À quelques jours du coup d’envoi de la Coupe du Monde 2023, les joueurs de l’archipel du Pacifique ont renversé le XV de la Rose chez lui, à Twickenham.
Sur un nuage, “The Fiji Times” n’en revient pas et célèbre ses héros. “Quel match ! Waouh ! Nous avons marqué l’histoire !”
Après la victoire de sa sélection nationale de rugby en Angleterre (30-22) lors d’un match de préparation samedi 26 août, The Fiji Times fait pleuvoir les superlatifs et consacre sa une du 28 août (en raison du décalage horaire) à l’événement, avec un mot-titre en gros caractères : “Chef-d’œuvre”.
“Le sanctuaire des Anglais a été leur tombeau”, assène le rédacteur en chef du principal quotidien des îles Fidji, en reprenant les mots d’un commentateur de la retransmission télévisée du match, au sujet du stade londonien de Twickenham, où les joueurs du Pacifique ont “écrit l’histoire” en remportant leur toute première victoire face au XV de la Rose.
“Comment peut-on ne serait-ce que commencer à décrire le sentiment” provoqué par cet exploit “qui rentrera dans les annales de l’histoire du rugby”, s’exclame The Fiji Times, fou d’amour pour ses “Flying Fijians” (Fidjiens volants).
Preuve de l’importance du résultat pour le pays, le journal souligne que la sélection nationale a même reçu les félicitations officielles du Premier ministre, Sitiveni Rabuka, qui a lui aussi salué “une victoire historique”.
“Sommes-nous prêts pour la Coupe du monde 2023 ? Et comment !” se projette enfin le quotidien, à quelques jours du début de la compétition, que les joueurs de l’archipel aborderont dimanche 10 septembre contre le pays de Galles.
Pendant ce temps, “de façon compréhensible, l’Angleterre est dévastée” par l’issue du match, se délecte enfin The Fiji Times.
Fondé en 1869, c’est le plus ancien quotidien des îles Fidji. Il est régulièrement pris à partie par le pouvoir militaire qui lui reproche de se mêler un peu trop de politique.
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Moments marquants dans l'histoire de la Coupe du Monde de Rugby pour les Fidji
L'histoire de la Coupe du Monde de Rugby a été parsemée de moments mémorables pour les Fidji. Voici quelques rencontres qui ont marqué les esprits :
- 29 septembre 2007 : Fidji - Pays de Galles (38-34)
L'un des plus beaux matches de l'histoire de la Coupe du monde. Du spectacle, des essais et du suspense. Il y a tout en ce 29 septembre 2007. Au stade de la Beaujoire à Nantes, Fidji et pays de Galles jouent un véritable huitième de finale. Le vainqueur de ce dernier match de poule affrontera l'Afrique du Sud en quarts. Déchaînés, les Fidjiens rallient les vestiaires à la pause avec une solide avance (25-10) grâce à des réalisations de Qera, Delasau et Leawere contre une seule de Popham. Mais dans un sursaut d'orgueil et en l'espace de onze minutes, les Gallois profitent de l'exclusion temporaire de Qera pour refaire leur retard et même prendre la marque grâce à Shane Williams (auteur d'un essai de 70 mètres), Gareth Thomas et Mark Jones (25-29, 51e). Nicky Little redonne cependant l'avantage aux Fidji grâce à deux pénalités (31-29, 60e). Le suspense est à son comble quand Martyn Williams marque sur interception (31-34, 73e). Le pays de Galles pense alors tenir sa victoire. Mais c'était sans compter sur une dernière percussion dévastatrice du pilier fidjien Graham Dewes (38-34, 76e). Après 1987, les Fidji atteignent pour la deuxième et dernière fois de leur histoire les quarts de finale. - 25 septembre 2019 : Uruguay - Fidji (30-27)
Battus lors de leur premier match de la compétition par l'Australie (39-21) alors qu'ils ont longtemps cru à l'exploit, les Fidji n'avaient d'autre choix que de s'imposer face à l'Uruguay. Sur le papier, Los Teros, 19e nation mondiale, ne représentent pas un gros danger. D'ailleurs, lors de leur dernière confrontation, le 17 novembre 2018, les hommes de John McKee s'étaient baladés (37-8). Mais ce mercredi, les Fidji sont peut-être arrivés avec trop de confiance. Maladroits et dépassés dans l'engagement, les joueurs du Pacifique ont finalement vite déchanté face à la solidarité et au pragmatisme des Uruguayens. Dans le sillage d'une charnière inspirée (Arata-Berchesi) et de leaders de combat comme Kessler ou Gaminara, Los Teros prenaient la marque dès la 14e minute pour ne jamais la lâcher. Quatre petits jours après avoir bousculé pendant près d'une heure l'Australie, les Fidji ont été incapables de poursuivre sur leur lancée, s'inclinant face à l'Uruguay (30-27) mais arrachant un double bonus: offensif et défensif. Pour leur 4e participation, c'est la première fois que les Sud-Américains battent une nation importante du rugby mondial dans une Coupe du monde. Le premier exploit de cette édition 2019. C'est la première surprise de cette Coupe du monde 2019. Quatre jours entre deux matches, c'est trop peu pour une équipe comme les Fidji. Après avoir promené les Australiens durant près d'une heure lors de leur entrée en lice samedi dernier, l'équipe du Pacifique n'a pas su imposer un réalisme et une rigueur à même de la mener à la victoire contre l'Uruguay. Quarts de finaliste en 1987 et 2007, les Fidjiens sont tombés sur un collectif accrocheur, bien organisé en défense, et survolté. Car les Uruguayens ne participaient qu'à leur 4e Coupe du monde. Et si ce succès n'est pas le premier de leur histoire, c'est le premier face à une équipe majeure du rugby mondial.
Ce dimanche, à Saint-Etienne, les Fidji ont mis fin à une disette longue de 79 ans. En effet, avant la belle victoire des "Flying Fijians" face à l'Australie (22-15), il fallait remonter à 1954 pour retrouver un tel résultat. A cette époque, à Sydney, les Wallabies avaient été surpris sur leurs terres (16-18). Alors, forcément, après ce succès historique lors de la Coupe du monde 2023, les Fidjiens étaient logiquement très heureux au stade Geoffroy-Guichard.
Surtout que ce succès leur permet de pouvoir croire en une qualification pour les quarts de finale de la compétition. « Là, je me sens vidé émotionnellement ! C'est le point culminant de tout le travail accompli depuis le début de cette campagne. (...) Bravo à mes joueurs. Ils ont super bien bossé. Aujourd'hui (dimanche), on ne pensait qu'à la victoire et au fait de survivre dans cette compétition », a par la suite réagi Simon Raiwalui, le sélectionneur des Fidji.
« Je suis fier de mes joueurs, fier de la performance qu'on a livrée aujourd'hui. Aujourd'hui, nous sommes entrés dans l'histoire. Je suis très fier de nos gars et de toute l'équipe. J'ai dit aux gars (avant le match) que c'était notre finale à nous, que c'était aujourd'hui qu'on saurait si on voulait vraiment aller en quarts de finale. L'état d'esprit, c'était "ça passe ou ça casse", il fallait qu'on donne le meilleur de nous-mêmes, qu'on se batte jusqu'au bout et le résultat serait au rendez-vous. On s'est préparé avec cette mentalité de gagnant toute la semaine, a pour sa part expliqué le joueur de Toulon Waisea Nayacalevu, en conférence de presse, dans des propos repris par L'Equipe. Il fallait être concentrés sur notre objectif, la victoire. »
Désormais, alors qu'ils ont leur destin en main, les "Flying Fijians" devront confirmer face à la Géorgie, le 30 septembre à Bordeaux, et face au Portugal, le 8 octobre à Toulouse.
Au terme d’un match confus, les Flying Fijians, menés à la pause par les Géorgiens, ont finalement réussi à prendre l’avantage (17-12), samedi 30 septembre, à Bordeaux. Deuxièmes de la poule C, ils sont tout proches des quarts de finale du Mondial.
Malgré leur victoire (17-12) face à la Géorgie, à Bordeaux, samedi 30 septembre, les Fidji, deuxièmes de la poule C, devront attendre leur dernier match contre le Portugal, le 8 octobre, pour être mathématiquement assurés de se qualifier pour les quarts de finale, une performance qu’ils ont déjà réalisée lors des Coupes du monde 1987 et 2007.
Après leur courte défaite face aux Gallois (32-26) et leur succès de prestige contre les Australiens (22-15), les Flying Fijians ont souffert samedi. La faute de leurs adversaires, puisque pour le meilleur, puis pour le pire, la Géorgie a choisi de jouer un rugby surprenant, éloigné de son identité.
En première période, aussi virevoltant qu’appliqué, le XV du Caucase a fait montre de sa nouvelle panoplie technique, à l’instar des pénalités savamment passées par Luka Matkava (5e) et l’insaisissable Davit Niniashvili (19e, 31e). A la mi-temps, les Géorgiens menaient 9 à 0, et rien ne laissait présager leur élimination quelques minutes plus tard.
En effet, au retour des vestiaires, les Flying Fijians ont proposé un jeu bien plus tranchant et inspiré. Le capitaine, Josua Tuisova, a inscrit le premier essai fidjien en bord de touche (7-9, 51e), malgré l’infériorité numérique de son équipe, consécutive au carton jaune de Semi Radradra (42e). Sonnant la révolte, les Fidjiens basculaient ensuite en tête pour la première fois, grâce à une pénalité assurée par Frank Lomani (10-9, à la 64e). A peine quatre minutes plus tard, le trois-quarts Vinaya Habosi concrétisait le temps fort des Iliens par un nouvel essai salvateur (17-9, après transformation, 68e). A l’origine de ce retournement : le Rochelais Levani Botia, redoutable sur ses percussions et impliqué dans la majorité des incursions fidjiennes.
Les Fidjiens n’ont pas non plus abusé des relances courtes, des phases de jeu hyper-rapides pour mettre le feu à la rencontre comme ils savent le faire. Ils ont tout simplement dominé les Australiens dans le jeu, avec sérénité.
« C’est vrai que le contenu était totalement différent. Je sais que les gens s’attendent à nous voir combiner tout le temps. Mais on a montré qu’on pouvait aussi combiner le flair et le physique. On sait s’adapter », analyse le deuxième ligne Temo Mayanavanua.
En bref, très loin de l’équipe de 2019 qui avait traversé le tournoi avec une seule victoire face à la Géorgie (45-10), après avoir pourtant mené au score face à l’Australie ou encore aux Pays de Galles, dans un groupe très similaire.
« Ce sont les Fidji nouvelle version, disciplinés, athlétiques et constants », considère l’ancien international australien Joe Roff, sur le site de World Rugby. Sur la rencontre face aux Wallabies, les Flying Fijians n’ont concédé que 7 pénalités.
« Enfin une équipe taillée pour la Coupe du monde »
Mais d’où vient cette transformation ? L’intégration de la franchise fidjienne professionnelle Dura dans le Super Rugby (compétition qui regroupe des équipes australiennes et néo-zélandaises) en 2022 joue un rôle déterminant. Auparavant disséminés à travers les championnats du monde entier, 18 des 33 Fidjiens sélectionnés en France jouent toute la saison dans la même équipe.

Poules de la coupe du monde de rugby 2023
Ajoutez à cela des cadres de plus en plus performants en Europe, comme le troisième ligne Levani Botia, double champion d’Europe avec le Stade rochelais, le centre toulonnais Waisea Nayacalevu (champion de France en 2015 avec le Stade français) ou sur le surpuissant ailier du Racing 92 Josua Tuisova.
« Nous avons enfin une équipe taillée pour la Coupe du monde, composée de joueurs de rugby professionnels, à temps plein et rémunérés. On dispose d’un mélange de joueurs jouant dans l’hémisphère nord et de garçons qui jouent dans les compétitions du sud. C’est un super mélange, et je crois que c’est le plus grand changement dans l’histoire du rugby fidjien », assure Nacanieli Cawanibuka, entraîneur en charge de la préparation physique.
Le plus grand changement de l’histoire pour la meilleure performance en Coupe du monde de l’histoire ? Avec une place de deuxième de poule qui leur tend les bras, les Fidji entrevoient sur leur route l’Angleterre, 1re du groupe D.
La seule victoire des Anglais sur leurs six dernières sorties remonte au 12 août, avec un court succès face au Pays de Galles (19-17). Pour son ultime sortie avant le Mondial, Borthwick, avait procédé à neuf changements par rapport à l'équipe défaite par l'Irlande (29-10) à Dublin la semaine dernière. Le capitaine anglais Courtney Lawes, pour sa 100e sélection, a admis que le XV de la Rose n'était "pas assez bon et pas à sa place à l'heure actuelle". "Ce n'est pas le résultat que nous voulions et nous sommes tous déçus. "J'ai fréquenté d'autres équipes d'Angleterre par le passé qui, lorsqu'elles jouaient sous la pression, dans des circonstances difficiles, lorsqu'elles étaient confrontées à une adversité comparable aux défis que nous affrontons, se désagrégeaient.