L'Histoire du Cricket : Des Origines à l'Essor en Nouvelle-Calédonie

Le cricket, sport d'équipe emblématique, oppose deux équipes de onze joueurs dans une confrontation de balle et de batte. Avec plus de 120 millions de joueurs et près de 1,5 milliard de fans à travers le globe, ce jeu fascine par sa complexité technique et son riche héritage culturel. Du terrain de village anglais aux stades bondés du sous-continent indien, le cricket a su transcender les frontières pour devenir un véritable phénomène sportif et social.

Schéma d'un terrain de cricket

Les Origines du Cricket

Les origines du cricket sont incertaines. Les premières parties de cricket sont disputées dans le sud de l'Angleterre, au XVIe siècle. La première mention officielle du cricket remonterait au XVe siècle. En 1300, le prince Édouard, futur roi d'Angleterre, jouait au "creag et autres jeux", bien que rien ne prouve qu'il s'agisse de l'origine du cricket.

L'une des théories les plus populaires sur ses origines prétend qu'il est né d'un groupe de jeux d'enfants dans le sud-est de l'Angleterre. Un poème attribué à John Skelton et écrit en 1533 suggère une origine flamande et une pratique d'abord pratiquée par les bergers.

La plus ancienne mention du cricket (1478) se trouve dans une lettre de réclamation adressée au roi de France Louis XI, qui fait état d'une querelle à propos de ce jeu dans le village de Liettres, près de Saint-Omer. Chaque année, le Challenge de Liettres 1478 commémore cet ancêtre.

Il existe plusieurs théories sur l'origine du mot "cricket". Le nom semble provenir du terme anglais "cryce" qui signifie béquille. Compte tenu des nombreux échanges entre le sud-est de l'Angleterre et le comté de Flandres au Moyen Âge, il est possible qu'il provienne du néerlandais krick (bâton). Une autre possibilité est l'anglo-saxon cricc ou cryce (béquille, bâton).

À la fin du XVIIIe siècle, le cricket s'impose comme le sport national de l'Empire britannique. Son extension conduit aux premières rencontres internationales dans le courant du XIXe siècle. Les dix pays qui disputent aujourd'hui des test-matches officiels à travers le monde sont toutes d'anciennes colonies britanniques.

Le Cricket à Travers le Monde

Le premier match international de l'histoire a lieu au Bloomingdale Park de Manhattan les 24 et 26 septembre 1844, entre des joueurs américains et canadiens. Ce match est remporté par le Canada par une marge de 23 runs. Cinq mille personnes se sont déplacées pour le premier match, qui a également servi de tribune pour le Major Paris.

En septembre 1859, un groupe de douze joueurs professionnels anglais part pour les États-Unis. Plusieurs matchs sont prévus, dix Anglais affrontant vingt-deux Américains. Avec la guerre civile aux États-Unis, les organisateurs de tournées au Royaume-Uni concentrent leurs efforts sur l'Australie. Heathfield Stephenson dirige la première équipe anglaise en tournée en Australie en 1861-62, et de nombreuses autres suivront dans les années à venir.

En 1868, la première équipe australienne à se rendre en Angleterre est entièrement composée de joueurs indigènes. Elle participe à sept matchs sur le sol britannique et fait des démonstrations de lancer de boomerang et de lance.

En 1876-77, James Lillywhite mène une équipe entièrement professionnelle en Nouvelle-Zélande, puis sur le continent australien. Le 15 mars 1877 a lieu le match All England v A Combined New South Wales and Victoria XI, opposant l'équipe de Lillywhite à un groupe de joueurs de la Nouvelle-Galles du Sud et du Victoria. Ce match, remporté par les Australiens le 19 mars, restera dans les mémoires comme le premier test match de cricket de l'histoire, et comme un match entre l'Angleterre et l'Australie.

En 1882, la victoire surprise des Australiens à The Oval sur une équipe anglaise composée d'amateurs et de professionnels donne lieu à un avis de décès satirique dans le Sporting Times, annonçant la mort du cricket anglais, dont les cendres "seront envoyées en Australie." C'est le début des Ashes (littéralement, "les cendres"), une compétition qui a lieu tous les deux ans en moyenne et qui oppose deux équipes.

Le Principe du Cricket

Le cricket oppose deux équipes de dix joueurs sur un terrain de forme ovale. Un match peut durer de quelques heures à plusieurs jours, en fonction de la manière de jouer. Une rencontre est divisée en plusieurs parties. Au cours de chacune d'elles, une équipe tente de marquer des points (courses ou parcours), tandis que l'autre tente de l'en empêcher. Le but du jeu est de marquer plus de courses que l'autre équipe.

Pendant une partie, l'équipe qui doit marquer des points a deux joueurs sur le terrain en même temps : les batteurs (batsmen). Ils sont chacun équipés d'une batte, un accessoire en bois. Les dix joueurs de l'équipe adverse sont également sur le terrain de jeu.

Les deux batteurs se trouvent au milieu du terrain, aux extrémités d'une pièce rectangulaire du terrain de jeu appelée terrain. Chacun de ces batteurs est posté devant un ensemble de trois piquets verticaux flanqués de deux témoins : le guichet. Les deux guichets sont séparés d'une vingtaine de mètres.

Afin de frapper la balle, le batteur utilise une batte. Lorsqu'il fait face au lanceur, le batteur doit essayer de taper la balle avec sa batte. Après le lancement et, si nécessaire, le collage de la balle par le batteur, son coéquipier et lui peuvent échanger leurs positions. Chaque échange de position donne lieu à un point, et d'autres échanges sont possibles par la suite.

Si la balle frappée par le batteur quitte le terrain sans toucher le sol, son équipe marque six points. Elle marque quatre runs si elle sort après avoir touché le sol. Dans ces deux cas, les batteurs retournent à la position qu'ils occupaient avant le lancement.

Si la balle du lanceur touche le guichet, le batteur qui fait face au lanceur est éliminé. Il est également éliminé si la balle qu'il frappe avec sa batte est attrapée en l'air par l'un des dix joueurs adverses. De même, si les joueurs courent pour essayer de faire une course et qu'un des guichets est détruit avec la balle par l'un des dix adversaires, le joueur qui dirige son attention sur le guichet détruit est éliminé. Au total, neuf modes d'élimination différents sont disponibles.

Toutes les six balles, l'équipe qui exécute les lanceurs change de lanceur. Le nouveau lanceur désigné commence son lancement du côté opposé au lanceur précédent et continue de cette manière jusqu'à la fin du match.

Les Règles du Cricket

Les lois du cricket, également appelées règles du cricket, sont composées de quarante-deux lois et de quatre annexes. Elles sont codifiées par le Marylebone Cricket Club (MCC), un club privé basé à Londres qui est la plus ancienne instance dirigeante du cricket au monde.

Selon le préambule aux lois du Marylebone Cricket Club, « Le cricket est un jeu qui doit beaucoup de son attrait unique au fait qu'il doit être joué non seulement en respectant les règles, mais aussi en respectant l'esprit du jeu. » Ce préambule rend les capitaines responsables du fair-play de leur équipe et du respect de l'esprit du jeu.

Le Terrain de Cricket

Dans la plupart des cas, un terrain de cricket a une forme quelque peu ovale. Les lois du cricket ne spécifient aucune taille ou forme, mais il s'agit généralement d'une ellipse à faible excentricité dont les axes mesurent entre 90 et 150 mètres.

Le terrain est une zone rectangulaire au centre du terrain qui est orientée selon le grand axe du terrain. Il a une longueur de 20,12 mètres et une largeur de 3,05 mètres. Une structure en bois, appelée guichet, se trouve aux extrémités de chaque terrain. Les deux guichets sont distants de 20,12 mètres et parallèles l'un à l'autre.

Descriptif de la Batte et de la Balle de Cricket

Pour un match de cricket junior masculin, la balle de cricket doit peser entre 155,9 et 163 grammes neufs. Sa circonférence doit avoir un diamètre compris entre 22,4 et 22,9 centimètres (ou un diamètre compris entre 7,13 et 7,29 centimètres). La balle de cricket est faite d'un cuir dur recouvrant du liège.

Batte et balle de cricket

Le Cricket Féminin

Pourtant, le cricket féminin commence à se développer en Angleterre dès le XVIIIe siècle. Le premier match féminin enregistré a été joué en 1745, entre les équipes de deux villages du Surrey, Bramley et Hambledon. À l’époque, on distingue les équipes par la couleur des rubans attachés dans les cheveux des joueuses.

L’un des premiers clubs féminins de cricket, le White Heather Club, a été fondé en 1887 par des dames de l’aristocratie du comté du Yorkshire. Les femmes ne lâchent pas la batte, mais il faut tout de même attendre le XXe siècle pour que le cricket féminin connaisse un véritable essor.

Dans son livre Cricket for Women and Girls (1934), la joueuse de cricket Marjorie Pollard écrit : « Après le jeu, nous nous sommes assises au Park Hotel à Colwall… et avons discuté de la façon dont le cricket pourrait devenir une réalité pour nous - qu’il ne soit plus une chose insaisissable, que l’on pratique à moitié par crainte du ridicule. Nous avons réfléchi, médité, discuté.

En 1934 a eu lieu le premier match international de cricket féminin. Il a opposé deux équipes pionnières : l’Angleterre et l’Australie. C’est dans ces équipes qu’évoluaient les premières grandes championnes de cricket, comme Betty Archdale, une des premières capitaines de l’équipe d’Angleterre féminine. Face à elle à cette époque, également capitaine de son équipe, l’australienne Mollie Dive a elle aussi marqué l’histoire du cricket féminin.

La Fédération internationale de cricket féminin (IWCC) est créée en 1958 pour pérenniser la place des femmes sur les terrains de cricket internationaux. Grâce à son investissement, la première Coupe du Monde de cricket féminin a eu lieu en 1973, seulement deux ans après la version masculine.

Pour la finale de la Coupe du Monde T20 de cricket féminin, qui a opposé l’Australie et l’Inde le 8 mars 2020, 86 174 spectateurs étaient présents. Les femmes manient (bien) la batte et n’ont pas l’intention de laisser le sexisme gagner du terrain ! À travers le monde, les femmes jouent au cricket pour le plaisir, pour la compétition… mais aussi pour s’émanciper.

Au niveau national, l’objectif est le même pour toutes désormais : participer aux Jeux Olympiques de Los Angeles 2028. Cent-vingt-huit ans après sa première (et seule) apparition aux Jeux, le cricket revient sur le devant de la scène olympique et les femmes sont, cette fois-ci, conviées à la fête.

Le Cricket en Nouvelle-Calédonie

En Nouvelle-Calédonie, les femmes pratiquent un cricket « de type traditionnel » dès la fin du XIXe siècle. La discipline est considérée, avant d’être une discipline sportive, comme l’un des « moteurs culturels » de la société kanak. Dès les années 50, chaque tribu possède d’ailleurs sa propre équipe féminine.

À Nouméa, principale commune du pays, une certaine Anna Gowete a réuni en 1949 une cinquantaine de filles, créant ainsi l’équipe du Wetr. C’est aussi à Nouméa qu’en septembre dernier, France Cricket a signé une convention pour intégrer des joueuses locales chez les Bleues.

Dans le district de Nouméa, six équipes de plus sont engagées cette année, trois chez les femmes et trois chez les hommes. Ce qui fait en tout seize équipes dames, partagées entre la première et la deuxième division, ainsi que treize équipes masculines (huit en première division et cinq en deuxième).

La saison de cricket a repris à Lifou depuis le 25 mars, avec huit équipes femmes et six équipes hommes. D’autres comités se lancent le 22 avril : le Nord (sept formations, toutes féminines), mais aussi Ouvéa (six équipes hommes et autant chez les dames). Pour l’île des Pins (quatre équipes dames et sans doute trois équipes hommes), ce devrait être en mai.

Steeven Selefen, conseiller technique régional au comité national cricket, a noté une tendance à l'augmentation du nombre d'équipes sur l'ensemble du territoire. En plus des nouveaux clubs sur Nouméa, on peut noter l’AS Lito Gaïtcha sur Lifou. Le Nord est passé de trois équipes en 2022 à sept, avec la création de l’équipe de Poindimié le CO Main Noire, et le CO Koné. Et puis le réveil des Bengalis de Pothé et de l’Union sport Houaïlou.

Selon Steeven Selefen, l’année dernière, le championnat territorial des jeunes a été décentralisé à Lifou, et cette année à Ouvéa. Pour participer au championnat, il faut impérativement trois équipes par comité.

Au Vanuatu, ils se sont mis à pratiquer [le cricket traditionnel] depuis déjà quelques années. Il y a près de dix-sept équipes féminines sur Tanna et sur Port-Vila. Dernièrement, les homologues de Fidji et de Papouasie Nouvelle-Guinée ont été rencontrés et il a été proposé de se lancer dans la pratique du cricket traditionnel, le projet est en cours.

Le cricket traditionnel, dans sa forme, plaît et peut rassembler, fédérer l’ensemble des pays de la Mélanésie. C’est pourquoi il est visé d’essayer de développer la pratique du cricket traditionnel sur le plan régional et pourquoi pas, aussi, le proposer dans les prochaines échéances des Jeux du Pacifique.

Une coupe de Mélanésie regroupant la Nouvelle-Calédonie, Vanuatu, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et Fidji pourrait être organisée dans deux années.

La principale différence entre le cricket traditionnel et le cricket international se voit sur le lancer. Au cricket international, on lance à bras tendu et là, le lancer se fait à bras cassé. Aussi sur l’équipement. Pas de protections, au cricket traditionnel, contre des protections (les casques, les gants, les guêtres) au cricket international.

En Calédonie, le cricket est bien plus qu’un sport. Après son introduction par les missionnaires anglais au XIXe siècle, il s’est imprégné de la culture locale pour devenir une activité physique, tout autant qu’un espace de partage intergénérationnel. Les femmes, majoritaires, représentent 54% des licenciés. Elles en ont fait un outil d'émancipation.

Moins rigide que la version internationale, le cricket traditionnel se joue sans équipement de sécurité, en robe mission. La balle utilisée est fabriquée à partir de la sève de banian. Les lanceuses peuvent "casser" le bras pour l'envoyer. Au traditionnel, 13 joueuses sont utilisées sur le terrain.

Lors du prochain tournoi des Quatre nations du Pacifique, les Calédoniennes de l'équipe de France vont évoluer dans un autre contexte : celui du cricket international. Si dans le fond, le jeu présente de très nombreuses similitudes, on note des différences. A l'international, on ne peut "casser" le bras : il faut effectuer un enroulé. Batteuses et gardiennes de guichet doivent porter des casques de protection munis d'une grille. La batte, en version internationale, est par ailleurs plus courte et plus légère.

Le tournoi des Quatre nations du Pacifique sera l’occasion de relever ce challenge de l'adaptation, en situation de compétition officielle.

La Nouvelle-Calédonie accueillera le 14 mars 2025 une compétition internationale inédite : le Pacific France Women’s T20I Championship 2025. Organisé par France Cricket et le Comité National de Cricket de Nouvelle-Calédonie (CNCNC), ce tournoi rassemblera quatre nations : la France, les Fidji, les Samoa et le Vanuatu.

Habituellement engagée dans les compétitions européennes, l’équipe de France féminine aborde ce tournoi avec une configuration particulière. « Les joueuses calédoniennes vont affronter des nations du Pacifique qui, elles, sont déjà bien installées sur la scène internationale.

L’événement est d’autant plus significatif que le cricket fera son retour aux Jeux Olympiques en 2028 à Los Angeles.

France Cricket et le Développement du Cricket Féminin

Pour renforcer le développement du cricket mondial et susciter une plus grande participation des fans, l’instance internationale du Cricket (ICC) veut investir massivement dans le cricket féminin au travers d’actions menées par ses membres associés telle que la France. En effet, en novembre dernier l’ICC a dévoilé sa stratégie de développement consistant à faire du cricket féminin un de ses piliers majeurs.

De son coté, France Cricket a établi un plan de féminisation du sport sur les 10 prochaines années intitulé «The Road to Gold 22-32» ou encore «La Route vers l’Or 22-32» qui s’inscrit pleinement dans sa stratégie nationale de développement. Toutes les actions sportives de France Cricket prennent en compte la question du genre et ont pour ambition de faire évoluer les agissements qui promeuvent les inégalités dans le sport.

La parité dans le cricket est un levier fort dans cette démarche qui a pour objectifs de proposer des actions favorisant l’accès des femmes à l’encadrement technique et aux postes à responsabilité.

Avec l'ambition «La Route vers l’Or 22-32», une fois que le cricket redeviendra un sport Olympique en 2028 gagner une médaille sera possible pour l’équipe féminine de France Cricket. Cette vision s’articule autour d’une forte augmentation de la participation via le programme CRIIO, d’une connaissance plus élargie du cricket en France, d’un accès égal dans le développement des talents féminins et de la formation des cadres et entraîneurs féminins.

Les objectifs de développement du Cricket féminin seront accomplis grâce à une campagne de sensibilisation et de formation des joueuses de tous âges. Combler les écarts de compétences hommes/femmes dans le cricket pour atteindre les objectifs que France Cricket s’est assigné est réalisable. Toutefois, ce progrès nécessite une approche holistique du développement du cricket en France.

Tableau récapitulatif des différences entre le cricket traditionnel et le cricket international en Nouvelle-Calédonie :

Caractéristique Cricket Traditionnel Cricket International
Lancer Bras cassé Bras tendu (enroulé)
Équipement Aucun (robe mission) Casques, guêtres pour batteuses et gardiennes de guichet
Balle Sève de banian Liège recouvert de cuir
Nombre de joueuses 13 11

Cricket : Wedrumel entre dans la cour des grands

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