Le Haka : Histoire et Signification de la Danse Emblématique des All Blacks

Le haka est bien plus qu'une simple danse pour les All Blacks. C'est un rituel guerrier, un outil de communication et une expression de la culture maorie. Avant chaque match, cette danse impressionnante captive les spectateurs et intimide les adversaires. Découvrons l'histoire et la signification de cette tradition emblématique.

Les All Blacks exécutant le haka avant un match.

Origines et Histoire du Haka

Loin du folklore qu'on lui prête, cette coutume ancestrale revêt une grande importance dans la culture maorie. Son histoire remonte au XVIIIe siècle.

Le haka, sous sa forme primitive, a été composé vers 1820 par un chef maori, Te Rauparaha. Retenu captif par une tribu ennemie, il parvient à s'évader. Dans sa fuite, il se cache dans une fosse pour échapper à ses ravisseurs. Craint d'être retrouvé, il répète tout bas : "Ka mate, ka mate" ("Je meurs, je meurs"). Hors de danger, l'homme se met alors à célébrer la vie, en criant : "Ka ora, ka ora" ("Je vis, je vis"). Ce jour-là naît le "Ka mate ! Ka mate !".

Avec le temps, cette danse chantée devient un outil de communication. Implanté dans toutes les couches sociales, il est utilisé pour les cérémonies de bienvenue mais aussi, si besoin, avant de partir en guerre - d'où parfois des termes et des gestes très guerriers.

Le rugby ne s'empare de ce rite pour son propre usage que bien plus tard. En 1888, plus exactement. Selon la Fédération néo-zélandaise, c'est à cette date, lors de leur première tournée à l'étranger, en Angleterre, que les ancêtres des All Blacks, déjà tout habillés de noir, s'expriment pour la première fois à travers cette danse guerrière.

Pendant presque un siècle, les descendants de Joe Warbrick, le capitaine de l'époque, n'exécuteront ce haka que pour leurs matchs loin de leurs bases. Il faudra attendre 1987, et la première Coupe du monde de rugby, pour que ce cérémonial d'avant-match, autorisé par la tribu Ngati Toa dont Te Rauparaha fut le chef, devienne systématique, y compris en Nouvelle-Zélande.

Un groupe de Maoris exécutant un haka traditionnel.

Comment le Haka est-il exécuté ?

Réaliser un haka n'est pas donné au premier venu. Comme toute danse, il est chorégraphié et codifié dans les moindres détails. Il est tout d'abord mené par un "leader". À la manière d'un pape, il est choisi par les joueurs eux-mêmes. Le plus souvent, mais pas toujours, il s'agit d'un joueur d'origine maori. Mais ce n'est pas forcément le capitaine.

"Il faut qu'il soit laid et effrayant. Étant donné que 99% des joueurs le sont, ce n'est pas un problème", expliquait en 2013 à ESPN, mi-sérieux, mi-rigolard, Liam Messam, qui a mené de nombreux hakas. "Il faut qu'il soit aussi confiant en lui-même, qu'il puisse s'exprimer librement sans s'occuper de ce que les autres peuvent penser", soulignait l'ancien troisième ligne néo-zélandais du RC Toulon.

C'est le leader qui donne le ton, en déambulant et en hurlant des consignes à l'équipe, répartie sur plusieurs rangs. À son signal, ses partenaires s'accroupissent à moitié, les bras à l'horizontale au niveau du visage, en lançant un "Houuuuu" féroce. Le chef de meute entonne alors le premier couplet, en scandant et en détachant les syllabes, pour renforcer le caractère "guerrier" du haka. Ses coéquipiers le rejoignent vocalement à partir du second couplet, en frappant leurs mains sur leurs cuisses puis en multipliant les gestes avec leurs bras. L'ensemble dure 1 minute et 15 secondes.

"Cela fait bouillir votre sang", décrivait en 2019 à CNN le deuxième ligne Scott Barrett, futur adversaire des Bleus. "C'est quelque chose de spécial, c'est sûr."

Les Différentes Formes de Haka

Décliné sous plusieurs formes, le haka n'est pas l'apanage du "XV de la fougère". Les nations du Pacifique Sud - les Fidji, les Tonga et les Samoa -, où les Maoris sont nombreux, l'interprètent aussi. Ce qui donne lieu à un "double haka" lorsqu'elles se croisent, à l'image de l'affrontement entre la Nouvelle-Zélande et les Tonga à St James's Park lors de la Coupe du monde 2015. Les Tongiens avaient été les premiers à se mettre en action en exécutant le "Sipi Tau". Ils avaient ensuite été "imités" par les futurs triples champions du monde (1987, 2011 et 2015) et leur "Ka mate", le seul haka des All Blacks jusqu'en 2005.

Le 27 août 2005, alors que la Nouvelle-Zélande s'apprête à défier l'Afrique du Sud, à Dunedin, la voix du capitaine Tana Umaga transperce la froide nuit de Dunedin. Il lance, à la surprise générale, le premier "Kapa O Pango" de l'histoire. Un haka composé à la demande des joueurs néo-zélandais, suite à l'affront des supporters des Springboks, qui ont osé ne pas respecter le "Ka mate" lors d'un précédent test-match, en le couvrant de cris et de huées.

Ce haka, conseillé par l'artiste et universitaire néo-zélandais, Derek Lardelli, est plus féroce, puisque les All Blacks, les yeux exorbités, comme injectés de sang, miment ce qui s'apparente à un égorgement.

Un geste final, réservé pour "les grandes occasions", que le XV de France a affronté plusieurs fois, comme lors de la finale de la Coupe du monde 2011, remportée sur le fil par les Néo-Zélandais (8-7). Décrite comme un "appel au meurtre" par ses détracteurs, cette grimace d'intimidation a été défendue par le compositeur du "Kapa o Pango", qui réfute toute incitation à la violence.

Les All Blacks exécutant le Kapa o Pango.

Le Haka et les Réactions Internationales

Au stade de France ce samedi 20 novembre contre les Bleus (21 h), les All Blacks réciteront, comme avant chaque match le haka. Une danse guerrière pratiquée d’après la Fédération néo-zélandaise depuis 1888 par ses rugbymen, véritable tradition du sport mondial.

Car, public comme joueurs, tous ne restent pas studieusement face aux All Blacks, à contempler la danse, également utilisée par les Fidji, les Samoa ou encore le Tonga. Les spectateurs de Twickenham ont, à plusieurs reprises, couvert les paroles du haka en chantant « Swing low, sweet chariot ». Un manque de respect pour certains observateurs.

De leur côté, les Gallois étaient restés de marbre devant la danse néo-zélandaise, au Millenium Stadium de Cardiff en 2008. Ils étaient restés immobiles pendant près de deux minutes sans se tenir et l’arbitre avait dû intervenir pour que le match commence. Provoquant ainsi la surprise des joueurs adverses.

Face au haka des All Blacks, le XV de France avait lui aussi marqué les esprits. D’abord en 2007, en quart de finale de la Coupe du monde, quand les Tricolores, rangs serrés, s’étaient approchés de leurs adversaires, défiant leur « Kapa O Pango ». Les joueurs des deux camps se retrouvant à quelques centimètres les uns des autres. Une image incroyable, marquée par le regard de Sébastien Chabal, auteur d’une énorme prestation ce jour-là (20-18 pour les Bleus).

Quatre ans plus tard, le XV de France récidivait. Cette fois, les Français avaient formé, main dans la main, le V de la victoire, avant d’avancer jusqu’à la limite protocolaire. Ils avaient été battus de justesse (7-8).

Voici un tableau récapitulatif des différentes formes de haka et leurs particularités :

Type de HakaOrigineParticularitésUtilisation
Ka MateChef maori Te Rauparaha (vers 1820)Célèbre la vie après avoir échappé à la mortHaka traditionnel des All Blacks jusqu'en 2005
Kapa O PangoComposé en 2005Plus féroce, mime un égorgement à la finRéservé aux grandes occasions
Sipi TauTongaHaka traditionnel tongienExécuté par l'équipe de Tonga

LES ORIGINES DU HAKA

Le Haka : Un Symbole Fort de la Culture Maorie

Le « haka » des Maoris a pris un sens politique, alors que le peuple autochtone de Nouvelle-Zélande dénonce un projet de loi réinterprétant le traité fondateur du pays.

La tension monte en effet en Nouvelle-Zélande depuis que le parti minoritaire ACT, appartenant à la coalition gouvernementale de droite, a proposé une loi pour redéfinir le traité de Waitangi. Ce texte fondateur, signé il y a presque 200 ans entre les colons britanniques et plus de 500 chefs maoris, régit encore aujourd’hui la législation des deux grandes îles du Pacifique.

La colère a pris un nouveau tournant jeudi, lorsque des députés du parti Maori de Nouvelle-Zélande ont interrompu une session parlementaire avec un haka, dans le but de s’opposer à ce projet de loi qui risque d’envenimer les relations interraciales.

Une grande marche traversant l’île du Nord et ponctuée de manifestations a débuté lundi 11 novembre, depuis le Cap Reinga, le point le plus septentrional de la Nouvelle-Zélande.

Si projet de loi a très peu de chance d’aboutir, car la quasi-totalité des partis de l’opposition y sont opposés, il est cependant l’illustration de la crainte des Maoris de voir leurs droits détricotés depuis la prise de fonction du Premier ministre Christopher Luxon, un conservateur du parti national néo-zélandais.

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