Espérance de Vie des Joueurs de Football Américain: Mythes et Réalités

Le football américain, sport roi aux États-Unis, suscite de nombreuses interrogations quant à l'espérance de vie de ses athlètes. Entre mythes persistants et études scientifiques, il est essentiel de démêler le vrai du faux pour comprendre les enjeux liés à la santé des joueurs.

Aujourd'hui, la NFL a voulu donner un grand coup de balais dans les légendes urbaines entourant les joueurs de football. Un mythe très répandu parmi les observateurs extérieurs est que l’espérance de vie moyenne aux Etats-Unis est de 77,6 ans, et que des études récentes montrent qu’elle est de 55 ans pour les joueurs de football.

Études et statistiques: démêler le vrai du faux

De nombreux joueurs poursuivent actuellement la NFL pour faire reconnaître les effets sanitaires liés au « travail » de footballeur. La NFL indique que le fait de jouer au football ne constitue pas un facteur de risque sanitaire et s'appuie sur un rapport de l'institution nationale pour la santé et la sécurité au travail (NIOSH) qui vient d’être publié et qui est sans concessions: les anciens joueurs NFL vivent plus longtemps que l’américain moyen.

Cette étude menée depuis 1993 auprès de 3.439 anciens joueurs (qui ont évolué entre 1959 et 1988) est menée par un laboratoire fédéral et a des conclusions très intéressantes dont voici les grandes lignes:

  • Les ex-joueurs NFL ont un ratio de décès bien inférieur à la moyenne américaine à âge égal.
  • Les ex-joueurs NFL décèdent donc 2 fois moins que l’américain « normal » du même âge.
  • On a presque 2 fois moins de cancers chez les joueurs NFL que dans la population moyenne américaine au même âge.

Cependant, l’étude a montré que les hommes de ligne (offensive et défensive) sont beaucoup plus exposés que les autres à des décès précoces, mais ils restent moins exposés que les américains « moyen » avec un IMC supérieur à 30. Cela s’expliquant par le ratio muscle/graisse différent et l’hygiène de vie.

Les scientifiques se sont rendu compte que les joueurs afro-américains sont 2 fois plus touchés par les problèmes cardiaques que les joueurs blancs et cela sans rapport avec le poste occupé.

Le ratio muscle/graisse est essentiel dans le fait que les anciens joueurs NFL vivent plus longtemps que la moyenne des américains du même sexe et de la même origine ethnique ; mais aussi le fait que les joueurs NFL fument beaucoup moins que la moyenne ce qui joue sur leur morbidité plus faible. En outre, les joueurs continuent l’exercice physique après leur carrière ce qui les aide à mieux vieillir.

Il est aussi à noter que si les joueurs NFL meurt moins que les américains de profil similaire, cela s’explique par un effet racial : on sait tous que l’espérance de vie des afro-américains est bien plus faible que celle des « caucasiens », or les joueurs NFL noirs ont un mode de vie assez éloigné des autres afro-américains, et cela explique en grande partie leur plus faible mortalité que celle des hommes de leur milieu socio-culturel d’origine.

Concernant le fait que les hommes de ligne défensive aient plus de problèmes de cardiomyopathie que les autres, l’étude explique que les réponses aux questionnaires sur l’usage de drogue et spécifiquement d’anabolisant est une piste de réponse : 9% des joueurs ont dit avoir consommé des stéroïde anabolisant durant leur carrière, contre 16,3% des hommes de ligne offensive et 14,8% des hommes de ligne défensive.

Comparaison des taux de mortalité et de maladies chez les joueurs de la NFL par rapport à la population américaine moyenne
Paramètre Joueurs de la NFL Population américaine moyenne
Ratio de décès Inférieur Moyenne
Décès par cancer Moins de cas Plus de cas

Cependant d’après le New York Times les joueurs de football seraient moins touchés par des maladies cancéreuses ou des maladies cardio-vasculaires que le reste de la population américaine. D’après l’université du Michigan le taux de divorce des anciens joueurs de la ligue qui se situent entre 30 et 49 ans est bien plus bas que pour les autres américains, 20% contre 26% chez leurs compatriotes.

Le football américain face au problème des commotions cérébrales

Traumatismes crâniens et encéphalopathie traumatique chronique (ETC)

L'étude a fait grand bruit aux Etats-Unis où le football américain est le sport le plus populaire: les scientifiques ont analysé les tissus cérébraux de 202 anciens joueurs de foot américain, décédés, ayant pratiqué à titre professionnel (aux Etats-Unis et au Canada), au lycée, à l'université ou en tant que semi-professionnels.

Ils ont diagnostiqué l'encéphalopathie traumatique chronique (ETC) chez 177 d'entre eux, soit 87% du groupe examiné. Leur âge médian était de 66 ans au moment de leur décès et ils avaient pratiqué ce sport pendant quinze ans en moyenne.

John Urschel, joueur de l'équipe NFL de Baltimore, a décidé de mettre un terme à sa carrière à 26 ans jeudi, deux jours après la publication d'une étude médicale confirmant le lien entre football américain et dégénérescence cérébrale. Urschel, qui évoluait au poste d'offensive lineman, joueur qui bloque la défense adverse pour protéger son quarterback, et qui a disputé 40 matches en NFL, a quitté le centre d'entraînement des Ravens, sans faire de commentaires. Il annonce également se préparer à devenir père au mois de décembre.

Etudiant brillant, Urschel avait en effet révélé en janvier avoir été victime d'une commotion cérébrale après un choc casque contre casque qui avait endommagé ses facultés intellectuelles. Un traumatisme crânien a perturbé ses «capacités à bien réfléchir».

«Je pense que cela a perturbé mes capacités à bien réfléchir en termes mathématiques, avait-il expliqué à la chaîne de télévision HBO. Il m'a fallu trois semaines pour que je puisse rejouer, il m'a fallu un peu plus longtemps pour retrouver ma capacité à faire des visualisations (mathématiques) de grandes difficultés», avait-il poursuivi.

Facteurs influençant la longévité

Une étude suédoise d'envergure publiée dans la revue scientifique The Lancet Public Health, a analysé les dossiers médicaux de plus de 6 000 joueurs du Championnat de Suède de 1re division entre 1924 et 2019. Elle a ensuite comparé le taux de survenue de troubles dégénératifs du cerveau à celui d'un échantillon de 56 000 Suédois. Les joueurs de football avaient un risque 1,5 fois plus élevé que le groupe de contrôle de développer des maladies comme Alzheimer et d'autres types de démence.

Les gardiens de but font exception dans l'étude, car ils ne font pas de tête. « Cette recherche conforte l'hypothèse selon laquelle le jeu de tête explique ce lien » entre football et maladies cérébrales, a dit à l'AFP le principal auteur de l'étude, Peter Ueda, du Karolinska Institutet suédois.

L'étude suédoise a établi que les joueurs professionnels avaient une espérance de vie légèrement supérieure à la moyenne des hommes. Ce qui s'expliquerait, selon Peter Ueda, par une meilleure forme physique et un statut socio-économique plus élevé. L'étude n'a pas identifié de risque accru de développer des maladies neuromotrices, comme la maladie de Charcot (ALS), et a même noté une plus faible incidence de la maladie de Parkinson.

L'étude a examiné l’association signalée entre la longévité et une carrière professionnelle dans le football américain à travers une réanalyse utilisant des groupes comparatifs appropriés qui étaient similaires en termes de facteurs socio-économiques, de niveaux d’éducation, de santé et de race.

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