Cyril Lafon incarne une figure atypique dans le monde du rugby professionnel français. Arbitre le weekend sur les matches de TOP 14 et de PRO D2, Cyril Lafon dirige la semaine un laboratoire de recherche sur les applications des ultrasons à la thérapie appartenant à l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM).

Cyril Lafon lors d'un match de Top 14
Un parcours atypique entre rugby et science
Ce Lyonnais d'adoption, ingénieur de formation né en Haute-Vienne, a grandi près de Brive, une des places fortes historiques du ballon ovale en France. Il pratique à bon niveau, jouant en Crabos (-19 ans) avec le CA Brive Rugby, puis avec le Stade Clermontois quand ses études le conduisent dans la capitale auvergnate. Il part ensuite à Montréal, ce qui lui vaut son "unique ligne à son palmarès de joueur: champion de 3e division du Québec", s'amuse-t-il. "C'était folklorique !". Il finit par atterrir à Lyon pour sa thèse et joue avec les espoirs du LOU.
Mais l'arbitrage l'intéresse aussi. Il se retrouve lauréat du concours du jeune arbitre dès 1996. La recherche l'amènera plus tard à Seattle pendant deux ans, lui donnant la maîtrise de l'anglais - une qualité dans le Top 14 d'aujourd'hui.
La conciliation de deux passions
Depuis début 2016, il dirige une unité de recherche de l'Inserm, le laboratoire LabTAU, spécialisé dans les applications des ultrasons dans le domaine thérapeutique. Un labo "à taille humaine" d'environ 70 personnes, axé sur la valorisation industrielle de ses recherches et qui a donné naissance à plusieurs sociétés, dont EDAP TMS, cotée à la Bourse de New York.
"Comme chercheur, on a toujours la possibilité de bouger, d'apprendre. J'ai toujours privilégié ma carrière professionnelle et je suis reconnaissant au corps arbitral de ne m'en avoir jamais tenu rigueur", souligne M. Lafon, rencontré par l'AFP dans son labo lyonnais.
"Ma chance ici, c'est qu'on a pas d'horaire", relève-t-il, pour expliquer qu'il ait pu concilier son métier avec sa passion pour le rugby.
Parmi la quinzaine d'arbitres officiant régulièrement en Top 14 - certains professionnels, d'autres semi-pro, Cyril Lafon appartient au petit contingent de purs amateurs. Défrayés et modestement rémunérés: 550 euros par match pour un arbitre de champ - 180 euros pour un arbitre de touche.
Une parenthèse américaine enrichissante
Il y a un an, une fondation américaine lui propose de venir, via une bourse d’étude, faire de la recherche à l’université de Virginie. Vivre une année aux Etats-Unis, une opportunité de vie, une expérience rafraîchissante qui ne se refuse pas, la famille Lafon fait ses valises, direction Charlottesville, sans oublier d’emporter un sifflet histoire que le père ne perde pas la main.
Pour profiter pleinement de sa nouvelle vie avec sa famille, Cyril Lafon postule pour arbitrer uniquement dans l’état de Virginie.
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Cyril Lafon dirige des rencontres universitaires, l’équivalent du niveau Reichel en France, ou des matches de niveau Honneur sans jamais dévoiler son passé d’arbitre élite. « Les joueurs que j’arbitrais n’en avaient rien à faire de savoir qui j’étais et ils avaient bien raison. Une seule fois j’ai perdu mon anonymat. Dans une des deux équipes, il y avait des français et leurs copains venus les voir jouer m’ont reconnu. Ils sont venus discuter pendant que je m’échauffais, c’était sympa. »
Retour en France et avenir
De retour en France durant l’été, il a retrouvé sa place au sein du laboratoire de l’INSERM et sur les pelouses des championnats professionnels. « J’ai débuté comme arbitre de champ en PRO D2 lors du match Dax - Grenoble. J’ai fait la touche pour la rencontre Montpellier - Agen en TOP 14. J’ai pris beaucoup de plaisir à arbitrer aux Etats-Unis mais le challenge sportif n’est pas le même qu’ici. Je suis content d’avoir retrouvé ce stress positif avant d’entrer sur le terrain, de sentir à nouveau l’odeur des vestiaires et d’entendre le bruit des crampons dans les couloirs. »
Samedi il sera au stade Ernest Wallon pour diriger le face à face entre Toulouse et Pau en TOP 14.
A bientôt 45 ans, Cyril Lafon vit sa dernière saison au sifflet, limite d'âge oblige. Il se réjouit d'avance que la tradition permette aux prochains "retraités" de choisir leurs derniers matches.
M. Lafon n'entend pas couper les ponts avec le rugby à l'issue de sa 10e saison en Top 14. Pour de l'arbitrage vidéo? Du coaching?
Analyse et communication sur le terrain
"Après chaque match, on fait une autoévaluation que l'on compare à celle de notre coach/évaluateur".
"Quand on est arbitre, il faut prendre ses responsabilités mais aussi admettre qu'on peut se tromper...". Ce qui implique "pas mal d'analyses vidéo". "J'y passe environ 5 heures par match". Mais "le plus contraignant, ce sont les stages" réunissant le gratin arbitral français: un par mois. Pour faire converger les pratiques dans un sport aux règles complexes où l'arbitre joue un rôle crucial.
"On n'arbitre pas pour plaire, sinon on n'arbitre pas très longtemps", souligne celui qui se voit "assez strict" sur le terrain.
"Cyril est un homme très ouvert", dit pourtant de lui Pierre Mignoni, l'entraîneur du LOU. "Il est très posé, a beaucoup d'expérience. Il maîtrise bien les deux équipes". "Il communique bien", ajoute le talonneur Jérémie Maurouard.