En rugby, pour la 6e fois de l'histoire, la finale de la Coupe d'Europe opposera deux clubs français. L'affiche inédite de cette finale de Champions Cup met en scène le Stade Toulousain face au Stade Rochelais. Et sur la route de la finale, une escale à La Rochelle s'impose, un club qui s'est hissé patiemment mais sûrement tout en haut de l'élite du rugby.
Le Stade Rochelais a été sacré champion d'Europe, 8 ans après avoir retrouvé le Top 14, face au Leinster.
En trois ans, le Stade Rochelais a disputé trois finales de Coupe d’Europe, dont deux remportées, une finale de Top 14 en 2021 (perdue contre le Stade Toulousain) et fait régulièrement partie des prétendants au titre de champion de France. Cette ascension est moins un conte de fées que le fruit d’un long travail mené en interne.
En dominant la province irlandaise du Leinster, une des équipes les plus titrées de la compétition, les Rochelais ont réalisé un véritable exploit. Ils deviennent le treizième club titré en Champions Cup, et surtout la quatrième formation française à s’installer sur le toit de l’Europe, après Toulouse, Toulon et Brive.
Highlights - Stade Rochelais v Exeter Chiefs Semi-final│Heineken Champions Cup 2022/23
Un moment historique pour le club

L’événement est historique pour le club. "C'est vraiment un moment extraordinaire, extrêmement fort, quelque chose dont on n'avait jamais rêvé, on n'osait pas. Je pense que l'on peut être fier du club, on doit être fier du Stade Rochelais", lâche Vincent Merling.
Et tel un gamin, il ne cache pas son impatience : "on est excités avec l'envie d'y être. C'est aussi une forme de récompense. Jamais je n'aurais pensé que le Stade Rochelais puisse un jour disputer contre le Stade Toulousain une finale de Coupe d'Europe. Ce sont des grands moments d'émotion que l'on a envie de vivre très très vite maintenant. Et maintenant qu'on y est, c'est vrai qu'on a envie de la gagner!"
Le modèle rochelais : une planification sur le long terme
Le Stade Rochelais, 8e budget seulement du championnat est l'un des plus vieux clubs de France encore en ProD2 il y a 7 ans, mais sa force, c’est justement sa construction progressive, un peu finalement comme Vincent Merling, ancien joueur, puis éducateur et aujourd’hui président depuis 30 ans.
"On n'est pas des gens pressés, on a construit petit à petit, sans faire de bruit, avec une humilité qui nous a peut-être longtemps ralentis dans notre croissance parce qu'on n'a jamais pensé pouvoir faire partie des clubs qui pouvaient prétendre à des titres, à gagner une coupe. Mon Dieu que ce serait merveilleux pour tout le monde et peut-être, je vais le dire, mérité pour cette équipe et ce club qu'on gagne enfin ce premier trophée."
À La Rochelle, souligne-t-il, à plusieurs reprises, c'est l'institution qui prime avec des joueurs qui doivent se fondre dans ce collectif : "l'important, ce sont les structures et l'équipe est venue ensuite. Ce n'est pas l'équipe d'abord et les structures après".
Des structures qui se renforcent patiemment là encore, année après année, pour avoir aujourd'hui l'un des meilleurs centres de formation de France, un centre de performance aussi pour le joueurs de haute volée.
Mais tout cela en suivant donc une construction lente, où tout est réfléchi, planifié : "on est dans un monde professionnel, le budget bien sûr est important mais sincèrement, je pense qu'il faut être fidèle à l'institution, au message culturel qu'on a reçu. La culture d'un club, son identité, c'est primordial. On n'a pas changé, on est resté fidèle à nos valeurs, et quand on parle de grandir encore demain dans nos structures, ce sera plutôt après-demain. Demain, il va falloir combler les déficits occasionnés par la Covid, parce que je rappelle que 70% de notre budget est réalisé les jours de match mais on est serein par rapport à l'avenir, les présidents passent mais l'institution demeure, c'est elle qui est importante et l'institution est solide".
Quant à sa succession à la tête du club, là encore, tout a déjà été prévu : "l'avenir est préparé" déclare Vincent Merling, "il n'y a pas d'inquiétude là-dessus, parce qu'encore une fois, le mot pérennité est quelque chose d'important pour l'institution et il ne faut pas faire, comme on dit pour certains joueurs, le match de trop. Je ne ferai pas l'année de trop".
Le tout sans regret. Le seul qu'il a aujourd'hui, c'est que cette finale, ce moment historique, ait lieu loin de la France et des supporters rochelais : "malheureusement, un peu polémiste, mais c'est vrai que 3 clubs français en finale (avec Montpellier qui joue ce vendredi la Challlenge Cup), c'est quand même dommage de ne pas jouer en France, même si c'est dans le temple du rugby, un stade de Twickenham extraordinaire. Mais on aurait tellement voulu que ce soit chez nous", conclue-t-il.
Les héros de l'ascension : Sazy, Atonio et Botia
Même s’ils sont peu nombreux à avoir vécu toute cette ascension vers les sommets, trois joueurs du Stade Rochelais, sacrés champions d’Europe samedi à Marseille, étaient déjà présents en 2014 lors de la finale d’accession de Pro D2.
Le plus ancien d’entre eux n’est autre que l’emblématique Romain Sazy (35 ans), arrivé en Charente-Maritime en 2010, après avoir été formé à Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne) puis effectué ses débuts professionnels à Montauban. Il compte plus de 300 matchs avec le Stade Rochelais et il a très longtemps été le capitaine des Jaune et Noir, avant de céder son brassard à son troisième ligne centre international français Gregory Alldritt.
Le deuxième survivant de l’épopée rochelaise 2014 n’est autre que le pilier droit international Uini Atonio (32 ans ; 44 sélections) qui était capitaine contre Agen, au stade Jacques Chaban-Delmas. Il a débarqué sur le Vieux-Port de La Rochelle en 2011, en provenance des Counties Manukau (Nouvelle-Zélande), après avoir été repéré à l’âge de 21 ans par Patrice Collazo lors d’un tournoi disputé à Hong-Kong avec la sélection des Samoa U20.
Enfin, le troisième et dernier Rochelais qui a connu la montée en Top 14 et le sacre européen est le surpuissant fidjien Levani Botia (33 ans). Repéré dans le championnat national fidjien avec son club de Namosi, il a rejoint le Stade Rochelais en mars 2014, d’abord comme joker médical de l’international italien Gonzalo Canale. Capable d’évoluer au centre comme en troisième ligne, il a prolongé son contrat jusqu’en 2024 avec les Jaune et Noir et son histoire d’amour avec les Maritimes n’est donc pas prêt de s’arrêter.
Citons aussi le néo-retraité des pelouses Kevin Gourdon (32 ans ; 19 sélections), contraint de stopper sa carrière en pleine saison. Joueur du Stade Rochelais de 2011 à 2021, il était titulaire en finale d’accession 2014 contre Agen, mais n’a pas été sacré champion d’Europe en 2022 face au Leinster.
La finale historique : La Rochelle vs Leinster
Historique ! Et fort d'un finish ahurissant, entre cartons jaune (Danty, 75e) et rouge (Alaalatoa, 79e), essai rochelais synonyme de victoire (72e) et défense héroïque en toute fin de match... Cette finale est à marquer d'une pierre jaune et noire, doublé qui place La Rochelle parmi les grands d'Europe. En effet, cueillis à froid par la province du Leinster en feu, les Rochelais accusaient dix-sept points de retard d'entrée mais sont parvenus à inverser le cours de cette finale et, comme l'année passée à Marseille en Coupe d'Europe face à ce même adversaire, ont fait tomber les Irlandais mais cette fois-ci à Dublin, chez eux, devant leur public, pour décrocher le doublé.
Secoués mais pas abattus, les partenaires de Grégory Alldritt, exemplaire au combat, ont ouvert leur compteur à la 20e sur une belle avancée de leurs avants, une puissance enfin exprimée en mêlée fermée et une percussion massive du centre Jonathan Danty pour s'ouvrir en deux temps le chemin de l'essai (20e), action qui permit aux Maritimes de revenir dans la partie avant de devenir les premiers vainqueurs de la Coupe des Champions après avoir été les derniers de la défunte Coupe d'Europe.
Les Irlandais eurent deux buts de pénalité (24e, 31e) à convertir pour sanctionner les fautes rochelaises au sol, mais ils concédèrent un deuxième essai, l'ouvreur Antoine Hastoy délivrant une merveille de passe retardée pour offrir à UJ Seuteni le chemin de l'en-but (38e). À la pause, les champions d'Europe en titre avaient comblé une partie de leur retard (23-14).
Par la suite, les Maritimes purent compter sur une puissance retrouvée pour casser la ligne d'avantage, quelques ballons portés et la botte d'Antoine Hastoy (44e, 50e) pour continuer à grignoter des points. Placés à une portée d'essai transformé (26-20), les Rochelais continuèrent à dominer territorialement, à conserver la balle pour finir par marquer en force par leur pilier remplaçant Georges Henri Colombe (72e), essai transformé par Antoine Hastoy pour un méga-succès dans l'antre du Leinster.
Le joueur : George Henri Colombe s'est sacrifié
Entré à la 60e, le pilier droit Georges Henri Colombe a utilisé toute sa puissance pour plonger dans l'en-but irlandais après une série de pénaltouches et de ballons portés articulés à partir de la 69e minute. Puis, devant sa ligne, il s'est sacrifié en défense pour éviter l'essai (78e), engagement sans faille qu'il paya d'une sortie sur civière, agressé par Michael Alaalatoa et touché au cou.
Le fait : La puissance rochelaise finit par payer
Complètement absents des débats pendant le premier quart d'heure, les avants rochelais se sont repris ensuite.
Chiffres marquants de la victoire de La Rochelle en Coupe d'Europe
Retrouvez les chiffres marquants de la victoire de La Rochelle en Coupe d'Europe aux dépens du Leinster (24-21).
| Chiffre | Description |
|---|---|
| 1 | Fondé en 1898, le Stade Rochelais a décroché sa première Coupe d'Europe et le premier titre majeur de son histoire en dominant le Leinster (24-21). |
| 79 | La minute de l'essai historique inscrit par le demi de mêlée Arthur Retière alors que La Rochelle était menée 21-17. Un essai qui a fait basculer la finale de la Champions Cup et été ensuite transformé par Ihaia West. C'est seulement le deuxième essai de la carrière de Retière en Coupe d'Europe. |
| 3 | Le nombre d'essais inscrits par les Rochelais au cours de la finale, contre aucun au Leinster. Rhule à la 10eme minute, Bourgarit à la 61eme et Retière à la 79eme. Les Dublinois étaient pourtant la meilleure attaque de la compétition avec une moyenne de 6,7 essais par match. |
| 4 | En battant le Leinster (24-21), La Rochelle est devenue le 4eme club français à décrocher la Coupe d'Europe après Toulouse (1996, 2003, 2005, 2010, 2021), Brive (1997) et Toulon (2013, 2014, 2015). |
| 1 | Pour la première fois, une équipe française a dominé une équipe irlandaise en finale de Coupe d'Europe. Les équipes tricolores avaient perdu les quatre précédentes finales dans cette configuration (Colomiers-Ulster 1999, Biarritz-Munster 2006, Toulouse-Munster 2008 et Racing-Leinster 2018). |
| 3 | Après le sacre de Lyon vendredi en Challenge européen, le rugby français réalise le doublé Champions Cup-CE pour la 3eme fois sur une année après 1997 (Brive, Bourgoin) et 2021 (Toulouse, Montpellier). |
| 2 | La Rochelle 2, Leinster 0. L'équipe rochelaise a en effet toujours battu la province irlandaise en deux confrontations. Victorieuse de la finale samedi à l'Orange Vélodrome de Marseille, elle s'était déjà imposée l'an dernier en demi-finales de la Coupe d'Europe (32-23). |
| 3 | C'est la 3eme fois que le rugby français remporte la même année le Tournoi des Cinq/Six Nations et la Coupe d'Europe, après 1997 (Brive) et 2010 (Toulouse). A noter que le XV de France avait à chaque fois réalisé le Grand Chelem. |
| 6 | Will Skelton, déjà vainqueur de la Coupe d'Europe avec les Saracens en 2019, est devenu le 6eme joueur à gagner la compétition avec deux clubs différents. |