Dans les années 1960, une équipe de volley-ball féminine japonaise, composée d'ouvrières d'une usine textile, a marqué l'histoire du sport en remportant de nombreuses victoires et en inspirant toute une nation. Surnommées les "Sorcières de l'Orient", ces athlètes ont non seulement dominé le monde du volley-ball, mais ont également contribué à la renaissance du Japon après la Seconde Guerre mondiale. Leur histoire est un mélange de détermination, de sacrifice et de dévouement, qui continue d'inspirer aujourd'hui.
Leur parcours exceptionnel a été immortalisé dans le documentaire Les Sorcières de l'Orient de Julien Faraut, qui mêle images d'archives, extraits de dessins animés et témoignages des joueuses elles-mêmes. Ce film retrace l'ascension fulgurante de cette équipe, de sa création dans une usine textile à sa victoire aux Jeux olympiques de 1964 à Tokyo.

La genèse d'une équipe d'exception
Dans les années 1960, le volley-ball était étroitement lié à l'industrie textile au Japon. Les entreprises textiles ont développé la pratique de ce sport chez leurs ouvrières et employées, majoritairement des femmes. C'est dans ce contexte que l'équipe de volley-ball de l'usine Nichibo a vu le jour. Lorsque Nichibo a décidé de mettre en place son équipe de volley-ball, elle a sollicité Daimatsu Hirobumi pour entraîner les ouvrières.
Après le travail, les joueuses devaient s’entraîner trois fois plus que leurs homologues soviétiques pour rattraper leur retard. En dehors des frontières japonaises, les images de cette préparation intense étonnent voire choquent. Pourtant, les joueuses reconnaissantes défendent aujourd’hui encore leur entraîneur devant la caméra de Julien Faraut. Certaines allant même jusqu’à le considérer comme un père de substitution.
Au début, les joueuses ont été qualifiées de « Typhon de l’Orient », mais un journaliste soviétique a décidé de les renommer les « sorcières de l’Orient » après une énième victoire. La sorcière étant mal vue au Japon, les joueuses ont dans un premier temps rejeté ce nouveau nom. Il faudra leur expliquer que les ensorceleuses détenant des pouvoirs surnaturels, ce sobriquet les valorise. Les joueuses s'en accommodent. Mieux, se l'approprient.
Les Sorcières de l’Orient – trailer | IFFR 2021
Un entraînement rigoureux et controversé
La méthode du coach Hirofumi Daimatsu s'appuyait sur un entraînement intensif, empreint de rigueur parfois violente. L'une des forces du documentaire tient dans ces images de séances qui s'éternisent tard dans la nuit, empreintes d'une rigueur parfois violente. De ballons frappés à l'infini, ce qui est accentué par une musique répétitive et entêtante.
Les médias occidentaux ont été choqués par les méthodes d'entraînement de Daimatsu, le qualifiant de "démon" et de "tortionnaire". Pourtant, les joueuses elles-mêmes ont défendu leur entraîneur, reconnaissant qu'il les avait poussées à se dépasser et à atteindre l'excellence. En avance sur son temps, la faute de Daimatsu Hirobumi aurait été d’entraîner son équipe « comme des hommes ».

Les Jeux olympiques de 1964: L'apogée d'une nation
Le parcours historique de ces championnes est indissociable de l’histoire d’un pays en reconstruction. En 1940, le Japon est privé des JO qu’il devait organiser. Ceux de 1964 sont l’occasion de montrer le retour du Japon sur la scène internationale d’après guerre. Pour le Japon, les JO de 1964 sont l’occasion de montrer au monde son incroyable modernisation en un temps record. Les sorcières symbolisent cet effort collectif national de reconstruction.
La finale qui oppose les attachantes sorcières aux redoutables joueuses soviétiques lors des JO de 1964 est le climax de ce documentaire. Dans un montage saisissant, le cinéaste alterne images d’archives du match et extraits de dessins animés s’inspirant des exploits des sportives.
Mais c'est bien en ce 23 octobre 1964 que le Japon espérait se gonfler d'orgueil, achever la quinzaine en démontrant toute la puissance retrouvée, moins de vingt ans après sa capitulation à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. Lequel reporta ses espoirs sur l'équipe féminine de volley-ball, autre sport introduit dans le concert quadriennal. Trois heures plus tard, les protégées de l'iconoclaste Hirofumi Daimatsu réveilleraient effectivement la foi et le nationalisme de toute une île, en dominant sévèrement l'Union soviétique en finale trois sets à zéro.
Avant leur échauffement, les futures héroïnes avaient assisté devant un écran à l'échec de Kaminaga. « On s'est dit que, si nous aussi nous perdions, on ne pourrait plus vivre au Japon », se souvient la receveuse Yoshiko Matsumura dans un documentaire intitulé Les Sorcières de l'Orient.
L'héritage des Sorcières de l'Orient
Au-delà de leurs exploits sportifs, les Sorcières de l'Orient ont laissé un héritage durable dans la culture populaire japonaise. Leur histoire a inspiré de nombreux mangas et animés, dont le célèbre Jeanne et Serge, qui a popularisé le volley-ball auprès d'une nouvelle génération de jeunes filles.
L’animé Attack n.1 est réputé pour être le premier shojô, catégorie de mangas ciblant alors principalement le genre féminin. S’il a créé des vocations de volleyeuses (et volleyeurs), il n’en reste pas moins un récit triste et relativement lourd, empli de péripéties lui donnant un caractère tragique.
De nombreuses innovations techniques. Il a surtout travaillé sur la mobilité, inventé une réception en roulade qui permet à la joueuse de redevenir très vite disponible, alors que les plongeons s'apparentaient alors à des sacrifices. Et ce sont les darumas, ces figurines culbuto qui se redressent instantanément, qui l'ont inspiré.
Les exploits de ces joueuses réalisés entre 1960 et 1964 ont eu un fort retentissement médiatique au Japon puis dans le reste du monde, notamment par le biais inattendu de la fiction. De nombreux mangas et animés, inspirés par l’histoire des Sorcières de l’Orient, susciteront en effet nombre de vocations dans le monde entier, filles et garçons confondus.

Les entraîneurs français au Japon
Les entraîneurs français de volley ont la cote au Japon. Il y a eu, d’abord, Philippe Blain, le champion olympique Laurent Tillie au Panasonic Panthers puis à l’Osaka Bluteon avant d’être nommé sélectionneur de l’équipe nationale nippone, comme Blain avant lui, avec pour mission d’accrocher le podium pour les prochains Jeux de Los Angeles en 2028. Depuis deux ans aux Suntory Sunbirds d’Osaka, Olivier Lecat (58 ans) suit le chemin tracé par ses deux illustres prédécesseurs. Avec un certain succès....
Laurent Tillie a été, de 2012 à 2021, le sélectionneur de l’équipe de France masculine de volley-ball, qu’il a menée à son premier titre olympique, à Tokyo. Parti en 2020 au Japon pour y entraîner le club d’Osaka Bluteon (ex-Panasonic Panthers), il a été nommé, à la fin du mois de novembre 2024, à la tête de la sélection nationale nippone, qui dispute les championnats du monde aux Philippines (12-28 septembre), et affronte la Turquie ce samedi.
Tableau des titres majeurs remportés par les Sorcières de l'Orient
| Année | Compétition |
|---|---|
| 1962 | Championnats du monde de volley-ball |
| 1964 | Jeux olympiques de Tokyo |
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