L'ascension triomphale des Lionnes du Stade Bordelais : Histoire et Palmarès

Le championnat d’Élite 1 a trouvé ses reines : ce sont les Lionnes du Stade bordelais. Et celles-ci règnent sans partage sur la première division de rugby féminin. Sacrées championnes de France d’Elite 1 pour la troisième fois consécutive, les Lionnes du Stade bordelais dominent le rugby féminin français.

Ce samedi 31 mai au stade Marcel-Michelin de Clermont-Ferrand, le Stade Bordelais est venu à bout du Stade Toulousain (32-24) en finale d’Élite 1. Avec ce nouveau titre de champion de France d’Élite 1, le Stade Bordelais signe un triplé historique, puisqu’elles ont soulevé les trois derniers titres mis en jeu sur leurs trois premières finales jouées. Dans l’histoire de la première division féminine, c’est seulement la troisième fois de l’histoire qu’une équipe réalise cette performance.

Les Débuts et l'Ascension

L’histoire des Lionnes débute lors de la création de la section féminine du Stade Bordelais en 2006 - 2007, avec 32 licenciées. En 2012, l’équipe Elite 2 remporte le titre de championne de France. Elles sont dirigées par un trio de présidents dynamiques et ambitieux composé de Patrick Laporte, Guy Accoceberry et Laurent Treuil. Les Lionnes du Stade Bordelais comptent aujourd'hui un effectif de plus de 120 joueuses, avec 3 équipes à XV et une équipe à X.

Un Parcours Remarquable

Promues en élite 1 en 2018, les Lionnes ont connu une ascension particulièrement rapide. En préambule, il faut rappeler que le Stade bordelais n’est pas une formation historique de l’élite 1 comme le sont Montpellier, Romagnat ou Blagnac. Sur les dix-huit journées de la phase régulière, les protégées du manager François Ratier en ont remporté seize. 646 points inscrits, 237 encaissés, dix bonus offensifs… et deux matchs de phase finale où les Lionnes ont inscrit plus de trente points.

Les Clés du Succès

Les Lionnes du Stade Bordelais vs Stade Toulousain Equipes Féminines Élite 1 Féminine 2025

Juste après le premier titre acquis le 10 juin 2023 aux dépens de Blagnac (27-23), l’emblématique centre et internationale du club Rose Thomas, aujourd’hui entraîneure des trois-quarts, mesurait le chemin parcouru en si peu de temps grâce à un recrutement ambitieux opéré par les dirigeants girondins : "Je suis à Bordeaux depuis seize ans. J’ai tout connu avec cette équipe, la montée en Élite en 2012, le titre de championne de France d’Élite 2, la montée en Élite 1 il y a cinq ans… Le groupe a mis du temps à se construire. Le recrutement des deux dernières saisons a bien aidé mais le projet s’est amorcé avec la venue des Canadiennes il y a trois ans. Elles nous ont apporté une rigueur que nous n’avions pas avant, notamment sur la musculation et la préparation physique : les Tessier, Thibaud, Pelletier, Forteza et Vallois sont arrivées en force. Certaines sont parties, d’autres sont restées mais on a gardé cette rigueur de travail."

Le Rôle Crucial du Recrutement International

En clair, le recrutement massif de Canadiennes a fait changer l’équipe de dimension. Ces dernières ont été encore renforcées par d’autres internationales françaises telles qu’Agathe Sochat qui, elle aussi, n’en revenait pas de ce premier titre en 2023 : "C’est historique. L’objectif de la reconstruction a été lancée il y a trois ans, avec un nouveau staff et de nouveaux dirigeants. C’était l’objectif annoncé. Il était secrètement espéré, mais on ne l’attendait pas aussi tôt." Les dirigeants girondins ont donc bâti un projet taillé pour envoyer très rapidement le club vers les sommets.

Un Staff Technique de Haut Niveau

Leur deuxième pierre, les dirigeants girondins l’ont posée du côté du staff. En recrutant François Ratier, ils ont d’abord offert à cette équipe un entraîneur à plein temps. Mais surtout un technicien avec une solide expérience du haut niveau : le Charentais a été sélectionneur du Canada pendant quatre ans (2013-2017), avant de diriger les Arrows de Toronto, formation professionnelle engagée en Major League aux États-Unis : "à mon arrivée, j’ai identifié quelques besoins essentiels sur les ressources médicales, les entraînements midi et soir, la cohérence de suivi entre les internationales et non-internationales… On a aussi beaucoup insisté sur l’état d’esprit.

Si l’arrivée des Canadiennes avait déjà fait monter d’un cran le niveau d’exigence, celui de Ratier en a rajouté deux. Et notamment sur le traitement des internationales françaises qui ont débarqué au fil des saisons et dont nous reparlerons plus loin. Ces mêmes Tricolores qui, parfois, connaissent un coup de mou quand elles retrouvent leur club après la sélection : "Je les challenge tout le temps. Dès qu’elles reviennent, je leur rappelle qu’elles doivent apporter autant au club qu’à leur sélection, même s’il y a moins de lumière. En tant qu’internationales, elles ont des droits mais elles ont surtout beaucoup de devoirs. Cette continuité dans le staff n’a pas empêché le technicien de faire évoluer le jeu de son équipe : "Je suis admiratif du travail de François, nous confiait Fabrice Ribeyrolles, manager de Romagnat battu en demi-finale par les Girondines (34-18). La première année, les filles ont été championnes en pratiquant un jeu très direct. Au fil des mois et des saisons, il a inculqué à cette équipe un jeu plus complet, avec plus d’alternance et surtout beaucoup plus d’incertitude."

Aujourd’hui, l’effectif girondin a de quoi donner le vertige. Ratier encore : "Avant, on marquait 70 % de nos essais par nos avants. L’année suivante, le rapport s’est inversé à hauteur de 60 % pour nos trois-quarts. Aujourd’hui, je dirais que c’est équilibré. Si nous n’avions pas eu de plan B, on aurait été en difficulté. J’ai simplement proposé des idées pour être plus dangereuses partout sur le terrain et pour augmenter l’incertitude et nos leaders ont adhéré.

Les Lionnes et le XV de France féminin, c’est comme le Stade toulousain avec son homologue masculin ou le Leinster avec l’Irlande : "Déjà, vous avez une bonne partie de la colonne vertébrale du XV de France avec talonneuse (Sochat, N.D.L.R.), deuxième ligne (Fall-Raclot), demi d’ouverture (Arbez), centre (Amédée ou Kondé) et arrière (Bourgeois). Et sur les postes manquants comme demi de mêlée ou huit, vous avez des internationales canadiennes (Pelletier et Forteza), pose Ribeyrolles. Vous avez aussi la première ligne voire plus, avec Brosseau, Khalfaoui, Deshaye et Sochat et l’ailière des Bleues (Grisez), qui nous a fait très mal en demie. Ne vous trompez pas, toutes ces joueuses ne viennent pas que pour la douceur de vivre en Gironde.

Attractivité et Stabilité Financière

Sur le marché des transferts, les Lionnes sont extrêmement attractives en proposant des salaires ou des avantages divers (voiture, logement) que bien peu de clubs peuvent proposer : "Il y a un potentiel fort en entreprises, en partenaires, et puis les titres en attirent toujours plus, c’est le phénomène boule de neige, explique Ribeyrolles. Quand tu gères bien ton club, tu peux proposer des avantages aux joueuses et il est vrai qu’ils sont actifs et attractifs sur le marché des transferts. Il y a aussi un cadre et une qualité de vie, des résultats, donc il est normal que les filles veulent aller là-bas. En plus, le club a décidé de miser sur la formation et commence à en retirer les bénéfices car leurs cadettes ont été vice-championnes de France cette année.

Saison 2024-2025 : entre défis et ambitions

Présenté ainsi, on se demanderait bien comment le règne des Lionnes pourrait prendre fin. Certaines d’entre elles quitteront néanmoins la meute : Yllana Brosseau et Assia Khalfaoui se sont engagées avec Romagnat, Julie Annery prend sa retraite et Fabiola Forteza a décidé de prendre une année sabbatique pour voyager. Autant de cadres qui manqueront l’année prochaine mais qui, selon François Ratier, sont déjà remplacées : "Nous aurons huit départs pour dix arrivées, et nous avons choisi des filles aux profils variés : des jeunes, des revanchardes, des filles qui viennent ici avec des objectifs clairs. Le meilleur exemple, c’est Koudedia Cissokho. Elle nous a rejoints l’année dernière avec deux objectifs : elle voulait gagner un titre, et jouer en équipe de France. Une fois encore, les Lionnes ont recruté de façon qualitative, avec nombre d’internationales : les Tricolores Axelle Berthoumieu (Blagnac), Emma Couderc (Montpellier), et Hina Ikahehegi (Lille), la deuxième ligne italienne Sara Tounesi (Montpellier), la numéro 8 canadienne Taylor Price (Toulon), ainsi que la très prometteuse demie de mêlée Maiana Gony (Bayonne), pour ne citer qu’elles : "Ces filles participeront au renouvellement du groupe, et maintiendront de la concurrence. Comment vais-je faire pour les garder affamées après ces titres ? Bonne question. Mais les leviers existent."

Côté adversaires, on ne s’inquiète pas pour elles : "Cette équipe va travailler dans la continuité avec son coach et le groupe va se renouveler pour ajouter de la concurrence, pose Ribeyrolle. Derrière, elle ne perd personne et le titre va apporter de nouveaux partenaires. Donc il est sûr qu’elle ne sera pas drôle à jouer." Au point de décrocher un quatrième titre consécutif ?

Un Triplé Historique

Avec ce nouveau titre de champion de France d’Élite 1, le Stade Bordelais signe un triplé historique, puisqu’elles ont soulevé les trois derniers titres mis en jeu sur leurs trois premières finales jouées. ELITE 1. Sur la rencontre, l’équipe girondine a réussi se mettre à l'abri au fil des minutes, pour s’assurer un titre en maîtrise. Ensuite, Annaëlle Deshayes est venue doubler la mise (26e). À la demi-heure de jeu, Bordeaux avait déjà la main sur le match et avait creusé le break.

Dans le deuxième acte, la rencontre a surtout été marquée par l’indiscipline. L’arbitre Bérénice Bralley a dû sortir son carton jaune à trois reprises, la première fois étant à l’encontre de la Haut-Garonnaise Jennifer Cros, à la 47e minute de jeu. À l’heure de jeu, les Bordelaises ont dû jouer plusieurs minutes en infériorité numérique. Pour cause, Joanna Grisez et Fabiola Forteza ont été exclues dix minutes chacune, respectivement dès la 60e et 65e minute de jeu. Au début du money time, les Toulousaines étaient à seulement huit points d’écart. De plus, Léa Murie a offert un quatrième et dernier essai aux Rouge et Noir, permettant de leur laisser croire à une victoire inespérée si elles marquaient de nouveau.

Saison Compétition Résultat
2012 Elite 2 Championnes de France
2023 Élite 1 Championnes de France
2024 Élite 1 Championnes de France
2025 Élite 1 Championnes de France

Au terme d’une finale maîtrisée mais non sans frayeur, le Stade bordelais a décroché son troisième titre de suite. Les Bordelaises menaient tranquillement 27-7 à l’approche de l’heure de jeu et rien ne semblait contrarier les protégées de François Ratier. De 27-7 à 27-24 après la sirène, les Lionnes bordelaises rugissaient bien moins que lors des cinquante premières minutes… jusqu’à l’explosion. Ainsi, les coéquipières de Pauline Bourdon-Sansus sont revenues avec leurs qualités natales : le jeu, rien que le jeu.

Sur une énième attaque des trois-quarts toulousaines, Aubane Rousset a subtilisé les rêves de titre du Stade toulousain grâce à une interception bien sentie et un essai salvateur. "Pour être honnête, je n’ai pas vu la dernière action parce que j’étais en train de parler à mon collègue, sourit le manager bordelais. Après, je l’ai vu, par contre, je l’ai entendu, en tout cas (rires). Moi, je vieillis quand même. Et sur des journées comme celles-ci, j’ai pris dix ans en 5 minutes ! François Ratier l’avait annoncé durant la semaine : ses joueuses devaient se libérer et gagner en maîtrise. Et comme souvent avec les surpuissantes Girondines, le salut est venu des avants, dans un mélange de ballons portés et de charges dévastatrices près des lignes.

Car avec ce troisième bouclier soulevé par les partenaires de Carla Arbez, les Girondines ont égalé les épopées de Montpellier, invaincues en phase finale entre 2013 et 2015 et 2017 et 2019. "On n’a pas dominé outrageusement cette finale, tout s’est joué à la dernière action. Après Blagnac et Romagnat, le Stade bordelais a donc accroché un nouveau scalp à son tableau de chasse. Et dans ce cercle vertueux, le club entend bien consolider ses trois victoires. François Ratier a d’ailleurs prolongé une saison de plus en Gironde avec une ambition très claire. "On n’en a pas encore fini. Le projet du Stade bordelais doit encore se développer dans les saisons à venir. Le club se structure année après année, et puis la vie à Bordeaux est plutôt cool non ?".

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