Notre addiction aux sushis et notre consommation excessive de certaines espèces de poissons mettent en péril les océans. La surpêche et les techniques de pêche destructrices, comme le chalut, déciment les écosystèmes marins. L'ONG WWF tire la sonnette d'alarme dans un rapport sur la pêche à l'horizon 2050, soulignant que 31 % des stocks sont déjà surexploités.
Quels poissons acheter pour ne pas vider les océans ? (Intégrale) - Sur le front 16 décembre 2024
Face à ce constat, il est impératif d'agir en faisant des choix éclairés au rayon poissonnerie. Cet article vous guide à travers les espèces à privilégier et celles à éviter pour une consommation plus durable et respectueuse de l'environnement marin.
Réduire sa consommation de poisson
Il est essentiel de diminuer notre consommation globale de produits de la mer. La France, avec 35 kg de produits de la mer consommés par habitant chaque année, figure parmi les plus gros consommateurs. Cette quantité est trois fois supérieure aux recommandations de l'Organisation mondiale de la santé, qui préconise 11,7 kg de poisson par personne. En Europe, les Portugais sont les champions de la consommation, avec 57 kg par habitant.
"Oui, le poisson c'est bon, bourré d'oméga 3 et excellent pour la santé. Mais si l'on veut continuer à en manger dans les décennies qui viennent, il faut impérativement baisser notre consommation maintenant", signale Selim Azzi, chargé de mission pêche durable WWF France.

Privilégier les espèces herbivores
Il est important de bien choisir les espèces que l'on consomme. Par exemple, le saumon de l'Atlantique est surpêché, contrairement à celui du Pacifique. De même, la dorade rose est surexploitée, tandis que les daurades royales ou grises peuvent être consommées sans problème. Une application développée par l'ONG SeaWeb Europe peut vous aider à faire des choix durables lors de vos achats.
Voici quelques principes de base à retenir :
- Pour le thon en conserve, optez pour le listao (ou bonite à ventre rayé), une espèce qui se reproduit rapidement et dont le stock est globalement en bonne santé.
- Évitez la sole meunière provenant du golfe de Gascogne ou de la Manche-Est, où les poissons plats sont décimés.
- Privilégiez les poissons herbivores comme les anchois, les sardines, les harengs ou les chinchards, qui se nourrissent de plancton et prolifèrent facilement.
"Le chinchard d'Europe pas cher n'est pas assez reconnu", martèle François Pasteau, chef du restaurant parisien l'Epi du pin. "Avec sa chair superbe, on peut le servir mariné en sucré-salé avec des radis et du gingembre ou comme c'est un poisson fin, on peut le poêler à l'unilatérale pané dans des noisettes."
Éviter l'élevage intensif
L'élevage peut sembler une solution pour éviter la surpêche, mais il s'agit souvent d'une fausse bonne idée, surtout pour le saumon. Pour produire la chair rose du saumon, on capture des sardines, des anchois et d'autres espèces sauvages, que l'on transforme en farine et en huile pour nourrir les saumons d'élevage. Selon une étude récente de l'ONG Bloom, 90 % des captures réduites en farine sont parfaitement comestibles pour l'homme.
"Plus inquiétant, on les donne de plus en plus à manger à des espèces à l'origine végétarienne comme les carpes parce qu'on a réalisé qu'elles grossissaient ainsi plus vite.", explique Frédéric Le Manach, directeur scientifique de l'ONG Bloom.
Espèces invasives : un nouveau défi pour la Méditerranée
Le réchauffement climatique favorise la prolifération d'espèces invasives en Méditerranée, venues de la Mer Rouge via le canal de Suez. Ces espèces, comme le poisson lion, le poisson lapin et le crabe bleu, perturbent l'équilibre de l'écosystème marin.
Le crabe bleu, originaire d'Amérique du Nord, est particulièrement problématique. Il pullule sur les côtes et les lagunes méditerranéennes, déchire les filets des pêcheurs et dévore les autres poissons. Face à cette invasion, une solution est envisagée : le consommer !
"En fait, ils ont créé une industrie autour de ce nouveau crabe bleu", explique Nathalie Hilmi, économiste environnementale au Centre scientifique de Monaco, "et ils arrivent maintenant à non seulement le pêcher et à le consommer sur place, mais également à le surgeler et à l'exporter, notamment en Asie." Le crabe bleu représente aujourd'hui un quart des exportations tunisiennes de poissons et crustacés.
Le poisson-globe : un mets dangereux
Le poisson-globe, également connu sous le nom de fugu au Japon, est considéré comme un mets de choix dans certains pays. Cependant, il contient un poison mortel, la tétrodotoxine, qui peut provoquer des vertiges, des vomissements, une paralysie et même la mort si le poisson n'est pas préparé correctement.

Autres espèces marines venimeuses
Outre le poisson-globe, d'autres espèces marines possèdent des mécanismes de défense venimeux :
- Les uranoscopes : Ces poissons combinent venin et décharges électriques pour attaquer leurs proies.
- La pieuvre à anneaux bleus : Cette petite pieuvre possède un venin mortel capable de tuer 26 humains en quelques minutes.