Au sein des pratiques sportives, la démarche technologique questionne l’évolution de l’usage des techniques avec pour objectif leur compréhension et en conséquence la détermination des exigences nécessaires à leur transmission.
Apprendre le contre | Volley-Ball
Fort de son expérience, lorsque sorti du jeu il observe deux équipes qui s’affrontent, il devient capable d’adopter la position du commentateur averti. Il peut faire quelques remarques sur la pertinence des choix qui se déroule sous ses yeux.

Le cadre et l'objet de l'intervention éducative en sport
Selon une acception générale et en référence au domaine des PPSA, l’intervention éducative consiste en l’activité professionnelle d’un éducateur qui mobilise des éléments de compétences à propos des pratiques sportives articulant connaissances et expérience à des fins de transformation des pratiquants (mais aussi d’eux-mêmes) au sein de différents contextes : le secteur de l’éducation (école, lycée, université…), celui de l’entraînement (club, fédération, pratiques autonomes…) et celui de l’animation (Centres aérés, colonies de vacances, loisirs sportifs…).
Pour nous, « l’intervention éducative relève de tout acte par lequel un intervenant transforme intentionnellement, directement ou indirectement les compétences de l’apprenant dans la perspective de l’optimisation de ses compétences » (Éloi et Uhlrich, 2017, p. 2). Nous retenons de cette proposition l’idée que l’intervention éducative, notamment dans le cadre des PPSA, ne peut pas s’envisager sans appréhender les pratiques dans ce qu’elles ont de spécifique. Il s’agit par cette analyse de distinguer les éléments de compétences nécessaires à la transformation des pratiquants en vue de leur permettre d’atteindre le meilleur niveau de performance possible.
Le rôle de l'intervenant éducatif
Bouthier (1999), parle d’une action intentionnelle de l’éducateur pour développer les compétences des formés à partir de la spécificité des composantes techniques des PPSA comme source de développement des pouvoirs « moteurs » d’agir et d’interagir. Permettre l’appropriation par le pratiquant de techniques sportives singulières en s’inspirant de celle des autres, mais tout en sachant qu’elles ne peuvent pas être reproduites à l’identique.
En prenant en compte ces contradictions, l’intervenant éducatif va tenter de mettre en place des conditions artificielles favorables à la transformation des pratiquants tout en sachant qu’elles n’aboutiront pas à coup sûr aux évolutions visées et peut-être même, qu’elles provoqueront des résultats inattendus. C’est bien cette incertitude qui crée l’intérêt et la difficulté de cette activité professionnelle.
Nous parlons d’intervenant au sens large parce que ces professionnels peuvent être des enseignants, des entraîneurs ou des animateurs. Quel que soit leur statut, ils tentent tous de mettre en œuvre les conditions qui peuvent permettre aux formés de passer d’une simple interprétation des savoirs à construire à la possibilité d’intégrer une véritable culture sportive émancipatrice.
L’intervenant éducatif qui mobilise une pratique sociotechnique qui fait référence (Martinand, 1981) doit l’avoir étudiée afin d’en distinguer a minima ce qui la distingue d’autres pratiques potentielles (les pratiques de sports collectifs se ressemblent puisqu’on les regroupe sous un même patronyme, mais qu’est-ce qui les regroupe et en quoi se distinguent-elles ?). Ainsi, le volley-ball, sport collectif d’opposition dans lequel les pratiquants ont à gérer un rapport à l’adversaire spécifique puisque la présence d’un filet exclut l’interpénétration des espaces de jeu, détermine les modalités d’intervention sur le ballon et d’attaque du camp adverse qui nécessite de jouer en déviation : la balle ne peut être bloquée.
Légitimité d'une pratique
Comment déterminer la légitimité d’une pratique, notamment quand il s’agit d’en faire un support de l’intervention éducative ? Quelles sont les caractéristiques des disciplines sportives, artistiques à prendre en considération pour les proposer dans les contextes divers d’intervention ? Dans une perspective technologique, une pratique sociale qui fait référence est une pratique qui porte une signification culturelle, qui véhicule des savoirs utiles à la construction de pouvoirs d’agir dans et par la pratique et qui peut faire l’objet d’un processus de médiation-appropriation.
L’intervenant, tout en appréhendant ce qui fait l’essence du volley-ball comme un élément stable (Éloi et Uhlrich, 2011 ; Éloi, 2011 ; Éloi, 2023), va aussi distinguer ce qui fait la spécificité de chaque référence. Ainsi, il peut envisager une pratique plus centrée sur un jeu de stratégie et de puissance dans le cadre du « 6 contre 6 » par exemple, ou d’adaptation, de précision et de gestion des potentialités énergétiques lorsqu’il propose le « 2 contre 2 » du beach-volley.
Les registres de technicité
Le choix de la pratique sociotechnique de référence qui conditionne la transformation des pouvoirs d’agir des pratiquants conduit l’intervenant à anticiper sur les priorités à accorder pour développer les registres de technicité (Éloi et Uhlrich, 2011, 2013, 2014, 2018). Si le registre de maîtrise caractérise les états de contrôle des techniques et que le registre de lecture recouvre les modalités de prises d’informations des sujets engagés dans la pratique, pour sa part, le registre de transformation caractérise les conditions et les procédures d’évolution des savoirs techniques. Ces trois registres peuvent trouver une modalité d’expression différente au sein du registre de participation qui relève de l’activité déployée au-delà de la pratique de la discipline sportive en elle-même, lorsque le pratiquant endosse différents rôles annexes bien que nécessaires (arbitre, coach, statisticien…).
Cette illustration montre comment les différents registres de technicité sont imbriqués tout au long du développement des sujets.
Fonction d'un dispositif d'apprentissage
S’interroger à propos de la fonction d’un dispositif d’apprentissage consiste de fait à identifier les possibilités de transformation des pratiquants par la mobilisation de pouvoirs d’agir qui emboîtent maîtrise, lecture et transformation. Il s’agit de distinguer ce que le pratiquant va pouvoir transformer tout en acceptant l’idée que le dispositif ne va pas provoquer des effets immédiats et homogènes sur tous les pratiquants.
Si la responsabilité de l’intervenant ne peut être minimisée (c’est bien lui qui est le maître d’œuvre du dispositif), il semble possible de donner du sens à l’activité du pratiquant en lui offrant l’opportunité d’influer sur le cours de ce qui était initialement prévu. Dans le cadre de la démarche technologique, on est souvent surpris des occasions inédites qui s’ouvrent lorsqu’on accepte de « laisser la bride sur le cou » des apprenants.

L'importance de la culture sportive
Tout intervenant éducatif qui adopte la perspective technologique se pose la question de la transmission des éléments de culture sportive issue du monde de ses contemporains. Si pour certains, l’analyse de la pratique sportive dans une perspective d’intervention s’envisage dans une intention de découverte et de progrès de leur pouvoir moteur, pour d’autres elle a pour objet de limiter la dégradation de ce potentiel. L’intervention éducative prend alors des formes différentes tout en mobilisant des pratiques de références identiques.
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