La France n'accueille pas seulement la Coupe du monde de rugby, elle a aussi été la terre d'accueil des affrontements mondiaux entre les équipes parlementaires. En parallèle de la Coupe du monde de rugby, les parlementaires ont disputé "leur" compétition.
Le Parlement européen a disputé sa première Coupe du monde de rugby contre sept pays. Avec, au final, un résultat mitigé. Récit d’une aventure pittoresque…
L’histoire du XV Parlementaire débute à la fin des années 1970, à la buvette de l’Assemblée nationale, derrière laquelle officie alors un certain Bernard Durand, serveur de son état. « Avec sa faconde méridionale, il parlait régulièrement de rugby avec les députés, explique Serge Ezdra, un fonctionnaire du Palais-Bourbon qui est aujourd’hui la cheville ouvrière du XV Parlementaire. De fil en aiguille, l’idée a fait son chemin de créer une équipe réunissant à la fois des élus et des fonctionnaires des deux chambres. »
En 1976, le ballon ovale fait irruption au sein de l’Assemblée nationale avec la première équipe de rugby parlementaire. En 1987, c'est à l'occasion du premier match caritatif, au profit de la Fondation de France que la notoriété de l’équipe se dessine et peut être ainsi relayée par les médias. En 1992 l’équipe joue à Auch en baisser de rideau du match international France-Roumanie. L’année 1995, marque un tournant dans l’histoire des compétitions parlementaires avec la première Coupe du monde parlementaire de rugby en Afrique du Sud. En 1999, la deuxième Coupe du monde parlementaire se déroule en Angleterre et au Pays de Galles.
Quel est le point commun entre Alexis Corbière, Louis Aliot et Jean-Frédéric Poisson ? Tous les trois font partie du XV PARLEMENTAIRE, l’équipe de rugby qui réunit députés et sénateurs dans leur amour un peu rouillé du ballon ovale. Une affaire on ne peut plus sérieuse puisque, depuis la fin des années 80, cette formation dispute chaque année son propre Tournoi des 6 nations. Avec toujours une rencontre qui réclame un bon coup de « fourchette » : le match France- Angleterre.
« Le XV Parlementaire permet à des mordus de ballon ovale, quelle que soit leur étiquette politique, de pratiquer leur sport favori et de disputer des rencontres internationales », explique le troisième ligne et député de la majorité Jean-François Portarrieu, désigné président de l’organisation en juillet dernier. L’un des premiers députés à répondre présent est Didier Migaud, député PS de l’Isère de 1988 à 2010, aujourd’hui président de la Cour des comptes.
Huit équipes se sont retrouvées dans le Sud-Ouest, début septembre : la France, l'Angleterre, l'Irlande, la Nouvelle-Zélande, l'Australie, l'Argentine, l'Afrique du Sud. Et pour la première fois, une sélection multinationale issue du Parlement européen s'est jointe à cette compétition aux règles adaptées pour les vétérans.
Un seul joueur de moins de 35 ans était toléré par équipe. Les assistants parlementaires, les fonctionnaires des assemblées sont admis à entrer dans la mêlée si bien que les élus n'ont pas le monopole du ballon ovale. Privilège de l'âge, les vétérans portent des shorts distinctifs pour signaler que l'on ne peut procéder aux plaquages sur leur personne. « Il n'y a pas eu de blessés graves », rapporte l'eurodéputé Pascal Durand, capitaine de l'équipe européenne.
La Mixité et les Controverses
La mixité des équipes était admise. Néanmoins, ce point du règlement a provoqué quelques litiges. En effet, l'Angleterre et l'Afrique du Sud ont refusé de jouer contre des équipes comprenant des femmes. Ces deux équipes ont invoqué des problèmes liés à leurs assurances. En cas de blessure causée à la gent féminine, leurs assurances ne les couvriraient pas.
« Pour contourner cette difficulté, on a donc constitué deux poules de quatre équipes, l'une avec des équipes mixtes et, dans l'autre, nous avons intégré l'Angleterre et l'Afrique du Sud et deux autres équipes à qui la non-mixité ne posait pas de problème », raconte Pascal Durand.
Mais la difficulté de la non-mixité pointait de nouveau son nez. Pour les Anglais, il n'était toujours pas question d'affronter les trois femmes figurant dans la sélection européenne. Les joueuses sont donc restées sur le banc de touche. « Et par solidarité, les trois eurodéputés que nous étions ont aussi décidé de ne pas jouer ce match », explique Pascal Durand.
Mais l'honneur fut sauf : les Anglais ont été battus et ont ramassé la cuillère de bois. « Ils nous ont envoyé des députés et des lords qui jouaient bien mais ils étaient vieux », commente Pascal Durand, très heureux d'avoir fait retentir l'hymne européen en Ovalie. La présidente du Parlement européen Roberta Metsola n'a pas fait le déplacement.
La Nouvelle-Zélande et les "Malabars"
Inutile de dire que les Néo-Zélandais, tenant du titre, ont pris cette compétition très au sérieux. Ils n'avaient aucune intention de passer à côté du mondial des parlementaires. À l'instar des pros, le 2 septembre, à Toulouse, sur la pelouse du Stade Ernest Vallon, le XV néo-zélandais a effectué un haka impressionnant.
Mauvaise surprise pour l'équipe du Parlement européen : le gabarit des joueurs alignés par le Parlement néo-zélandais ne correspond pas du tout au standard d'une équipe de députés ou de sénateurs. La Nouvelle-Zélande affiche quinze malabars, des joueurs affûtés qui surclassent par leur condition physique et le sens du jeu tout ce que le vieux rugby parlementaire peut espérer !
« On a compris. Ils nous ont envoyé les gars de la sécurité de leur Parlement, donc des policiers et des militaires, râle Pascal Durand, dont l'équipe encaisse huit essais… Une pâtée mémorable. « En plus, les Néo-Zélandais n'avaient rien laissé au hasard, reprend-il. Ils avaient fait le voyage en Europe longtemps à l'avance et s'étaient entraînés en France. Rien à voir avec les Argentins qui avaient débarqué à 6 heures du matin et étaient encore en plein décalage horaire au moment d'entrer sur le terrain. »
Même chez les politiques kiwis, le rugby c'est du sérieux. On ne galvaude rien quand il s'agit d'ovalie. D'ailleurs, l'équipe est constituée de solides gaillards, dont beaucoup de Maoris et d'anciens joueurs d'expérience. « Une année, leur capitaine était un ancien baby Black, ce qui montre un peu le niveau. Chez les Français, les ambitions sont plus modestes. Il s'agit ici de se faire plaisir. C'est avant tout un rugby d'amitié et de camaraderie. Un rugby qui permet tout de même de raffûter les clivages politiques. Tout est en effet plus simple quand on s'est côtoyé sur le pré, qu'on a poussé ensemble en mêlée ou pris quelques marrons. Une bonne tape dans le dos, une bière, et les relations sont facilitées.
La rencontre au sommet entre le XV Parlementaire français et l'équipe des députés All Blacks s'est déroulée jeudi sur la pelouse du club de rugby de Richmond. Ce match est le dernier de la poule des députés français qui ont déjà affronté le Pays de Galle et l'Argentine dans le cadre de cette coupe du monde parlementaire.
Pour leur deuxième match de poule, les parlementaires européens ont ensuite affronté les parlementaires français. Ils se sont inclinés également mais l'avantage des Français était moins net. L'Australie a achevé, en troisième match de poule, de reléguer les Européens à la dernière place du groupe. Dès lors, le XV Européen a affronté donc la dernière équipe de l'autre poule pour se disputer les deux dernières places du tournoi. En l'occurrence, les Anglais.
Montreuil, samedi 3 février au matin. Il fait un temps à ne pas mettre un rugbyman dehors. Ils sont pourtant une quarantaine à sortir des vestiaires du stade Robert Barran, en short et en crampons. Quelques heures avant le match France-Irlande, organisé au Stade de France dans le cadre du Tournoi des 6 nations, le XV Parlementaire français affronte en effet son homologue irlandais, le Dail & Seanad XV. L’assistance, aussi clairsemée que passionnée, doit se rendre à l’évidence : ces joueurs sont, pour la plupart, des députés et des sénateurs français.

Tableau des Équipes Participantes et Résultats Notables
| Équipe | Résultats Notables | Commentaires |
|---|---|---|
| France | Match contre Irlande | Ambitions modestes, plaisir avant tout |
| Angleterre | Cuillère de bois | Refus de jouer contre équipes mixtes |
| Irlande | Match contre France | Participation régulière |
| Nouvelle-Zélande | Haka impressionnant | Équipe constituée de "malabars" |
| Parlement Européen | Défaite contre Nouvelle-Zélande | Première participation, résultat mitigé |
| Afrique du Sud | Refus de jouer contre équipes mixtes | Problèmes d'assurance |
| Argentine | Décalage horaire | Arrivée tardive |
| Australie | Victoire contre Parlement Européen | Participation active |
Le match est le dernier de la poule des députés français qui ont déjà affronté le Pays de Galle et l'Argentine dans le cadre de cette coupe du monde parlementaire.
Qui a eu la cuillère de bois ? Pas question de perdre la face après le contentieux du Brexit. Les Européens devaient absolument l'emporter.