Coupe du Monde de Football 1998 : Triomphe et Statistiques d'une Victoire Historique

Cet article relate le parcours de l'équipe de France de football lors de la Coupe du monde organisée en France du 10 juin au 12 juillet 1998. C’est le match le plus important de l’histoire de l’équipe de France. Il s’agit de la finale de Coupe du monde, disputée à domicile face au tenant du titre et grand favori.

Le parcours de l'équipe de France vers son premier titre mondial remporté à domicile n'est pas des plus aisés : les Bleus, premiers de leur groupe du premier tour avec trois victoires, battent le Paraguay 1-0 en huitièmes de finale sur un but en or marqué en prolongations par Laurent Blanc, ils éliminent ensuite l'Italie aux tirs au but 4-3 au terme d'un match au score vierge, puis viennent à bout de la Croatie en demi-finale grâce au plus improbable des buteurs : le défenseur Lilian Thuram qui marque à deux reprises pour la seule fois de sa longue carrière internationale et envoie son équipe en finale (2-1).

Dans le match face aux tenants du titre brésiliens, arrivés en finale grâce à leur qualification aux tirs au but devant les Pays-Bas (1-1 après prolongations, 4-2), Zinédine Zidane marque deux buts de la tête sur corner en première mi-temps, puis Emmanuel Petit parachève le score de 3-0 en fin de match alors que la France joue à dix après l'expulsion de Marcel Desailly. À 22 h 54, l'arbitre siffle la fin du match et l'équipe de France est sacrée championne du monde.

Thierry Roland, commentateur télé du match, sur la chaîne privée TF1, déclare en direct « Ah ! C'est superbe ! Je crois qu'après avoir vu ça, on peut mourir tranquille ! Enfin, le plus tard possible quand même, mais on peut ! Ah c'est superbe ! Ah Quel pied ! Oh putain ! Oh c'est pas vrai ! »

Le président Jacques Chirac remet alors le trophée au capitaine de l'équipe de France Didier Deschamps, qui le brandit sur la musique de Star Wars. Une foule envahit les Champs-Élysées et l'Arc de Triomphe est illuminé par les visages des joueurs, dans le cadre d'une opération promotionnelle de l'équipementier des Bleus (Adidas).

Le 13 juillet, les Bleus tentent de remonter les Champs-Élysées en triomphe à bord d'un bus à impériale. Il y a un peu plus de 500 000 personnes. Les Bleus sont invités à la garden-party du 14 juillet au palais de l'Élysée. Aimé Jacquet y sera décoré de la légion d'honneur.

Le 12 juin 2018, l'équipe est à nouveau réunie aux côtés de leur sélectionneur, Aimé Jacquet, pour disputer un match anniversaire des 20 ans de la victoire à la Coupe du monde à Paris La Défense Arena contre une équipe d'anciens internationaux des années 1990. Les deux seuls joueurs à manquer à l'appel sont David Trezeguet et Didier Deschamps, retenu en raison de la préparation de la Coupe du monde 2018 avec l'équipe de France dont il est le sélectionneur.

Parvenue en finale de "sa" Coupe du monde, la France a fait preuve tout au long de la compétition d’une maîtrise impressionnante, ne concédant que 2 buts en 6 rencontres, dont un sur pénalty contre le Danemark. Mais l’animation offensive, point faible des Bleus depuis de très longs mois, continue à poser problème. Après un début en fanfare lors des matchs de poule contre des équipes de faible niveau, la France a eu toutes les peines du monde à se défaire du Paraguay, n’est pas parvenue à marquer contre l’Italie et a souffert de manière inattendue contre la Croatie.

L’absence pour suspension du libéro Laurent Blanc, capable de montées décisives et excellent de la tête, est encore un atout offensif en moins pour la France. Il est remplacé poste pour poste par Frank Lebœuf en charnière centrale. Pour le reste, Jacquet est fidèle à son traditionnel schéma à trois milieux récupérateurs utilisé à l’Euro 1996 et à nouveau depuis le quart de finale contre l’Italie. Deschamps évolue dans l’axe tandis que Karembeu et Petit sont décalés sur les côtés.

Favori logique de la compétition, le Brésil a pour sa part montré les défauts et les qualités inverses de la France. Malgré sa star Ronaldo qui n’apparaît pas à son meilleur niveau, le Brésil dispose d’une puissance de feu impressionnante en attaque et semble capable de marquer à tout instant. Inversement, en défense, la charnière centrale composée d’Aldair et du très fébrile Júnior Baiano a laissé entrevoir de grosses lacunes, tandis que les spectaculaires montées du fantasque Roberto Carlos sur le côté gauche ont parfois semblé aussi dangereuses pour ses partenaires que pour ses adversaires.

Mais le Brésil a tout de même la satisfaction de s’être trouvé un nouveau héros pour le moins inattendu en la personne de son gardien de but Taffarel, déterminant contre les Pays-Bas en demi-finale. Et pourtant, sur la première feuille de match communiquée à la presse quelques heures avant le match, c’est Edmundo et non la star Ronaldo qui était annoncé à la pointe de l’attaque. Prenant dès le coup d’envoi le jeu à son compte, dominant outrageusement la bataille du milieu de terrain, la France se rue à l’assaut du but de Taffarel.

En l’espace de quelques minutes, Stéphane Guivarc’h se retrouve à deux reprises en face à face avec le portier brésilien. Tout d’abord suite à un long ballon aérien de Deschamps, puis sur une ouverture lumineuse de Zidane à l’issue d’un beau travail de Djorkaeff. Mais les deux fois, Guivarc’h ne parvient pas à trouver le cadre. Alors que le match tend à s’équilibrer et que le Brésil réussit quelques dangereuses tentatives de buts dans le camp français, les Bleus remettent la pression sur leur adversaire.

Coincé à proximité du poteau de corner, Roberto Carlos concède ainsi un coup de pied de coin largement évitable à la 27ème minute. Tiré par Emmanuel Petit, le corner trouve la tête de Zidane qui ouvre le score. 1 à 0 pour la France. Alors que la première mi-temps touche à sa fin, Guivarc’h perd encore un duel face à Taffarel, qui dévie une frappe de l’attaquant auxerrois en corner.

Tiré à nouveau par Petit sur le côté droit, le corner est dégagé par la défense brésilienne. Nouveau corner, côté gauche cette fois, tiré par Youri Djorkaeff. Démarqué au beau milieu de la défense brésilienne, sans même avoir à sauter, Zidane inscrit de la tête le deuxième but français dans le temps additionnel. 2-0 pour la France.

Dès l’entame de la seconde période, le sélectionneur brésilien décide de jouer l’attaque à outrance. Milieu de terrain relayeur, l’ancien parisien Léonardo cède sa place à l’imprévisible Denilson, craint pour sa remarquable qualité de dribble. De plus en plus pressants, les Brésiliens se créent une occasion en or lorsque décalé par une somptueuse transversale de Roberto Carlos, Ronaldo se trouve en position de frapper au but quasiment à bout portant.

Mais fermant parfaitement l’angle, Fabien Barthez bloque la frappe de l’attaquant brésilien, particulièrement amorphe depuis le début de la rencontre. Le sort du match semble prêt de basculer à la 67ème minute avec l’expulsion de Marcel Desailly, le patron de la défense tricolore. Déjà averti quelques minutes plus tôt dans des circonstances peu claires, Desailly reçoit un second carton jaune synonyme d’expulsion en taclant irrégulièrement Cafu à l’issue d’une montée rageuse sur le côté droit du terrain.

Jacquet fait alors sortir Djorkaeff pour le remplacer par un milieu défensif (Vieira), tandis qu’Emmanuel Petit glisse au poste plus qu’inhabituel pour lui d’arrière central à la place de Desailly. Réduits à dix, les Français subissent les assauts de Brésiliens plus que jamais tournés vers l’offensive avec l’entrée d’un nouvel attaquant, le fougueux Edmundo. Mais le temps tourne sans que le Brésil ne parvienne à réellement inquiéter les Français, si ce n’est suite à un bel enchaînement de Denilson dont la frappe touche le haut de la barre transversale de Barthez.

Alors que le temps réglementaire s’achève, Thuram oblige Dénilson à concéder un énième corner côté gauche. Mais mal tiré, le corner est récupéré par Chistophe Dugarry qui peut amorcer la contre-attaque. Dugarry sert Vieira, qui passe immédiatement à Petit lancé seul vers le but brésilien. La frappe croisée de Petit évite Taffarel parti à sa rencontre et termine dans les filets. 3 à 0. La France devient championne du monde pour la première fois de son histoire.

Cette victoire marque le début de la période irrésistible bleue (1998-2000). Des rassemblements sans précédent ont ainsi lieu dès le coup sifflet final, dans toutes les villes françaises. Le lendemain, les Bleus paradent sur l'avenue des Champs-Élysées dans un bus à impériale évoluant difficilement au milieu de la foule. Ils se rendent ensuite avec leur famille au palais de l'Élysée où ils sont reçus par le Président de la République Jacques Chirac.

L'équipe de France de football, victorieuse de la Coupe du monde 1998

L'Avant-Match et la Préparation

La France est qualifiée d'office en tant que pays organisateur. Pour se préparer, l'équipe de France effectue un stage d'oxygénation à Tignes. Puis les Bleus se rendent au Maroc pour participer au Tournoi Hassan II (1998), avec l'Angleterre, la Belgique et le Maroc. Cependant, Français et Anglais ne se rencontrent pas. C'est au cours du tournoi que Fabien Barthez est choisi comme titulaire à la place de Bernard Lama. La France remporte le Tournoi Hassan II malgré sa défaite aux tirs au but face au Maroc. L'équipe de France dispute un dernier match de préparation contre la Finlande. David Trezeguet y inscrit son premier but avec les Bleus.

Le Tirage au Sort et les Enjeux

Le tirage au sort de la phase finale est effectué le jeudi 4 décembre 1997 au Stade Vélodrome de Marseille par Joseph Blatter, futur président de la FIFA et par Raymond Kopa. La France, en tant que pays organisateur, est particulièrement motivée pour gagner ce match et atteindre le stade des demi-finales pour la quatrième fois de son histoire (après 1958, 1982 et 1986). Ce match a en outre une importance particulière pour de nombreux joueurs qui sont coéquipiers dans des clubs du championnat d'Italie et qui sont donc très motivés pour démontrer la suprématie de leur équipe nationale.

De nombreux joueurs français jouent alors dans le « Calcio » : Zinédine Zidane (Juventus FC), Didier Deschamps (Juventus FC), Marcel Desailly (AC Milan), Youri Djorkaeff (Inter Milan), Lilian Thuram (Parme), Vincent Candela (AS Rome), Alain Boghossian (Sampdoria de Gênes). Après un début de compétition relativement aisé, tant la France que l'Italie ont eu du mal à accéder à ce quart de finale. Au tour précédent, face aux rugueux Norvégiens, la Squadra Azzurra ne s'est imposée que d'une courte tête (1-0).

Le match est de bonne qualité, mais se termine par 0 - 0 après prolongation, les deux équipes ayant eu l’occasion de marquer sans y parvenir. Le résultat du match doit donc être décidé par l’épreuve des tirs au but. L'Équipe de France a plus de réussite en remportant l’épreuve par 4 à 3 (voir détails ci-après), l’issue du match étant décidée lorsque Luigi Di Biagio voit sa frappe heurter la barre transversale.

Les Bleus célèbrent leur victoire à la Coupe du monde 1998

Impacts et Retombées de la Victoire

Un « effet Mondial » a souvent été évoqué, notamment pour qualifier l'impact positif sur l'économie de la France (dopage de la croissance et amélioration du moral des ménages), mais des études rétrospectives ont montré l'absence de « miracle économique » et attribuent même ce supposé effet économique à « une construction médiatique ». L'impact sociologique de cet « effet Mondial » relève également du mythe.

Le sociologue Karim Souanef montre comment les journalistes français se sont unis pour refléter un sentiment de concorde nationale, une France « Black Blanc Beur » qui devait réconcilier deux France séparées et être « représentative de la France des provinces, des DOM-TOM et de l'ancien empire colonial ». Cette interprétation journalistique, révélatrice de la « desportivisation » de l’information au profit de la surpolitisation de cet événement footballistique, s'est faite selon Souanef par un « usage intensif et collectif de représentations stéréotypées tendant à imposer de nouveaux schèmes de représentations à l’opinion publique ».

Pour Dominique Sopo, président de SOS Racisme, le gouvernement Jospin « aurait pu se servir de cette victoire en Coupe du monde comme d'un levier, pas simplement comme d'un cache-sexe montrant une belle image de la France à vendre aux touristes » mais les pouvoirs publics n'ont eu aucune politique volontariste pour capitaliser cet élan. Sopo estime que continuer à parler d' « effet Mondial » relève d'une forme d'escroquerie.

Selon Gilles Clavreul, « penser qu’une équipe de France diverse par ses origines va rendre la société plus harmonieuse et plus tolérante relève de la pensée magique » car le sport de haut niveau n’est pas représentatif de la société : « une équipe nationale, c’est la conjonction de talents individuels hors normes, de parcours où la chance a sa part (…) et d’un système de formation, d’entraînement, de sélection et de compétition qui repose à la fois sur des acteurs publics, des clubs, des investisseurs, etc. ».

Le professeur de philosophie Éric Deschavanne voit pour sa part des valeurs intégratrices dans le football, estimant que « l’équipe de France de foot est devenue un vecteur d’identification nationale, et qu’elle représente en conséquence un symbole de la communauté nationale », et que « le 12 juillet 1998 incarne le rêve français de l’intégration réussie, Knysna, le cauchemar de la dislocation ».

À l'inverse, l'essayiste spécialiste du sport Marc Perelman analyse la victoire comme une « footballisation » de la société et non comme une lutte antiraciste grâce au football. Si la « footballmania » envahit la structure même de l'État, les idées d'universalité et d'égalité sont selon lui loin d'être servies par ce sport qui ne joue aucun rôle pour endiguer le racisme « qui dévore la société française ».

Les retombées politiques sont également ponctuelles. L'effet transitoire sur les problèmes de l'extrême droite française sont résumés dans un dessin politique de Plantu publié dans L'Express après cette victoire : « pendant que l'équipe de France black-blanc-beur chante la Marseillaise et que le peuple français acclame Thuram, Zidane et Karembeu, un collaborateur console Le Pen en disant : « Ne pleure pas, Jean-Marie ! Si ça se trouve, la finale du prochain Mondial, ce sera peut-être Nigeria-Cameroun, » sur quoi Le Pen, tombe de sa chaise à la renverse ».

Zinédine Zidane, un des héros de la Coupe du monde 1998

Statistiques Clés de la Coupe du Monde

Voici quelques statistiques notables concernant la Coupe du Monde, incluant les performances de la France et d'autres équipes :

  • Nombres de participations par pays (2022 inclus) : Brésil (22), Allemagne (+ RFA) (20), Italie, Argentine (18).
  • Plus grand nombre de fois champions du monde : Brésil (5), Allemagne (4), Italie (4), Argentine (2), France (2), Uruguay (2), Angleterre (1), Espagne (1).
  • Plus grand nombre de finales disputées : Allemagne (8), Brésil (7), Italie (6), Argentine (5), France (3), Pays-Bas (3), Uruguay (2), Tchécoslovaquie (2), Hongrie (2), Angleterre (1), Suède (1), Espagne (1).
  • Plus grand nombre de matchs joués (1930 à 2014) : Allemagne (106), Brésil (104), Italie (83).
  • Plus grand nombre de matchs gagnés (1930 à 2014) : Brésil (70), Allemagne (66), Italie (45).
  • Meilleurs buteurs sur une Coupe du Monde : Just Fontaine (France) : 13 buts en 1958.
  • Meilleurs buteurs en Coupe du Monde depuis 1930 : Miroslav Klose (Allemagne) : 16 buts, Ronaldo (Brésil) : 15 buts, Gerd Müller (Allemagne) : 14 buts, Juste Fontaine (France) : 13 buts.
Statistique Détail
Nombre de participations de la France 16 (en 2022)
Nombre de titres de la France 2 (1998, 2018)
Meilleur buteur français en une édition Just Fontaine (13 buts en 1958)
Nombre de matchs joués par l'Allemagne 106 (jusqu'en 2014)
Nombre de matchs gagnés par le Brésil 70 (jusqu'en 2014)
Statistiques comparatives des performances en Coupe du Monde

En conclusion, la Coupe du Monde 1998 reste un moment emblématique de l'histoire du football français, marqué par des performances exceptionnelles et des retombées socioculturelles complexes.

Le Parcours Complet de la France à la Coupe du Monde 1998 : Du Premier Match au Titre Historique !

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