L'Histoire et l'Évolution du Football Total: Des Systèmes de Jeu aux Stratégies Modernes

Au « Café du stade » ou à la buvette du club, on discute souvent de la composition, de la formation, du système de jeu, de la structure de l’équipe, des principes ou projets de jeu, voire d'une philosophie de jeu. Combien de fois avons-nous entendu dire que telle équipe est similaire à telle autre en raison du même système de jeu? Que tel joueur ne pouvait pas s’intégrer au système de jeu de l’entraîneur? Ou encore que l’entraîneur doit tout changer s’il veut réussir à gagner?

Dans cet article, nous allons explorer l'histoire de l'évolution des systèmes de jeu, en essayant de dégager les principales caractéristiques et innovations des différentes étapes. Nous tenterons également d'identifier quelques axes pour l'évolution des formes de jeu actuelles. Pourrons-nous toujours les qualifier de « systèmes de jeu »?

Les Origines du Football et les Premières Formations

Parmi les jeux de ballon qui sont au nombre des plus anciens exercices de plein air, le football est peut-être le plus célèbre et le plus pratiqué. On peut considérer que ses ancêtres européens sont la Soule à laquelle on s’adonnait en Bretagne et en Normandie et la Choule qui pour sa part était jouée en Picardie. Les matches, qui opposaient, en général, les hommes de deux villages différents étaient de véritables combats, avec bagarres et mêlées (on y déplorait d’ailleurs parfois de nombreuses victimes).

À la fin du 19e siècle sont nés le football et le rugby, deux composantes de ces pratiques sociales d’opposition collective existantes sous différentes formes sur différents continents. Tout au long de son parcours vers l’universalisation, le football a évolué dans sa réglementation, mais aussi dans son organisation.

Les compositions ou les formations sont des moyens simplifiés de décrire schématiquement la stratégie de positionnement d’une équipe. Les compositions d’équipe annoncées, avant match, par les médias ne sont pas toujours en adéquation avec le positionnement réel des joueurs correspondant au système de jeu adopté.

Le Calcio Florentin : Une Organisation Précoce

Ce sont les Florentins qui, au milieu du XVe siècle avec le calcio, furent les premiers à mettre de l’ordre dans l’organisation d’équipes luttant pour la possession d’une balle. Chaque équipe comprenait 27 joueurs placés sur le terrain dans un ordre précis : 15 joueurs au premier rang (on peut les considérer comme les ancêtres des attaquants modernes), 5 au deuxième (milieux offensifs), 4 au troisième (milieux défensifs) et 3 en arrière ligne (défenseurs). Le « 3-4-5-15 » fut donc la première organisation du jeu et fut pratiqué jusqu’aux environs de 1750, bien qu’il soit très violent.

La Naissance du Football Moderne en Angleterre

Après 100 ans de sommeil, le football prit peu à peu sa forme actuelle en Angleterre et le 26 octobre 1863, les dirigeants de sept clubs se réunirent à Londres à la « Free Mason’s Tavern » et adoptèrent un « Code officiel des lois pour la régularité du jeu ». Il est reconnu que ce jour peut être considéré comme la date de naissance du football moderne.

On répartit généralement, dans l’étude théorique des systèmes de jeux en football, les joueurs en trois lignes de force à savoir :

  • Les attaquants qui dès le début du match prennent position près de la ligne médiane
  • Les milieux de terrain qui sont situés à égale distance des attaquants et du gardien de but
  • Les défenseurs que l’on trouve justes devant le gardien de but

Depuis l’apparition et la constitution du football moderne, le nombre de joueurs contenus dans ces lignes a évolué. Le seul joueur n’ayant pas eu à subir ces changements est le gardien de but qui a toujours conservé un statut particulier et sa position dans la surface de réparation. Même si l’évolution « récentes » des lois du jeu fait qu’il participe beaucoup plus à l’élaboration du jeu de l’équipe tant du point de vue défensif qu’offensif.

L'Évolution des Systèmes de Jeu au XIXe Siècle

S’il nous était possible de voir un match de football du milieu du XIXe siècle, nous serions surpris par le style du jeu et la disposition des joueurs sur le terrain. La raison de toutes ces conduites de balle solitaire n’était pas seulement parce que le football de l’époque manquait de sophistication, mais plutôt parce que la règle du hors-jeu était complètement différente de ce qu’elle est aujourd’hui. Jusqu’en 1925, les règles prescrivaient qu’un joueur n’était pas autorisé à être devant le ballon (cf. hockey sur glace), il devait donc progresser avec le ballon et dribbler les opposants.

Ainsi, chaque attaquant prenait le ballon et le conduisait jusqu’à ce qu’il le perde à moins qu’il puisse tirer au but. Il n’y avait à cette époque-là qu’un seul défenseur qui avait donc pour tâche de livrer un duel avec le porteur de balle de l’équipe adverse. Ainsi, chaque attaquant faisait sa partie sans se préoccuper de ses coéquipiers, « cherchant à conquérir quelques lauriers par son adresse comme dribleur, chassant le ballon devant lui pour le piloter par d’habiles manœuvres à travers les vides dans les rangs ennemis, lui faisant faire maints détours pour éviter la défense du camp opposé et arriver jusqu’au but. Toute l’équipe suivait. La seule combinaison admise alors consistait à soutenir un coéquipier dans l’espoir s’il venait à perdre le ballon, de le lui « chiper » et de faire à son tour une jolie exhibition de dribbling » (Tumner - Fraysse, 1904). Le football pouvait donc apparaître à cette époque comme un sport collectif mais pratiqué essentiellement individuellement. L’équipe était composée d’un gardien de but, d’un défenseur seul et de neuf attaquants (Gardien de but-1-9).

Mais, vers 1863, un des attaquants fut placé au milieu de terrain [appelé demi-arrière]. Le fait d’utiliser un seul défenseur et un seul milieu de terrain et de placer le reste des joueurs en attaque semble fou aujourd’hui, mais les matches étaient différents à l’époque, avec un minimum de passes utilisant la largeur du terrain.

Mais bientôt, les équipes réalisèrent que l’unique défenseur ne pouvait pas faire grand-chose face aux neuf attaquants ; pourtant l’esprit initial porté vers l’attaque demeurait (GB-1-1-8).

Évolution des formations de football au fil du temps.

The Craziest Offside Trap in History | Netherlands 1974

L'Ère du Football Total

En 1974, en Allemagne de l’Ouest, s’est tenue la dixième édition de la Coupe du monde de football. Cette compétition sera le théâtre de moments de gloire d’une forme de football qui a marqué à jamais l’histoire du jeu, le football total. Emmenés par Rinus Michels, le coach qui a démocratisé et donné ses lettres de noblesse à cette forme de jeu, les Pays-Bas vont émerveiller le monde du football lors de cette compétition. Les Oranje vont de par leur qualité de jeu largement dominer une compétition au cours de laquelle ils n’étaient pas favoris, jusqu’à échouer en finale. L’héritage laissé par cette équipe sur le football moderne est énorme.

Pour comprendre en quoi cette équipe des Pays-Bas est si particulière, il faut retourner aux origines du football total. On peut considérer que certains principes de cette forme de jeu étaient déjà présents dans les années 50 et la Hongrie de Gustav Sebes. Cependant, le football total dans sa forme finale, apparait dans la fin des années 1960, et est l’œuvre de Rinus Michels et de l’Ajax Amsterdam.

Lorsqu’il rejoint l’Ajax, Michels opte dans un premier temps pour un système en 4-2-4 (d’où le parallèle possible avec la Hongrie de Sebes). En 1969, l’Ajax atteint la finale de la coupe des clubs champions mais s’incline lourdement 4-1 face à l’AC Milan. Suite à cette débâcle, Michels s’adapte et modifie son système de jeu pour passer du 4-2-4 au 4-3-3. Ce changement s’avère payant puisqu’en 1971, l’Ajax domine le Panathinaïkos 2-0 en finale et remporte la première coupe des clubs champions de son histoire. Lors de cette compétition, Michels reste fidèle à ses principes de jeu et va donner à son équipe un visage à la fois chatoyant et physique ce qui en fait l’une des plus belles représentations de ce qu’est le football total.

Les Principes du Football Total

L’un, si ce n’est le principe fondamental de cette forme de jeu est la liberté donnée aux joueurs dans les déplacements. En effet, dans le football total, les positions ne sont pas figées et les joueurs ne sont pas confinés dans une seule et même zone. Le plus important est que le système lui ne bouge pas. Le 4-3-3 se transforme en 3-4-3 lors de cette compétition, ne se modifie pas, peu importe quel est le joueur qui occupe chaque position. Si un défenseur central décide de faire une course vers l’avant, cette dernière doit être compensée, couverte par un autre joueur à proximité. L’incarnation de cette notion d’électron libre et de liberté accordée aux joueurs est sans aucun doute Johan Cruyff. Le génial joueur Hollandais est le général en chef de cette équipe magnifique. Sur le papier, Cruyff est un attaquant ou un milieu très offensif, mais dans les faits, il n’a pas de position fixe et se déplace ou il le souhaite, à son bon vouloir. Cruyff n’est néanmoins pas exempté de ses taches défensives.

Cette liberté de déplacement ne peut être efficace que si les joueurs qui incarnent le système sont polyvalents et dotés d’une grande intelligence tactique. On peut prendre ici l’exemple de Mattéo Guendouzi, joueur fondamental de l’OM de Sampaoli qui occupait des zones très distinctes durant les rencontres en fonction de ce que le jeu demandait.

En plus de cette liberté et de la fluidité que cela amène au jeu, cette équipe des Pays-Bas était surtout belle à voir jouer de par la qualité de ses actions offensives. Guidée par des joueurs dotés d’une qualité technique bien supérieure à la moyenne, les Pays-Bas 1974 étaient capables d’effectuer des mouvements collectifs rapides, justes, et incroyablement modernes pour l’époque. Cette vitesse dans les transmissions et la justesse technique ont permis aux Pays-Bas d’avoir la mainmise sur la quasi-totalité des rencontres de cette coupe du monde. Les Pays-Bas étaient clairement le meilleur collectif de ce mondial, que cela soit avec, mais également sans ballon.

En effet, paradoxalement, lorsqu’on pense au football total, on s’imagine un football chatoyant et attrayant avec ballon. L’un des autres concepts « inventés » par Michels et le football total est ce qu’on appellerait aujourd’hui le pressing côté ballon. Le but est de presser en nombre de façon à enfermer l’adversaire l’obligeant soit à allonger et donc dans la plupart des cas à rendre le ballon, soit à commettre une erreur qui permet aux néerlandais de récupérer le ballon haut.

Néanmoins, si le concept n’est plus aujourd’hui une surprise, les Pays-Bas l’exécutent sans aucun doute de la manière la plus extrême depuis les prémices du football. Sur attaque placée, cette équipe des Pays-Bas était vulnérable. Pour éviter de se retrouver dans cette situation, Michels a opté pour une option extrême avec un pressing tout terrain et un piège du hors-jeu très agressif. La disparition de la règle du hors-jeu passif ne permet plus aujourd’hui aux équipes de presser de façon aussi agressive. Cette notion de pressing côté ballon et d’enfermement de l’adversaire dans un petit espace est clairement l’un des héritages les plus importants laissé par les Pays-Bas de Michels.

Malgré une qualité de jeu remarquable et un système semblant infaillible, les Pays-Bas 1974 ne seront pas sacrés durant ce mondial. Au vu de leur tournoi où ils n’ont laissé aucune chance à la plupart des équipes qu’ils ont rencontrés, les Pays-Bas bien qu’outsider en début de compétition faisaient office de favoris pour la finale. Ce match commence d’ailleurs de la meilleure des manières pour les Oranje qui obtiennent et transforment un penalty après moins d’une minute de jeu. Néanmoins, la suite ne se passera pas comme prévu pour les hommes de Michels.

Moins inspirés, moins intenses dans leurs courses et gênés par la solidité allemande, les néerlandais vont passer à côté de leur finale. Une dépendance trop importante à Cruyff, la surprise de rencontrer une équipe aussi solide après un tournoi dominé de la tête et des épaules, un contrecoup physique, nombreuses sont les explications possibles de cette désillusion.

La frustration et le goût d’inachevé sont énormes lorsqu’on voit la qualité de jeu développée par les Pays-Bas sur ce tournoi, mais les Oranje ont finis par craquer au pire moment marquant également la fin de cette forme extrême de football total. Cette défaite représente néanmoins bien la sélection néerlandaise à travers l’histoire du football, très souvent enthousiasmante, précurseur sur énormément de principes de jeu, mais très rarement victorieuse.

Cette équipe Pays-Bas 1974 ne déroge pas à la règle, néanmoins, elle aura marqué l’histoire de la coupe du monde et du football en général en poussant à l’extrême les principes du football total. Malgré la défaite, cette équipe est restée dans les mémoires de par la qualité du jeu qu’elle développait et a laissé un héritage énorme qui est encore visible dans le foot en 2024.

Johan Cruyff, figure emblématique du football total en 1974.

L'Héritage de Johan Cruyff

Disparu, d'un cancer du poumon, Johan Cruyff était le football. Quand certains grands anciens se visitent comme un musée, ses interviews offraient une plongée dans une pensée sans cesse en mouvement. Cette dialectique ressemblait à ce qu'il avait été, joueur, sous la tunique blanc et rouge de l'Ajax. Avec ses manières tranchantes mais ses arabesques. Avec son sens de la compétition mais sa recherche d'un esthétisme.

Il était le meilleur joueur et le leader parfois tyrannique de l'équipe qui a changé le jeu à jamais : à l'Ajax, la légende prétend qu'il y avait un entraîneur sur le banc, Rinus Michels, et un entraîneur sur le terrain, Johan Cruyff. Plus tard, à l'Ajax puis à Barcelone, il deviendrait l'entraîneur qui a révolutionné le football moderne.

«Il a bâti la cathédrale. Nous l'entretenons», dit joliment Pep Guardiola. Aucun autre acteur de l'histoire du jeu n'a eu une influence aussi profonde ni aussi durable dans les deux rôles. Face à l'idée que les grands joueurs ne font pas forcément de grands entraîneurs, face au constat de l'impossibilité de la pédagogie du génie, il restera l'éternel contre-exemple, celui qui a su montrer, penser, faire jouer, inspirer.

De sa rencontre avec Rinus Michels, à l'Ajax Amsterdam, est né le football total. Michels en a eu l'idée, et Cruyff lui a donné un sens. Sous le romantisme étaient la discipline et l'engagement athlétique - fruit d'une préparation quasi militaire - qui permettaient à l'Ajax de prendre des espaces par le mouvement et la vitesse, et qui voyaient chacun compenser les mouvements de l'autre : puisque tout le monde attaquait, même les défenseurs, il fallait bien que tout le monde défende, même les attaquants, qui revenaient compenser les libertés révolutionnaires prises par l'arrière-garde.

Le football total était un prolongement de la formation des jeunes joueurs à l'Ajax, dont les entraîneurs leur faisaient occuper une autre place que la leur. Le principe, au fond, était simple : l'Ajax cherchait à créer des espaces quand il avait le ballon, et à les réduire quand il l'avait perdu.

En 1973, il avait quitté Amsterdam pour Barcelone, avait retrouvé Michels, et le Camp Nou l'avait adoré, bien sûr. Entre mille exploits, il reste la magie d'un but comme une pirouette, dans un angle impossible, face à l'Atlético de Madrid.

Les Succès de Cruyff

  • Ballon d'Or France Football (1971, 1973, 1974)
  • Vainqueur de la C1 (1971, 1972, 1973)
  • Coupe intercontinentale (1972)
  • Champion des Pays-Bas (1966, 1967, 1968, 1970, 1972, 1973, 1982, 1983, 1984)
  • Champion d'Espagne (1974)
  • Coupe des Pays-Bas (1967, 1970, 1971, 1972, 1983, 1984)
  • Coupe d'Espagne (1978)

Cruyff Entraîneur

  • Vainqueur de la C1 (1992)
  • Vainqueur de la C2 (1987, 1989)
  • Champion d'Espagne (1991, 1992, 1993, 1994)
  • Coupe des Pays-Bas (1986, 1987)
  • Coupe d'Espagne (1990)

Le Football Autrichien et le Système Écossais

Jusqu’au début des années cinquante, une grande partie du football autrichien vécut dans l’illusion que le système écossais associé à la Wiener Schule était le seul permettant de jouer le Scheiberlspiel, ce jeu de passes courtes, rapides et redoublées, qui faisait l’admiration de tous. Il serait cependant trompeur de penser que le jeu des équipes autrichiennes n’avaient pas évolué depuis que Hugo Meisl et Dionys Schönecker avaient appliqué dans les années 1910 les principes des techniciens anglais passés par Vienne et Budapest, Jimmy Hogan ou Edward Shires pour ne citer qu’eux. Les schémas étaient plus proches d’un WW ou 2-3-1-4, les attaquants disposaient déjà d’un certain degré de liberté, et les avant-centre comme Sindelar à l’Austria ou Stoiber à l’Admira évoluaient souvent dans un registre de distributeur.

Dans la conception viennoise, un joueur occupait cependant un rôle essentiel, le Mittelläufer. Mais à la sortie de la guerre, l’Autriche était vraisemblablement la seule nation à s’accrocher encore au système écossais.

L’un des responsables de cet immobilisme fut le sélectionneur Walter Nausch, qui le défendit quasiment jusqu’à la Coupe du monde en Suisse. Ce qui aveugla Nausch et d’autres, ce fut paradoxalement le talent des joueurs autrichiens, car malgré les problèmes tactiques que leurs adversaires leur posaient, ils sauvaient encore les apparences. L’Austria de Heinrich « Wudi » Müller, champion d’Autriche en 1949, 1950 et 1953 en fut le parfait exemple. A la maîtrise et la vision du « klassichen Halfreihe » formé de Mikolasch, Ocwirk et Joksch s’ajoutaient l’extraordinaire technique des Stojaspal, Huber et Aurednik, la vitesse et la puissance de Ernst Melchior.

Certains avaient pourtant tiré la sonnette d’alarme. Ernst Ocwirk, quintessence du Mittelläufer, et peut-être le meilleur joueur de son époque, attirait déjà l’attention de Müller et Nausch sur les difficultés rencontrées face à des équipes évoluant en WM. C’est ce que firent notamment les Allemands et les Anglais lors de leurs victoires à Vienne en 1951 et en 1952. Mais le technicien qui critiqua le plus férocement le système écossais fut sans doute Edi Frühwirth. Souvent moqué pour ses méthodes très originales à l’époque - il a été l’un des premiers à donner des plans d’entraînement quotidiens à ses joueurs et à s’intéresser à l’aspect psychologique -, Frühwirth avait appliqué le WM avec le Wacker. Un hérétique pour beaucoup de Viennois et pour Nausch en particulier.

Le Système Brésilien et l'Innovation du Rapid de Vienne

Evidemment, les Viennois étaient au fait des débats tactiques européens sur le WM. Ils étaient aussi bien placés pour connaître les expérimentations de Marton Bukovi avec le MTK Budapest. Et sûrement avaient-ils entendu parler de l’œuvre de Boris Arkadiev. Mais ce qu’ils venaient de découvrir au Brésil était encore autre chose. Le système brésilien constituait un défi collectif plus complexe et exigeant. Il permettait la mise en place d’une défense renforcée tout en ayant toujours au moins quatre joueurs offensifs prêts à attaquer.

Dès le second match, les joueurs du Rapid adoptèrent donc une tactique similaire à celle des Brésiliens. De retour en Autriche, Pesser et Binder se mirent à la tâche. L’un à perfectionner leur nouvelle conception collective du jeu et l’autre à poursuivre la reconstruction de l’effectif. Après tout, quel autre club en Europe était mieux placer que le Rapid pour relever ce défi?

Aux joueurs formés au club (Leopold Gernhardt, Erich Müller, Robert et Alfred Körner, Ernst Happel ou Max Merkel) s’étaient déjà ajoutés les Walter Zeman, Franz Golobic, Johann Riegler et Robert Dienst. Et en 1950/1951, ayant assimilé les principes de jeu de Hans Pesser, le Rapid déferla sur l’Autriche et la Zentropa-Cup. En 24 rencontres de championnat, les joueurs de Hütteldorf inscrivirent 133 buts (33 de plus que le second), et remportèrent 20 victoires pour une défaite.

Interrogé par des journalistes, Hans Pesser décrivit très simplement le jeu de son équipe : « notre objectif est d’attaquer avec neuf joueurs et de défendre avec neuf joueurs. » Seul le buteur était dispensé de défendre et seul le libéro ne participait pas à l’attaque.

Au système brésilien, le technicien viennois avait notamment emprunté le Ausputzer (libéro) et la nouvelle articulation défensive au centre avec un Mittelläufer compensateur et un deuxième défenseur en charge de l’avant-centre adverse. Cette organisation défensive impliquait davantage de joueurs et de mobilité.

Les domaines où Pesser et le Rapid innovèrent considérablement furent le hors-jeu, la zone, et le jeu avec et sans ballon. Attirer l’adversaire dans une zone densifiée pour ensuite exploser à la récupération de la balle. Inters et milieux devaient s’intégrer aux attaques pour apporter le surnombre.

Ce que que proposait le Rapid nous apparaît d’une étonnante modernité. Sans doute cela peut-il s’expliquer par la baisse de compétitivité du football autrichien à partir des années 1960 ou par le mode de fonctionnement du Rapid et la présence de personnalités marquantes comme Binder, Happel, Merkel ou Hanappi.

Avec le Rapid, il a remporté quatre championnats et une coupe. Il a mené le Wiener Sport-Club deux fois au titre national, en 1958 et en 1959, ne concédant qu’une seule défaite en championnat durant cette période. Enfin, il s’est adjugé un championnat et deux coupes avec l’Admira.

Ernst Happel et Max Merkel ont connu de grands succès et une reconnaissance internationale.

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