Histoire de l'Étoile Football Club de Bobigny

Dans l'univers très compétitif du football français, L’Étoile Bobigny se distingue comme le véritable Petit Poucet de la Coupe de France. Ce club de village, niché dans la cité de l’Étoile à Bobigny, incarne une force collective portée par la solidarité et l’entraide. Avec une équipe qui évolue en D1 de Seine-Saint-Denis, ses performances récentes, notamment l’élimination de formations supérieures comme le National 3, captivent le regard du public et des médias.

Le club s’épanouit dans un cadre particulier entre la tour de l’Illustration, l’université Sorbonne - Paris Nord, et la cité de l’Étoile. Son terrain fétiche, le stade de la Motte, malgré ses équipements modestes et un éclairage insuffisant, reste le théâtre d’une passion commune intense. C’est là, sur ce synthétique vieillissant, que s’exprime toute la vitalité d’une équipe fière de représenter son territoire.

Plus qu’une simple formation sportive, L’Étoile Bobigny relève du véritable club de village, où chaque membre partage plus qu’une passion : une histoire et un engagement commun. Selon le président Ammar Timera, l’esprit familial qui règne au sein du club invite chaque joueur à se sentir chez lui, à rentrer « à la maison ». Cette vision est parfaitement illustrée par Hakim Garroum, défenseur du club, qui évoque un lien viscéral avec le quartier et un sentiment de fierté comparable à celui d’une sélection nationale.

Zoom sur le club de l'Étoile Bobigny

L'Étoile Bobigny aux portes du 7e tour de Coupe de France - Crédit Agricole

La réussite de l’équipe en Coupe de France est étroitement liée à son esprit d’équipe et aux valeurs de solidarité et d’entraide qui animent le club depuis sa création, il y a vingt ans. Des joueurs comme Taoufik Makrat rappellent que cette aventure récompense une amitié profonde et une union sincère, une force que peu de clubs en D1 peuvent revendiquer. Le vestiaire est le cœur battant de cette équipe pas comme les autres.

Le coach Sofiane Belaïdi insiste régulièrement sur le fait que la cohésion hors terrain trouve son prolongement sur le gazon. Le club invite à voir au-delà du football, insufflant un véritable projet social où chacun trouve sa place. Malgré les conditions matérielles parfois modestes et un contexte social complexe propre à la région parisienne, la détermination sportive de L’Étoile Bobigny ne faiblit pas. Le club a su transformer chaque épreuve en une opportunité de montrer sa ténacité.

Avant un match crucial au stade Auguste-Delaune devant plusieurs centaines de spectateurs, l’équipe incarne l’image d’une communauté unie, prête à se dépasser. Le parcours exceptionnel de ce club, si souvent oublié, illustre l’importance de la communauté locale dans le développement du sport amateur. Il met en lumière un modèle d’excellence fondé sur des principes d’entraide et de solidarité, transcendant la seule compétition pour devenir un véritable exemple à suivre.

De l'autre, la cité de l'Étoile. Au milieu, à quelques dizaines de mètres du rutilant Prisme (Pôle de référence inclusif et sportif métropolitain), héritage des Jeux de Paris, le stade de la Motte, un synthétique hors d'âge et mal éclairé sur lequel se presse une trentaine de joueurs de l'Étoile Bobigny, leader du Championnat de D1 de Seine-Saint-Denis.

Si, depuis le début de saison, l'assiduité est « exemplaire », dixit l'entraîneur Sofiane Belaïdi, la perspective du 7e tour de Coupe de France, dimanche, face à Villeneuve-la-Garenne (R2), fait son petit effet. La présence médiatique, dont les joueurs ont été avisés, aussi. Il faut dire que l'exploit du tour précédent (élimination de Linas-Monthléry, N3, 1-1, 4-2 aux t.a.b.) braque les projecteurs comme jamais sur ce petit club de la préfecture du « 9-3 » qui fête ses vingt ans (265 licenciés). Et qui se revendique à part dans le panorama de l'Île-de-France.

« Il suffit d'écouter les joueurs, estime le président Ammar Timera. Ceux qui sont allés prendre de l'expérience ailleurs reviennent, ils rentrent "à la maison". On est très famille, ici, on prend soin les uns des autres. Ces valeurs, nos adhérents les véhiculent au quotidien. »

Passé par le Red Star - qui s'entraînait au stade de la Motte il y a quelques années - comme bon nombre de ses coéquipiers, Hakim Garroum confirme : « Même si on a joué dans d'autres clubs, on est nés ici, c'est le coeur, c'est comme si on jouait en sélection. Et en ce moment, c'est notre Coupe du monde. » Le défenseur de 33 ans apprécie sans doute plus que quiconque ce parcours, lui qui a été à l'origine de la relance des seniors, en 2018, après quelques années d'inactivité de la catégorie, faute de moyens au sein du club.

« Ça m'a forgé, estime-t-il, non sans oublier d'avoir une pensée pour l'ancien entraîneur Luigi Cosenza, l'un des architectes de cette trajectoire de la D5 à la D1. La vie, au quotidien, n'est pas toujours facile, notamment en région parisienne. Le foot, c'est notre échappatoire !

De partager, aussi. Avec leurs proches. Avec les petits du club. Et avec les coéquipiers, surtout. « Le plus important, c'est le vestiaire », insiste Garroum, plaidant un théorème emprunté à Didier Deschamps.

« Dans le secteur, je n'ai pas souvenir qu'un club de D1 ait fait ce genre de parcours, resitue Taoufik Makrat, milieu défensif de 37 ans. Ça récompense des valeurs, l'amitié, le groupe, l'union. On est des amis d'enfance. »

« Il y a quelques semaines, un petit que j'entraîne me disait que son rêve, c'était de jouer au PSG. C'est un groupe de potes, une famille, observe Belaïdi, ancien attaquant de Villemomble et de Noisy-le-Grand arrivé sur le banc cet été. Ici, je trouve des notions de solidarité, d'entraide ; les parents sont proches du club, il y a un kop, un vrai attachement au quartier : ça ressemble à un club de village. »

« Il y a quelques semaines, un petit que j'entraîne me disait que son rêve, c'était de jouer au PSG. Il y a quelques jours, il m'a dit que maintenant, il aimerait bien être senior ici », sourit Marvin Étienne. Comme une bonne moitié de ses coéquipiers, le capitaine de l'Étoile est éducateur des jeunes au club. « Grand timide » en dehors du terrain, le défenseur central de 24 ans savoure cette aventure, parce qu'elle « véhicule une image forte pour les enfants. Ça nous rend heureux ».

« Les mentors deviennent des modèles », image le président Timera. « On sait ce qu'il y a après, il ne faut pas que ça nous tétanise, espère le coach Belaïdi. On sait ce qu'on a à faire pour espérer. »

Fondé en 2005, le jeune club de football L'étoile Bobigny (D1) en Seine-Saint-Denis touche du doigt la Coupe de France. Avec une victoire historique face à l'ESA Linas-Montlhéry (N3) lors du 6ème tour, les tirages au sort des 7ème et 8ème tours viennent de dévoiler leur prochain adversaire : Villeneuve-la-Garenne (R3). "On reste humble, on sait la chance qu'on a", confie Ammar Timera, Président et ancien joueur à L'Étoile Bobigny. "On s'est battus avec nos armes : la solidarité et l'entraide", ajoute-t-il.

Alors que la moitié de l'équipe est composée d'éducateurs, les jeunes sont aussi nombreux à les soutenir. De quoi faire du bruit pour ce 7ème tour à domicile ! "Au-delà de chercher la gagne, c'est une fête"

L'enthousiasme des joueurs et leurs performances se transmettent à travers tout le quartier, la ville, et même le département ! Après la peur de devoir mettre la clé sous la porte par manque de subventions entre 2015 et 2017, chaque événement est avant tout une aventure collective, une vraie fête du football populaire.

"Voir où en est le club aujourd'hui, c'est une grande satisfaction", nous dit Ammar Timera, "ce type de parcours permet de faire briller l'étoile Bobigny à l'échelle internationale".

L’Étoile de Bobigny a signé un exploit historique en Coupe de France en éliminant une équipe de National 3, quatre divisions au-dessus. Une victoire symbolique pour ce club de Départemental 1 de Seine-Saint-Denis, dont neuf joueurs de champ sont éducateurs.

« C’est historique pour le club, pour le quartier, souffle le président Ammar Timera. Les joueurs ont tout donné. Je suis fier du staff, des bénévoles, du groupe, des enfants, des parents. On n’est pas un club riche. On ouvre la porte à tout le monde. Aujourd’hui, on montre qu’avec le cœur, tu peux aller chercher des exploits comme celui-ci. »

Un exploit face à un géant de N3

Sur le papier, il n’y avait pas photo. L’ESA Linas-Montlhéry, leader invaincu du groupe D de National 3, semblait intouchable. Mais sur le terrain, l’Etoile Bobigny a fait parler ses valeurs. « C’est une équipe qui est quatre divisions au-dessus de nous, très bien structurée. On a appris d’eux. Ils sont venus nous saluer dans le vestiaire à la fin du match. On leur souhaite la montée en N2. C’est ça qui rend beau le football : derrière, on se soutient. On a gagné avec nos armes : la solidarité, l’entraide. »

La qualification a été fêtée modestement, dans la pure tradition amateur. « On partage juste un moment convivial ensemble, car les joueurs le méritent, et on prépare déjà la suite parce que le plus dur est devant. On savoure le moment présent et on garde les pieds sur terre. »

L’Etoile Bobigny, un club de quartier et de valeurs

Depuis sa création, l’Étoile Bobigny incarne l’essence même du football populaire. Son président, en poste depuis 2018, raconte avec émotion. « Avant, j’étais bénévole et j’ai été moi-même joueur à la création du club en 2005. C’est un honneur de voir l’histoire du club s’écrire ainsi et de marquer cette Coupe de France de manière historique pour nous et pour tout le département. »

Le chemin a été long « parfois, ça ne se joue à rien. En 2015 et 2017, le club a failli mettre la clé sous la porte à cause d’une réduction de budget. On s’est battu pour qu’il reste debout. Quand on repense à tout le combat mené à cette époque et qu’on voit ce qu’on vit aujourd’hui, c’est comme une récompense. C’est gratifiant. »

Ici, tout repose sur la solidarité. « On met tous la main à l’étrier, on n’a pas un staff de quinze personnes. Même les amis du club nous soutiennent. On a confié la buvette à une association du quartier. Tout le monde a participé. On a même mis un challenge à la mi-temps, comme au Parc des Princes ! On vit chaque match comme si c’était le dernier. C’est ça, le football amateur. Chaque match est une fête. »

Mais au-delà du terrain, le club revendique aussi une certaine idée du football et de l’éducation. « Ici, il n’y a pas de projet Mbappé. Si on refuse un enfant, c’est parce qu’il n’y a plus de place. Nos éducateurs ont compris que c’était à eux de former les hommes et les femmes de demain, pour devenir meilleurs et trouver leur place dans la société, pas forcément de futurs footballeurs professionnels. »

Une épopée vécue comme une leçon pour les jeunes

Pour l’Etoile Bobigny, la Coupe de France n’est pas qu’un objectif sportif, c’est une aventure collective. C’est aussi donner du plaisir aux jeunes et au public. Plus tu avances, plus tu te dis : pourquoi pas nous ? On veut continuer l’histoire, pas pour l’égo, mais pour montrer aux petits que tout est possible, même à l’échelle amateur. À notre échelle, le bonheur, on l’a déjà atteint par ce parcours incroyable. »

Être président d’un club amateur, en 2025, c’est une mission à plein temps sans les moyens du monde pro. « Ce n’est pas simple, c’est beaucoup de paperasse, c’est courir après des morceaux de terrain, gérer les licenciés, confie Ammar Timera, avec un sourire fatigué mais sincère. Tout ça en étant bénévole. Mais quand tu vois les yeux, le sourire des petits du club, tu te dis que toutes ces heures sont remboursées. Prendre du plaisir dans la souffrance : ces deux mots ne vont pas ensemble normalement. »

À la veille du prochain tour, son club garde sa philosophie. « On n’a peur de personne, sans manquer de respect. Ce sont des hommes sur le terrain. Être à ce tour, c’est déjà une chance, on profite. On veut juste faire encore un match, faire rêver les joueurs, les bénévoles, les petits du club, que le stade soit plein, que le quartier rayonne. On sait que ce qu’on a fait, c’est historique.

Menacée de disparition il y a dix ans, le Petit Poucet se retrouve dans la lumière avant de disputer le 7e tour ce dimanche. Découvrez cette formation, où les valeurs sociales priment sur l’aspect sportif.

Bobigny (Seine-Saint-Denis), le 12 novembre. Les joueurs de l'Étoile Bobigny, Petit Poucet de la Coupe de France, à l'entraînement avant de disputer le 7e tour.

« Maman, n’oublie pas d’acheter des places avant dimanche, car je veux absolument assister au match de Coupe de France !

Le rôle d'une mécène américaine

En octobre, une Américaine croise un Français dans un colloque organisé en Irlande par une ONG. La thématique qui les réunit est la plus douce qui soit : comment promouvoir la paix dans le monde ? Entre autres activités au cinéma et au théâtre, Caroline - elle ne préfère pas donner son patronyme -, fille d’un richissime philanthrope, s’intéresse aux problématiques de marginalisation. Fouad ben Ahmed, lui, milite en Seine-Saint-Denis depuis quinze ans au moins et travaille sur des marottes de proximité autour du logement. Tous les deux décrivent un feeling intellectuel - comme dans un synopsis de film d’auteur.

Un mois plus tard, ils s’appellent. Au gré d’une digression, il évoque le coma d’un petit club de football de Bobigny, dans le quartier de l’Etoile, en train de crever depuis trois ans et demi et pour lequel lui et d’autres cherchent une issue. Ses dirigeants rappellent que le football, dans ce cas-ci, n’est qu’un prétexte pour encadrer, sociabiliser, écouter, éduquer, réunir. La petite structure amateur, gérée par une poignée de bénévoles attachés à leur terroir, se targue de choses simples, comme d’empêcher des gamins de s’amouracher de la rue. Parfois, les tauliers, mais aussi des habitants, parlent des matchs du dimanche comme un paysan le ferait du bal du village.

En janvier, Caroline rencontre Amadou Cissé, président de l'EFC, dans le salon d'un pavillon à ­Aulnay-sous-Bois, avec chat et poules dans la cour. Devant l'invitée, ce dernier insiste tout du long sur une question-fiction-rhétorique : si toutes les bonnes volontés désertent les quartiers populaires et que l'Etat n'y est que par intermittence, que deviendront-ils ? Avant même de grimper dans l'avion, la bienfaitrice était, de toute façon, convaincue. Elle reste sur son intention de départ et s'engage à débourser 25 000 euros par an, en plusieurs mensualités.

De Californie, elle nous dit : «En France, ce n'est peut-être pas la culture de donner de cette manière-là. On se dit qu'il y a des arrière-pensées, mais non. Aux Etats-Unis, ça se fait. Pire encore, c'est mal vu de ne pas le faire quand on en a les moyens.» Caroline est née à Paris il y a près d'une cinquantaine d'années, d'un père irlandais et d'une mère française élevée en Algérie. Un amour pour l'art, une fiche sur un site spécialisé de cinéma, une vie de mère de famille entre l'Amérique, l'Europe et l'Asie et une détestation pour Donald Trump, «qui n'est pas aussi riche qu'il le prétend».

Pour le reste, elle évoque simplement des dons outre-Atlantique à un club de football, un autre de taekwondo, ainsi qu'à son ancienne université. Et prévient quant à un éventuel malentendu sur le storytelling : ces 25 000 euros permettent simplement à l'EFC de faire sa vie sans perfusion. «A terme, l'idée est que des entreprises soient dans la boucle et que cela dépasse ma personne. Je ne les lâche pas tant qu'il n'y a pas de solution pérenne. Dans un premier temps, j'essaierai de sensibiliser des entreprises américaines installées ici. Mais le but est que des boîtes françaises s'y mettent aussi. Il en va de l'intérêt général me semble-t-il : tout le monde y gagne quand un quartier vit mieux, non ? Les jeunes, les parents et bien sûr, les politiques.»

Les difficultés financières et la politique locale

En 2014, la politique locale fait basculer la routine du petit club de foot. Aux élections, l'UDI boute hors de la mairie le Parti communiste, taulier depuis près de cent ans. L'octroi des subventions est repensé aussitôt. De 25 000 euros, la dotation passe à 3 000 euros. Facteur aggravant : le président de l'époque, qui a rendu son tablier dans la foulée des municipales, était catalogué opposant.

Quelques mois après l'alternance, les nouveaux dirigeants doivent équarrir les comptes et miser sur la bricole. Au siège du club, Ammar ­Timera, trésorier, montre une photo du doigt, sourire en coin : on voit un gosse sapé en gris et en fluo (couleur officielle des chichas) sur la pelouse, loin des sobres standards des équipements à ce niveau. Le trentenaire soupire : «Ça donne un style. L'équipe senior est sacrifiée, avant les catégories d'ados - filles et garçons - au-dessus des 13 ans. Les trois emplois permanents ne résistent pas et le nombre de licenciés passe de 300 à 70. Et les week-ends, le stade de la Motte, la maison de l'EFC, n'est plus la place du village.

De son côté, la mairie propose une fusion avec la grande équipe de la ville, l'AF Bobigny, laquelle évolue en Nationale 3 (5e division). Le président de l'EFC décline : les projets sont différents. Les premiers mettent la compétition parmi les grandes priorités, les seconds la conçoivent en l'état comme accessoire. Et puis, cela assécherait l'Etoile. Ammar Timera : «Si le club meurt, c'est un peu accepter que le quartier meurt aussi. La présence de l'EFC oblige les anciens et ceux qui sont partis suite à la rénovation à revenir le week-end pour les matchs et retrouver leurs amis, leurs anciens voisins et faire la ­connaissance de nouveaux venus. Il y a une mémoire à perpétuer, un lien, parce que ce quartier a une histoire.»

En 2016, bien avant la générosité d'une mécène américaine, les dirigeants pensaient le sauvetage du club acquis. A l'époque, ils parviennent à médiatiser le sort de l'EFC, devenue l'espace de quelques jours le symbole du sport amateur ­- nécessaire, mais abîmé par la précarité. Deux trombines du conseil départemental défilent et promettent des solutions rapides. Néanmoins, aucune nouvelle après les serrages de pognes - c'est toujours un exercice exquis de revenir après le passage d'élus. Jean-Marc ­Mormeck, alors délégué à l'égalité des chances, intervient peu après. L'ex-champion du monde de boxe dégote un partenariat avec un géant de l'énergie, qui ne durera qu'un an.

Ammar Timera, trésorier et employé à la RATP : «Jean-Marc Mormeck est revenu, mais pas les autres politiques. Ce n'est pas tant de ne pas respecter sa promesse qui est problématique, mais de disparaître sans jamais donner de nouvelles.» Amadou Cissé : «Les habitants de l'Etoile ont historiquement intégré l'idée qu'ils devaient se débrouiller tout seuls parce qu'ils étaient en marge géographique et donc loin des radars des politiques locaux. De là, c'est comme si nous étions toujours en résistance.»

Cette année, le budget de l'EFC oscille autour de 10 000 euros, 3 000 euros viennent des caisses de la mairie et 7 000 du bailleur, ­Emmaüs, qui met la main à la poche pour ne pas bouleverser l'équilibre du territoire. Skita, un équipementier bien implanté dans le milieu amateur, a pris le relais des tenues thaïlandaises. Il est arrangeant sur les prix et sur les délais de paiement au regard des circonstances. Le premier virement américain est arrivé début mars.

La création de l'EFC et son importance locale

La création de l'EFC, en 2005, tenait en partie aux choses de l'éloignement. A la distance réelle : l'AFB, le grand club de la ville, est basé à l'autre bout de l'Etoile - pas évident pour les gosses et les parents sans voiture. Et à une autre qui confère aux rivalités immémoriales entre cités dont on ne sait jamais quand elles commencent. Ainsi, des jeunes du coin ne se sont pas toujours sentis les bienvenus sur le terrain des autres.

Le président : «De toute manière, il y avait besoin d'un club de sport pour combler le vide de structures.» Le trésorier : «Quand on a le sentiment de vivre enclavé, le football est l'un des premiers moyens de voyager pour des gamins. Je ne parle pas d'aller à l'étranger… Mais un trajet jusqu'en Essonne participe au décloisonnement, en te montrant qu'il existe autre chose ailleurs.»

L'Etoile : un quartier avec une histoire

L’Etoile : un endroit en cours de ­rénovation planqué derrière l’hôpital Avicenne, que les riverains racontent comme une enclave en périphérie de la ville - banlieusards de banlieue. En 1956, le quartier de 763 logements sort de terre dans l’urgence, après un appel de l’abbé Pierre pour secourir des mal-logés. Près de soixante ans plus tard, le tramway T1 dépose à côté d’un chemin, qui mène vers des dizaines d’immeubles plus ou moins ridés, une zone pavillonnaire, un fast-food tout neuf - qui fait aussi couler les cafés allongés - et les frontières avec Pantin et Aubervilliers.

En 2010, le ministère de la Culture a proposé d'intégrer le quartier de l'Etoile au rang de Monument historique en hommage à son architecte, Georges Candilis, disciple du prestigieux Le Corbusier. La procédure (tombée à l'eau) a retardé de près de six ans les travaux de rénovation, dont les riverains causaient depuis des lunes, de concert avec les élus. Colère et mobilisation immédiate des habitants, dont le message est limpide : le ministre ne vit pas en banlieue de banlieue derrière l'hôpital Avicenne. Amadou Cissé souligne que des fouilles archéologiques ont également eu lieu aux abords du stade de la Motte.

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