Le match Danemark-Suède à l'Euro 2004 : Un nul qui a marqué l'histoire

Le match nul 2-2 entre le Danemark et la Suède lors de l'Euro 2004 reste gravé dans les mémoires, non seulement pour son déroulement, mais aussi pour la controverse qu'il a suscitée. Cette rencontre, comptant pour la troisième journée du groupe C, a eu des conséquences directes sur le parcours de l'Italie dans le tournoi.

Composition du Groupe C de l'Euro 2004

Les enjeux avant le match

Avant ce match décisif, l'Italie se trouvait dans une situation délicate. Même en cas de large victoire contre la Bulgarie, leur qualification pour les quarts de finale dépendait du résultat du match entre le Danemark et la Suède. Un match nul avec au moins deux buts de chaque côté éliminerait l'Italie, en raison d'une moins bonne attaque lors des confrontations directes face à ses deux adversaires.

Cette perspective a suscité des inquiétudes et des soupçons de collusion. Une conférence de presse avant un match de l’Euro n’est pas vraiment l’endroit où on s’attend à entendre parler de Nicolas Machiavel. Ce 21 juin 2004 à Porto, Lars Lagerbäck évoque pourtant l’auteur du Prince entre deux considérations sur son 4-4-2 ou le caractère du jeune Zlatan Ibrahimovic.

« Machiavel a dû être italien et les Italiens doivent penser de façon machiavélique, expose le sélectionneur de la Suède. Mais c’est impossible pour nous de jouer le match nul 2-2 contre le Danemark et je ne pense pas que ça se terminera par un 2-2. » Bref, que les Italiens arrêtent avec leurs insinuations d’un accord entre les Danois et les Suédois, la moralité scandinave flotte au-dessus de ce genre d’arrangement entre cousins.

La réaction italienne

Giovanni Trapattoni et ses joueurs avaient quelques raisons de s'inquiéter avant la troisième et dernière journée dans ce groupe C. « S’ils font vraiment 2-2, ce n’est pas une enquête de bureau qu’il faut, c’est directement les forces spéciales sur le terrain », prévient le gardien, Gianluigi Buffon.

EURO 2004 highlights: Sweden 1-1 Italy

Le déroulement du match

Au diable le fair-play, les supporteurs scandinaves indiquent le lendemain le chemin à suivre, depuis les tribunes du stade du Boavista Futebol Clube, à Porto. « 2-2 et ciao l’Italie », chantent les fans suédois et danois. Le spectateur neutre assiste pourtant à un vrai match. Après tout, « un 2-2 est un score assez rare », rappelait Lagerbäck, et bien plus compliqué à arranger qu’un 1-0 par exemple, comme lors du tristement célèbre « match de la honte » entre l’Autriche et la RFA lors de la Coupe du monde 1982.

Le match fut intense et disputé. A une merveille de lob du Danois Jon Dahl Tomasson à la 28e minute, la Suède répond par un penalty d’Henrik Larsson après la pause. Quand Tomasson inscrit un second but après l’heure de jeu, l’attaquant du Milan AC pose son index sur sa bouche en défiant les supporteurs suédois. De quoi rassurer son pays d’adoption sur l’absence d’arrangement.

De son côté, à Guimaraes, à 50 kilomètres de là, l’Italie ne remplit toujours pas sa part du contrat, tenue en échec (1-1) par la Bulgarie. La Nazionale n’est pas en position de donner des leçons de morale. Pas encore du moins. Dans les arrêts de jeu, Antonio Cassano marque d’une frappe en pivot et court fêter la qualification en direction du banc de la Nazionale. Mais en une seconde, le visage grêlé de l’attaquant passe de l’euphorie à l’accablement. A la mine figée des ses coéquipiers, Cassano comprend la mauvaise nouvelle.

A Porto, la Suède a égalisé à la 89e minute, Mattias Jonson profitant d’une grossière faute de main du gardien, Thomas Sorensen. Pas fous, Danois et Suédois gèlent le ballon pendant les arrêts de jeu. Inconsolable, Cassano pleure comme un garçon de 21 ans persuadé, un trop court instant, d’avoir qualifié son pays.

Antonio Cassano après avoir appris le résultat du match Danemark - Suède

Les accusations de collusion

Après la rencontre, Buffon reprendra ses accusations de la veille et criera à l’arrangement. « J’ai honte, mais pas pour nous : pour les Suédois et les Danois. Ils ont vraiment fait ça salement. » Les doutes du gardien trouvent un écho inattendu quelques jours plus tard quand le magazine suédois Offside publie des échanges ambigus entre le défenseur Erik Edman et le Danois Niclas Jensen.

« Tu penses qu’on devrait faire un beau 2-2 ? », demande le premier avant d’entrer sur la pelouse. « Oui, peut-être qu’on pourrait », laisse entendre le second. Et Edman d’ajouter : « Alors, laissez-nous marquer en premier. » Le Danemark grillera la priorité avec le but de Tomasson. Le journaliste d’Offside, Mattias Göransson, préfère parler « d’ironie » et « de blague de mauvais goût » entre les acteurs du match. Peut-être, mais les Italiens attendent toujours le cours de Lars Lagerbäck sur l’humour scandinave.

Équipe Points Différence de buts Buts marqués
Danemark 5 2 4
Suède 5 2 4
Italie 5 2 3

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