Les rencontres entre équipes de football féminines et masculines U15 suscitent souvent des débats passionnés et des controverses. Cet article se penche sur ce phénomène, en analysant des exemples concrets et en explorant les raisons qui sous-tendent ces confrontations. Nous examinerons notamment des matchs récents impliquant des équipes nationales féminines de France et de Suisse, ainsi que les réactions qu'ils ont provoquées.

Le Groupe de Développement U15 Féminin Français
Créé par la Direction Technique Nationale (DTN) en 2022, le Groupe de Développement U15 féminin français a disputé son premier match le dimanche 27 avril face à la Suisse au CNF Clairefontaine. Emmenées par Peggy Provost, les jeunes Tricolores ont rapidement concédé l'ouverture du score avant de renverser la vapeur pour s'imposer.
Résultats du Match France - Suisse (27 avril 2025)
Le Groupe de Développement U15 féminin tricolore a remporté le premier match de son histoire, disputé ce dimanche 27 avril face à la Suisse (4-1).
- Score: France 4 - 1 Suisse (2-1 à la mi-temps)
- Buts pour la France: Anna Rose Humbert (15e), Yasmine Benseba (16e), Mady Leduc (46e) et Juliane Guillot (74e)
- But pour la Suisse: Milena Brasser (1e)
Il est important de noter que les matches internationaux amicaux joués par le Groupe de Développement U15 féminin ne sont pas considérés comme des matches officiels par la FFF et ne comptent pas comme des sélections pour les joueuses de ce groupe.
La Polémique Autour des Matchs Amicaux : Le Cas de la Suisse
En pleine préparation pour l’Euro 2025 qu’elle organise, la Suisse et sa sélection se sont lourdement inclinées face aux U15 de Lucerne, jeudi 19 juin. La Fédération suisse de football se serait bien passée de cette fuite. À quelques jours d’un Euro à domicile, la sélection féminine suisse a essuyé un cuisant revers face aux U15 de Lucerne. Un score qui devait rester secret selon un accord entre l’ASF (Association suisse de football) et le FC Lucerne. Mais un jeune joueur suisse a vendu la mèche sur les réseaux sociaux, postant une image des tenues avec le score dans l’espace commentaire de la publication.
La situation fait beaucoup jaser, d'autant que la fédération suisse a tenté de cacher le résultat. En effet, à huis clos, les joueuses de la Nati ont affronté les U15 de Lucerne en match de préparation, dans leur camp d'entraînement. Rien d'étonnant lorsqu'il s'agit de préparer une compétition. Cependant, la défaite a été sévère: 7-1. Et la Fédération avait souhaité ne pas ébruiter ce match. Mais l'un des jeunes joueurs a partagé la feuille de match sur ses réseaux sociaux. Depuis, la situation fait beaucoup parler.
La Fédération, accusée de causer du tort aux joueuses de la Nati, s'est finalement justifiée. "Dans le football féminin, il n'est pas rare d'affronter des équipes de jeunes garçons. L'objectif est d'introduire un certain niveau de compétition. À ce stade de la préparation, l'accent est mis sur le travail physique. Indépendamment du score, ces matchs d'entraînement se rapprochent beaucoup de nos rencontres internationales en termes d'intensité et de volume de course".
Ramona Bachmann, joueuse de l'équipe suisse, s'est exprimée sur cette polémique sur son compte X. "Oui, parfois les équipes masculines U15 battent les meilleures équipes féminines? Pourquoi? La génétique. Les garçons développent naturellement plus de masse musculaire, de vitesse et de force pendant la puberté grâce à la testostérone. C'est une question de biologie, pas de niveau de compétence. Des normes physiques différentes mais le même amour pour le jeu", a-t-elle écrit.

Pourquoi Comparer les Performances est-il Délicat ?
Pour Béatrice Barbusse, sociologue du sport et autrice de l’ouvrage Du sexisme dans le sport (Anamosa), cette comparaison entre les performances des footballeuses et des footballeurs ne fait aucun sens : « La comparaison sert toujours à dévaloriser les performances des femmes, à les traiter comme un sous-produit. Ces remarques accompagnées de phrases telles que “regardez, elles sont moins bonnes, moins fortes que nous, c’est pas du vrai sport” prouve bien que comparer joueuses et joueurs n’a qu’un seul but sexiste. »
Elle rappelle que dans le cas du football, en France notamment où le sport est largement dominé par les hommes, le regard est habitué au football masculin : « Ceux qui regardent le sport à la télé sont plus habitués à voir des hommes jouer. Quand ils regardent du football féminin, ils le regardent en le jugeant par rapport à des critères du football masculin. Mais ce n’est pas la comparaison qui est vraiment gênante, c’est l’instrumentalisation de certains qui comparent les performances en établissant une hiérarchie. Dire qu’une équipe est supérieure à une autre, c’est ça le sexisme. »
Exemples Historiques et Réactions
Depuis le début de la Coupe du monde féminine de football, et plus largement depuis plusieurs années sur les réseaux sociaux, des centaines d’internautes font régulièrement remonter les défaites de plusieurs équipes nationales féminines contre des équipes de garçons âgés de moins de 15 ans (correspondant, en club, à la catégorie «U15»). Estimant ainsi prouver la faiblesse du football féminin.
Les deux matchs qui reviennent le plus souvent sont les suivants :
- La défaite de l’équipe nationale féminine américaine contre les moins de 15 ans hommes de Dallas (5-2).
- L’année précédente, encore plus sévère au tableau d’affichage (7-0) des Australiennes face aux moins de 15 ans de Newcastle.
Avec à chaque fois les mêmes commentaires, écrits par des hommes : «Le football féminin a un niveau pitoyable, en voici la preuve ptdrrr (sic)», «Les mecs en districts sont aussi bons voire bien meilleurs que les footballeuses», «L'Australie ils ont le niveau U15», «Les femmes, c'est même pas le niveau ligue 2», ou encore «A partir du moment où tu vois qu'une équipe de U15 a tapé 7-0 l'équipe nationale d'Australie, [t'as] pas besoin d'être une tête pour comprendre l'écart de niveau qu'il y a».
Le sujet, devenu récurrent sur le forum 18-25 du site Jeuxvideo.com, revient ainsi inlassablement, et ce depuis plusieurs années, dès lors qu'il s'agit sur ces réseaux de s'interroger (avec plus ou moins de bienveillance) sur le niveau du football féminin.
Le Contexte est Crucial
Il est nécessaire de connaître le contexte pour comprendre pourquoi il est ridicule d’instrumentaliser cette rencontre. L’équipe féminine était au Texas pour s’entraîner en vue des deux matchs les opposant à la Russie, les 6 et 9 avril 2017. Comme en 2016, les joueuses ont profité des infrastructures du club (le FC Dallas est un club important du MLS, la principale ligue de foot professionnel aux Etats-Unis) pour préparer ces rencontres dans les meilleures conditions.
Un article publié sur le site du FC Dallas a raconté cette rencontre. Mais l’article n’est plus accessible depuis. Archivé sur Internet, l’article disait : « L’équipe nationale féminine des Etats-Unis est de retour au Toyota Stadium jeudi soir et, comme lors de la préparation aux qualifications olympiques de l’an dernier, elle a disputé une compétition amicale à la FC Dallas Academy. Dimanche, les femmes ont disputé une rencontre très serrée contre l’équipe U15 Academy à SMU, un match que Dallas a remporté 5-2 grâce aux buts de Kameron Lacey, Giggs Adames, Ivan Juarez et un doublé de Nathan Hayes. Il précise que le match avait fait parler en 2017 aux Etats-Unis, obligeant le club à restreindre l’accès à l’article face au déluge de commentaires moqueurs et sexistes.
Depuis, le score de cette rencontre ressurgit à chaque événement médiatisé concernant l’équipe nationale américaine et les footballeuses en général : « On a vu ce match revenir lorsque l’équipe a poursuivi en justice la fédération américaine pour avoir droit à des primes à la hauteur des hommes. En juin, les jeunes U18-U19 du FC Dallas ont affronté la sélection masculine équatorienne qui se prépare pour la Copa America. Le match a été assez équilibré et il y a eu match nul 1-1. Pourtant, personne ne le mentionnera quand arrivera la compétition. »
Pour résumer les choses, il s’agissait donc d’une rencontre d’échauffement, à quelques jours de deux matchs contre la Russie, alors même que le championnat féminin n’avait pas repris. On imagine aisément que les jeunes de Dallas, se sachant chanceux d’affronter l’équipe nationale championne du monde, aient donné le maximum pour garder un beau souvenir de cet événement sportif.
L'Intérêt Sportif de ces Confrontations
Selon Nicole Abar, internationale de l'équipe de France de football pendant dix ans, puis entraîneure et responsable technique des équipes féminines du Toulouse Football Club, «les équipes de haut niveau ont besoin de se confronter à une opposition qui les mette en difficulté. Les garçons sont beaucoup plus vifs, vont beaucoup plus vite, obligeant les filles à anticiper, à accélérer le jeu.»
Elle ajoute : «Elles travaillent aussi leur qualité technique. Face à une fille, vous faites un contrôle approximatif, il n'est pas sûr que vous perdiez le ballon. Face à un garçon, vous allez perdre le ballon. L'idée, c'est d'aller recherche de l'ultraperformance et de la mise sous pression à tous les niveaux, dans la prise d'information, la rapidité d'exécution et la qualité technique. Leur permettre d'organiser une stratégie collective différente que face à une équipe féminine qu'on pourrait dominer.»
Ce qui est trop souvent le cas selon elle : «Le foot féminin n'a pas encore suffisamment d'équipes de très haut niveau à proximité. Si Lyon, en France, veut faire un match de très haut niveau, il y a le PSG, Paris FC ou Montpellier. Mais c'est tout. Quand j'entraînais Toulouse, seule équipe de D1 de la région, quand j'avais des trous dans mon championnat, je trouvais des clubs à proximité et je faisais des matchs contre les garçons. Les gamins adoraient ça.»
Selon l'ex-entraîneure, sacrée quatre fois championne de France avec Toulouse, ces matchs profitent aussi aux garçons : «Le physique, ça ne fait pas tout. C'est l'occasion d'expliquer aux garçons que ce n'est pas la peine d'aller au contact, tout le temps. De leur faire travailler du jeu au sol jeu rapide, propre, de privilégier le jeu collectif, la gestion des blocs.»
Pour Nicole Abar, la rivalité homme-femme n'est jamais au cœur de ces confrontations, contrairement à ce que laissent penser les messages haineux et misogynes publiés sur les réseaux. «Parfois, des équipes garçons de moins de 15 ans sont très fortes et mettent 7-0 à des équipes féminines. Parfois, ils se prennent une pilée contre une équipe de D1 féminine. Mais ce n'est pas le sujet.
