La Coupe du Monde de Rugby 2006 a été une année mémorable pour le rugby français, marquée par des performances exceptionnelles et des moments de gloire. Cet article explore les résultats clés de cette année, en mettant en lumière le triomphe de Biarritz et les défis rencontrés par l'équipe de France.

Biarritz, sacré champion de France en 2006. (M. Francotte/L'Équipe)
Le Triomphe de Biarritz en Finale du Championnat de France
En l'absence de finale de Top 14 cette année pour cause de coronavirus, il est bon de revisiter une finale marquante de l'histoire du Championnat de France. Le Biarritz Olympique a conservé son titre de champion de France de rugby en pulvérisant le Stade Toulousain (40-13) en finale, le samedi 10 juin, au Stade de France. Vingt-cinquième épisode avec la finale 2006 entre Biarritz et Toulouse (40-13), triomphe offensif des Basques. Sous la présidence de Serge Blanco, le Biarritz Olympique s'inscrit parmi les grands clubs de l'ère professionnelle.
Les supporters en nombre, récompensés par un nouveau bouclier de Brennus, fêtent leur équipe. C'est désormais une tradition : les Biarrots célèbrent leur titre de champion de France au rythme de Paquito el chocolatero dans un Stade de France acquis à leur cause. Depuis, le B.O. n'est pas revenu à Saint-Denis pour tenter de décrocher un sixième bouclier.
Un Match Dominé par Biarritz
Battus en finale de la Coupe d'Europe par les Irlandais du Munster (23-19) le 20 mai, les Biarrots, sacrés champions de France pour la cinquième fois, auteurs de cinq essais au cours des quarante dernières minutes, ont tué le match en début de seconde période en s'appuyant sur un pack dévastateur. Les Biarrots comptaient seulement trois longueurs d'avance (9-6), à l'issue de la première période au cours de laquelle les deux équipes refusèrent de prendre le moindre risque pour privilégier le jeu au pied. Avant de regagner les vestiaires sous les sifflets nourris du Stade de France.
Les deux équipes offrirent un spectacle totalement différent en seconde période. Portés par un pack hégémonique, les Biarrots ont assuré leur succès en l'espace de trois minutes en début de seconde période, en inscrivant deux essais par les ailiers Jean-Baptiste Gobelet (46e) et Sireli Bobo (49e). Le troisième essai, inscrit par Damien Traille, à l'issue d'une promenade dans la défense toulousaine, donna une ampleur considérable au score (30-6, 58e). Lancés dans une course-poursuite désespérée, les Toulousains parvinrent simplement à réduire le score, sur un essai du troisième ligne remplaçant Grégory Lamboley (63e). Mais ils encaissèrent deux essais supplémentaires, signés Benoît August (69e), et Imanol Harinordoquy (76e). Le Biarritz olympique devenait ainsi la première équipe à atteindre la barre des quarante points en finale.

Les Biarrots célèbrent leur titre de champion de France au rythme de Paquito el chocolatero.
Les Moments Clés de la Finale
Après une première période insipide, l'imposant ailier septiste Jean-Baptiste Gobelet exprime enfin sa puissance et perce la défense toulousaine pour inscrire, juste après le retour des vestiaires, le premier essai de cette finale jusque-là verrouillée. À l'heure de jeu, le centre Damien Traille déchire le rideau défensif toulousain. À la 64e minute, par son deuxième-ligne international remplaçant Grégory Lamboley, le Stade Toulousain parvient enfin à inscrire son premier et seul essai. L'espoir renaît. Mais il sera de courte durée.
Il reste sept minutes à jouer : le troisième-ligne centre Imanol Harinordoquy vient d'inscrire le cinquième et dernier essai biarrot, portant le score à 40-13. Les Toulousains ont lâché dans les dernières minutes et payent au prix fort leur fléchissement. Avec quinze points inscrits au pied (trois buts de pénalité et trois transformations), le demi de mêlée international Dimitri Yachvili fait preuve de précision et d'efficacité. De la même façon qu'il trie les ballons derrière son pack.
Les Acteurs Clés de la Victoire
Benoît Lecouls, Benoît August et Petru Balan : c'est en première ligne que Biarritz construit son succès. Cette épreuve de force qu'est la mêlée a souvent tourné par le passé à l'avantage des Toulousains en finale. Pas cette fois-ci. En fond d'alignement, le troisième-ligne aile Thierry Dusautoir, futur toulousain, prend le meilleur sur Jean Bouilhou. Duel au sommet remporté par l'alignement biarrot, qui déroule son jeu dans les dix dernières minutes.
Talonneur de Narbonne dans les années 80, Jacques Delmas, spécialiste du jeu d'avants, étoffe sa carte de visite : après avoir entraîné les Audois puis Périgueux et Grenoble, il a hissé deux fois les Biarrots en finale, avec autant de titres à la clé.
Là même où il fut titré ballon rond au pied, le champion du monde 1998 de football Bixente Lizarazu, premier supporteur du Biarritz Olympique, assiste en spectateur privilégié à la préparation de cette finale, le coeur forcément amarré basque.

Bixente Lizarazu, premier supporteur du Biarritz Olympique, assiste à la préparation de cette finale.
Les Défis de l'Équipe de France en 2006
En 2006, le XV de France a connu des moments de gloire mais aussi des défis importants. Les Bleus ont notamment affronté les Springboks en Afrique du Sud, un match qui reste gravé dans les mémoires comme l'une des dernières victoires françaises sur le sol sud-africain.
Le 24 juin 2006, une semaine après avoir surclassé la Roumanie à Bucarest (62-14), les Bleus rejoignent le Cap pour un test majeur face aux Boks des Smit, du Randt, Rossouw, Matfield, Habana ou Montgomery, invaincus depuis treize matches à domicile. On arrivait en Afrique du Sud après une semaine de cohésion en Roumanie, se souvient l’arrière du XV de France Julien Laharrague (12 sélections). On avait emmagasiné de la confiance avant de jouer ces Sud-Af qui étaient quasiment intouchables à l’époque. Même si notre saison avait été longue, ils restaient encore de l’essence dans le moteur de tout le monde pour ce défi.
Emmené par une troisième ligne 100% biarrote (Thierry Dusautoir, Imanol Harinordoquy et Serge Betsen), le XV de France s’appuie également sur Damien Traille à l’ouverture, à la place de Thomas Castaignède, sur l’ailier Vincent Clerc de retour en sélection et sur le pilier Pieter de Villiers titularisé malgré le décès de son jeune frère (21 ans) en début de semaine. Il y avait des joueurs de renommée internationale, insiste l’ancien joueur de Brive. Avec des Jauzion, Pelous, Ibanez, Betsen, Clerc, l’équipe de France avait un gros niveau. Ces joueurs étaient en réussite avec leur club. Ils avaient un esprit de compétiteurs très fort.
Un Match Héroïque contre les Springboks
Devant les 46 584 spectateurs du Newlands Stadium, les Bleus démarrent tambour battant et surprennent la formation de Jack White avec un essai de Cédric Heymans dès la 4e minute de jeu. Seule la blessure à un genou de Thierry Dusautoir, remplacé par Rémy Martin (14e), vient noircir cette entame fulgurante. Mais, petit à petit, les Boks grignotent leur retard puis devancent les Tricolores grâce à la botte de Percy Montgomery et un essai de Brent Russel (23-11, 50e). En l’espace de 30 minutes, fidèle à ses remontées impossibles, le XV de France se transcende.
Après un coup de pied par-dessus de Damien Traille récupéré par Florian Fritz qui transmet à Yannick Jauzion, Vincent Clerc file dans l’en-but sud-africain (23-18, 53e) ! Ça s’est joué à l’expérience, explique Laharrague. On s’est regardé dans les yeux pour se dire les vérités en face. Les coéquipiers du capitaine Fabien Pelous se déchaînent alors ! Au terme d’une percée en plein cœur de la défense springbok, Traille inscrit à son tour un essai qui permet aux Bleus de reprendre les devants (23-25, 58e) !
Sur un mouvement initié par Jauzion et relayé par Fritz, Vincent Clerc récupère le ballon le long de la ligne de touche. Le trois-quarts aile toulousain, auteur d’un doublé, raffûte son vis-à-vis pour inscrire un essai étourdissant de 70 mètres (26-33, 73e). Les Boks sont KO ! Ils ont peut-être péché par orgueil, souligne Laharrague. On sait que ce sont des joueurs fiers qui jouent beaucoup sur le physique sauf que là, ils étaient tombés sur des joueurs qui étaient tous prêts au même moment.
À quinze mois de la Coupe du monde 2007 organisée en France, les Bleus envoyaient alors un message fort à la planète rugby. On s’imposait en tant qu’équipe, avec une vraie identité d’équipe, rappelle le natif de Tarbes. La complémentarité des joueurs faisait vraiment la force de ce XV de France. On était complémentaire sur et en dehors du terrain. C’est pour ça que ça fonctionnait aussi bien. Aujourd’hui, quand je discute avec d’anciens Springboks, il y a un vrai respect par rapport à cette victoire. La dernière en date des Bleus sur le sol sud-africain.

Essai mémorable de Vincent Clerc contre les Springboks en 2006.
Les Défis Persistants du XV de France
Malgré cette victoire historique, le XV de France a continué à faire face à des défis. Les matchs contre les All Blacks en novembre 2006 ont mis en évidence les lacunes de l'équipe, notamment en termes d'attaque et de mêlée.
Samedi 18 novembre, après leur nouvelle défaite face aux All Blacks (11-23), les Français soulignaient qu'ils avaient su mieux tenir leur place dans le match qu'une semaine auparavant, à Lyon, où ils avaient été écrasés par les mêmes Néo-Zélandais (3-47). Bernard Laporte, l'entraîneur des Français, se disait, lui, "très fier de l'état d'esprit de ses joueurs" après un match "porteur d'espoir". Pourtant, le gros travail défensif de toute l'équipe française ne saurait faire oublier ses points faibles, et la distance importante qui la sépare des All Blacks, à dix mois du coup d'envoi de la Coupe du monde (7 septembre-20 octobre).
Les chiffres sont parfois trop cliniques pour rendre compte justement de la valeur d'une équipe. Mais le score des derniers matches entre All Blacks et Français leste le discours un peu trop optimiste de certains Bleus. En deux matches, à Lyon, puis au Stade de France, les Néo-Zélandais ont marqué 70 points quand les Français n'ont riposté que par 14 points. Depuis la Coupe du monde 2003, les deux équipes se sont rencontrées trois fois, en novembre 2004 et en novembre 2006, et les All Blacks l'ont emporté à chaque fois, inscrivant 14 essais, contre un seul pour les Français, marqué samedi 18 novembre par Cédric Heymans (9e), après une bévue de Leon MacDonald, l'arrière All Black.
Axes d'Amélioration pour l'Équipe de France
"Il faut que l'on travaille dans les mois à venir, pour arriver à faire plus peur offensivement à nos adversaires, tout en arrivant à tenir le ballon", souligne le manager de l'équipe de France, Jo Maso. Car en trois ans l'écart s'est creusé entre les All Blacks, première nation de rugby au monde, et le reste de la planète, dont la France, souvent vue comme première nation de l'hémisphère Nord. Premier constat, que pointe Jo Maso, le XV de France pèche dans certains aspects du jeu, et notamment la construction offensive, mais aussi des moments forts tels que la mêlée.
Du côté de l'attaque, alors que les positions au centre semblent bien occupées, avec notamment Yannick Jauzion et Florian Fritz, c'est d'abord au niveau de la charnière que des incertitudes pèsent. Mis en avant comme une option de rechange au choix de Frédéric Michalak, Damien Traille n'a pas convaincu comme demi d'ouverture face aux All Blacks. Il n'a pas toujours su donner une impulsion au jeu des lignes arrière françaises, face à une défense néo-zélandaise si difficile à déstabiliser. Et son jeu au pied a souvent manqué de pertinence.
L'autre souci vient de la maîtrise dont la mêlée des All Blacks a fait preuve face aux avants français. En trois ans, sous l'impulsion méthodique de l'entraîneur Graham Henry, le rugby néo-zélandais a travaillé en profondeur sa mêlée. Dans le même temps, la France en oubliait de nourrir son réservoir de joueurs dans ce domaine. Les clubs français ont souvent préféré aller chercher à l'étranger des piliers déjà aguerris plutôt que de prendre le risque de faire jouer de jeunes joueurs français. Et lorsque le pilier droit et pivot de la mêlée de l'équipe de France, Pieter De Villiers, 34 ans, semble à court de souffle, les solutions paraissent limitées.
Les autres interrogations portent sur le rôle de Fabien Pelous, absent pour le second match contre les All Blacks, dont les prestations ne sont pas toujours convaincantes depuis près d'un an. Quant au choix d'un arrière, il semble ne pas être arrêté entre Thomas Castaignède, Julien Lagarrague ou Pepito Elhorga, plutôt convaincant samedi.
Les Français devront prouver, samedi 25 novembre, devant des Argentins très motivés par leurs récentes victoires contre l'Angleterre et l'Italie, que tous ces chantiers en cours ne les empêchent pas de gagner des matches importants. Ensuite, les Bleus se retrouveront sept semaines pendant le Tournoi des six nations, puis pendant deux mois avant la Coupe du monde pour essayer de trouver des solutions à leurs interrogations. Le temps presse.
Tableau des Résultats Clés de 2006
| Date | Événement | Résultat |
|---|---|---|
| 20 mai 2006 | Finale Coupe d'Europe | Biarritz 19 - Munster 23 |
| 10 juin 2006 | Finale Championnat de France | Biarritz 40 - Toulouse 13 |
| 24 juin 2006 | Test Match Afrique du Sud | Afrique du Sud - France |
| Novembre 2006 | Matchs contre les All Blacks | France - All Blacks |