La Danse du Limousin: Tradition Française et Rite Social

La danse du Limousin est une pratique créée en France, bien connue dans de nombreuses structures de l’enseignement supérieur de ce même pays. Elle s’est démocratisée dans une grande proportion de filières ou de spécialités d’apprentissage. Toutefois, sa perception d’un lieu à un autre ou selon les contextes diffère grandement aussi bien dans sa réalisation formelle que dans son intention abstraite. Pour peu que vous soyez étudiant, vous l’avez probablement déjà chantée, peut-être même dansée, mais au fond, la connaissez-vous vraiment ?

Derrière ses paroles énigmatiques, la danse du Limousin s’avère être un joyau de la chanson française, un petit bijou à analyser avec la plus grande délicatesse. La danse du Limousin est avant tout un échange. Un échange entre un danseur bénévole et une chorale enthousiaste. C’est dans le plus grand respect que le chant de l’un entraîne la danse de l’autre.

Ainsi, c’est toujours par le prénom ou le surnom de la personne visée que débute le chant. Tous les choristes sont au service du danseur improvisé, qui rechigne rarement à l’invitation. L’aspect nominatif de la chanson souligne l’importance qu’accorde un groupe à une seule personne. Un cercle se forme généralement autour du danseur, cercle qui se veut symbole de l’absolu, de la perfection, du divin, de l’infini. Le fini (celui qui danse) côtoie l’infini (le cercle qui se forme autour de lui).

A l’instar de l’expression d’une entité divine, les paroles sont performatives. En effet c’est bien parce que la chorale chante : « François va nous danser » qu’il va danser, de même, c’est bien parce que Dieu dit « que la lumière soit », que la lumière fut. La connotation religieuse semble donc évidente. Mais c’est toujours dans le plus grand respect que se fait cet échange, puisque le texte insiste bien sur le fait que François danse pour ceux qui chantent (François va «nous » danser). L’hypozeuxe qui parsème chaque strophe et chaque vers va en ce sens (François va nous danser = Pronom / verbe / pronom / verbe, relation symétrique, échange réciproque).

Au deuxième vers, le polyptote « danser » (v.1) et « danse » (v.2) souligne encore une fois la relation complémentaire entre le danseur et les chanteurs. Dans le premier vers, l’accent était mis sur François, dans ce deuxième vers, il est mis sur la danse. Mais quelle est cette danse mystérieuse? Un spectateur béotien n’y comprendrait rien, c’est donc entre initiés que se déroule le rituel.

Origines et Évolution

L’origine exacte du Limousin est une information difficile à obtenir tant la documentation manque. En effet le nom de « danse du Limousin » serait née durant le Moyen Age lorsque la ville de Paris en besoin de main d’œuvre fit venir bon nombre d’ouvrier de la région du Limousin afin d’édifier les charpentes des nouvelles constructions. Les ouvriers Limousins auraient pratiqué une danse inconnue des Parisiens. Ces derniers lui auraient donné la dénomination que nous connaissons actuellement.

Aucun indice ne nous est parvenu quant à l’énoncé exact de la dite danse, ni sur la nature des mouvements de cette dernière mais tout porte à croire que le Limousin proviendrait d’une danse ouvrière traditionnelle. L’évolution historique du Limousin depuis sa création nous est aujourd’hui inconnue tout ce qu’il est possible d’en dire est qu’elle a su demeurer dans les milieux populaires jusqu’à nos jours.

Carte de la région du Limousin en France

Il est peu vraisemblable que cette comptine constitue l’origine directe de la forme de danse que nous connaissons, il est plus probable qu’elle soit issue d’une autre ramification évolutive de la danse du Limousin originelle. Cette seconde forme celle qui ici est l’objet de notre étude et dont le contenu linguistique aura été fourni en première partie est la plus répandue et la plus connue. Il semble par ailleurs que la comptine ait quasiment disparue sauf dans des contextes et des lieux extrêmement restreints.

Description et Déroulement de la Danse

La danse en elle-même n’est pas chorégraphiée, le danseur étant libre d’adopter la posture qui lui semble la plus judicieuse. L’objectif de ce processus est d’encourager le ou les danseurs à ôter progressivement leurs habits afin de finir nu. La chant s’axe sur la répétition du refrain à chaque vêtement retiré jusqu’à la fin du processus. Lorsque le ou les danseurs sont totalement nus ils se voient encouragé à l’aide de moyens divers par le chœur de « taper dans leur mains » ce qui interdit au(x) danseur(s) d’occulter la vue de leur parties intimes du chœur et des observateurs.

Ainsi, cette danse correspondrait à une exposition du corps devant un public souvent nombreux. On peut de là tirer une première conclusion, le Limousin pourrait correspondre à un acte de libération sociale où il s’agit de surmonter et de dépasser le cadre de la vie en société instauré entre autres par le fait d’être habillé. Ce sentiment de libération sûrement éprouvé par nombre de danseurs donne lieu dans des cas particuliers à des formes d’addictions.

Rappelons que est considéré comme membre du public la personne qui chante le chant du Limousin ou qui regarde activement la prestation du ou des danseurs. La principale caractéristique émotionnelle du public est sans aucun doute l’aspect drôle de la situation. Cela démontre bien la première motivation du public lorsqu’il invite son ou ses danseurs : le désir de « rigoler ensemble ». De manière générale cette ambition s’en trouve satisfaite.

A cela s’ajoute des attentes secondaires selon le type de public et son état d’esprit général qui s’étendent de la volonté d’humiliation à l’envie de mettre l’autre en valeur. Si l’on cherche à interpréter ce constat on soutiendrai qu’il s’agit d’un désir de prise de recul par rapport à l’image de l’individu en société. A nouveau on retrouve l’idée de dépassement des normes qui est présente chez le danseur avec en plus l’effet de nombre du public dont on fait partie.

L’ensemble de la charge émotionnelle décrite antérieurement peut cependant et dans certains cas être bouleversé par l’intérêt primaire de la vue de corps nu. Cela fait évidement partie intégrante de la palette émotionnelle du public dépendante de même de l’attractivité physique du ou des danseurs même si cela n’est pas l’ambition première de la danse.

Le Limousin en milieu étudiant se pratique le plus souvent dans le cadre de soirées c’est pourquoi dans de nombreux cas l’alcool y joue un rôle qu’on ne saurait négliger. Un taux d’alcoolémie plus élevée rendant la pratique plus accessible pour le danseur et certainement plus attrayante pour le public. Une des applications phares du Limousin est le bizutage en milieu étudiant mais il faut souligner que ce n’est pas le cas pour tous les secteurs ou établissements qui ont connaissance de la pratique. En d’autres terme le Limousin même si il est connu dans un certain milieu de l’enseignement supérieur n’est pas systématiquement adopté comme forme de bizutage. L’utilisation du Limousin à de telle fins reste relativement rare sauf dans les institutions où elle est pratiquée de manière intensive.

Il n’est pas rare qu’un Limousin soit réalisé dans divers contextes de manière autonome et sans réel préambule. Dans certaines occasion il prend de grandes proportions. La réalisation ponctuelle du Limousin reste donc un sujet obscur pour la science tant par ses causes que par ses conséquences sur le danseur.

Bizutage étudiant

Il existe certains lieux où le Limousin est s’est imposé comme une habitude, une pratique faisant partie à part entière du quotidien étudiant. La banalisation du Limousin fonde parfois la réputation de la vie étudiante de certains établissements et impose une proximité physique plus forte entre étudiants. Due à la grande répartition géographique du Limousin on peut estimer qu’il existe une très grande variété de contextes possible pour la pratiquer. Ainsi on ne saura prévoir tout les cas possibles dans cette étude.

Les Différentes Formes de Limousin

La description formelle du Limousin est certes unique, il existe cependant des déclinaisons autrement dit des degrés de Limousin en fonction de l’intensité de ce dernier. De manière générale cette idée est largement connue dans la communauté pratiquante.

  • Limousin d’ordre 1: Il consiste simplement à retirer l’ensemble des vêtements sauf les sous-vêtements. Ce limousin « allégé » reste relativement rare puisqu’il n’exploite pas le plein potentiel de la danse.
  • Limousin d’ordre 2: C’est la forme de Limousin la plus répandue et la plus connue. C’est également celle décrite en partie 1.
  • Limousins d’ordre 35: Ils se pratiquent dans des milieux plus ou moins restreints sa forme est très particulière mais possède une très grande quantité de variantes. La chanson traditionnelle du Limousin n’est pas forcément reprise, on réalise un chant dont la parole de base est « bazoom » sur lequel le danseur s’exécute d’une manière similaire que dans le cas du Limousin d’ordre 2. La composante fondamentale du bazoom est la bière car celle-ci est versée sur le postérieur du danseur, le liquide ainsi filtré est récupéré dans un récipient puis consommé par une personne tierce (dans la majorité des cas). Comme énoncé précédemment le bazoom compte une très grand nombre de déclinaisons issues de la recherche fondamentale autour de la pratique. Celle-ci a suscité en effet un grand engouement ce qui a conduit à un effort supplémentaire dans ce domaine de la recherche.

Impact Social et Émotionnel

Parfois même le Limousin constitue une véritable humiliation dans le cadre de bizutage ou de pratique forcée, le dommage psychologique ne peut alors pas être évalué avec précision. Cependant dans certains cas elle peut être ressentie comme un acte normal n’entraînant pas de charge émotionnelle particulière (voire chez certains du plaisir) du à l’habitude d’exécution du Limousin.

Bien que le Limousin peut sembler constituer une évocation d’un retour à un état de nature, la pratique est bel et bien culturelle. Cela s’illustre par la variété des paroles rencontrés et des occasions choisies pour la réaliser. C’est pourquoi le Limousin est souvent considéré comme une Tradition, un rite qui doit s’accomplir comme s’il détenait une valeur sociale supérieure au changement des mœurs. Cette tradition n’échappe cependant pas à des modifications structurelles de moindre envergure selon l’imaginaire collectif des groupes impliqués.

On observe en ce sens le degré d’implication du Limousin dans l’intégration sociale, il s’érige de ce fait en facteur de socialisation avec des conséquences positives ou négatives sur les individus impliqués. De même le Limousin peut aussi bien constituer un facteur de discrimination que d’intégration, un processus d’ouverture ou de pression sociale. Cette dualité s’observe au sein même des groupes où les avis divergent et les opinions sont plus souvent tranchées que modérées. On constate néanmoins un certain équilibre dans la répartition des avis à ce sujet.

Le Limousin et la Nudité

L’emploi régulier du Limousin fait abstraction des repères sociétaux tels que nous les connaissons et cela se remarque notamment par le recours massif à la nudité dans la mesure où cette dernière est la condition nécessaire et suffisante au Limousin. Cela implique un nouveau rapport au corps et surtout de la place de ce dernier dans l’environnement étudiant. L’ensemble induit une certaine libération de la nature corporelle vis-à-vis de l’entourage. En revanche si l’expérience du Limousin est très mal vécue alors les conséquences seront inverses.

On peut sans mal attester du fait que le Limousin soit plus souvent réalisé par des personnes de genre masculin que féminin (avec des données manquantes pour les autres identités de genre). On invoque de ce fait une réflexion supplémentaire sur la position dans cette affaire du corps et de l’image féminine tels qu’on pourrait se la représenter. La disparité est souvent relevée mais ses causes sont concrètement bien moins mentionnés. On peut du moins élaborer des hypothèses crédibles.

La première étant le regard du genre masculin généré par l’attraction physique possible et ici facilité par la réalisation du Limousin. C’est certainement là la raison principale de cet écart dans la réalisation de Limousins.

Interprétation Symbolique et Religieuse

François va nous danser, La danse du Limousin. Le Limousin a dit : « Enlève ta chemise ». La répétition des strophes et les nombreux parallélismes ritualisent la chanson. D’une part le danseur, symbole divin, est invité à danser en suivant les instructions, d’autre part, la foule, en cercle autour du danseur, l’honore d’un pouvoir symbolique délégué grâce à une parole performative.

La répétition de l’invitation à la danse (« François va nous danser,/La danse du Limousin ») conditionne le danseur. C’est alors que les chanteurs cèdent la parole au Limousin comme en témoigne le discours rapporté (« Le Limousin a dit : »). Pourquoi rapporter le discours de ce mystérieux Limousin pour guider la chorégraphie du danseur? Comme nous l’avons vu, le danseur est métaphoriquement un limousin qui commence le monde, autrement dit un Dieu créateur. Or, cette chanson date du Moyen-âge, période très religieuse, chrétienne.

Une simple foule ne peut se permettre de donner des ordres à un Dieu, aussi symbolique soit-il. Le tabou est donc contourné par le rapportage de la parole du Limousin qu’il faut comprendre comme une entité régulatrice de la chorégraphie du danseur. A l’instar de Jésus qui est Dieu et homme à la fois et qui ne se laisse guider que par Dieu, le danseur du limousin est à la fois Dieu créateur et homme et ne peut se laisser guider que par une autorité supérieure. Le Limousin est justement cette entité.

Le Limousin invite donc le danseur à retirer sa chemise. Il faut noter que les paroles de la chanson ne sont pas fixes et que si le danseur dispose d’un couvre-chef par exemple, il peut s’agir du premier vêtement cité. Reste à savoir maintenant pourquoi le protagoniste divinisé est invité à se dénuder.

L’aspect religieux et chrétien de la chanson nous invite à réfléchir sur la notion de nudité. De fait, la nudité est honteuse depuis la Chute d’Adam et Eve du Paradis selon la religion chrétienne. C’est en quittant le Paradis que le sentiment de honte suscité par leurs corps nus s’est emparé d’eux. Le danseur est invité à se dénuder afin de jouer le scénario inverse de la Chute, celui de l’Ascension. L’objectif est ainsi de redonner à la nudité son sens originel, celui de pureté et non celui lié à la sexualité. Ce faisant, la danse du Limousin s’apparente aux miracles du Moyen-âge.

François va nous danser la danse du Limousin. Le Limousin a dit : « Enlève ton pantalon ». Le Limousin a dit : « Enlève ton caleçon». Les paroles performatives s’ensuivent donc et l’Ascension en tant qu’antithèse de la Chute s’effectue avec l’accord du danseur.

Ce n’est d’ailleurs plus la nudité qui est une honte mais le fait de ne pas se dénuder pour lui. En effet, s’il ne respecte pas les injonctions du Limousin, ce dernier se voit hué par la foule qui lui reproche son manque d’organes, autrement dit son manque de courage à accepter le retour à la nudité originelle et céleste. Il a pas d’organes ! C’est le bathos, la fin brutale du climax, le danseur n’a pas les épaules suffisantes pour porter la mission qu’on lui a confiée. La foule, qui l’avait choisi, se sent alors trahie.

En effet, puisqu’il refuse sa mission divine de réconciliation entre l’homme et sa conception céleste de la nudité, c’est sûrement parce qu’il n’ « a pas d’organes ». Le seul moyen pour ce dernier de le prouver serait de se mettre nu, mais cette nudité deviendrait une nudité honteuse, car le danseur, ayant failli à sa mission, n’est plus métaphore divine pour la foule. Il serait nu en tant qu'homme et non en tant que prophète symbolique porteur d'un nouveau message. Il a perdu le rôle divin qu’on lui avait assigné. Il n’a pas su dépasser les considérations actuelles à propos de la nudité. Il a échoué à l’Ascension antithétique, à retrouver la pureté originelle de l’homme. La dernière image est donc celle d’un homme prétendument émasculé.

En revanche, si le danseur termine nu comme le veut la chanson, la foule, en extase, l’acclame sous les applaudissements et les cris. La nudité originelle et absolue est au milieu de la foule, aucune honte, aucun tabou, la conception céleste du corps est comme accessible.

Détournée aujourd’hui pour de petits bizutages, la danse du Limousin est donc pourtant à l’origine une chanson à l’objectif inverse puisqu’elle consiste à diviniser un personnage central - le danseur - pour en faire une sorte de prophète destiné à rappeler aux hommes - la foule - la conception originelle et pure de la nudité. La danse ritualisée apparaît comme le processus inverse de la Chute d’Adam et Eve et constitue ce que l’on pourrait appeler l’Ascension. Il n’est ainsi guère étonnant que la foule hue ou acclame le danseur choisi si ce dernier refuse ou accepte la céleste tâche qui lui est incombée. Le danseur est ainsi avant tout honoré et non moqué dans la danse du Limousin.

Le refus est vu comme un blasphème, une trahison envers la foule qui voyait en cette personne les compétences suffisantes pour mener la mission à bien. Aujourd’hui, peu de chansons religieuses moyenâgeuses et populaires ont traversées les âges comme la Danse du Limousin.

Avenir de la Danse du Limousin

Le monde étudiant est en perpétuel renouvellement, des traditions demeurent d’autres s’effacent. Dans ce contexte l’avenir du Limousin est incertain. Tout porte à croire qu’il ne disparaîtra pas dans un futur proche tant il est encore connu dans la sphère de l’enseignement supérieur français.

la danse du limousin

tags: #danse #du #limousin #rugby