Comme les rencontres France-Angleterre au rugby chez les hommes, les matchs France-Russie au handball féminin ne sont jamais amicaux. Au cours des dernières années, ces deux grandes nations du handball féminin se sont affrontées à de multiples reprises. L’historique des confrontations entre la France et la Russie est aussi long que l’hiver moscovite.
Le face-à-face entre les deux pays qui se déroulera lundi 13 décembre sur le parquet du Palais des sports de Granollers, à l’occasion des derniers matchs du tour préliminaire du Mondial, ne devrait pas faire exception. Même si les deux équipes sont déjà qualifiées pour les quarts de finale, elles visent la première place du groupe, afin de s’éviter un prochain tour périlleux. Ces retrouvailles s’annoncent tendues.
En effet, le deuxième de ce groupe 1 devra défier le premier du groupe 2 et ce pourrait être la Norvège, qui, jusqu’alors, faisait figure d’épouvantail dans ce Mondial. Les Norvégiennes ont toutefois été accrochées, samedi, par les Suédoises (30-30) et elles joueront la première place, lundi, contre les Néerlandaises, premières ex aequo. Avec, là aussi, un gros enjeu : en cas de défaite, si dans le même temps la Suède battait la Roumanie, la Norvège serait sortie du tournoi.
Il y a quatre mois, aux Jeux de Tokyo, les Russes avaient battu les Françaises en poule 28 à 27, mais s’étaient ensuite inclinées 25 à 30 en finale, au terme d’un match homérique. En 2016, aux Jeux de Rio, la Russie avait privé la France du titre olympique (22-19). Les Bleues avaient pris leur revanche (24-21) à domicile lors de la finale de l’Euro 2018. Et lors du tour principal de l’Euro 2020, les deux équipes n’avaient pu se départager (28-28).
JEUX OLYMPIQUES - Le replay intégral de la finale France-ROC en handball à Tokyo (2020)
Les enjeux tactiques et les joueuses clés
Si l’équipe de France a conservé son ossature depuis Tokyo, beaucoup de choses ont changé côté slave. Après le départ de nombreux cadres, l’équipe entraînée par Liudmila Bodnieva est en reconstruction. Lors de son premier match du tour préliminaire, elle n’a pu faire mieux qu’un match nul (26-26) contre la Slovénie, une équipe que la France avait dominée facilement au tour préliminaire.
Parmi les 16 médaillées d’argent de Tokyo, seules six joueuses russes sont présentes en Espagne. A 26 ans, l’arrière droite Anna Vyakhireva, élue meilleure joueuse des Jeux de Rio et de Tokyo (ainsi que de l’Euro 2018) a décidé de faire une pause dans sa carrière. La demi-centre Daria Dmitrieva, 26 ans également, en fait de même.
Côté français, en revanche, l’effectif est au complet. Absente des derniers matchs en raison d’une entorse à la cheville, Laura Flippes, l’arrière du Paris 92, devrait faire son retour. La victoire étriquée au match précédent contre la Serbie (22-19) a montré à quel point son bras puissant manque à des Bleues en panne de tir longue distance.
« Je m’attends à un match difficile, prévient la demi-centre Grâce Zaadi, qui évolue depuis deux ans sous les couleurs du club russe de Rostov-Don. Il y a énormément de filles talentueuses en Russie, je connais leur potentiel. Beaucoup jouent la Ligue des champions. En revanche, les nouvelles manquent encore d’expérience au plus haut niveau. A nous d’en profiter. »

Une opinion partagée par l’expérimentée Coralie Lassource, la capitaine des Bleues : « C’est une équipe remaniée, mais ça ne veut pas dire que nous allons avoir un match facile. Leur attaque est meilleure que leur défense, avec une grosse force de frappe des arrières », analyse-t-elle. Elena Mikhaylichenko et Antonina Skorobogatchenko sont des attaquantes redoutables avec des bras puissants. En défense, la gardienne Anastasiia Lagina fait aussi partie des meilleures mondiales.
L’équipe de Russie effectue moins de rotations que la France, qui possède l’un des meilleurs bancs du Mondial. Un détail qui pourrait commencer à compter, sachant que les équipes, qui jouent tous les deux jours, vont disputer leur sixième match de la compétition.
Les quarts de finale auront lieu les 14 et 15 décembre à Granollers, près de la frontière française, où la France a joué tous ses matchs, contrairement à la Russie, qui a débuté à Lliria, près de Valence. Quelle que soit l’issue de cette rencontre, la France et la Russie ne pourront pas se recroiser avant une éventuelle finale.
Retour sur le match de l'Euro 2020
Dans le duel au sommet, comptant pour le tour principal, la France et la Russie n'ont pas réussi à se départager (28-28) au terme d'un match de haute intensité, où la qualification s'est jouée à 5 secondes pour les Bleues. Malgré ce résultat, la demi-finale, prévue vendredi prochain, reste toujours possible. La qualification se jouera face à la Suède, mardi.
Pour ce remake de la finale de l'Euro 2018, Olivier Krumbholz choisit d'aligner son sept de départ habituel (Leynaud, Nze Minko, Zaadi, Sercien, Dembélé, Foppa, Coatanea) qui a permis d'enchaîner les victoires au 1 er tour. Ce sont pourtant bien les Russes qui prennent le match en main d'entrée, sous l'impulsion de Makeeva et Managarova, les coéquipières de Grâce Zaadi à Rostov (7-12, 18e). Les Tricolores sont loin de mettre la même intensité défensive que contre le Danemark, mardi. Laura Glauser, qui a remplacé au bout de vingt minutes Amandine Leynaud dans les buts, a du mal également à faire baisser l'insolente réussite aux tirs des Russes (83 %). A la pause, la France est logiquement menée (16-19).
Alors tout le monde s'y met pour recoller au score : Alexandra Lacrabère, Estelle Nze Minko, et Laura Flippes qui permet à la France d'enfin mener à la marque (24-23, 46e), et qui se blesse au genou avant de sortir en larmes. C'est le temps du money-time. Amandine Leynaud, de retour dans ses cages, sort le grand jeu et Orlane Kanor a la réussite (27-26, 58e). Océane Sercien-Ugolin pense donner la victoire mais la Russie égalise à cinq secondes de la sirène. Rageant !
Pendant quelques secondes, la demi-centre de Györ en Hongrie a permis à la France de revenir à un but (21-22, 39e) de la Russie, après une course-poursuite entamée depuis les premiers instants. L'ancienne joueuse de Nantes et de Fleury a récidivé trois minutes plus tard avant l'égalisation de Siraba Dembele-Pavlovic (23-23).Soit le nombre de points au classement provisoire pour la France, comme pour la Russie. Les deux équipes restent sous la menace du Danemark, le pays organisateur, et de la Suède.
Après deux rencontres en deux jours dans le tour final, les joueuses d'Olivier Krumbholz ont désormais quatre jours pour récupérer physiquement et préparer leur rendez-vous capital face à la Suède, mardi (18h15).
Tableau des confrontations récentes
| Compétition | Année | Résultat |
|---|---|---|
| Jeux Olympiques (Finale) | 2020 | France 30 - 25 Russie |
| Jeux Olympiques (Poules) | 2020 | Russie 28 - 27 France |
| Jeux Olympiques (Finale) | 2016 | Russie 22 - 19 France |
| Euro (Finale) | 2018 | France 24 - 21 Russie |
| Euro (Tour Principal) | 2020 | France 28 - 28 Russie |