Les chiffres sont têtus. Si l’équipe de France de rugby est appréciée en Nouvelle-Zélande comme la bête noire des All Blacks, ce sont bien ces derniers qui mènent largement aux points. Les deux nations se sont affrontées à 62 reprises depuis la première rencontre en 1906, à Paris, remportée 38-8 par les Néo-Zélandais.
Bilan : 48 victoires des All Blacks, 1 nul et seulement 13 succès bleus, le premier en 1954 sur le score de 3-0.

Des rencontres mémorables
Chaque affrontement entre la France et la Nouvelle-Zélande reste en général gravé dans les mémoires. Rendue prestigieuse par des matchs devenus légendaires, cette affiche sera au programme dans un petit mois.
La bataille de Nantes (1986)
Nous sommes le 15 novembre 1986, le XV de France reçoit la Nouvelle-Zélande à la Beaujoire. Un match rugueux qui est resté dans les mémoires. Une semaine avant, les Bleus sont humiliés lors d'un test-match à Toulouse par les All Blacks, défaite 19 à 7. Regonflés à bloc par leur entraîneur Jacques Fouroux, ils débarquent sur la pelouse nantaise prêts à en découdre.
Et le combat est rude, heurté. Bilan : victoire 16 à 3 du XV de France, qui prend sa revanche... Mais échoue un an plus tard, en finale de la première Coupe du monde de l'histoire, face aux mêmes All Blacks.

L'essai du bout du monde (1994)
On le surnomme "l'essai du bout du monde" et pour de nombreux amateurs du ballon ovale, c'est le plus bel essai de l'histoire du rugby. Il faut dire que ce que réalisent les joueurs tricolores ce 3 juillet 1994 à Auckland est exceptionnel. Nous sommes à la 79e minute de jeu, test-match entre la France et la Nouvelle-Zélande. Menés 20 à 16 par les All Blacks, les Bleus sont dos au mur.
Ils tentent alors le tout pour le tout. La suite est un ballet, une symphonie de passes et de courses croisées. En moins de 30 secondes, huit passes, 80 mètres parcourus et un essai de légende. Les Bleus repartent invaincus de leur tournée en Nouvelle-Zélande.
Cette fois-ci, les Bleus abordent la rencontre le moral gonflé à bloc. Le match est magnifique, le suspense insoutenable, les locaux mènent au score 20-16 quand Philippe Saint-André décide de relancer des 22 mètres bleus.
L'incroyable remontada (1999) Résumé france - nouvelle zelande 1999
Résumé france - nouvelle zelande 1999
Le 31 octobre 1999 reste une date ancrée dans la mémoire de tous les Français amateurs de rugby. "Le miracle de Twickenham" (du nom du stade anglais où s'est joué le match) est, pour beaucoup, le plus bel exploit de l'histoire du XV de France.
L’ailier néo-zélandais n’a-t-il pas renversé trois défenseurs français pour inscrire le premier essai de cette demi-finale disputée à Twickenham ? Les Blacks déroulent, la France est menée de 14 points (24-10)...
Mais déterminés, ils arrivent à renverser le match. Un petit ballon par-dessus de Fabien Galthié, le regretté ailier français s’en saisit et mystifie la défense des All Blacks. Les mouches ont changé d’âne et Christophe Lamaison ne manque plus un tir face aux poteaux. Les All Blacks sont les grands favoris de la Coupe du monde, avec Jonah Lomu en fer de lance.
Après un début de compétition poussif, le XV de France réalise une seconde mi-temps d'anthologie. Menés 24-10 après la pause, grâce notamment à deux essais de Jonah Lomu, on croit les joueurs de Jean-Claude Skrela à terre.
Et à la 56e minute de jeu, Christophe Dominici, après une récupération de balle exceptionnelle, donne l’avantage aux Bleus. Deux autres essais, dont un sprint mémorable de Philippe Bernat-Salles, viennent sceller la victoire française. En 30 minutes, ils infligent un 33-0 aux All Blacks, asphyxiés. Les Tricolores s'imposent finalement 43 à 31 et filent en finale.

La rébellion (2007)
Le 6 octobre 2007, quart de finale de la Coupe du monde, la France est opposée une nouvelle fois à la Nouvelle-Zélande. Les Tricolores n'ont visiblement pas prévu de reproduire la scène du 6 octobre 2007, jour de quarts de finale de Coupe du monde entre Français et Néo-Zélandais au Millennium Stadium de Cardiff. À l'époque, les Bleus s'étaient avancés, le regard rempli de détermination, à deux pas des Blacks au moment de leur traditionnel haka.
Et cette fois-ci, les Bleus décident de ne pas subir le haka. Bras dessus, bras dessous, ils défient les All Blacks en s'approchant à quelques centimètres des Néo-Zélandais. Les regards sont déterminés et présagent du combat qui va avoir lieu sur le terrain.
Pour la première fois de l'histoire, les « Néo-Zèdes » n'atteignent pas les demies. Ce jour-là, la France a regardé la Nouvelle-Zélande droit dans les yeux. Que ce soit lors d’un haka bouillant, devenu mythique, ou lors d’un match exceptionnel, devenu légendaire, les Français ont proposé une opposition rare aux All Blacks durant ce quart de finale de Coupe du monde 2007.
Une défaite inaugurale au Stade de France face à l’Argentine l’a placée sur la route des All Blacks emmenés par Dan Carter. Les Néo-Zélandais dominent la première période (13-3) mais les Bleus sont transfigurés au retour des vestiaires, avec un immense Thierry Dusautoir qui marque d’ailleurs l’essai qui enclenche la dynamique bleue.

À un point du Graal (2011)
En finale à la surprise générale, les hommes de Marc Lièvremont défient les Blacks dans un costume de « petit poucet » après avoir été largement dominés par ces mêmes Néo-Zélandais (37-17) au cours de la phase de groupes et péniblement décroché leur ticket pour la finale du Mondial. Mais à la surprise générale, les Bleus, emmenés par un grand Thierry Dusautoir, auteur d'un essai, tiennent tête aux coéquipiers de Richie McCaw à l'Eden Park d'Auckland.
Battus d'un point face aux Blacks, Dusautoir et ses partenaires sont passés à un point du titre mondial. Ils échouent finalement à un point, avec des occasions manqués et des regrets éternels.
L'humiliation (2015)
Quatre ans après la terrible finale du Mondial 2011, les Bleus ont eu l'occasion de prendre leur revanche sur les Blacks. Toujours avec ce même statut d'outsider. Parce qu'entre-temps, ils avaient défié les « Néo-Zèdes » à quatre reprises et subit... quatre défaites. Une cinquième s'est ajoutée ce 17 octobre 2015, en quarts de finale de la Coupe du monde 2015, organisée en Angleterre.
Surclassés dans tous les compartiments du jeu, les Français ont concédé une déculottée historique (62-13) face aux champions du monde en titre. L'écart de niveau entre la France et la Nouvelle-Zélande n'est jamais paru si grand que ce soir-là.
La fin d'un règne de 12 ans (2021)
Ce 20 novembre 2021 a marqué un tournant pour le XV de France de Fabien Galthié, tracté par une nouvelle génération dorée (25 ans, 18 sélections de moyenne) symbolisée par la charnière Antoine Dupont-Romain Ntamack. Ce jour-là, comme l'ensemble de l'équipe de France, elle a livré une partie XXL pour venir à bout des Blacks (40-25) grâce à une première mi-temps quasi parfaite, marquée par un doublé de Peato Mauvaka. Un succès qui met fin à douze années de défaites face aux Blacks.
Le début d'un rêve inaccompli (2023)
Ce 8 septembre 2023, le rugby français l'attendait depuis un long moment. Car il s'agissait du match d'ouverture de la Coupe du monde 2023 entre l'équipe de France et la Nouvelle-Zélande. Un premier test, d'entrée de jeu, pour la bande à Fabien Galthié qui évoluait à domicile. Il fut réussi avec brio. Antoine Dupont et ses partenaires l'ont emporté 27-13, dégageant davantage de maîtrise.

Les tournées d'été et les controverses
Attendue de longue date au pays du long nuage blanc, la tournée estivale d’un XV de France largement remanié, qui affronte la Nouvelle-Zélande, suscite une vive controverse.
Comme chaque été, la Fédération française de rugby (FFR) a choisi de laisser ses joueurs dits « premium » - à savoir ses têtes d’affiche - au repos après une saison éprouvante, et de faire sa tournée estivale avec un effectif largement remanié. Face à une formation que beaucoup présentent comme « bis », voire « expérimentale », les All Blacks savent qu’une éventuelle victoire sera moins éclatante en raison de l’absence des emblématiques Antoine Dupont, Damian Penaud, Thomas Ramos ou encore Grégory Alldritt.
La décision française, liée à un problème de calendrier surchargé pour les joueurs internationaux du Top 14, crée des crispations, car ces rencontres revêtent une importance qui dépasse le cadre sportif en Nouvelle-Zélande. Là-bas, chaque test-match représente un événement national, essentiel à l’équilibre financier du rugby local.
En Europe, en effet, où les saisons s’étendent sur près de dix mois, les compétitions nationales occupent une place prépondérante, et les joueurs bénéficient de conventions collectives encadrant strictement leur temps de jeu. « Nous n’avons pas une fédération toute-puissante. Nous avons une ligue professionnelle autonome et une fédération chargée des internationaux, insiste Abdelatif Benazzi. Notre première responsabilité est de préserver les joueurs » - en faisant en sorte qu’ils ne disputent pas plus de 25 matchs par saison (ou 2 000 minutes de temps de jeu), limite fixée aux joueurs partis en Nouvelle-Zélande.
Compositions récentes
Pour le premier test-match du XV de France face aux Néo-Zélandais, Fabien Galthié a choisi d’aligner une équipe jeune et peu expérimentée, avec plusieurs joueurs qui découvriront le haut niveau international. Mais des cadres comme le capitaine Gaël Fickou ou l’ailier toulonnais Gabin Villière, finalement remis de sa gêne au genou, seront là pour encadrer les novices.
France : Attissogbe - Spring, Gailleton, Fickou (cap.), Villière - Segonds, Le Garrec - Tixeront, Guillard, Fischer - Duguid, Auradou - Slimani, Barlot, Beria.Remplaçants : Bourgarit, Mallez, Montagne, Taofifenua, Woki, Van Tonder, Jauneau, Hastoy.
Nouvelle-Zélande : Jordan - Reece, Proctor, Jordie Barrett, Ioane - Beauden Barrett, Roigard - Savea, Lio-Willie, Vaa’i - Holland, Scott Barrett (cap.) - Newell, Taylor, De Groot.Remplaçants : Taukei’aho, Norris, Tosi, Finau, Kirifi, Ratima, Tupaea, McKenzie.
| Équipe | Victoires | Défaites | Nuls |
|---|---|---|---|
| Nouvelle-Zélande | 48 | 13 | 1 |
| France | 13 | 48 | 1 |