Oujda, ville située à 55 km de la côte méditerranéenne et à proximité de la frontière algérienne, possède une histoire riche et complexe, marquée par diverses influences culturelles et économiques. La ville compte plus d'un million d'habitants (2012). Cet article explore l'histoire d'Oujda, son développement urbain, son économie et ses traditions, offrant un aperçu complet de cette ville de l'Oriental marocain.

Vue panoramique d'Oujda.
Origines et fondation d'Oujda
L'histoire d'Oujda remonte à la préhistoire, avec des traces d'activité humaine découvertes dans les grottes environnantes. On trouve des restes de l'activité humaine des temps primitifs dans les grottes des environs d'Oujda : silex, pointes, etc. Des spécimens de l'industrie de l'âge de la pierre ont été recueillis autour d'Oujda, vers Sidi Yahya, quelques silex taillés, dont un joli grattoir, à Aïn Serrak, des nucléus, lames, pointes et grattoirs, à Sidi Moussa, sur l'oued Isly, des grattoirs, lames, pointes et disques en quartzite.
Selon les historiens, Oujda serait Lanigare, mentionnée par Ptolémée, ou de Stabulum regis située à l'ouest de Nigrensis (Tafna). Avant l'arrivée des Romains, les populations établies à l'Est du fleuve de Moulouya sont unies sous le royaume des Massaesyles. Dans cet état riche en hommes et en produits du sol, la culture des céréales et l'élevage du bétail sont développés.
D'après l'historien romain Salluste le fleuve Mulucca actuellement moulouya, séparait le royaume de Jugurtha, roi de Numidie, de celui de Bocchus, roi de Maurétanie. Le castellum de Melwiya serait le Jbel Mahsseur situé à 20 km au sud d'Oujda. Quelques traditions locales actuelles maintiennent un souvenir de Rome. Les persécutions antisémites des Wisigoths et de Justinien réorientent beaucoup de juifs dans la région.
Oujda a en effet été fondée vers 994 au centre de la plaine des Angads. Investi par les Khalifes Omeyyades de Cordoue du commandement des deux Maghreb, Ziri Ben Attia (chef des Maghraouas,décide de s’installer au centre du pays qu’il va administrer. La cité demeure pendant 80 ans le siège de la dynastie des Maghraouas.
Évolution historique et dynasties
Au fil des siècles, Oujda passe sous le contrôle de différentes dynasties, notamment les Almoravides et les Almohades, qui y élevèrent une ceinture de fortifications en 1206. Au fil de l'histoire des dynasties qui se succèdent en Occident musulman, Oujda finit par assumer une fonction stratégique importante.
Durant quelques décennies Oujda a fait partie du royaume Zianide. À cause de la rivalité entre ces deux puissances, Oujda a été détruite en 1271 par le sultan Abou Yaacoub Elmarini. En 1692, le sultan Moulay Ismaïl, en chassa les Turcs qui avaient établi leur hégémonie sur l'Algérie.
En 1857 et à nouveau en mars 1907, la ville sert de base à la conquête du Maroc avec comme unités, en 1912, la 24e compagnie du 1er régiment étranger d'infanterie (1er REI), et de 1923 à 1924, la 2e compagnie montée du 2 bataillon du 2e REI. En 1939, lorsque le 2e régiment étranger de cavalerie (2e REC) est formé par regroupement d'escadrons du 1er REC répartis sur le territoire marocain, il s’y installe en garnison. En 1945, le 1er REC rentre de métropole et stationne plusieurs mois à Oujda avant de partir en Indochine. Le 2e REC recréé en 1946, lui succède jusqu'en 1955. Il forme et instruit les jeunes légionnaires cavaliers avant leur affectation au 1er REC.
Elle fut réalisée, sans coup férir, par le général Lyautey le 29 mars, puis sert de base, ainsi que Ghazaouat(Nemours), à la pacification des Beni Snassens.
La médina d'Oujda : un cœur historique
La médina d'Oujda, d'une superficie de vingt-cinq hectares, abrite des monuments de valeur historique indéniable, était entourée d’une ceinture de jardins plantés d’oliviers, ceinture épaisse de mille mètres en certains endroits. Chaque jardin était clos d’un mur en pisé de 1,80 à 2 mètres de haut percé de nombreux trous. Ces jardins constituaient donc un système de défense appréciable, qu’on avait renforcé dans les années 1880 par la construction de murailles en pisé de six à sept mètres de hauteur, formant une enceinte continue percée de deux portes diamétralement opposées, et doublée d’un fossé large et profond creusé pour construire le mur.
Près de la porte Bab Sidi Abdelouahab, on trouve un souk hebdomadaire, "marché" se tenant chaque jeudi sur une place à l'extérieur des murailles de la médina, cinq fondouk ou hôtels, trois mosquées (Djamaâ El Kebir, Djamaâ Heddada, Djamaa Sidi Okba), une medersa ou collège, trois synagogues.
Les portes de la médina
La médina d'Oujda est accessible par plusieurs portes historiques, chacune ayant sa propre signification et son histoire :
- Bab Sidi Abdelouahab : Située à l'ouest, cette porte ogivale était autrefois utilisée pour exposer les têtes coupées des rebelles, d'où son nom de « porte des têtes ».
- Bab El Khemis : Démolie en juin 1920, elle était située au nord de la médina.
- Bab Oulad Amran : Cette porte donne sur la rue de Marrakech.
- Bab Gharbi : Ancienne tour de contrôle.
Monuments et lieux d'intérêt dans la médina
La médina abrite également plusieurs monuments et lieux d'intérêt, tels que :
- La Kasbah
- Dar Al Makhzen
- Dar Al Bacha

La médina d'Oujda.
L'ère coloniale et le développement urbain
Au début du XXe siècle, la colonisation européenne s'était rapidement développée dans la région Nord de la ville depuis 1908. Le contrôle de l'administration s’effectuait par le contrôleur en chef de la région civile d'Oujda, qui ressortait de la Résidence Générale de Rabat.
L'école Sidi Ziane est créée, devenant le premier établissement scolaire moderne au Maroc. La ville connaît un développement urbain avec la construction de nouveaux bâtiments et infrastructures.
Oujda moderne : économie et infrastructures
La position géographique d'Oujda constitue un atout pour son développement économique. La ville possède une vocation commerciale et tertiaire.
Voici une vue d'ensemble de l'économie d'Oujda :
- Secteur primaire: Colaimo est une coopérative laitière présente dans la région orientale.
- Secteur secondaire: La ville dispose d'un tissu industriel embryonnaire, avec des zones industrielles telles que la zone industrielle (boulevard Mohamed V) et la zone industrielle Al Boustane II. De nombreuses usines sont implantées dans ces zones, notamment des usines de matériaux de construction, des conserveries, des minoteries et des laiteries.
- Secteur tertiaire: Le pôle tertiaire d'Oujda comprend un équipement commercial grossiste, un appareil administratif étoffé et des services rares, tels que des professions libérales. Les commerces d'articles et de Melilla attirent la clientèle locale et les visiteurs.
Transports et infrastructures
Oujda est reliée par chemin de fer à l'Algérie (ligne fermée depuis 1994), à Fès, Rabat, Casablanca et à Bouarfa. La ville dispose également d'un réseau de transport routier, avec des taxis rouges et des bus pour les déplacements urbains, ainsi que des grands taxis blancs (Mercedes) pour les destinations plus éloignées. L'aéroport international Oujda - Angads relie la ville à plusieurs villes du Maroc et d'Europe occidentale.
Tourisme et attractions à Oujda
La capitale de l'Oriental possède des atouts naturels favorables au développement du tourisme. La plage de Saïdia, longue de quatorze kilomètres de sable fin, est une attraction majeure. À six kilomètres d'Oujda, l'oasis de Sidi Yahya englobe un souk les vendredis matin. La montagne de Béni-Snassen offre un paysage naturel avec la vallée de Zegzel, des gorges et des cascades.

La plage de Saïdia, une destination touristique populaire près d'Oujda.
D'autres lieux d'intérêt touristique incluent :
- Dar Sebti : Un palais abritant le Centre d'Études et de Recherches sur la Musique Gharnati.
- Le parc Lalla Meriem : Aménagé pour la détente et abritant un musée.
- La bibliothèque Charif Al Idrissi : Située dans une demeure mauresque.
- Le parc Lalla Aïcha : Un lieu de détente avec des piscines et des terrains de sports.
- Tafoughalt : Une station d'altitude dans les Béni-Snassen.
- Parc Sidi Mâafa: Faisant partie de la forêt Jbel Hamra, ce parc est un véritable poumon de la ville, situé à 5 kilomètres du centre ville, où l'on peut escalader le Jbel hamra.
- Tgafaït : Un village oasis avec des jardins verdoyants.
Oujda, Maroc : L'Éclat d'une Ville Éternelle 🌟🏰 | Exploration Urbaine 2023
Le parc Lalla Aïcha s'étend sur une superficie de deux hectares environ. L'oasis de Sidi Yahya se situe à six kilomètres seulement du centre ville d'Oujda. Ce petit centre se situe au cœur de la chaîne des Béni-Snassen à 18 km au sud-ouest de Berkane (à 60 km nord d'Oujda). Le lieu offre une vue panoramique sur la ville et ses alentours. Tgafaït, située à 25 km au sud-ouest de la ville minière de Jérada, ce petit village mérite déjà le nom d'oasis grâce à la verdure de ses beaux jardins contrastant avec la steppe des alentours.
Traditions et folklore à Oujda
Oujda est une ville où les traditions sont ancrées. Parmi les fêtes et coutumes locales, on trouve :
- Ennaîr : Une célébration du calendrier julien, équivalent du Ianuarius romain (janvier), où les familles préparent un dîner spécial et partagent des fruits secs. En milieu rural, les agriculteurs ne manquent jamais de célébrer Ennaîr dans la nuit du 13 au 14 janvier. À cette occasion, les femmes préparent pour le dîner une rfissa à la dinde ou au poulet beldi.
- Thara : La fête de la circoncision des jeunes enfants, marquée par des cérémonies et des cadeaux. C'est la fête de la circoncision ou khatan des jeunes enfants, généralement entre la naissance et trois ans et demi. L'enfant porte une qachaba ou 3baya, genre de soutane blanche ; le "Hajjam", à l'époque "chirurgien" de circonstance (de nos jours la circoncision se fait par un chirurgien à l'hôpital), exécute la circoncision de l'enfant à qui on donne un œuf dur à la main, symbole de fertilité.
- Arsse : Un mariage traditionnel qui dure quatre jours, avec des rituels spécifiques et des festivités. Mariage qui dure quatre jours selon la tradition. Il y a le "dfou3", la famille du mari envoie des cadeaux à la mariée ainsi que des moutons et toutes les fournitures qui serviront à la préparation du repas de fête. Ensuite il y a "lhenna" (jour de henné) où la mariée est prise en main par les jeunes filles de sa famille pour un entretien complet : après-midi au hammam ; passage chez la coiffeuse, l'esthéticienne.
La ville est également connue pour sa musique gharnatie et ses arts populaires, ainsi que pour la fantasia, un spectacle équestre traditionnel.
L'université Mohammed Premier
La ville d'Oujda dispose de l’université Mohammed premier (l’UMP) qui a été créée en 1978.