L'Histoire du Japon à la Coupe du Monde de Football

Le Japon a une histoire riche et en constante évolution à la Coupe du Monde de Football. Des débuts timides aux ambitions grandissantes, le parcours du Japon dans cette compétition prestigieuse est marqué par des moments mémorables et des défis persistants.

Si la France rêve en secret de reconnaître un jour les joies de France 98, lorsque l'Hexagone était sur le toit du monde du ballon rond, un autre pays n'a pas peur d'afficher ses ambitions : le Japon, qui a initié depuis dix ans un plan de développement pour le moins volontariste.

Petit rappel pour ceux qui ne suivent que de loin les affres des compétitions mondiales: après avoir été à peu près inexistant dans les années 1990, le Japon avait enfin réussi à se qualifier pour une Coupe du monde. C'était en 1998 justement, lors de laquelle le pays avait été balayé au premier tour (trois défaites, dont une contre la modeste Jamaïque).

Le Japon choque le monde et bat l’Allemagne dans une énorme surprise🤯💥❯ Allemagne (1-2) Japon ● 4K 🎬

En 2002, le Japon co-organise l'événement et tombe au stade des huitièmes de finale. Un résultat record et honorable sur le papier mais qui reste dans l'absolu une déception. L'autre organisateur -la Corée du Sud- finira, elle, quatrième.

Aujourd'hui, les «Samurai Blue», surnom de l'équipe nationale, pointent à la 51e place au classement Fifa, juste derrière l'Albanie. Mais si les spécialistes de football répriment difficilement un ricanement en imaginant le Japon soulever la coupe avant le milieu du siècle, posons la première question évidente de l'observateur extérieur: pourquoi serait-ce si absurde ?

Le Japon est en effet la troisième puissance économique mondiale, a déjà une vraie histoire footballistique (ce qui le différencie notamment de la Chine), un engouement populaire pour ce sport (côté ambiance, quasiment aucun club de Ligue 1 ne peut lutter) et les autorités sportives ont massivement investi dans les infrastructures.

Vraiment ridicule donc de penser que le Japon puisse être le vainqueur surprise dici trente-cinq ans ?

«C'est une déclaration fantaisiste à mon sens, qui correspond d'une part à une manière très japonaise de se motiver en se fixant ce genre d'objectif, mais qui a aussi beaucoup été réactivée en 2010, à un moment où la sélection ne suscitait plus vraiment l'enthousiasme, explique Emmanuel Camus, l'un des rédacteurs de Nippon Ganbare, le principal site francophone qui traite de l'actu du foot au Japon.

Car la décennie 2000 n'a pas seulement vu le décollage du Japon parmi les «outsiders» des compétitions mondiales mais également l'apparition de joueurs japonais dans les grands championnats, et pas uniquement pour y faire de la figuration ou servir de prétexte publicitaire pour les téléspéctateurs asiatiques.

Depuis, même si quelques joueurs japonais existent encore à haut niveau (comme Keisuke Honda, au Milan A.C.), principalement d'ailleurs en Bundesliga (une douzaine d'entre eux y jouent), aucun ne s'impose comme un joueur majeur à l'échelle européenne.

Pire encore, le football européen semble «lessiver» les jeunes Japonais les plus talentueux qui veulent y éclore. Yûki Ôtsu, la star de l'équipe japonaise qui est arrivée en demi-finale aux JO de Londres en 2012, s'est ensuite effondré lors de ses quatre saisons en Europe, en Allemagne (Mönchengladbach) et aux Pays-Bas (VVV-Venlo).

L'ex-futur grand joueur japonais se débat aujourd'hui dans un club de milieu de tableau du championnat local (le Kashiwa Reysol) et n'a connu que deux sélections avec son équipe nationale.

Pour ceux qui suivent de près le football au pays du Soleil-Levant, les millions investis par le Japon pour devenir un leader mondial ne changeront rien tant que les autorités sportives ne se seront pas attaqués au gros problème de la détection des joueurs de haut niveau dans le pays: l'emprise de l'université.

S'il est possible en Europe de rejoindre vers 12-13 ans un centre de formation, donc une structure qui prépare lentement mais sûrement aux exigences du monde pro, c'est l'école qui, au Japon, sert de lieu de formation, avec des championnats scolaires et des encadrants qui ont d'abord pour but de faire gagner leur établissement dans des compétitions dédiées.

Si ce type de système produit des compétitions de jeunes qui restent populaires au Japon, et parvient à être performant pour l'éclosion des talents au baseball, le sport chéri du pays, cela s'avère une catastrophe pour le football.

«Ces championnats universitaires sont loin d'être d'un mauvais niveau, il ne faut pas exagérer, reconnaît Emmanuel Camus. Mais cela veut dire qu'un joueur ne commence réellement sa carrière au Japon qu'à la fin de son cursus universitaire, vers 22 ou 23 ans. Il va ensuite jouer une année ou deux dans le championnat local pour acquérir les habitudes du monde professionnel.

Puis il va éventuellement débarquer en Europe. Il aura 25 ans. A cet âge, les équipes européennes exigent que vous soyez immédiatement performant.

Et si le Japon veut changer la donne et mettre en place une vraie formation, qu'il a les moyens de financer d'ailleurs, pour gagner la Coupe du monde d'ici 2050, mieux vaut se dépêcher pour éviter un autre écueil qui n'a rien de footbalistique, lui: le vieillissement de la population.

En 2014, les moins de 15 ans représentent 13,2% de la population (18,7% en France), ils ne seront plus que 8,6% en 2055. Une perspective sombre donc, pour la réalisation du grand projet japonais.

«Je vois le Japon se stabiliser à terme autour de la 15-20e place au classement Fifa, au niveau de ces équipes européennes comme la Belgique ou la Croatie qui peuvent sur un match battre n'importe qui, prédit Emmanuel Camus.

Quant au championnat japonais, il reste l'un des derniers où les joueurs ne simulent jamais une blessure, ne contestent pas l'arbitrage et jouent en première intention avec un soutien bon enfant de leurs supporters, entourés de mascottes.

Qualifications et Participations

La coupe est devenue l'événement à ne pas manquer et chaque nation se donne les moyens d'y participer. Les qualifications permettent de départager les équipes et de sélectionner le plus justement possible celles qui disputeront le tournoi final.

Le Japon est devenu, jeudi 20 mars, le premier pays à valider son ticket pour la Coupe du monde masculine de football 2026, à la faveur de son succès face à Bahreïn (2-0), en qualifications de la zone Asie. Largement en tête du groupe C - 19 points, à trois journées de la fin -, l’équipe nippone est assurée de disputer le prochain Mondial, aux côtés des trois pays hôtes qualifiés d’office, le Canada, les Etats-Unis et le Mexique.

Cette qualification assure les Samouraïs bleus d’une huitième participation de rang à une Coupe du monde. Devant plus de 60 000 spectateurs dans le stade de Saitama, en périphérie de Tokyo, les Japonais ont attendu la fin de la rencontre avant de prendre le meilleur sur l’équipe du Bahreïn, ouvrant la marque à la 66e minute par le milieu de terrain de Crystal Palace Daichi Kamada (66e), avant de sceller la rencontre par l’ailier de la Real Sociedad Takefusa Kubo (87e).

Suivant les confédérations, les éliminatoires pour le Mondial 2026 battent leur plein ou commencent à peine, comme en Europe. Pour cette première édition à 48 équipes (contre 32 jusqu’à la Coupe du monde 2022, au Qatar), certains continents disposent de plus de quotas en vue d’une qualification, comme la zone Océanie, où Tahiti et la Nouvelle-Calédonie s’affrontent, vendredi, en entretenant l’espoir d’un ticket pour l’Amérique du Nord.

Matchs Mémorables

Un succès bon pour la confiance : le Japon a surmonté une mauvaise première période pour réussir une belle remontée et battre le Brésil de Carlo Ancelotti (3-2), une première dans son histoire, mardi en match amical à Tokyo. Paulo Henrique (26e) et Gabriel Martinelli (32e) ont marqué en première période pour le Brésil, qui sortait d'une victoire convaincante contre la Corée du Sud quatre jours plus tôt à Séoul (5-0). Ce succès est le premier du Japon face au Brésil en 14 tentatives (11 victoires brésiliennes et deux nuls jusqu'à présent).

«Je suis très clair sur ce qui s’est passé, l’équipe s’est effondrée mentalement après la première bévue», a estimé le sélectionneur italien après la rencontre, «ça a été la plus grosse erreur de l’équipe». «Le Brésil n’a pas eu l’attitude nécessaire en deuxième mi-temps pour stopper la réaction du Japon. Japon et Brésil sont tous deux qualifiés pour la Coupe du monde, qui se déroule l’été prochain aux États-Unis, au Mexique et au Canada. Ancelotti avait largement fait tourner son équipe par rapport à celle victorieuse en Corée, reposant notamment Estêvão et Rodrygo. Martinelli et Henrique faisaient équipe avec Vinicius en attaque.

Avec une qualification renversante pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde, le Japon a aussi décroché un record. 17,7 %. C’est la possession de balle du Japon face à l’Espagne, pour le dernier match du groupe E de la Coupe du monde, ce jeudi 1er décembre. Avec cette victoire, le Japon est devenu la sélection qui a remporté un match avec le plus faible taux de possession de balle de l’histoire d’un Mondial. Lors de son précédent succès de prestige face à l’Allemagne, le match en ouverture du groupe (2-1), les Japonais avaient aussi décroché une victoire renversante.

Tableau des Participations du Japon en Coupe du Monde

Année Résultat
1998 Phase de groupes
2002 Huitièmes de finale
2006 Phase de groupes
2010 Huitièmes de finale
2014 Phase de groupes
2018 Huitièmes de finale
2022 Huitièmes de finale

Placé dans un groupe H équilibré, le Japon, qui s’est séparé de Vahid Halilhodzic juste avant le Mondial, aura du mal à se qualifier. Ses stars, Kagawa et Okazaki, ont pris de l’âge.

Calendrier

  • 19 juin : Japon-Colombie (14 heures, à Saransk)
  • 24 juin : Japon-Sénégal (17 heures, à Kazan)
  • 28 juin : Japon-Pologne (16 heures, à Volgograd)
Heure française

Historique en Coupe du monde

Sixième participation, meilleur résultat : huitième de finale en 2002 et en 2010.

Leur petit nom

Les Samouraïs bleus

L’équipe qui devrait jouer

Eiji Kawashima - Hiroki Sakai, Maya Yoshida, Gen Shoji, Yuto Nagatomo - Kazuki Nagasawa - Keisuke Honda, Genki Haraguchi, Hotaru Yamaguchi, Shinji Kagawa - Shinji OkazakiLe sélectionneur Akira Nishino, 63 ans. Cet ancien international a remplacé Vahid Halilhodžić (qui avait qualifié le Japon) en avril. Vahid l’a mal pris et a porté plainte. Nishino a toujours entraîné dans son pays (Osaka, Kobe, Nagoya).

Bilan de compétences

  • Pourquoi postulez-vous à cette Coupe du monde ? « Parce que depuis 1998, nous alternons entre élimination au premier tour et huitième de finale. Or, nous étions sortis dès les poules, il y a quatre ans au Brésil. Logiquement, le tableau final nous attend. »
  • De quelle expérience pouvez-vous vous prévaloir ? « On a eu du retard à l’allumage mais depuis notre première apparition en Coupe du monde, en 1998, nous n’avons pas manqué une seule édition. Nous sommes la référence asiatique en matière de football, un point c’est tout. »
  • Si vous deviez vous donner trois qualités ? « Notre expérience : six joueurs présents en Russie affichent au moins 80 sélections. L’équipe peut se prévaloir d’un joueur de haut niveau à chaque ligne : Nagamoto, Kagawa ou Okazaki, pour ne citer qu’eux, ont fait leurs preuves en Europe. On compte enfin sur Sakai dans le couloir droit, en pleine bourre après sa belle saison avec Marseille. »
  • Et trois défauts ? « On a la fâcheuse tendance à ne pas sortir de groupe réputé “à notre portée”. Il y a quatre ans, contre la Colombie, la Grèce et la Côte d’Ivoire, nous n’avions pris qu’un point. Un changement de sélectionneur à quelques mois d’une Coupe du monde n’est jamais bon signe. Enfin, Shinji Okazaki n’a inscrit qu’une quinzaine de buts avec Leicester ces trois dernières années. »

Shinji Okazaki en cinq dates

  • 1986 : Shinji Okazaki voit le jour à Takarazuka, la même année que Yuto Nagatomo et Keizuke Honda, soit les trois Nippons les plus capés encore en activité. Huit mois plus tard, naissance de Jamie Vardy.
  • 2008 : le buteur du club du Shimizu S-Pulse est appelé pour la première fois en sélection nationale. Jamie Vardy intègre l’équipe première des Stocksbridge Park Steels, au septième échelon du football anglais.
  • 2011 : Okazaki signe au VFB Stuttgart. Jamie Vardy est repéré par Fleetwod Town, qui monte en cinquième division anglaise.
  • 2015 : Leicester casse sa tirelire au mercato d’été et s’attache les services de l’attaquant japonais pour onze millions d’euros, faisant alors d’Okazaki l’achat le plus onéreux de l’histoire du club. Il retrouve à la pointe de l’attaque Jamie Vardy, qui vient de contribuer largement au maintien de Leicester en Premier League.
  • 2016 : Une saison plus tard, le duo d’attaque de Leicester, alimenté par Ryad Mahrez, accomplit l’exploit de la décennie dans le football européen en remportant la Premier League.

Figurez-vous Arsène … que Keisuke Honda est propriétaire d’un club de football. En juin 2015, l’ancien milieu de terrain du Milan AC a acheté avec ses deux frères - Hiroyuki et Youji - 49 % du SV Horn, club d’une petite ville d’Autriche. A l’époque, ils croyaient dur comme fer à l’objectif Ligue des champions en 2020. Aujourd’hui, le SV Horn n’évolue qu’en troisième division autrichienne.

Le jour où… Le Japon a joué en Corée du Nord. Drôle d’accueil pour un match sans enjeu.

Le 15 novembre 2011, la Corée du Nord reçoit le Japon, déjà qualifié pour le tour suivant, dans le cadre des qualifications asiatiques pour le Mondial 2014. Dès leur arrivée à l’aéroport de Pyongyang, les Nippons comprennent qu’ils ne sont pas vraiment les bienvenus : contrôle d’identité de quatre heures, confiscation des biens particulièrement sensibles (bananes, soupes instantanées, chewing-gum) et sermon au moindre sourire de la délégation. Il s’agit de la première opposition entre les deux équipes en terre nord-coréenne depuis près de vingt-deux ans. La Corée demande toujours réparation à son colonisateur lors de la seconde guerre mondiale, et le Japon n’entretient pas de relations diplomatiques avec la partie nord de la péninsule. L’hostilité des officiels et du public, dont les sifflets ont couvert l’hymne nippon, s’est finalement révélée efficace : leurs protégés se sont imposés 1-0.

Big Data

60. Le Japon n’occupe que le 60e rang du classement FIFA. Jamais les Nippons n’ont été aussi loin dans la hiérarchie depuis l’introduction de ce système, en 1993.

Le wiki de qui ?

Parmi les joueurs japonais les plus célèbres hors des frontières nationales, j’ai été élu meilleur joueur du championnat écossais. Les amateurs du jeu vidéo PES me connaissent pour les qualités plutôt favorables dont m’ont doté les développeurs.

Plateau télé

Point d’originalité mais difficile d’envisager un match des Samouraïs bleus sans un petit verre de nihonshu, plus souvent appelé « saké ». Les rencontres du groupe H seront aussi l’occasion de découvrir les happōshu, des bières locales qui surprendront plus d’un amateur de mousse par leur faible concentration en malt (pas plus de 25 %). Dans l’assiette, on ne présente plus les yakitori, des petites brochettes de poulet grillé, que vous n’aurez pas de mal à trouver près de chez vous. Elles s’accompagneront parfaitement de quelques nikuman, des brioches à la farce de porc ou de bœuf haché.

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