Umberto Bossi, figure emblématique de la politique italienne, est surtout connu comme le fondateur de la Ligue du Nord. Cet article explore sa biographie, son ascension politique, les scandales qui ont marqué sa carrière et son impact durable sur la Ligue du Nord et la scène politique italienne.

Umberto Bossi, fondateur de la Ligue du Nord.
Les Débuts de la Ligue du Nord
Au début, la Ligue se concentrait sur le rejet des méridionaux, aujourd’hui cet argument n’a plus de prise auprès de ses électeurs, elle se concentre sur la lutte contre l’immigration. La Ligue n’a jamais été un parti uni.
Le mouvement xénophobe et sécessionniste - ou fédéraliste dans sa version douce - d’Umberto Bossi s’était pourtant fait une spécialité de taxer Rome de « voleuse ».
Scandales et Démission
Umberto Bossi a dû démissionner de son poste de secrétaire de la Ligue du Nord en raison d’enquêtes pour détournement de fonds dans son parti. Accusé d’avoir détourné des fonds publics et d’avoir distribué de l’argent du parti à sa famille, le dirigeant de la Ligue du Nord, Umberto Bossi, a démissionné. Le dirigeant léghiste, qui se définissait en toute modestie comme le fondateur d’une nation, est aujourd’hui accusé d’avoir détourné des fonds publics, de l’argent non comptabilisé, notamment pour entretenir sa famille.
Bossi père avait pourtant fait de la sobriété populaire - un logement modeste, un style de vie négligé et rustique - son fonds de commerce, mais il a exaspéré la base militante en offrant un pont d’or à sa progéniture.
La Fin d'une Époque
Après le départ de Silvio Berlusconi de la présidence du Conseil au profit du gouvernement de techniciens de Mario Monti, ce scandale signe vraiment la fin d’une époque en Italie. Celle où deux hommes, Silvio Berlusconi et Umberto Bossi, liés par des liens d’amitié, imprimaient à la vie politique de leur pays une cadence populiste, transgressive, qui ravissait un petit peuple frondeur, même s’il n’était pas toujours dupe…
Aujourd’hui, Umberto Bossi tente de « faire le ménage », tandis que Roberto Maroni essaie d’assurer sa prise sur la Ligue du Nord.
Tensions Internes et Rivalités
Il y a quelques années encore, on les appelait les poulains de la Padanie: Flavio Tosi et Luca Zaia, aguerris, compétitifs, faisaient partie des belles promesses de la Ligue du Nord. Aujourd’hui, leur rivalité pourrait coûter très cher au parti fédéraliste.
Tout commence avec le choix de la candidature de Luca Zaia pour la présidence de la région Vénétie, bastion historique du mouvement. Une candidature que le maire de Vérone, Flavio Tosi ne semble pas digérer: il se voyait bien gouverner la région, refuse de se plier à la ligne du parti, et annonce quand même sa candidature.
Cette décision, qui pourrait compromettre la victoire de la Ligue, est immédiatement punie par le secrétaire du parti: Matteo Salvini exclut le maire de Vérone du parti. Les relations s’enveniment, les insultes fusent, Tosi traite le secrétaire du parti de “dictateur déloyal et incorrect”.
Les mauvaises langues soulignent que Flavio Tosi n’a jamais compté parmi les plus fidèles au parti. Il a souvent dénoncé la dérive milanaise de la Ligue, trop centrée sur la Lombardie au dépit de la Vénétie, et se construit depuis longtemps un profil national qui ne plait pas à tous. Umberto Bossi, ancien dirigeant et fondateur de la Ligue du Nord, l’a même publiquement traité de “connard”.
Les points de désaccord entre Tosi et Salvini ne manquent pourtant pas: le secrétaire de la Ligue semble peu apprécier ce maire “gay friendly” qui a annoncé que sa ville reconnaitra les couples de fait. Quant à Flavio Tosi, il ne croit pas à la sortie de l’euro souhaitée par Salvini.
Mais Tosi a été le premier à fréquenter l’extrême droite ! Dans sa campagne pour la mairie de Vérone il a été soutenu par des mouvements d’inspiration fasciste. Sa liste comptait des membres du Veneto Fronte Skinhead. Pour le politologue, la rupture relève plutôt du conflit de leadership : après une décennie en tant que premier citoyen de Vérone, Tosi aspirait à la région Vénétie, où Salvini a au contraire imposé la candidature de Zaia.
La rivalité entre les deux hommes renvoie à la tension structurelle interne à Ligue, entre Ligue Lombarde et Ligue Vénitienne. L’unité du mouvement a été garantie pendant des années avec le charisme de Bossi, qui a établi l’hégémonie de la Ligue lombarde sur la Ligue vénitienne.
Mais si la Ligue piémontaise a été complètement fagocitée, la Ligue vénitienne, la plus ancienne des trois Ligues, a gardé intactes ses ambitions. Qui rejaillissent avec le départ d’Umberto Bossi.
C’est aussi pourquoi la candidature de Tosi peut se révéler dangereuse : en jouant sur cette composante vénitienne, le rappel à l’orgueil régional, il pourrait rassembler beaucoup de personnes qui partagent ce combat. Et causer de sérieux dégats à Zaia, ainsi qu’à la Ligue du Nord, qui risque de perdre un de ses fiefs.
La justice italienne ouvre une enquête contre Umberto Bossi pour détournements de fonds publics
L'Évolution de la Ligue sous Salvini
A 46 ans, Matteo Salvini, la barbe courte et le cheveu brun, en jeans et Clarks sombres, est le visage du nouveau souverainisme en Europe. Il est l'homme qui en quelques mois a transformé une formation moribonde, usée par les scandales, en phare des nationalistes mondiaux, reléguant au passage Silvio Berlusconi à un rôle de second plan dans le panorama politique transalpin, ce que ni Umberto Bossi, le fondateur de Ligue, ni la ribambelle de candidats centristes ou même le post-fasciste Gianfranco Fini n'étaient jamais parvenus à réaliser.
Au sein de la Ligue, Matteo Salvini se présentait même comme le représentant des «communistes de Padanie». Vingt-cinq ans plus tard, il incarne une extrême droite revisitée et décomplexée en adéquation avec les attentes d'une partie du pays.

Matteo Salvini, actuel leader de la Ligue.
La Sécession et la Padanie
Au terme d'une marche de trois jours, le chef de la Ligue du Nord doit proclamer, dimanche 15 septembre à Venise, la sécession de la plaine du Pô. Une démarche symbolique qui traduit le malaise croissant entre les riches provinces du nord de l'Italie et le Sud assisté.
La Ligue va proclamer la « sécession », au terme d'une marche de trois jours que l'émule de Gandhi doit faire en partie en hélicoptère. Les rives du Pô, ce fleuve qui coupe en deux l'Italie, ont été choisies comme lieu symbolique. Fidèle à ses principes, le leader séparatiste ajoutera un zeste de mythologie celte en prélevant, dans un flacon, de l'eau à la source « pour purifier la Padanie », nom de la plaine du Pô, qui devient pour lui un Etat, celui des riches régions du Nord (Piémont, Lombardie, Vénétie, Ligurie, Frioul, Val d'Aoste et Trentin).
Le "Paquet Sécurité" et l'Immigration
On perçoit entre les lignes de cette loi le dangereux pouvoir que la Ligue du Nord a désormais acquis dans le paysage politique italien. Arrivés au gouvernement par la grande porte, avec un de ses hommes forts, M. Roberto Maroni, devenu ministre de l’intérieur, le parti de M. Umberto Bossi, le « Senatùr », étend maintenant son influence bien au-delà de la plaine padane, jusqu’à Rome, cette « voleuse » pourtant tant décriée.
Avec cette proposition de loi, les moyens engagés dans la lutte contre les sans-papiers prennent une dimension alarmante. L’immigration clandestine deviendrait un délit, passible de 5 000 à 10 000 euros d’amende.
Ce projet prévoit également l’obligation de présenter le permis de séjour pour tous les actes d’état-civil, ainsi que pour utiliser les services internationaux de transfert d’argent. L’idée d’utiliser les médecins pour dénoncer les irréguliers avait déjà déclenché une vive polémique à l’automne 2008.

Carte de la Padanie.
Le rôle de la romanité dans l’identité nationale italienne
L’installation de la monarchie italienne à Rome en 1870 plaça la Maison de Savoie au sein d’un grand mythe historique. Elle voulut s’installer dans des hauts lieux de la Ville Éternelle (tombes royales dans le Panthéon, monument à Victor-Emmanuel II sur le Capitole).
La formule d’origine a été utilisée sous la Restauration. En décembre 1817, durant le débat sur la libéralisation de la presse et répondant à une interpellation de Joseph de Villèle, un des chefs du parti ultra-royaliste à la Chambre des députés, Elie Decazes, ministre de l’Intérieur du cabinet Richelieu, expliqua le principe guidant le gouvernement et le roi Louis XVIII : « Royaliser la nation et nationaliser le royalisme, voilà surtout en quoi ce système consiste. »
Paraphrasant quelque peu la formule, nous la reprenons à notre compte à propos de l’utilisation de la romanité dans la construction et la valorisation de l’idée nationale en Italie. Celle-ci a la particularité d’avoir une antique civilisation et d’avoir connu une construction nationale récente (le royaume d’Italie est proclamé le 17 mars 1861 et Rome ne devint capitale qu’après l’entrée des troupes royales, le 20 septembre 1870, suite au retrait de la garnison française qui protégeait le souveraineté du pape Pie IX).
Or, alors que cette unité nationale avait été initiée par des hommes du nord de la péninsule, le mythe de la Rome antique comme référence historique est largement utilisé. Elle n’était pas évidente d’emblée ou, du moins, pouvait être concurrencée. Observons le chant patriotique, Fratelli d’Italia, écrit par le jeune patriote génois Goffredo Mameli à l’automne 1847, mis en musique l’année suivante au moment de l’explosion révolutionnaire de 1848, peu de temps avant que son auteur ne trouve la mort des suites de ses blessures, le 6 juillet 1849, en défendant la République romaine.
Mais l’allusion au vainqueur d’Hannibal à Zama, en 202 avant J.-C., est la seule qui soit explicitement romaine. Par la suite, les paroles de ce qui devint l’hymne italien, en 1946, évoquent la victoire de la Ligue des communes lombardes sur l’armée de l’empereur germanique Frédéric Barberousse, le 29 mai 1176, les Vêpres siciliennes du lundi de Pâques 1282, à Palerme, contre les Français, le sacrifice de Ferruccio dans Florence assiégée par les troupes de Charles Quint, en 1530, afin de rétablir les Médicis, le geste du jeune Génois Balilla qui déclencha le soulèvement de sa ville contre la garnison autrichienne qui l’avait occupée en 1746, durant la guerre de Succession d’Autriche. Mameli avait pris en compte la diversité italienne de l’époque du Printemps des Peuples au travers d’exemples historiques qui concernaient la Rome antique, la Lombardie et la Sicile médiévales, la Florence du XVIe siècle et la République de Gênes du XVIIIe.
Il n’en reste pas moins que le mythe de Rome est sans doute le plus fort. À la suite de la proclamation de l’État unitaire, celui-ci s’est organisé selon un modèle centralisateur, au point que l’on a pu parler de « piémontisation » de la péninsule, et sur la volonté de faire de Rome la capitale du royaume.