Portugal.

Un recordman du nombre de sélections qui n’en compte même pas 40, un meilleur buteur à 6 réalisations : tout reste à faire en Guinée-Bissau.

Le Contexte Socio-Politique et Économique

Le trafic de drogue et la corruption l’ont freiné, mais le football en Guinée-Bissau a bel et bien grandi. Un emplacement stratégique entre producteurs sud-américains et marchés européens et nord-africains, des frontières poreuses, un littoral incontrôlé, des politiciens et des militaires facilement corruptibles… Les narcotrafiquants s’implantent presque naturellement dans le pays, font pleuvoir les cargaisons par avion et l’argent sale aux hauts responsables.

En 2013, la DEA américaine arrête puis fait condamner le chef de la Marine, confirmant l’implication des hauts responsables militaires dans la protection et l’exercice du narcotrafic. Un nouveau coup d’État en 2012, le dernier en date, conduit finalement à un retour progressif à la stabilité constitutionnelle, même si les luttes de pouvoir continuent.

Toutefois, le football bissau-guinéen reste entièrement subventionné par le gouvernement. En 2017, pour la première qualification en CAN de l’histoire du pays, c’est lui qui assume l’intégralité des frais de participation au tournoi.

En mars 2016, la fédération est contrainte de suspendre le championnat car elle n’est plus en capacité de supporter les dépenses. En réalité, le gouvernement a tout simplement cessé de subventionner le football local suite à un désaccord politique : le président de la FFGB fait partie de la quinzaine de députés de la majorité ayant cherché à renverser leur propre gouvernement.

Les Relations avec le Portugal et la France

La Guinée-Bissau compte depuis longtemps sur le Portugal pour l’aider à faire grandir son football. Car malgré l’indépendance actée en 1974, les liens reliant la Guinée-Bissau à son ex-puissance coloniale sont restés très forts : des échanges privilégiés, une histoire commune, une langue commune, une diaspora nombreuse, des vedettes communes… Des liens forts économiquement et culturellement, mais aussi sportivement, auxquels la récente progression bissau-guinéenne est étroitement corrélée.

Parmi tous les territoires africains anciennement portugais (Angola, Mozambique, Cap-Vert, São-Tomé-et-Principe), la Guinée-Bissau s’impose, en plus d’être le seul à avoir été présent aux deux dernières CAN, comme le plus représenté dans les différentes sélections portugaises.

Au sein de la diaspora présente en France est majoritaire l’ethnie Manjaque, installée soit directement depuis la Guinée-Bissau, soit après un séjour prolongé au Sénégal. Certains noms de famille très présents au Sénégal, comme Mendy ou Gomis, sont d’origine manjaque, ethnie bien implantée au sein de la société sénégalaise mais originaire de Guinée-Bissau.

Tous ces acteurs font en sorte que les meilleurs éléments bissau-guinéens progressent sur place avant de rejoindre les centres de formation du Benfica, du Sporting ou de Braga dès que les règlements internationaux le permettent.

Perspectives d'Avenir

La progression d’une nation comme la Guinée-Bissau passera indubitablement par une présence récurrente aux compétitions continentales, facilitée par le passage de la CAN à 24 nations depuis 2019. Une nouvelle présence au rendez-vous continental installerait définitivement la Guinée-Bissau comme une nation qui compte dans le football africain.

Pour convaincre les joueurs évoluant en Europe de (re)venir, il faut réussir à les challenger tout en les rassurant, donc à les séduire en leur offrant ce qu’ils attendent : du professionnalisme et de la compétitivité.

Alors qu’Édouard Mendy a décliné les avances de la Guinée-Bissau au profit du voisin sénégalais, et que Lys Mousset s’apprête à l’imiter, des joueurs nés à Bissau comme Edgar Ié (Trabzonspor, ex-Lille et Nantes, capé avec le Portugal en amical) ou d’autres issus de la diaspora comme Carlos Mané (Rio Ave, ex-Stuttgart), Houboulang Mendes (Lorient), Wilson Manafá (Porto) ou Tiago Djaló (Lille) pourraient occuper à leur tour ce rôle.

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