Commotion Cérébrale au Rugby : Symptômes, Diagnostic et Prise en Charge

L’actualité du rugby français est marquée par la Coupe du monde 2023, les succès de son équipe, mais aussi par les commotions et leur impact potentiel sur la santé des joueurs à court, moyen et long termes. Les incertitudes sont encore grandes, mais la recherche tente de les lever.

Le rugby est bien plus qu’un simple sport. Il incarne la solidarité, la combativité, le respect, et l’engagement total du corps. Des valeurs puissantes qui trouvent un écho tout particulier dans les mêlées rugissantes ou les plaquages spectaculaires. Mais derrière cette intensité physique, une réalité plus silencieuse s’impose : celle des traumatismes crâniens.

Longtemps perçus comme des « coups » anodins, les chocs à la tête sont aujourd’hui reconnus comme un risque majeur pour la santé neurologique des joueurs, amateurs comme professionnels. Le rugby moderne, plus rapide, plus physique, expose les sportifs à une fréquence et une intensité de contacts inégalées par le passé.

Qu'est-ce qu'une Commotion Cérébrale?

Une commotion cérébrale est une altération temporaire du fonctionnement du cerveau, généralement causée par un choc direct ou indirect à la tête. Ce trouble, souvent sans perte de connaissance, peut entraîner des symptômes variés : maux de tête, confusion, vertiges, troubles de la mémoire, troubles de la vision, voire perte d’équilibre.

Une commotion est un changement temporaire de la fonction cérébrale après un traumatisme crânien, sans aucun signe de lésion cérébrale visible sur les examens d’imagerie tels que la tomodensitométrie (TDM) ou l’imagerie par résonance magnétique (IRM).

La commotion doit être considérée comme une blessure importante et être prise au sérieux. Cette blessure fonctionnelle affecte la manière dont le cerveau fonctionne pour traiter et gérer les informations. Bien qu'elle soit habituellement provoquée par un choc sur la tête, elle peut également être liée à un choc sur le corps, la force de la collision étant alors transmise jusqu'au cerveau.

L’IRME en partenariat avec le Fonds d’Entraide GMF Solidarité lance une campagne d’information et de sensibilisation auprès des joueurs de rugby et de leurs entraîneurs.

COMMOTIONS CÉRÉBRALES : la BOMBE à RETARDEMENT du RUGBY

Symptômes de la Commotion Cérébrale

La commotion cérébrale présente de nombreux signes et symptômes différents, dont la plupart sont décrits dans les Directives de World Rugby sur les commotions cérébrales. Les premiers symptômes d'une commotion cérébrale sont très variés. Habituellement les signes disparaissent rapidement.

Il comprend tout un ensemble de symptômes qui apparaissent dès la phase aiguë du traumatisme. Ces symptômes recouvrent trois dimensions distinctes : la dimension somatique, cognitive et émotionnelle ou comportementale.

Les symptômes les plus fréquents sont les céphalées, le vertige, le ralentissement psychomoteur, ainsi que l’asthénie.

Les symptômes comprennent :

  • Confusion : Sembler abasourdi ou hébété, incertitude quant à l’adversaire ou aux scores et/ou réponses lentes
  • Perte de mémoire : Incapacité à se souvenir des consignes de jeu et/ou des événements survenus immédiatement avant ou après la lésion
  • Troubles de la vision : Vision double
  • Sensibilité à la lumière
  • Étourdissement, mouvements maladroits et équilibre altéré
  • Céphalées
  • Nausées et vomissements
  • Bourdonnement dans les oreilles (acouphènes)
  • Perte de l’odorat ou du goût

Relatifs au sommeil : difficulté à l’endormissement, temps de sommeil raccourci ou augmenté par rapport à l’habitude, somnolence.

Certains signes cliniques observés permettent à eux seuls d’établir le diagnostic de commotion cérébrale dans le contexte de l’application d’une force d’impulsion à l’extrémité céphalique.

Si tu as un de ces symptômes dans les 24-48h après ton traumatisme :

  • Perte ou détérioration de l’état de conscience
  • Aggravation du mal de tête (en particulier s’il est localisé)
  • Vomissements persistants
  • Changement de comportement (irritabilité, agitation)
  • Difficulté à se réveiller, somnolence excessive
  • Difficulté à voir, entendre, parler ou marcher
  • Convulsions
  • Confusion ou désorientation (difficultés à reconnaître les gens ou les lieux)

Rends-toi immédiatement aux urgences, même si tu as déjà vu un médecin.

Syndrome Post-Commotionnel

Certains symptômes peuvent rester présents pendant quelques jours et jusqu’à plusieurs semaines après la commotion. Les personnes peuvent souffrir de :

  • Céphalées
  • Problèmes de mémoire à court terme
  • Difficulté à se concentrer
  • Fatigue
  • Difficulté à dormir
  • Changements de la personnalité (tels qu’irritabilité ou changements d’humeur)
  • Sensibilité à la lumière et au bruit

Chez les adolescents, de nombreux symptômes post-commotionnels, en particulier l’irritabilité, la fatigue, et l’incapacité à se concentrer, peuvent être attribués par erreur à l’adolescence normale.

Diagnostic de la Commotion Cérébrale

Le diagnostic de commotion cérébrale repose, en l’absence de signe pathognomonique, sur un faisceau d’arguments traduisant à des degrés divers le dysfonctionnement cérébral. Il se fait d’abord par l’évaluation des symptômes présentés, puis par les signes cliniques vus et enfin par la réalisation de tests physiques et cognitifs.

L’examen est réalisé au mieux à l’aide de l’évaluation initiale du test SCAT5 développé par la conférence internationale de consensus sur les commotions dans le sport de 2016.

Des outils tels que les Outils d’évaluation de la commotion liée aux sports, 5e édition (SCAT5), disponibles gratuitement en ligne et téléchargeables sur les appareils mobiles, peuvent aider les entraîneurs, leur personnel et les autres personnes concernées à évaluer les athlètes sur le terrain. Les Centres de contrôle et de prévention des maladies des États-Unis (Centers for Disease Control and Prevention, CDC) disposent également d’outils et d’informations pour la formation du personnel d’encadrement (voir programmes « Heads Up » des CDC).

Les médecins et le personnel d’encadrement doivent être conscients que les athlètes peuvent nier ou sous-estimer les symptômes résultant d’une commotion afin de pouvoir continuer à pratiquer leur sport.

Des examens d’imagerie, tels qu’une tomodensitométrie (TDM), sont réalisés si les médecins suspectent la présence d’une lésion plus grave, telle qu’une accumulation de sang dans le cerveau ou entre le cerveau et le crâne (hématomes intracrâniens), ou des ecchymoses (contusions) du cerveau.

Dans certains programmes, tous les athlètes subissent des tests neurocognitifs (analyse de certaines fonctions du cerveau) avant de participer aux sports. Ensuite, si l’on suspecte une commotion, les médecins peuvent tester à nouveau l’athlète et déterminer si sa fonction cérébrale s’est détériorée.

Prise en Charge Immédiate et Traitement

Juste après le choc, quoi faire ? Lorsque le choc se produit, il faut sortir le joueur du terrain et le mettre au repos quelle que soit l’intensité des symptômes. Les entraîneurs et les arbitres sont, en principe, formés à évaluer la gravité de la situation.

La sortie du sportif doit se faire avec les précautions médicales d’usage : dans la mesure où il s’agit d’un traumatisme de l’ensemble tête-cou, le sportif doit être considéré comme systématiquement porteur d’une lésion cervicale jusqu’à preuve du contraire.

Le joueur doit être évalué dès que possible par un professionnel de santé formé à la prise en charge des commotions cérébrales.

Si un athlète est soupçonné de souffrir d'une commotion cérébrale, il doit être sorti du terrain. La sortie est définitive. Un joueur commotionné aura des difficultés à évaluer le jeu se déroulant autour de lui et handicapera l'équipe tout en s'exposant lui-même à un risque de blessure plus grave. Toute personne sortie pour une suspicion de commotion doit être examinée par un médecin dès que possible. Ils ne doivent pas être laissés seuls ni autorisés à conduire un véhicule à moteur.

Le traitement des athlètes présentant une commotion liée au sport est semblable à celui des autres personnes ayant subi une commotion. Les personnes doivent reposer leur corps et leur cerveau, et prendre du paracétamol selon les besoins pour les maux de tête. Les activités scolaires et professionnelles, la conduite de véhicule, l’alcool et la stimulation excessive du cerveau (par exemple, l’utilisation d’ordinateurs, la télévision, les jeux vidéo) doivent être évités.

Les membres de la famille doivent faire hospitaliser les athlètes si les symptômes s’aggravent.

Le paracétamol est le meilleur médicament à prendre pour soulager la douleur après un traumatisme crânien mineur.

Retour Progressif à l'Activité Sportive

Le retour aux activités sportives n’est pas recommandé avant que plusieurs étapes aient été accomplies. Une fois les symptômes de commotion résolus, les personnes peuvent commencer de légers exercices en aérobie puis progresser vers l’entraînement spécifique à un sport, aux exercices sans contact, aux exercices avec contact, et enfin participer à des compétitions.

Les athlètes doivent s’abstenir de passer à l’étape suivante tant que tous les symptômes de l’étape précédente n’ont pas disparu. Même si les symptômes s’améliorent rapidement, les athlètes doivent s’abstenir de participer à des compétitions jusqu’à ce que tous les symptômes aient été résolus pendant au moins une semaine.

Les personnes ayant subi une commotion sévère (par exemple, perte de connaissance pendant plus de 5 minutes ou perte de la mémoire des événements survenus plus de 24 heures avant ou après la lésion) doivent attendre au moins un mois avant de participer à nouveau à de vraies compétitions.

Si tu stoppes immédiatement le sport, respecte une période de repos, puis un programme de retour progressif, l’évolution sera généralement spontanément favorable en 2-3 semaines et tu auras permis à ton cerveau de récupérer totalement et sans séquelle ; la commotion ne sera plus qu’un mauvais souvenir.

Si, au contraire, tu reprends trop vite tes activités, tu risques d’aggraver ton état avec un syndrome post-commotionnel (les symptômes de ta commotion perdurent plus longtemps que prévu, parfois des années !).

ÉcoleSport

1ère étapeReprise des activités scolaires courtes à la maison (lecture)Activités quotidiennes et exercices légers et courts générauxSans contact

2ème étapeAugmentation des activités scolaires (devoirs, lecture, etc) à la maisonAugmentation de l'intensité Sans contact

3ème étapeÉcole à temps partiel ou avec de nombreuses pausesExercices spécifiques au sport mais sans mouvements à risque Sans contact

4ème étapeÉcole à temps partiel ou avec de nombreuses pausesExercices plus complexes maisSans contact

5ème étapeÉcole à temps pleinEntraînement à 100%,Contact

6ème étapeÉcole à temps pleinCompétition

Un plan de reprise individuel des activités en plusieurs étapes doit être mis en place avec ton médecin.En général, il te faudra compter une dizaine de jours mais cela peut-être plus long, à discuter avec ton médecin.

Si des symptômes réapparaissent, tu dois revenir à l’étape précédente pour un à deux jours puis réessayer, jusqu’à ce que tu n’aies plus aucun symptôme pour passer à l’étape suivante.

Prévention des Commotions Cérébrales

Très secoué par une série d’accidents graves survenus ces dernières années, le monde du rugby a pris la mesure du problème et instauré des règles préventives. Elles ne concernent, pour l’instant, que les joueurs amateurs. Le milieu professionnel est soumis à des règles internationales qui mettent plus de temps à évoluer. En l’occurrence, c’est toute une philosophie de jeu qui doit changer.

« Le KO faisait partie des morceaux de bravoure. Dès qu’il soupçonne une commotion cérébrale, l’arbitre donne un carton bleu au joueur blessé. L’accident peut être signalé par le joueur lui-même, un adversaire ou un coach. Il est interdit de plaquer un adversaire au-dessus du short.

Pour Didier Retière, ces nouvelles règles de jeu représentent une véritable « révolution » dans le rugby amateur. « Au départ, le sujet des commotions cérébrales était tabou. Aujourd’hui, on constate un changement d’attitude. On ne rigole plus avec ça », admet-il.

Désormais, le jeu privilégie les longues courses et l’évitement. Selon une enquête réalisée auprès des clubs de rugby, et publiée en 2019, ces nouvelles préconisations sont plutôt bien accueillies puisqu’elles sont approuvées à 60 %. Mais 20 % de clubs se disent encore très réticents.

Risques et Complications des Commotions Répétées

Les personnes ayant subi de multiples commotions au cours d’une saison doivent comprendre les risques qu’elles encourent si elles continuent à participer.

Les athlètes sont particulièrement en danger lorsqu’un nouveau traumatisme crânien survient avant qu’ils ne se soient complètement rétablis d’une commotion antérieure. Et même après le rétablissement, les athlètes qui continuent à participer à des compétitions ont 2 à 4 fois plus de chances de subir une autre commotion que s’ils n’en avaient jamais subi auparavant.

Bien qu’au final certaines personnes se rétablissent totalement après une commotion unique, certaines des personnes ayant subi de multiples commotions (même peu importantes en apparence) développent des lésions cérébrales à long terme. Ce dommage est appelé encéphalopathie traumatique chronique (ETC) et a été décrit pour la première fois chez des boxeurs (et appelé « démence pugilistique »). Cependant, l’ETC peut survenir chez tous ceux qui ont subi plusieurs commotions.

Les personnes atteintes d’ETC souffrent de lésions cérébrales, comme le montrent les images de TDM ou d’IRM, et présentent des symptômes semblables à ceux de la démence. Ces symptômes comprennent les suivants :

  • Symptômes semblables à ceux de la démence (par exemple, troubles de la mémoire, de la fonction cognitive ou du comportement)
  • Capacité de jugement et de prise de décisions altérée
  • Changements de la personnalité (tels qu’une propension à la colère et à la violence)
  • Dépression
  • Syndrome parkinsonien

Syndrome du Second Impact

Le syndrome du second impact est une complication rare, mais grave, de la commotion. Dans ce syndrome, le cerveau enfle rapidement lorsqu’un sportif subit une deuxième commotion avant d’avoir totalement guéri d’une commotion antérieure. Près de la moitié des sportifs touchés par ce syndrome décèdent.

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