Il y a treize ans, la France perdait sa demi-finale de Coupe du monde à domicile face à l’Angleterre. Ce fut la fin brutale d’un rêve et l’épilogue d’une époque. Retour sur la Coupe du Monde 2007 et ce match fatidique.
Les Bleus de 2007 ont renoué avec la grande tradition du XV de France : l'inconstance, l'incapacité à enchaîner deux grands matches. "Malheureusement, on montre un jour l'image d'une France qui gagne, un jour l'image d'une France qui perd. C'est un éternel recommencement", regrette l'ailier Cédric Heymans.
En s'inclinant face à l'Angleterre (9-14) en demi-finale de la Coupe du monde, sans avoir réussi à marquer le moindre essai, comme lors de leur match inaugural contre l'Argentine (12-17), ils voulaient aller "tous au paradis", en finale de la Coupe du monde ; ils iront tous au Parc des Princes, jouer la "petite" finale, face à l'Argentine.
En Coupe du monde tout particulièrement, les quinzistes tricolores cultivent avec un acharnement magnifique leur exception culturelle: une victoire flamboyante contre le favori de la compétition, au hasard les All Blacks, avant de sombrer quelques jours plus tard contre de besogneux mais efficaces Anglais.
Les Bleus sortent d'un Tournoi des 6 Nations qu'ils ont remporté avec quatre victoires et une seule défaite (face à l'Angleterre), mais ils viennent également de subir deux lourdes défaites (42-11 et 61-10) en Nouvelle-Zélande. Les trois matchs de préparation (deux contre l'Angleterre et un contre le Pays de Galles) sont donc cruciaux pour aborder sereinement la Coupe du monde.
L'année 2007 se doit d'être celle de la France.
Mais la vérité, comme le dit souvent le sélectionneur des Bleus, "part du terrain". Face à l'Angleterre, un adversaire qui a joué exactement la partition attendue, ses joueurs ont étalé une inquiétante absence de stratégie. "Un festival de coups de pieds", comme l'a résumé Lawrence Dallaglio. "Un jeu où il faut savoir garder son calme", a précisé le vétéran anglais, 35 ans.
Comme en novembre 2003, à Sydney, les bien nommés Bleus sont naïvement tombés dans le piège anglais, samedi. En refusant de donner de l'ampleur à leur jeu après avoir concédé d'entrée un essai stupide (2e), ils n'ont pas seulement déçu leurs supporteurs, ils ont aussi trahi une certaine idée du jeu "à la française".
Cette stratégie du moindre risque a failli marcher, mais Sébastien Chabal s'est écroulé à trois mètres de l'en-but anglais, sur la seule action réellement dangereuse des Bleus. La suite s'est poursuivie conformément à ce que les Anglais avaient imaginé : une pénalité de Jonny Wilkinson (75e), puis un drop du même (78e).
Le Match le Plus Violent du Rugby | Angleterre vs France 2007 RWC
Un Contexte Particulier
À l’époque, on avait vraiment cru que les Bleus pouvaient aller au bout, l’équipe de France était encore une puissance dominante du rugby mondial. Elle avait réussi deux grands chelems en 2002 et 2004, elle avait gagné le Tournoi 2007. Elle se sentait encore capable de battre les All Blacks.
La France avait obtenu l’organisation du Mondial en 2003, à Dublin à l’issue d’un vote historique de l’International Board : 18-3 à mains levées au nez et à la barbe des Anglais, persuadés de se gaver une fois de plus. « C’est un schisme, c’est une révolution, c’est la victoire du rugby universel », avait commenté triomphalement Bernard Lapasset, alors président de la FFR.
Et l’événement fut à la hauteur des espérances, nous reviennent des images et des sensations de kermesse nationale, des équipes reçues avec chaleur dans toutes les régions, des stades remplis à 90 %, des fan zones pleines de liesse. Quelle ascension médiatique !
L’aventure, c’est sûr, se termina de manière paradoxale avec ces couacs douloureux compensés tant bien que mal par un exploit retentissant. Mais sur le moment, la défaite face à des Anglais plutôt erratiques, nous fit l’effet d’un seau d’eau glacée après l’exploit face aux All Blacks en quart de finale.
C’est ce qu’on regrette d’ailleurs, car on s’en souvient très bien : l’engagement de Bernard Laporte auprès de Nicolas Sarkozy lui avait aliéné le soutien d’une partie du public français. D’où quelques ricanements au gré des mésaventures des Bleus.
Les Anglais ont souvent transpercé le premier rideau, mais il y avait toujours un joueur pour sauver la situation. Seule exception: lorsque l'arrière Ben Foden a fini derrière la ligne (77e). Mais il était trop tard. La victoire avait déjà choisi son camp. L'Angleterre avait déjà emprunté la voie de la sortie.
Ils rêvaient tous, Bernard Laporte et ses trente joueurs, de marcher dans les traces des footballeurs de 1998, qui avaient su entraîner derrière eux tout un pays avec leur petite musique triomphale, I Will Survive. Ils rêvaient tous, les rugbymen de 2007, de répondre à l'invitation de Michel Polnareff qui leur était lancée par la sonorisation des stades où ils ont gagné (quatre matches sur six) pendant cette Coupe du monde, avec une insistance un poil exagérée, à l'image de "l'engouement national" qu'auraient soulevé leurs prestations, ou de l'enthousiasme à peine surjoué de la corbeille présidentielle.
"On est amèrement déçus", a résumé Martin Johnson, l'entraîneur du XV de la Rose, qui sera absent du dernier carré pour la première fois depuis 1999. Cette année-là, les Anglais, avec un deuxième ligne nommé... Martin Johnson, avaient été battus par l'Afrique du Sud (44-21), et victimes notamment de cinq drops de l'ouvreur Jannie De Beer, un record international qui tient toujours.
Douze ans plus tard, les Anglais ont été défaits par des Français hyper-réalistes, qui ont saisi la plupart de leurs occasions, notamment en première période, à l'issue de laquelle ils menaient largement (16-0), grâce notamment à deux essais de l'ailier Vincent Clerc (22) et de l'arrière Maxime Médard (30).
Moribonds depuis le début du Mondial, les Français ont été très loin des visages affichés lors des deux derniers matches perdus face à la Nouvelle-Zélande (37-17) et surtout face à la modeste équipe des Tonga (19-12), le 1er octobre.
Battus en demi-finale des deux dernières éditions par les Anglais, (24-7) en 2003 et (14-9) en 2007, ils ont cette fois l'occasion d'accéder à la finale, comme en 1987 et 1999. A condition de battre le pays de Galles, en demi-finales, le samedi 15 octobre à Auckland.
"Il faut maintenant savoir si cette équipe a envie d'imiter ses illustres devancières ou bien d'écrire sa propre histoire", a lâché l'entraîneur Marc Lièvremont, dans une allusion à l'irrégularité chronique du XV de France à travers le temps.
Face aux Gallois, et même au-delà, les Français ont quelques beaux arguments à avancer, notamment une mêlée solide, et une troisième ligne Dusautoir-Harinordoquy-Bonnaire, royale. Mais aussi un état d'esprit retrouvé et un collectif qui a surmonté les épreuves.
"Beaucoup de joueurs se sont rendu compte qu'ils passaient à côté d'une chance extraordinaire. Cet état d'esprit a notamment permis aux Français de repousser toutes les vagues anglaises en seconde période, grâce à une défense héroïque.
L'entraîneur de rugby Fabien GALTHIE intervient en duplex du Stade de France où doit se dérouler ce soir la demi-finale de Coupe du Monde de rugby entre la France et l'Angleterre.
A l'occasion de la demi-finale de Coupe du Monde de rugby ce soir entre la France et l'Angleterre au Stade de France, la journaliste Maryse BURGOT rend compte de l'ambiance qui règne dans les rues de Londres à l'approche du match.
A l'occasion de la demi-finale de Coupe du Monde de rugby ce soir entre la France et l'Angleterre au Stade de France, la journaliste Muriel LASSAGA est allée tâter le pouls de supporters à Toulouse, terre de rugby.
Reportage à Eymet, petite commune de Dordogne où 40% de la population est anglaise. Avant le match de la Coupe du Monde de rugby qui doit opposer ce soir la France à l'Angleterre, chacun y va de son pronostic.
Vous êtes particulier, professionnel des médias, enseignant, journaliste... Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Sport Sport Pour sauver leur Mondial, les Bleus doivent battre le XV de la Rose, samedi 8 octobre, en quarts de finale Article réservé aux abonnés Bouter l'Anglois hors de la Coupe du monde ? C'est la rude mission dévolue aux Bleus de Marc Lièvremont, samedi 8 octobre, à Auckland, en quarts de finale. Il s'agirait d'une première, puisque la seule victoire française contre le XV de la Rose dans cette compétition remonte à 1995, lors du match honorifique pour la 3e place. Les trois autres rencontres entre les deux pays (1991, 2003 et 2007) n'ont en effet laissé de bons souvenirs qu'outre-Manche.
Mortifiés par leur déroute face aux Tonga (14-19), le 1er octobre, les Bleus affirment s'être remis en cause. Ils se sont "parlés entre hommes, tout simplement", selon les mots de Julien Pierre. Un sentiment de révolte qui perce dans chacune des conférences de presse. A les entendre, ils n'auraient qu'une idée en tête : "Se recentrer sur le combat" (Imanol Harinordoquy) ; "rentrer comme sur un ring" (Pascal Papé) ; "mettre des coups de tronche" (Lionel Nallet). Et le leitmotiv ne s'arrête pas au paquet d'avants : "On va devoir être très costauds" (Morgan Parra) ; "on veut remettre le combat au goût du jour" (Maxime Médard) ; "il va falloir s'engager" (Alexis Palisson)... On y revient toujours. Normal : au rugby, c'est là que tout commence.
Serge Betsen l'avait résumé à sa manière lors de la précédente Coupe du monde : "Il faut savoir mettre la connerie et l'agressivité nécessaires. Sans cette dose de... appelez ça comme vous voulez, on ne peut pas faire un bon match de rugby." Le professionnalisme n'y a rien changé : sport de combat collectif, le rugby se nourrit d'une implication mentale exacerbée.
"Les matches se gagnent à 70 % avec un mental de fer", rappelait Jo Maso, pendant la préparation à la Coupe du monde. Et encore le manageur des Bleus passe-t-il pour un apôtre du jeu. D'autres n'hésitent pas à faire grimper le pourcentage jusqu'aux 90 %.
Malgré - ou plutôt à cause de - l'indigence de la prestation des Bleus face aux Tonga, un scénario déjà éprouvé, et dont les ressorts ont tout à voir avec cette implication mentale, n'est pas à écarter : celui de voir l'équipe de France "sortir" un grand match au moment même où l'on ne l'en croit plus capable, comme en 1999 ou en 2007 face aux All Blacks. Et devenant ainsi, dans un joli paradoxe, prévisible dans son imprévisibilité.
En demie-finale, les Bleus de Dourthe, Tournaire et Brouzet font subir mille maux aux All Blacks. Fourchettes, déblayages furieux... tout y passe. Pourtant, une semaine après l’exploit, les bêtes féroces semblent avoir laissé place à de sympathiques communiants en goguette. Apathiques en finale face aux Australiens, les joueurs de Jean-Claude Skrela rendent les armes.
Après 1991, 1995 et 2003, l'Angleterre croise la route du XV de France pour la quatrième fois de l'histoire en Coupe du monde. Les Bleus se sont inclinés à deux reprises, et notamment quatre ans plus tôt, sous la pluie de Sydney. C'est à nouveau en demi-finale que les deux nations rivales se retrouvent. Sauf que le contexte est différent : les hommes de Bernard Laporte évoluent à domicile au Stade de France...
Le XV de la Rose prend les devants d'entrée, en inscrivant le seul essai du match après... 79 minutes de jeu. Trompé par le rebond sur un jeu au pied, Damien Traille se fait surprendre par Josh Lewsey, qui crucifie (déjà) les Tricolores. Si Lionel Beauxis assume son rôle de buteur, et permet aux Tricolores de prendre l'avantage (9-5), un certain Jonny Wilkinson va briser les rêves français. Deux pénalités, un drop...
Quasiment douze ans... Douze ans que les Bleus n'ont plus triomphé chez leurs voisins d'outre-Manche. Les Anglais, eux, se sont déjà imposés trois fois lors de leurs passages en hexagone depuis 2007. Mais si cette victoire n'est pas aussi symbolique que celle de 2005, lors du Tournoi des 6 Nations pendant lequel les Français l'avaient emporté 18 à 17 en terres ennemies grâce à la botte de Dimitri Yachvili, la victoire lors du match de préparation à la Coupe du monde 2007 a laissé quand même un souvenir heureux au rugby français. Battre deux fois les Anglais en préparation, à un mois de recevoir la Coupe du monde à domicile, quoi de plus jouissif ? Ah si, peut-être battre les Blacks en quarts de finale !
Dans ce cadre-là, la première rencontre à Twickenham fait office de cadeau empoisonné. Malgré tout, ce sont les Français qui ouvrent le bal dans cette rencontre avec un premier essai signé Fabien Pelous à la 11ème minute. Les buteurs, Olly Barkley et David Skrela se répondent par la suite, mais c'est l'Angleterre qui vire en tête à la pause 12 à 11. Un drop d'Andy Gomarsall et une pénalité de Jean-Baptiste Elissalde plus tard, et voilà le XV de la Rose qui mène 15-14 alors qu'il reste dix minutes à jouer. C'est le moment que choisit Sébastien Chabal pour jouer aux quilles avec la défense anglaise. Le deuxième-ligne français, entré à la 56eme minute, bien servi par Frédéric Michalak, esquive et percute avant de s'effondrer dans l'en-but pour donner la victoire aux Bleus. La sensation Chabal est née ce jour-là et « Caveman » réalisera une nouvelle prouesse face à la Namibie quelques semaines plus tard.
Cette créatine est bien sûr commercialisée partout sauf en France, où on la considère comme un vulgaire produit dopant. Quand Jean-Claude Skrela, alors sélectionneur, dit tout haut après la finale de 1999, «l’équipe australienne est plus forte physiquement.
La même explication peut être avancée à propos de la Coupe du monde 1987. En demi-finale, les Français réussissent l’exploit d’éliminer l’Australie, chez elle à Sydney, sur un essai inscrit à la dernière minute par Serge Blanco. La finale laisse le même goût d’inachevé qu’en 1999. Une défaite 9-29 face aux All Blacks, nette et sans bavures. Une mansuétude toute à notre honneur, quand on voit à quel point les Kiwis galèrent en Coupe du monde depuis ce premier et unique titre.
En même temps, quand on est juste moins bons que les autres, c’est dur de faire le match de la décennie tous les week-ends.
1999, match d’anthologie contre les Blacks, leçon australienne. 2003, récital contre l’Irlande, douche anglaise. 2007, convergence tellurique favorable contre les néo-z, pitoyable sortie contre les Anglais (et les Argentins pour le double effet kiss-cool).
Si, sur un malentendu, la France tape l’Angleterre en quart de finale, ce ne sera même pas la peine de regarder la demie.
Le tout avec une pincée de condescendance assumée et énervante, et surtout beaucoup d’engagement pour faire péter un boulon aux Français assez bêtes pour tomber dans le piège.
1991, 2003, sans oublier le match ridicule de 2007. Et encore, on ne parle que de la Coupe du monde...
Il faut dire que la France du rugby avait encore en travers de la gorge l’élimination face à l’Angleterre en quart de finale, quatre ans plus tôt au Parc des Princes. Un match très tendu, pour ne pas dire horrible, notamment marqué par un attentat en règle non sanctionné contre Serge Blanco après une chandelle. Les règlements de compte se poursuivent pendant 80 minutes et David Bishop, arbitre néo-zélandais complètement dépassé par les évènements, a les Français dans le nez. Au final, les Bleus se font sortir à la maison et Dubroca, l’entraîneur, «attrape» Bishop dans le tunnel pour lui dire sa façon de penser.
Tout Français normalement constitué sait que l’homme en noir est son ennemi naturel, qu’il fera toujours tout pour favoriser la consanguinité anglo-saxonne et transformer les coqs gaulois en dindons de la farce. Le tout grâce au fameux «deux poids, deux mesures» dans le coup de sifflet et l’application des règlements. Le fantôme de 1995 est toujours bien là dans le placard de Berbizier, qui crie encore à «l’escroquerie sportive».
Sinon, on n’est pas bons. Comme dans Astérix aux Jeux olympiques: «Le terrain était lourd.» Une excuse qu’on ressortira avec plaisir en 2003, quand douchés par les Anglais, les Bleus de Laporte jusque-là superbes se sont retrouvés comme des cons à apprendre qu’en Australie, au printemps, il pleut... Et bien sûr, «on n’avait pas de plan B».
C’est bien connu, en France, on aime le jeu au large sous un soleil printanier.
Satanée pluie, satanées flaques de boue, satané ballon glissant, et tant pis pour ce qui était peut-être la meilleure génération du rugby français.
La prudence aurait été de reporter le match, mais dans un tel contexte -le retour des Boks dans le concert des nations après la fin de l’apartheid- et avec une pression si forte pour les deux équipes, on a joué.
Le jour de cette demi-finale de 1995, des trombes d’eau s’abattent sur la ville du Natal. La fameuse poignée de centimètres de Durban est entrée au panthéon du rugby français. Essai ou pas essai, personne ne le sait. Au final, ce sont toujours les Springboks qui gagnent et les Bleus qui perdent.
Joël Collado vous le dirait mieux que nous: «Un printemps austral, c’est à coup sûr une dépression généralisée et des averses régulières.» Pas de bol, les Français détestent la pluie. C’est ballot. Autant dire qu’au lieu de potasser le livre du jeu de Marc Lièvremont, ils feraient mieux de réviser le livre des excuses.
Parfois, le rugbyman français ne s’étouffe pas dans sa mauvaise foi et s'accommode fort bien de sa deuxième place, se drapant toujours instinctivement dans les habits du perdant magnifique.
Le même syndrome que les cyclistes français qui se considèrent sur le podium du Tour de France alors qu’ils sont 12e.

Carte des qualifications pour la Coupe du Monde de Rugby 2007