Coupe du Monde de Football 1942 : Les Raisons de l'Annulation

La Coupe du Monde de football est un événement quadriennal très attendu par les amateurs de football du monde entier. Cependant, cette compétition a été annulée à deux reprises dans son histoire, en 1942 et 1946, en raison du contexte de la Seconde Guerre Mondiale. Cet article explore les raisons de l'annulation de l'édition de 1942 et le contexte historique qui a mené à cette décision.

La véritable histoire des coupes du monde

Le Contexte de la Seconde Guerre Mondiale

La Seconde Guerre Mondiale a eu un impact majeur sur le monde du sport, obligeant de nombreuses compétitions à être annulées. Les seules annulations de masse, du niveau de la crise du coronavirus, correspondent aux deux conflits mondiaux (14-18 et 39-45). Les grandes compétitions sont plus nombreuses, et l’impact des tensions mondiales s’illustre avec l’annulation des olympiades de 1940 et 1944. Les JO 1940, été à Tokyo puis Helsinki, hiver à Sapporo puis Saint-Moritz puis Garmisch-Partenkirchen, disparaissent ainsi du calendrier, comme ceux de 1944, à Londres pour l’été et en Italie pour l’hiver.

Cloche olympique des Jeux olympiques d'été de 1936 à Berlin

Annulations en Série

La Seconde Guerre Mondiale a conduit à l'annulation de nombreuses compétitions sportives majeures. Pour la Grande Guerre, l’assassinat de l’Archiduc François Ferdinand entraîne un jeu des alliances d’un point de vue diplomatique, des débuts de conflits, et logiquement l’annulation des compétitions sportives. Les Jeux olympiques sont annulés en 1916 (et devaient se dérouler à Berlin). La coupe du monde de football n’existe pas encore, mais en rugby, le Tournoi des 5 Nations, auquel la France participe depuis 1910, est annulé entre 1914 et 1920. Même conséquence pour le championnat de France de football, encore amateur, jusqu’en 1917, avec la Coupe de France. Les courses automobiles, devenues populaires depuis le début des années 1900, sont annulées, mais reprendront très vite après guerre. Les championnats de France de Tennis, l’ancêtre du Tournoi de Roland-Garros (son nom à partir de 1925), sont interrompus de 1915 à 1920.

Les championnats survivent tant bien que mal, en Europe. A noter, pour l’histoire, que le FC Metz jouera en championnat allemand, l’Allemagne s’étant réapproprié la Lorraine. En sport automobile, les 24 Heures du Mans n’ont plus eu lieu entre 1940 et 1949, de même que la saison Grand Prix de 1939 s’était brutalement interrompue avec l’entrée en guerre de l’Allemagne contre la Pologne.

La Décision d'Annulation

La Seconde Guerre Mondiale oblige le monde du sport à passer au second plan international, la Coupe du Monde FIFA 1942 est annulée avant même qu’un organisateur soit désigné. En raison de ce contexte mondial instable et des difficultés logistiques et économiques engendrées par la guerre, la FIFA a pris la décision d'annuler également l'édition de 1946.

Le premier congrès FIFA d’après guerre a lieu en juillet 1946 au Luxembourg.

Le Nouveau Système de Compétition

Le Brésil, en collaboration avec la FIFA, décide d’un tout autre système pour les rencontres de ce Mondial. C’est lors du congrès de Luxembourg en 1946, que le Brésil obtint l’organisation de la IVe Coupe du monde de la FIFA. Le géant sud-américain avait initialement déposé sa candidature lors du congrès de Paris en 1938, en même temps que l’Allemagne. La compétition n’ayant pas pu avoir lieu, ni en 1942 ni en 1946, leurs candidatures étaient toujours valables au sortir du deuxième conflit mondial. Les Brésiliens demandèrent alors à ce que la Coupe du monde ait lieu en 1949. Cependant, si São Paulo disposait du stade Pacaembu pouvant accueillir entre 60 000 et 70 000 spectateurs, Rio de Janeiro n’avait à cette époque aucune enceinte dépassant les 35 000 places. Capitale du Brésil, la ville se devait d’en être la vitrine.

En octobre 1947, après une longue campagne de presse dirigée par Mario Filho, le projet pour l’érection d’un grand stade fut finalement approuvé. Les travaux purent donc commencer dès janvier 1948 mais, en dépit du travail jour et nuit de 1 500 ouvriers, la construction ne pourrait être achevée pour l’été 1949. La commission exécutive de la FIFA décida alors de repousser la tenue de la compétition à l’été 1950. Ce n’est qu’une semaine avant le début du tournoi, en juin 1950, que le gigantesque complexe de plus de 180 000 places fut inauguré.

Seize équipes devaient participer à la compétition finale. Ce sont les abandons de dernière minute de la Turquie, de l’Ecosse, de l’Inde et de la France - d’abord qualifiées, avant de se rétracter - qui furent le plus préjudiciable à l’organisation du tournoi mondial.

Raisons des désistements

  • Turquie: Présente lors des tournois olympiques de Paris et d’Amsterdam, la Turquie n’avait ensuite participé à aucune Coupe du monde des années 1930. Aux Jeux olympiques de Londres, elle n’avait pas démérité et avait même posé quelques problèmes aux Yougoslaves. Au premier tour des éliminatoires, les Turcs se défirent sans difficulté d’une faible équipe de Syrie (7-0). Au tour suivant, ils auraient dû affronter l’Autriche. Mais, soit par peur d’être vaincus ou bien manquant de liquidités, les Autrichiens préférèrent déclarer forfaits. Néanmoins le voyage coûtait cher. Certes, les progrès de l’aviation avaient rendu les conditions de la traversée atlantique autrement plus simples qu’en 1930, mais c’était un voyage bien incertain. Qu’est-ce que les Turcs seraient allés faire à Rio ? Y subir la dure loi des Brésiliens ou des Uruguayens ? N’était-ce pas gâcher de l’argent ?
  • Écosse: En 1946, les quatre fédérations britanniques (anglaise, écossaise, galloise, nord-irlandaise) retournèrent dans le giron de la FIFA qu’elles boudaient depuis les années 1920. En vue de la Coupe du monde au Brésil, elles obtinrent que deux d’entre elles soient qualifiées. L’éliminatoire qui les concernait n’était autre que le British Home Championship (BHC), tournoi annuel qui réunissait les fédérations britanniques depuis 1884. Autant dire que l’Angleterre et l’Ecosse avaient déjà leurs billets en poche, tant elles régnaient sur la compétition. Ne restait plus qu’à les composter. Si bien que l’orgueil écossais fut piqué et George Graham, le secrétaire de la Scottish Football Association (SFA), décida de pimenter l’affaire. La compétition démarra comme convenu : à l’automne 1949, les Ecossais et les Anglais marchèrent sur les Gallois et les Irlandais (8-2, 4-1, 2-0, 9-2). Le match décisif entre l’Ecosse et l’Angleterre se tint le 15 avril 1950 à Glasgow. Pour l’occasion, Hampden Park était plein à ras bord (138 000 spectateurs). 63e minute : Roy Bentley vient de tromper Jimmy Cowan. Malgré les suppliques des joueurs écossais, George Graham ne se dégonfla pas et proposa devant l’assemblée générale de la SFA que l’équipe d’Ecosse déclara forfait pour la Coupe du monde. S’il est possible que la décision écossaise cacha d’autres motifs - les suppositions allèrent bon train -, il n’en demeure pas moins que rien d’autre ne filtra : l’Ecosse se priva volontairement de sa première participation à une Coupe du monde par fierté.
  • Inde: Il est un mythe puissant qui, heureusement, tend désormais à s’étioler : l’Inde aurait été privée de la Coupe du monde au Brésil parce que la FIFA interdit à ses joueurs de pratiquer pieds nus, trahissant ainsi l’insupportable mépris de la toute-puissante organisation mondiale vis-à-vis des sans-grades du football. Nouvellement indépendante, l’Inde connaissait alors son âge d’or footballistique. Porté par des joueurs comme le défenseur Sailen Manna, le charismatique demi-centre Talimeren Ao ou l’intérieur gauche Ahmed Khan - comparé par la presse française à Ben Barek -, les Indiens participèrent d’abord au tournoi de football des Jeux de Londres. Ils y créèrent la surprise puisqu’ils tinrent tête aux Français. Jouant « sans aucune organisation », mais « extrêmement vifs, adroits, bons feinteurs », les Indiens étaient pour la plupart dépourvus de chaussures. Huit sur onze, pour être exact. Cette pratique du football pieds nus n’était pas la conséquence de la misère de l’Inde, elle était un choix. A l’époque du Raj, lorsque les Indiens s’approprièrent le jeu du colonisateur, ils le subvertirent pour se distinguer des maîtres : face aux Britanniques bottés, les Indiens jouaient pieds nus. Ainsi en 1948, autant par bravade que par tradition, les footballeurs indiens pratiquèrent-ils sans chaussures. Qualifiée sans jouer, du fait des forfaits en Asie, l’Inde devait prendre la route de Rio. Elle s’y était préparée et avait été placée dans le groupe de l’Italie, de la Suède et du Paraguay. Brusquement, toutefois, l’Inde annonça officiellement son forfait le 23 mai 1950. Un télégramme laconique, auquel devait succéder une lettre d’explication. D’une part, c’est la FIFA qui organisait le tournoi de football des Jeux olympiques, tout comme elle organisait la Coupe du monde. Si elle autorisa les Indiens à joueur pieds à Londres en 1948, puis à Helsinki en 1952, il est peu probable qu’elle ne les autorisa pas à jouer pieds nus au Brésil en 1950. D’autre part, l’Inde envoya une délégation à Londres et à Helsinki : elle avait donc bien les moyens d’en envoyer une au Brésil. C’est un fait que la All India Football Federation (AIFF) ergota et avança des difficultés financières, mais les fédérations du Bengale, de Mysore et du Maharashtra se mobilisèrent. Quel fut alors le problème ? Difficultés d’organisation, désaccord sur le choix des joueurs, peur d’être ridicules ? Il y a surtout que, pour les Indiens en 1950, la Coupe du monde représentait peu de choses. La vraie compétition mondiale était pour eux les Jeux olympiques.

Carte des alliances durant la Seconde Guerre Mondiale

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