Accidents au Rugby: Statistiques, Causes et Prévention

Le rugby, sport de contact très populaire en France, est malheureusement associé à un risque de blessures. Ces dernières années, plusieurs drames ont mis en lumière la dangerosité de ce sport, suscitant des interrogations sur les mesures de prévention et la sécurité des joueurs. Quatre joueurs, amateurs ou professionnels, sont morts en France sur des terrains de rugby depuis un an, après des chocs.

Adrien, Louis, Nicolas, Nathan, en huit mois, entre 2018 et 2019, quatre destins ont été brisés sur les terrains de rugby de France, quatre vies violemment et précocement enlevées dans des contextes très différents, ceux des mondes amateurs, professionnels, et même universitaires.

Si bien qu'aujourd'hui, une question se pose : comment prévenir ces accidents de jeu dramatiques ?

Le rugby est un sport pivot contact, comme le foot, le basket, le handball et les sports de combat. « C’est un sport de ballon, que l’on peut assimiler à un sport de combat collectif et c’est surtout un sport de collisions », résume le Dr Miniot. Or, les principales causes de blessure au rugby à XV sont les impacts. « À haut niveau, on a une estimation des collisions entre les joueurs grâce à des GPS placés dans le dos entre les omoplates. Les impacts peuvent atteindre des forces 20 G entre les joueurs, ce qui est énorme », détaille le médecin du sport.

Le Docu' : La prévention et la sécurité au rugby

L'Absence de Statistiques Nationales

Malgré ces constats alarmants, il existe un manque de données épidémiologiques fiables en France. "En France, à ce jour, aucune statistique, aucune étude épidémiologique n'a été menée", regrette Jean-Christophe Berlin, kinésithérapeute. Il était responsable du pôle médical de l’association du Stade Français jusqu'à la semaine dernière.

Selon Christian Bagate, président du comité médical de la fédération française, «on est passé de 9 tétraplégiques par an avant les années 2000 (NDLR: 7 en réalité) à un ou deux cas par an en moyenne, et même zéro une année. Depuis l'an dernier on a toutefois une recrudescence, avec quatre cas».

Le président Bernard Laporte a dit plusieurs fois qu'il y avait moins d'accidents qu'avant, ce qui est faux. Il se base sur des statistiques anglo-saxonnes qui ne sont pas des statistiques françaises.

Il est donc temps de faire ces études. La ministre des Sports en est convaincue.

Le président de la FFR estime que "quand on regarde les statistiques", le rugby est "moins dangereux qu'il y a dix ans".

" Un accident, c'est toujours un accident de trop . Mais quand on regarde les statistiques, on s'aperçoit que le rugby est deux fois moins dangereux aujourd'hui qu'il y a dix ans", a déclaré Laporte en marge d'un déjeuner avec la presse.

Types de Blessures et Zones Touchées

Depuis la saison 2012-2013, l’observatoire médical chargé de suivre les « événements médicaux » du championnat français, le Top 14 a recensé plus de 2 000 sorties de terrain et les a classées par types. Résultat : les sorties définitives sur commotion sont stables (entre trente-six et trente-huit par an, soit tout de même près de deux par journée de Top 14), les saignements sont plutôt en baisse (- 22 %), ainsi que les traumatismes au visage (- 27 %). En revanche, les blessures au coude (133 %) ou à la main (250 %) sont en forte hausse. Globalement, sur les trois saisons, les sorties définitives sur blessure ont augmenté de 40 %.

Le rapport de l’observatoire médical pointe que les commotions, qui représentent près de 7 % des blessures ayant entraîné une sortie du terrain, touchent d’abord le talonneur et le demi de mêlée.

La première ligne, de loin la plus touchée Les piliers et le talonneur - la première ligne de la mêlée - sont les plus sujets aux traumatismes. A eux seuls, ces trois postes représentent 26 % des blessures ayant entraîné une sortie de terrain. Si on ajoute les deux autres postes les plus sujets aux sorties sur traumatisme, le demi de mêlée et le demi d’ouverture, on arrive à 43 %. Pour cinq joueurs sur quinze.

Parmi les blessures les plus fréquentes, on retrouve :

  • Les commotions cérébrales : Un sujet qui fait énormément parler et ce n’est pas le dernier rapport du cabinet d’avocats Rylands Garth, particulièrement préoccupant, qui va apaiser les débats.
  • Les blessures au genou : Le genou est particulièrement exposé au rugby, et est donc le siège de nombreuses blessures.
  • Les blessures du rachis cervical : Elles ont lieu principalement lors des mêlées et des plaquages.
  • L’entorse acromio-claviculaire : qui se produit lors d’un choc direct sur l’épaule ou d’un traumatisme indirect avec chute sur le bras en extension.
  • La luxation de l’épaule : elle doit être quasi-systématiquement opérée, sans quoi la récidive survient dans plus de 2/3 des cas.
  • Les blessures à la cheville : Lors des pics de vitesse ou des changements brutaux de direction, ou en cas de plaquage, les chevilles peuvent être touchées.

La commotion cérébrale est un mot qui fait peur dans le monde du rugby, car elle peut entraîner des séquelles neurologiques plus ou moins invalidantes et sérieuses.

Pour limiter les récidives et les graves séquelles, un protocole strict a été mis en place : lors de la première commotion, le joueur est arrêté pendant 3 semaines.

Chaque année en France, un millier de joueurs (sur 260.000) déclarent un accident cervical. Il s'agit le plus souvent de «simples» entorses, a priori bénignes.

Paraplégie, tétraplégie... Mais au pays d'Ovalie, on vous dira que cela n'est rien. La hantise, la blessure redoutée par dessus toutes, c'est celle du rachis cervical et son cortège de conséquences et de mots tabous: paraplégie, tétraplégie, fauteuil roulant...

L'accident arrive le plus souvent sur une mêlée et concerne généralement les avants, ces bêtes musculeuses à gros cous habituées à pousser. Mais il peut aussi survenir au bout d'une course stoppée nette par un bras qui se tend - la fameuse «cravate» -ou au coeur d'un regroupementspontané.

Seuls sont considérés comme grands blessés ceux dont le taux d'invalidité est supérieur à 66%. Les autres, plus nombreux, sont hors statistiques. Tout comme les décès, environ un par an.

Mesures de Prévention et Évolution des Règles

Face à ce constat, des mesures de prévention sont indispensables. Jean-Christophe Berlin estime qu'il faut "trouver des solutions de bonne intelligence" pour "sécuriser le rugby" et faire des règles pour qu'il y ait "moins de collisions et donc moins d'accidents possibles sur les terrains de rugby".

Évidemment, le rugby est dangereux. Il y a deux choses. Il y a les règles, qui doivent évoluer vers plus de sécurité. Et il y a le respect de la règle. Il faut que les joueurs soient responsabilisés. S'ils transgressent les règles, qu'ils soient punis à titre pénal, c'est à dire qu'ils soient responsables de leurs actes. C'est ce que demande Philippe Chauvin.

Il ne s'agit pas de supprimer les collisions. Il s'agit de les limiter et peut-être de les encadrer, en particulier dans les catégories jeunes. Le rugby des jeunes n'est pas le même rugby que celui des professionnels. Les professionnels sont très armés pour supporter les collisions, ce qui n'est pas le cas des jeunes joueurs qui sont souvent fragiles.

Il suffit de réglementer les collisions, de donner certaines règles qui favorisent le jeu de mouvement et le jeu dans les intervalles en évitant de se rentrer dedans.

Le président de la commission médicale de la Ligue, Bernard Dusfour, partant du constat que le rugby est générateur de blessures quoi qu’il arrive, recommande de mettre en place deux mesures : « Faire respecter le règlement à la lettre sur les rucks », qui sont là pour protéger les joueurs, quitte à faire baisser la fluidité du jeu, et de « ne pas faire jouer les joueurs blessés ».

Cette dernière, sans doute la plus simple à appliquer en théorie, est en pratique difficile tant les clubs peuvent avoir besoin d’un joueur, ou tant un joueur peut avoir envie de retourner sur le terrain.

Quelques mesures ont déjà été prises pour limiter les risques :

  • Adaptation des règles pour diminuer le nombre d’accidents lors des mêlées.
  • Mise en place d’un protocole commotion pour limiter les récidives et les graves séquelles.
  • Programme "Bien joué" dans les écoles de rugby afin de favoriser un jeu d'évitement au détriment de l'affrontement physique.

Depuis peu, l’entrée en mêlée se fait en se plaçant, ce qui interdit les entrées « tête contre tête » violentes du passé.

Après le décès de Nicolas Chauvin, la FFR et la Ligue (LNR) ont proposé à World Rugby de réfléchir à l'interdiction du plaquage à deux et à l'abaissement de la ligne de plaquage autorisée des épaules à la taille, ce qui "fluidifierait" également le jeu selon Laporte.

Le forum mondial prévu les 19 et 20 mars à Paris sur la santé des joueurs et l'évolution des règles doit permettre d'avancer sur le sujet.

Rugby : nombre de blessures en Top 14 par saison

SaisonNombre de blessures
2012-2013X
2013-2014Y
2014-2015 Z

En vingt ans, le temps de jeu effectif des rugbymen a doublé, passant de vingt à quarante minutes sur un match qui en compte quatre-vingts.

Le résultat, ce sont des corps qui ont été « industrialisés », selon le jargon des entraîneurs : musculation, entraînement, alimentation… le poids des rugbymen a augmenté en moyenne de 10 % en vingt ans.

Corollaire de ces changements, les blessures - notamment les blessures violentes - tendent à augmenter.

Le sport le plus dangereux en compétition est le hockey sur glace, avec un avec un risque de blessures augmenté pendant les matchs à 136/1 000 heures de pratique.

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