Le Bilan de Laurent Blanc au PSG : Une Époque Bénie Réhabilitée ?

La trajectoire du PSG depuis 2016 réhabilite le prolifique mandat de Laurent Blanc. Sept ans après son licenciement, l’entraîneur revient au Parc des Princes avec l’OL. La dernière fois que Laurent Blanc a mis les pieds au Parc des Princes, le PSG bouclait le championnat sur un score qui était son ordinaire (4-0 contre Nantes) et Zlatan Ibrahimovic était fêté après avoir officialisé son départ. Le sien n’était pas acté mais il était dans l’air. Il serait officiel un mois plus tard alors que son équipe alignait un deuxième quadruplé national, record de points en Ligue 1 à la clé (96), et qu’il disposait de trois ans de contrat grâce à une prolongation fraîchement paraphée.

Le Cévenol avait raté LE rendez-vous qu’il ne fallait pas : le quart de finale de la Ligue des champions contre Manchester City. Après ce quatrième échec de suite à ce stade de la compétition pour Paris, en outre contre le club appartenant à l’émirat rival, Abu Dhabi, le Qatar appuyait sur le bouton. Le coach parisien sautait avec un parachute de 22 millions d’euros. Nasser Al-Khelaïfi décrétait « un nouveau cycle », et il n’y avait pas grand monde pour s’étrangler, si ce n’est sur le montant des somptueuses indemnités.

Qui aurait pu prédire que sept ans plus tard, alors que Laurent Blanc revient à Paris dans le costume moins haute couture d’entraîneur de l’Olympique lyonnais, le mandat (2013-2016) du champion du monde 1998 serait catalogué époque bénie ?

Une époque où le fameux plafond de verre en Ligue des champions était donc les quarts de finale, où le PSG raflait tout sur la scène nationale, jouait bien au football et faisait trembler ses visiteurs, ce qui n’empêchait pas les moments de tension. « Il y avait des axes d’amélioration mais en matière de jeu, c’est la meilleure période, juge un ancien dirigeant. On se rend compte que quatre titres par an, ce n’était pas si mal. »

Une Constante Domination Nationale

Après trois saisons à la tête du PSG, Laurent Blanc a bien garni l’armoire à trophées :

  • Trois Championnats de France
  • Autant de Coupes de la Ligue et de Trophées des Champions
  • Deux Coupes de France

Mais l’absence de titre sur la scène européenne reste évidemment le principal échec de l’entraîneur parisien, trois fois éliminé en quarts de finale de la Ligue des champions.

🔵🔴🔵 Laurent Blanc a-t-il échoué au PSG?

Les Chiffres Clés de l'Ère Blanc

Au cours de ses 173 matches sur le banc, Laurent Blanc a eu le temps de laisser son empreinte dans le club parisien. Surtout que l’ancien sélectionneur des Bleus en a remporté une grande majorité (126). En revanche, le pourcentage de victoire s’écroule en Ligue des champions où la concurrence est plus relevée. Pire encore, une fois passé les poules, Laurent Blanc n’a remporté que cinq matches sur douze avec le PSG.

Près de 400 buts marqués en trois ans. La défense parisienne encaisse 50% de buts en plus en Ligue des champions par rapport à la Ligue 1. En attaque, le club est dépendant de la forme de Zlatan Ibrahimovic, souvent décevant en phase finale de C1. Sur les ordres de Laurent Blanc, l’attaquant suédois a marqué 30,95% des buts parisiens (soit 121 buts sur 391).

Ce n’est pas pour rien qu’«Ibra» fait partie des cinq joueurs le plus souvent apparus sous Laurent Blanc ces trois dernières saisons. Un résultat d'autant plus impressionnant que sa talalgie à l'automne 2014 avait parasité sa saison pendant plusieurs mois. Trois Parisiens ont été encore plus sollicités : Edinson Cavani, Blaise Matuidi et, plus surprenant, Lucas. A la différence de l'Uruguayen et du Français, Lucas est rarement titulaire dans les matches clés mais le Brésilien est l'une des solutions les plus prisées en sortie de banc.

Avec 2.53 points par match en Ligue 1, le PSG de Blanc version 2015-2016 détient le record de points sur une saison. Néanmoins, à la moyenne de points par match par coach, Blanc n’est que 4ème. C’est Tuchel qui a le pourcentage de victoires le plus important (76 %) devant Galtier (75 %) et Emery (74 %). La meilleure saison avec Blanc aux manettes (2.7 buts/match en 2015-2016) ne se classe qu’au 4ème rang des attaques du PSG sous QSI. Et les deux premières saisons de Lolo White sont parmi les moins bonnes de QSI en attaque.

On refait souvent l’histoire en disant que le PSG de Lolo White scorait à tout va et inscrivait régulièrement une farandole de buts. Les expected goals confirment que le PSG de Blanc n’était pas si prolifique que ça en attaque. Il arrivait même au PSG d’Ibra de rester sans marquer. D’ailleurs la moyenne de tirs du PSG avec Blanc aux commandes est l’une des plus faibles sous QSI. Le PSG de Tuchel et d’Emery tirait en moyenne au moins une fois au but de plus par match. Petite singularité du PSG sous Blanc : les centres. Avec 4.8 centres réussis par match, le PSG de Blanc se classe second juste derrière celui d’Emery (4.9).

Même constat avec les tirs subis : le PSG de Blanc est celui qui voyait le moins les adversaires tenter leur chance.

Un Projet de Jeu Clair et une Équipe Homogène

Depuis, le PSG a changé de galaxie et plusieurs fois d’entraîneur, mais il vient d’être éjecté pour la cinquième fois en 8e de finale de la plus prestigieuse des compétitions européennes - le juge de paix d’une saison réussie - et a laissé filer des trophées en France, y compris le championnat (2017 et 2021). Il y a bien sûr eu des fulgurances que l’on retrouve dans les livres de comptes - Unai Emery et Tuchel ont le meilleur taux de victoires (76,3 % et 75,6 %) - mais les trois années de Laurent Blanc (72,8 %) restent marquées du sceau de la constance, de la maîtrise et du spectacle. Un projet clair, fondé sur la possession, dans un système quasi inamovible (4-3-3) soutenu par un milieu de terrain dominateur.

La machine à plus de 500 millions d’euros façonnée par Leonardo brillait par son homogénéité. « Motta, Verratti et Matuidi avec Rabiot en plus, c’était la grande force, juge Alessandro Canovi, l’agent du premier. Ce qui se faisait de mieux après Xavi, Busquets et Iniesta. Il n’y a jamais eu ce niveau après. » La puissance a basculé à l’avant, avec les recrutements galactiques de ­Neymar et Kylian Mbappé (2017) puis de Lionel Messi (2021). « À l’époque, il y avait des grands joueurs mais pas les deux-trois plus grands au monde, souligne cet ex-décideur du club. On n’était pas dans le star-système, le côté Harlem Globetrotters. C’étaient des mecs pour qui la notion d’équipe était plus importante. »

Le milieu ­Benjamin Stambouli, arrivé à l’été 2015, se souvient d’avoir mis les pieds dans une « équipe bâtie à l’ancienne, avec des joueurs d’expérience qui tenaient la charpente et des jeunes qui poussaient ». De l’âme et un banc. « Il était possible de faire tourner sans être pénalisé », resitue Nicolas ­Douchez, qui raconte « une unité de vestiaire » et « une vraie vie de groupe ». Lui qui a vécu de l’intérieur toute l’aventure en tant que gardien remplaçant « manque d’objectivité » pour préférer un autre PSG que celui qu’il a connu. « Mais si je veux être pragmatique, poursuit-il avec son cœur de supporter, on était injouables. Il y pouvait y avoir des faux pas mais on savait qu’on était au-dessus et qu’on nous craignait. » Au moins dans l’Hexagone, où Paris n’a laissé qu’une miette : la Coupe de France 2014.

Des Critiques et des Polémiques

Évidemment, le temps gomme les aspérités. Ces années ont eu leur lot de polémiques, du « pays de merde » d’Ibrahimovic à la « fiotte » de Serge Aurier. Chaque saison, Blanc a aussi vu sa position vaciller. Comme Carlo Ancelotti avant lui. C’est un euphémisme de dire que l’ancien sélectionneur des Bleus n’était pas le premier choix pour remplacer l’Italien, élu meilleur coach de l’histoire du club : José Mourinho, Arsène Wenger, Rafael Benítez, Roberto Mancini, Guus Hiddink, André Villas-Boas, Fabio Capello ou encore Frank Rijkaard avaient été sondés.

Son talent a été d’asseoir très vite sa légitimité. « Il a eu le mérite de mettre en place une structure collective dès son arrivée, rappelle Nicolas Dehon, qui entraînait les gardiens. Jean-Louis Gasset [son adjoint] avait une ­communication affective avec nos grands joueurs. Laurent maîtrisait tout, de la tactique aux relations médias. » Le chef d’orchestre qui « savait quand décider et quand déléguer », selon Benjamin Stambouli.

Derrière un profond respect, certains cadres laissaient néanmoins suinter une pointe de frustration quant au degré d’exigence. Si bien que la frontière entre la république des joueurs et « l’intelligence politique » du « Président » était parfois floue. Avant la trêve fin 2015, son groupe lui avait demandé de se rendre à Caen le jour du match et non la veille comme il en était coutume.

Blanc y était plutôt favorable mais avait suivi la position de l’institution. « C’est qui le boss ? l’avait alors interpellé Ibra. Si c’est toi et que tu es d’accord, tu ne poses pas la question. » Il était revenu sur sa décision et son équipe avait régalé le soir même. Au Qatar, quelques jours plus tard, une réunion avec les quatre capitaines (Ibrahimovic, les deux Thiago et Blaise Matuidi) s’était tenue sur le thème : chacun doit jouer à son poste. Utilisé à gauche jusque-là, Edinson Cavani n’avait plus beaucoup été titularisé après.

« Le PSG avait choisi Laurent pour sa connaissance des grands vestiaires et son calme », estime Nicolas Dehon, exemple à l’appui : « En 2015, en finale retour à ­Chelsea, on joue à 10 depuis l’expulsion d’Ibra. À la mi-temps, je lui dis “ça va être ­compliqué”. Lui a partagé son plan avec sérénité et personnalité. » ­Qualification en prolongations : un des plus grands frissons européens de l’ère QSI. Un an plus tard, son expérimentation tactique à ­Manchester City (3-5-2) avait fait flop et le scénario écrit d’avance avait légitimement affermi l’idée d’une stagnation. À l’heure du bilan, celui en Ligue des champions avait été jugé moyen : cinq victoires en douze matches une fois passées les poules. Il fallait de la créativité pour imaginer que ce ratio aurait maigri sept ans et 1 milliard d’euros en transferts plus tard.

Tableau Récapitulatif des Statistiques de Laurent Blanc au PSG

Compétition Matches Joués Victoires Nuls Défaites
Ligue 1 114 84 22 8
Ligue des Champions 30 14 8 8
Coupe de France 13 11 1 1
Coupe de la Ligue 12 10 2 0
Trophée des Champions 3 3 0 0

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