L’équipe de Finlande de football, surnommée Huuhkajat (Les Hiboux Grands-ducs), représente une nation scandinave en progression constante. Après des décennies d’anonymat, la Finlande a réalisé l’exploit historique de se qualifier pour l’Euro 2020, sa première phase finale. Cette sélection dispute les qualifications européennes pour la Coupe du Monde avec l’ambition de franchir un nouveau cap et participer à son premier Mondial.
Avec Teemu Pukki comme leader historique et une nouvelle génération déterminée, la Finlande vise à confirmer sa progression. Les qualifications européennes représentent une opportunité historique pour Huuhkajat d’écrire une nouvelle page et réaliser le rêve d’une première participation en Coupe du Monde qui marquerait l’histoire du football finlandais.
FicheL’une des équipes novices de la compétition. Au sein du groupe B, très homogène avec la Belgique, le Danemark et la Russie, les Finlandais n’auront rien à perdre pour leur première lors d’un grand tournoi. Leur surnom Huuhkajat. En Europe, les surnoms d’animaux sont rares pour les équipes de football. La Finlande propose un charmant Huuhkajat : les majestueux « hiboux grands-ducs ».
Le calendrier (heure française):
- 12 juin : Danemark - Finlande, 18 heures, à Copenhague
- 16 juin : Russie -Finlande, 15 heures, à Saint-Pétersbourg
- 21 juin : Finlande - Belgique, 21 heures, à Saint-Pétersbourg
Les deux premiers de chaque groupe ainsi que les quatre meilleurs troisièmes se qualifient.
L’équipe qui devrait jouer Jesse Joronen - Jere Uronen, Joona Toivio, Paulus Arajuuri, Robert Ivanov, Nikolai Alho - Glen Kamara, Tim Sparv, Onni Valakari - Teemu Pukki, Joel Pohjanpalo.
Les Débuts et les Premières Tentatives
Les Finlandais essayent de disputer une grande compétition depuis 1937. Ils ont tenté leur chance en qualifications 19 fois pour la Coupe du monde et 14 fois pour l’Euro. La 33e tentative aura donc été la bonne. La qualification a été fêtée dignement dans les rues du pays en novembre 2019 mais, à cause de la crise sanitaire, il a fallu patienter un an de plus pour disputer ce premier Euro.
C’est le 22 octobre 1911, à une époque où le pays faisait encore partie de l’Empire russe, que l’équipe de Finlande de football disputa alors son premier match. Elle se retrouve donc à Helsinki pour affronter la Suède, mais elle finira alors par s’incliner sur un score plutôt sans appel de 2-5.
Ne se laissant pas abattre pour autant après cette défaite, la Finlande s’illustrera ensuite l’année suivante en participant au tournoi de football des Jeux olympiques de 1912 à Stockholm. Elle se hissera alors à la 4e place, une place qui restera pour elle sa meilleure performance à ce jour dans un tournoi olympique de football.
La Finlande participa pour la première fois à un tour préliminaire de Coupe du monde. Ce sera alors à l’occasion des Éliminatoires à la Coupe du monde 1938. Elle sera ensuite forfait lors des qualifications pour la Coupe du monde 1950, la Finlande a cependant disputé toutes les phases éliminatoires au Mondial depuis 1954.
La Coupe du monde 2010 qui s’est déroulée en Afrique du Sud place les Finlandais dans le groupe 4, avec pour adversaires la Russie, l’Allemagne, le Liechtenstein, le Pays de Galles et l’Azerbaïdjan. Elle commencera alors très bien sa campagne en réalisant un match nul spectaculaire face aux Allemands sur le score de 3-3.
Mais ce sera cependant un match pendant lequel la Finlande n’aura jamais été menée. Motivée et confiante, elle continuera dans sa lancée, mais se heurtera à deux défaites contre la Russie, sur le même score de 3-0 lors des deux rencontres, puis se contentera d’un match nul contre le Liechtenstein (1-1) qui sonnera alors la fin de sa participation pour le Mondial, l’équipe devant alors se contenter de la troisième place du groupe.
Cette fois ce sera dans le groupe I que sera placée la Finlande lors des éliminatoires pour la Coupe du monde 2014 au Brésil. Elle tombera alors ici sur la seule poule à 5 équipes des qualifications, avec de gros pays comme l’Espagne, championne du monde en titre, ou encore la France, la Biélorussie et la Géorgie.
Sa première bête noire dans la nouvelle compétition sera alors la France contre qui elle subira une défaite (0-1) pour le début des éliminatoires du 7 septembre 2012.
On a pu retrouver une équipe de Finlandaise qui a traversé une longue période de transition. Même si la structure générale de l’équipe a été progressivement rajeunie, avec notamment le remplacement de Jari Litmanen qui a cédé la place au meneur de jeu Alexei Eremenko, on se retrouve face à une équipe qui ne sera pas parvenue à se démarquer dans les phases de qualifications pour la Russie 2018.
Et ce ne sont pas Niklas Moisander qui avait pris alors le relais du pilier de la défense Petri Pasanen, et Teemu Pukki qui était venu remplacer le chevronné Mikael Forssell à la pointe de l’attaque, qui pourront y faire quelque chose.
Markku Kanerva : L'Artisan de la Qualification
Markku Kanerva a réussi à qualifier la Finlande en phase finale. Il a connu une ascension rectiligne (sélectionneurs des Espoirs, assistant des A, intérimaire, numéro 1) et il fait déjà mieux que quiconque auparavant. La qualification pour cet Euro (2e d’un groupe de qualifications remporté par l’Italie, devant la Grèce, la Bosnie ou l’Arménie) constitue la première phase finale de la Finlande dans une compétition majeure.
Markku Kanerva (57 ans) alterne entre le 4-4-2 et le 5-3-2, quand il s’attend à subir.
Appelé à ce poste en décembre 2016, Markku Kanerva est un ancien instituteur, métier qu’il a concilié avec sa carrière de footballeur. C’est aussi l’homme des premières pour le football finlandais. Il a participé à l’unique campagne d’un club finlandais en phase de groupes de la Ligue des champions, sous les couleurs du HJK Helsinki.
En tant que sélectionneur des moins de 21 ans, il a qualifié pour la première fois l’équipe de Finlande pour l’Euro de cette catégorie en 2009. Aujourd’hui, enfin - consécration -, il est le maître d’œuvre de la première participation de la sélection nationale à un grand tournoi. Sans oublier, en novembre dernier, un succès de prestige en match amical face aux champions du monde français, battus 2-0.
Markku Kanerva, ancien défenseur international et personnage incontournable de la scène du football finlandais, se reconvertira en 2001 en entraîneur. Cet ancien joueur aux 59 sélections a été aux commandes de l’HJK durant une saison avant de se consacrer à la sélection.
Cette renaissance coïncide avec la nomination en tant que sélectionneur de Markku Kanerva. Kanerva était donc le candidat parfait pour lancer une nouvelle dynamique, non pas au niveau tactique qui est la même depuis de nombreuses années mais au niveau collectif en créant un véritable groupe de joueurs 100% concentrés sur la sélection lors des trêves.
Il n’a donc pas retenu ceux qui ne voulaient plus faire partie de la sélection comme pour la retraite de l’ancien capitaine Niklas Moisander (Werder Brême) et ses 62 sélections, Perparim Hetemaj (Chievo Vérone) et ses 49 sélections et Alexander Ring (New York City) et ses 44 sélections qui souvent blessé veut se concentrer à 100% à son club.
Le sélectionneur fait donc sans joueurs absolument extraordinaires, sans stars mais avec des joueurs se battant pour le collectif comme a su le faire l’Islande dernièrement.

Teemu Pukki : Le Buteur Historique
Teemu Pukki | 55 GOALS for Bröndby IF | 2014 - 2018
Pukki est le meilleur buteur de la sélection finlandaise. Il en comptabilise déjà 30 en 90 sélections. Parmi les autres internationaux finlandais en activité, personne n’a atteint la barre des 10 buts. Repéré tôt par le Séville FC avant d’évoluer notamment à Schalke 04 ou Brondby, Pukki a dépassé Mikael Forssell (29) et s’attaque maintenant au meilleur buteur de l’histoire de la sélection, la légende Jari Litmanen (32 entre 1989 et 2010).
Longtemps globe-trotteur du football - de sa ville natale de Kotka, à Séville, Helsinki, Gelsenkirchen (Schalke 04), Glasgow ou Brondby -, le buteur de la sélection finnoise a trouvé le lieu de son épanouissement en Angleterre. Un football qui correspond à son style. A Norwich, il accumule les buts depuis 2018 : 29 la première saison pour une montée en Premier League ; 11 la suivante, au sein de l’élite, et à nouveau 26 en 41 matchs de retour en Championship (la deuxième division anglaise).
Une excellente affaire pour les Canaris de Norwich, comme le souligne avec humour l’ancien buteur du club Darren Huckerby : « Pukki a coûté moins cher qu’un Mars. » Leur chouchou finlandais est arrivé gratuitement en provenance du Danemark.

Jari Litmanen : La Légende Inégalée
Le meilleur joueur de l’histoire finlandaise n’a jamais disputé l’Euro ni la Coupe du monde. Mais l’élégant Jari Litmanen a eu le temps d’éblouir l’Europe du football sous les couleurs de l’Ajax Amsterdam, son club de cœur. Entre 1992 et 1999, il a en effet inscrit avec l’Ajax 129 buts en 226 matchs, et remporté la Ligue des champions en 1995 aux côtés des vedettes néerlandaises Frank Rijkaard, Clarence Seedorf ou Edgar Davids.
Le natif de Lahti - une statue à son effigie y a été érigée en 2010 - s’est aussi illustré, mais plus subrepticement, dans deux autres grands clubs : le Barça et Liverpool. Joueur offensif, il a continué à jouer jusqu’à l’âge de 40 ans. En sélection, il est ainsi le Finlandais le plus capé, avec 137 rencontres, 32 buts, dont le dernier, à 39 ans et 270 jours, en 2010… Ce qui en fait le plus vieux buteur en phases de qualification à un Euro.
Avec son physique filiforme et athlétique d'1m82, le Finlandais incarnait une forme de classicisme, de simplicité et de football à l'ancienne, à l'opposé des stéréotypes attachés aux stars du ballon rond. Plus considéré par les spécialistes et les esthètes du jeu que par le grand public, Litmanen a notamment souffert de n'avoir jamais brillé ailleurs qu'à l'Ajax, en partie à cause de blessures récurrentes qui ont détruit sa fin de carrière.
Né en 1971 dans une famille de footballeurs, Jari a très vite suivi le même chemin. Il effectue ses premières années professionnelles dans son pays. Tout d’abord dans son club formateur, le Reipas Lahti, puis successivement au HJK Helsinki et à MyPa 47.
En 1994-95, il participe pleinement à la campagne victorieuse en Ligue des Champions, rendant notamment une copie impeccable face au Bayern en demi-finale retour. Cette année là, il termine sur le podium lors de l'élection du Ballon d'Or (troisième derrière George Weah et Jürgen Klinsmann). Celui qui est surnommé "Merlin" pour sa capacité à transformer n'importe quel terrain de foot en scène d’illusionnisme est l'un des principaux artisans du record d'invincibilité installé par l'Ajax cette année là (52 matchs de championnat ainsi que 19 rencontres de Ligue des champions).
Ses prestations en club n’ont pas longtemps laissé l’entraîneur de la Finlande indifférent. Très tôt, Litmanen reçoit sa chance et devient le cadre de la sélection nordique.
En 1999, Litmanen signe au FC Barcelone, où il rejoint nombre de ses anciens partenaires de l'Ajax et Louis Van Gaal, l'entraîneur des années glorieuses. Embêté par des pépins physiques à répétition, il partage son temps entre l'infirmerie et le banc de touche.
C’est le début de la galère… Liverpool le recrute ensuite avec notamment à sa tête le coach français Gérard Houllier qui lui donne sa confiance. Mais la poisse poursuit Litmanen, qui ne prend part à aucune des trois finales victorieuses des Reds en 2001 (League Cup, FA Cup et Coupe UEFA).
À 30 ans, sa chance de s'imposer comme un joueur majeur dans un grand championnat est passée, et le Finlandais, libre de tout contrat, décide de revenir à l'Ajax après trois années de galères et de frustrations. Son retour dans le club qu'il l'a révélé ne changera rien. Les blessures ont eu raison de son corps malgré les nombreuses tentatives de retour.
Il signe ensuite à court terme en Bundesliga à l'Hansa Rostock pour une opération maintien et à Malmö pour une qualification en Champions League. Il possède tout de même un fabuleux palmarès.
Recordman de sélections (137) mais également de buts (32) avec l’équipe de Finlande, il est devenu en novembre 2010 le plus vieux joueur à marquer dans une rencontre d'éliminatoires pour le championnat d'Europe en transformant un penalty face à Saint-Marin.
Dans un petit pays de football comme la Finlande, sortir un joueur de ce calibre est quelque chose d’exceptionnel. Si d’autres ont réalisé de très bons parcours comme Teemu Tainio ou Sami Hyypia, Jari Litmanen reste incontestablement le numéro un dans le pays nordique. Un peu trop d’ailleurs.
S’il a bien tenté d’hisser son pays au plus haut niveau, il n’a jamais pu réussir à cause du niveau limité de ces partenaires.

Effectif actuel
Gardiens : L. Hradecky, J. Joronen, A. Jaakkola
Défenseurs : P. Arajuuri, D. O'Shaughnessy, J. Toivio, L. Väisänen, N. HämäläinenT. Lam, J. Uronen, J. Raitala, R. Ivanov
Milieux : G. Kamara, R. Taylor, R. Lod, F. Jensen, R. Schüller, P. Soiri, T. Sparv,N. Alho, J. Kauko, O. Valakari
Attaquants : T. Pukki, J. Pohjanpalo, L. Lappalainen, M.
Anecdotes et faits marquants
- L'Eurovision : Pays européen par excellence du métal, la Finlande ne pouvait pas gagner l’Eurovision dans un autre genre musical. En 2006, le groupe Lordi remporte le concours devant… la Russie. La chanson répond au doux titre de Hard Rock Hallelujah. La prestation scénique des Finlandais marque les esprits. On est loin de Poupée de cire, poupée de son.
- Le hibou porte-bonheur : Cela est arrivé en juin 2007, lors du match Finlande-Belgique comptant pour les éliminatoires de l’Euro 2008, lorsqu’un hibou est venu perturber le match en se posant sur la barre transversale adverse. Cela aura provoqué la suspension du match durant six minutes, n’empêchant pas les Finlandais de l’emporter 2-0.
- Relations finno-russes : Les relations finno-russes n’ont rien d’un long fleuve tranquille. Le territoire finlandais a longtemps été un champ de bataille entre la Suède et la Russie, avant que le grand-duché de Finlande ne soit intégré, à partir de 1809 et pour plus de cent ans, à l’Empire russe. Le pays ne gagne son indépendance qu’au sortir de la première guerre mondiale et de la révolution d’Octobre. Mais la seconde guerre oppose de nouveaux les deux voisins : celle qu’on appelle « la guerre d’hiver » fera, de novembre 1939 et jusqu’au 13 mars 1940, date de l’invasion par l’URSS, quelque 120 000 morts. Lui succède la « guerre de continuation », durant laquelle les Finlandais reçoivent pendant trois ans (1941-1944) le soutien militaire et économique de l’Allemagne nazie dans sa lutte contre les Soviétiques. La Finlande retrouvera son meilleur ennemi sur les terrains de football pour son premier Euro : un match qu’elle disputera de l’autre côté de la Baltique, à Saint-Pétersbourg.