JO de Paris : Le Match de Beach-Volley Espagne-Égypte au Cœur d'un Débat Historique sur la Tenue Vestimentaire

Le match de beach-volley entre l’Espagne et l’Égypte aux JO de Paris a provoqué une vive polémique sur les réseaux sociaux, non pas pour les performances des équipes, mais pour leurs tenues contrastées. Les Espagnoles, en bikinis, ont affronté des Égyptiennes portant hijabs et vêtements couvrants, déclenchant un débat sur la liberté vestimentaire et le respect des cultures.

Bien que l’Espagne ait remporté la victoire en trois sets, les discussions en ligne se sont davantage focalisées sur les choix vestimentaires des joueuses que sur le résultat du match. Doaa Elghobashy, membre de l’équipe égyptienne, a défendu son droit de porter le hijab, affirmant que chacun devrait pouvoir choisir sa tenue sans contrainte.

Cette controverse intervient dans un contexte de critiques envers l’interdiction du hijab par la France pour les athlètes aux JO, dénoncée par Amnesty International comme discriminatoire.

Le témoignage de Doaa Elghobashy

La beach-volleyeuse égyptienne Doaa Elghobashy, qui participe aux Jeux olympiques de Paris 2024 en leggings et en portant un hijab, a fait part de son incompréhension concernant l'interdiction imposée à l'équipe de France. C'est une interdiction qu'elle ne comprend pas et elle n'a pas manqué de le faire savoir.

Alors qu'elle peut disputer ses matchs en portant son hijab, la beach volleyeuse égyptienne Doaa Elghobashy a évoqué la différence de traitement avec les athlètes françaises qui, elles, ne peuvent pas prendre part aux Jeux dans cette tenue.

"Je veux jouer avec mon hijab, elle veut être en bikini - tout est ok, que l'on veuille être nue ou porter un hijab. Il faut simplement respecter les différentes cultures et religions", a-t-elle déclaré auprès du journal suédois Expressen jeudi.

La joueuse égyptienne et sa coéquipière Marwa Abdelhady participent au tournoi olympique en leggings, avec des manches longues et un foulard hijab. Elles se sont inclinées jeudi contre les Espagnoles Liliana Fernández Steiner et Paula Soria Gutiérrez, toutes deux en bikini.

"Je ne vous dis pas de porter un hijab et vous n'avez pas à me dire de porter un bikini. Personne n'a le droit de m'imposer comment m'habiller. C'est un pays libre, chacun devrait pouvoir faire ce qu'il veut", a continué Elghobashy, en référence à l'interdiction imposée par la France à ses athlètes.

En effet, en vertu du principe de laïcité, le pays-hôte a interdit à ses athlètes - et seulement aux siennes,- de porter le hijab et le voile aux Jeux olympiques de Paris. Une mesure qui concerne notamment le football, le basket, le volley et la boxe et qui a largement été critiquée.

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L'interdiction du voile en France : un principe de laïcité contesté

Pour comprendre pourquoi les athlètes tricolores ne peuvent pas porter le voile, il faut remonter à septembre 2023. La ministre des Sports Amélie Oudéa-Castera en avait donné les raisons sur le plateau de l’émission Dimanche en politique diffusée sur France 3. «Cela veut dire l'interdiction de toute forme de prosélytisme, la neutralité absolue du service public.

Une attache au principe de laïcité appuyé par le Comité international olympique : «Le CIO, qui régit les règles de participation, est sur une logique qui consiste à appréhender le port du voile non pas comme un facteur cultuel mais comme un facteur culturel. Il s'appuie sur les dispositions des Fédérations internationales, qui ne sont pas toutes les mêmes en la manière.

Amnesty International s'en était notamment indigné et avait même écrit au CIO pour lui demander d'intervenir. "Les interdictions imposées par les autorités sportives françaises sont discriminatoires et empêchent les athlètes musulmanes qui choisissent de porter le hijab de faire valoir leur droit humain de faire du sport sans quelconque discrimination.

Historique: Une Première aux Jeux de Rio 2016

En 2016 lors des Jeux de Rio, Doaa Elghobashy a été la première Beach-volleyeuse à porter le hijab lors d’une compétition olympique. Huit ans plus tard, l’Egyptienne est présente sur le sable parisien aux côtés de sa compatriote Marwa Abdelhady.

«Vous êtes sélectionné pour les Jeux Olympiques, chez vous, mais vous ne pouvez pas participer à l'inauguration parce que vous portez un châle sur la tête», a-t-elle écrit sur son compte Instagram rapporte Reuters.

Le cliché de Rio 2016 : Un Symbole Fort

Le cliché, réalisé par la photographe de Reuters Lucy Nicholson aux Jeux olympiques de Rio, a été relayé des milliers de fois sur les réseaux sociaux. On y voit deux joueuses de beach volley, séparées par un filet, les bras tendus vers le ballon. A gauche, l’athlète égyptienne Doaa el-Ghobashy, manches longues et legging noir, le visage entouré d’un hijab. A droite, l’Allemande Kira Walkenhorst, vêtu d’un bikini, habituellement porté par les beach-volleyeuses.

La photo, prise dimanche 7 août, a été interprétée par certains comme le symbole de l'esprit olympique du vivre-ensemble et par d'autres, notamment par la presse conservatrice britannique, comme le signe d'un supposé «choc des cultures».

«Quelle vision de la femme voulez-vous ?», interroge ainsi un internaute, opposant la femme occidentale émancipée (l'Allemande) à la femme opprimée (l'Egyptienne). Pourtant, Doaa El-Ghobashi ne s'est pas vu imposer le voile islamique par sa fédération. Sa coéquipière, Nada Moawad, jouait d'ailleurs tête nue, le port du voile n'étant pas obligatoire en Egypte (même s'il est majoritaire).

Finalement éliminées par l'Allemagne, les deux athlètes étaient les premières Egyptiennes à participer aux JO dans cette discipline. Doaa El-Ghobashi, qui s'est exprimée à plusieurs reprises dans les médias sur le sujet, a d'ailleurs expliqué qu'elle avait «doublement vérifié que la liberté de tenue était d'application dans ce sport» avant de s'y consacrer.

Les règles de la Fédération Internationale de Beach-Volley

Afin de promouvoir la discipline dans l'ensemble des pays, y compris les plus conservateurs, la fédération internationale de beach-volley (FIVB), sport olympique depuis 1996, a en effet assoupli ses règles en 2012, avant les Jeux de Londres. Les joueuses peuvent depuis cette date porter un legging long ou un bermuda descendant jusqu'à 3 centimètres au-dessous du genou, et revêtir un tee-shirt, à manches courtes ou longues.

«Nous avons ajouté une possibilité afin de répondre à des motifs religieux ou culturels», expliquait à l'époque le directeur de la communication de la FIVB. En pratique, ce fut surtout en raison de la météo londonienne pas vraiment clémente que les beach-volleyeuses durent se couvrir lors des Jeux d'été de 2012.

Le règlement sportif de 2016 édicté par la fédération internationale précise, en plus des habituelles brassières dévoilant le nombril, le type de tenues autorisées en raison de «croyances religieuses ou culturelles.» Les athlètes peuvent ainsi jouer les jambes entièrement couvertes, et porter des manches allant jusqu'aux poignets :Ce changement de code vestimentaire a été vu par certains comme une entorse à un des principes fondamentaux des Jeux, la neutralité.

L'article 50-2 de la charte olympique interdit en effet toute «sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale […] dans un lieu, site ou autre emplacement olympique.» Laisser les joueuses concourir vêtues de tenues couvrantes ou voilées favorise la participation des athlètes femmes, mais ne fait d'ailleurs pas consensus au sein des mouvements féministes, qui y voient une légitimation d'un instrument de domination de la femme, explique Slate.

Pour Annie Sugier, présidente de la Ligue du droit international des femmes, «découvrir les femmes pour des raisons commerciales ou les couvrir pour des raisons religieuses, c'est les considérer comme des objets sexuels, pouvait-on lire en 2012 dans Libération. Le sport, censé être le langage universel par excellence, devient l'outil de transmission de stéréotypes et de relativisme culturel».

La sexualisation du beach-volley et le choix des athlètes

Le beach-volley souffre en effet d'une image hypersexualisée, véhiculée notamment par sa couverture médiatique. Une étude réalisée durant les Jeux d'Athènes en 2004 montrait ainsi que respectivement 20 et 17% des images diffusées lors des épreuves de beach-volley féminin étaient des plans serrés sur la poitrine ou sur le fessier des joueuses. Pourtant, plusieurs beach-volleyeuses défendent le port du bikini.

Sa compatriote Jen Kessy affirmait de son côté en 2012 qu'on ne la verrait jamais en short sur un terrain, également en raison du sable qui aurait une fâcheuse tendance à finir dans les poches. Les joueurs masculins de beach-volley concourent pourtant dans cette tenue, et en débardeur.

Chaque équipe prévoit ainsi les tenues de ses joueuses, en accord avec la réglementation de la FIVB. Les volleyeuses françaises (pas sélectionnées pour les JO 2016) ont par exemple toujours joué en deux pièces, à leur demande, précise la fédération hexagonale à Libération. C'est également le cas en Allemagne. Un impératif cependant : les deux joueuses doivent porter la même tenue sur le terrain.

Les beach-volleyeuses des équipes du Costa Rica, du Venezuela, d'Espagne ou encore d'Argentine ont également joué les épaules (et/ou les jambes) couvertes.

Tableau récapitulatif des tenues et réglementations

Organisation/Personne Position
Doaa Elghobashy Défend le droit de porter le hijab et le choix individuel de la tenue.
FIVB A assoupli ses règles en 2012 pour permettre des tenues plus couvrantes pour des raisons religieuses ou culturelles.
CIO Appuie le principe de laïcité et s'appuie sur les dispositions des Fédérations Internationales.
Athlètes françaises Interdiction de porter le hijab en vertu du principe de laïcité.

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